‹ Cours d'économie politiqueChapitre 27 sur 56 · CHAPITRE VI LA IIONNAi£ I>E PAPI€A · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LA IIONNAi£ I>E PAPI€A

Si l'oB peut remplaoer la monMie métallique par de la monnaîe de papier?

^!lSi floos ne savions déjà par une expérienice journalière que Ton peut suJdstituer la monnaie de papier à la monnaie métallique, nous aurions quelque peine iile croire et la question Loâcrite en tête de ce chapitre paraîtrait bizarre. ^

Assuf émeut on ne saurait remplacer du blé ou du charbon, ou une richesse quelconque, par de simples feuilles de papier sur les-

^ Ca dernière crise de 1907 a foarni ua arguinenl nouveau au bi-mélaliisine, car c*«sl préeiaémeni grâce Jk lui que la France a pu supporter le conire-coup de la crise saDS eu être ébranlée et même s*est trouvée en situation de prêter un secours erûcace à TAngleterre. Et en effet, la Banque de France a pu défendre son encaisse d'or sans avoir besoin de recourir, comme toutes les autres banques^â Télévation du taaz 4e TescMapte, maÎB simp4«ment en escomptant en argent au lieu d'escompter «n «r. Et «lie a pu prêter ^loelquâs centaines de millions d'or à la Banque d'Angle terre et aux États-Unis ( voir ci-après. Organisation des banques),

< ^OtBi pour y arriver que -divers pays, la Eiossie il y a quelques années, TËspa- ^■e 0l le pQPiugal «Baiaieoaiii, exigent que les droits de douane leur soient payée en monnaie il 'oc.

quelles on aurait fait graver ces mots : « cent hectolitres de blé » ou « cent quintaux de charbon d. Ce ne sont pas ces feuilles de papier qui pourront nous nourrir ou nous chauffer. Et si même nous nous servions des pièces de monnaie pour les suspendre à notre cou, comme les filles d'Orient de leurs sequins d*or ou d'argent, il est clair que des morceaux de papier multicolores ne pourraient en tenir lieu . — Mais nous savons que la monnaie n'est pas une richesse comme une autre et que dans nos sociétés civilisées son utilité est toute immatérielle. Une pièce de monnaie n'est pas autre chose qu'un bon qui nous donne le droit de nous faire délivrer, sous certaines conditions, une part des richesses existantes (voir p. 292). Or ce rôle de « bon » peut être joué par une feuille de papier aussi bien — disons même beaucoup mieux en ce qui concerne les facilités de circulation — que par un morceau de métal. Le financier Law, quoique d'ailleurs par ses expérimentations prématurées il ait mené la France à la banqueroute, a eu le mérite de parfaitement comprendre et de montrer cette possibilité. Et la meilleure démonstration d'ailleurs c'est l'emploi de la monnaie de papier qui tend à se généraliser de plus en plus. Déjà en France les 9/iO (en valeur) des paiements se font en billets. Les pièces de monnaie ne sont plus employées que pour les menues dépenses quotidiennes.

Pour mieux éclaircir ceci il nous faut distinguer trois espèces de monnaies de papier :

1° La monnaie de papier représentative est celle qui ne fait que représenter une somme égale de numéraire déposée quelque part, par exemple dans les caisses d'une Banque, et qui lui servira de gage * . C'est ainsi que lorsque le public trouve les écus d'argent trop encombrants, la Banque les garde dans sa caisse et les remplace dans la circulation par des certificats ou des chèques qui, précisément parce que ce sont des feuilles de papier, sont d'un maniement plus commode. — Cette première forme de monnaie de papier ne peut présenter aucune difficulté.

2» La monnaie de papier fiduciaire est celle qui se présente sous la forme d'un titre de crédit proprement dit, d'une promesse de payer une certaine somme d'argent. Il est évident que la valeur de cette créance dépend uniquement de la solvabilité du débiteur : si donc on a pleine confiance dans cette solvabilité, si comme on le dit quelquefois dans le langage des affaires, « la signature vaut de l'or », il est clair qu'il n'y a pas de raison pour que cette feuille de

1 Aux États-Unis, lors de la crise de 1907, il a été émis par les banques des chèques non remboursables en argent et des certificatMt gagés seulement par des valeurs mobilières, et qui ont éU reçus par le public avec empressement.

papier ne circule aussi facilement que la monnaie métallique. Les billets de banque rentrent en général dans cette seconde catégorie, sauf dans quelques cas particuliers que nous verrons ci après.

3' La monnaie de papier conventionnelle est celle qui ne représente rien du tout et ne donne droit à rien. C'est pour celle-ci qu'il convient de réserver le nom de papier-monnaie dsitis le sens strict. Ce sont des feuilles de papier émises par un État qui n*a point de numéraire. Ces feuilles portent, il est vrai, ces mots inscrits « billets de cent francs ou de mille francs » et par là revêtent Tapparence, commeles précédents, d'une promesse de payer une certaine somme d'argent. Mais on sait quej^Iest une pure ûction et que TÉtat ne les remboursera point, puisqu'il n'a point d'argent pour cela.

C'est sous cette dernière forme surtout que la substitution de la monnaie de papier à la monnaie métallique paraît difficile à comprendre, et certes elle n'est point aussi aisée à réaliser. Cependant des expériences, cent fois répétées dans tous les pays, ont prouvé que, sous certaines conditions, cette substitution était possible et que même les peuples s*en accommodaient assez aisément. La Russie et les républiques de l'Amérique du Sud sont à ce régime depuis plusieurs générations. Pourquoi pas en eflfet ? Si par la volonté de la loi et par le consentement général — qui doit toujours ratifier dans une certaine mesure les déclarations du législateur — ces morceaux de papiers blancs ou bleus sont investis dé la propriété de servir à payer nos achats, nos dettes, nos impôts, pourquoi ne circuleraient-ils pas tout aussi bien que les pièces blanches ou jaunes? Car celles-ci ne nous servent pas à autre chose.

Cependant il faut avouer qu'entre la valeur de la monnaie métallique et celle de lamonnaie de papier, il y aura toujours de graves différences. Celle-cisera toujours plus précaire^ plus resserrée, plus variable:

i<* La valeur du papier est précaire, car elle repose uniquement sur la volontédu législateur, et la même loi qui Ta créée peut aussi l'anéanti^ Si la loi démonétise le papier-monnaie» il ne restera rien entre les mains du porteur qu'un chifion sans valeur : quand il a perdu sa valeur légale, il a tout perdu. Il n'en est pas tout à fait de même de la monnaie métallique. En dehors de sa valeur légale, elle a aussi une valeur naturelle qu'elle doit aux propriétés industrielles et rares du métal dont elle est composée. Sans doute, si l'or et l'argent étaient démonétisés par tous pays > la monnaie métallique perdrait la plus grande partie de sa valeur : il n'y a pas d'illu-

^ Par tous pays, disons-nous, car s'il n'est démonétisé que dans un seul, cela ne

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sions à se faire à cet égard S et la preuve c'est qu'il a suffi que quelque pays seulement aient démonétisé leur monnaie d'argent pour causer une baisse considérable dans la valeur du métal blanc. Toutefois, même dans cette hypotbèse, les métaux précieux conserveraient encore une certaine utilité puisqu'ils pourraient être affectés à des usages industriels; et comme ces emplois industriels deviendraient d'autant plus importants et d'autant plus nombreux que la valeur du métal baisserait, il est possible que cette baisse de valeur ne fût pas aussi grande qu'on le pense. Mettons qu'elle fût des deux tiers ou des trois quarts de la valeur actuelle. Encore resterait-il, entre les mains du porteur de pièces de monnaie, une certaine valeur que la loi n'aurait pu lui ravir, probablement même une valeur supérieure à celle de n'importe quelle autre marchandise qu'on aurait pu choisir comme monnaie légale. ^ . . 2* Lia valeur de la monnaie de papier est plus resserreë!iSàr

diminuera pas seDsiblement sa valear. Et voilà justement ce qui coostitue pour le porteur de numéraire la plus grande sécurité I

1 C*est cependant une iJlusion que se font beaucoup d'économistes ou du moins contre laquelle ils ne mettent pas assez en garde leurs électeurs. La plupart semblent dire que le sceau de TÉtat imprimé sur les pièces d*or et d'argent ne fait que constater leur valeur réelle, comme ces étiquettes que les marchands piquent sur leurs marchandises. Mais la déclaration que la pièce d*or de six grammes vaut 20 francs n'est pas seulement déclarative, elle est en partie attributive de valeur. Cest parce que la volonté du législateur, ratifiée, si Ton veut, par la volonté des hommes, a choisi l'or et Targent comme monnaie, que ce» métaux ont acquis la plus grande partie de leur valeur, et ils en perdraient au moins la moitié et probablement davantage sitôt que cette loi ou cette adhésion viendrait à disparaître. C'est ce qu Aristote du reste avait vu très clairement : « Par l'effet d'une convention volontaire, dito il, la monnaie est devenue Tinstrument d*échange. On rappelle vd[jLi(7p.a, de vÔ{jio; « loi, parce que la monnaie n'existe pas de par la nature : elle n'existe que de par « la loi et il dépend de novi de ta changer et de la priver de aon utilité, si nous le « voulons » {Morale à "Nioomaque, livre V).

Mais il ne faudrait pas tirer de ce fait» comme Tont fait en sens inverse d'autres économistes et Cernuschi notamment, cette conclusion que la valeur des métaux précieux est purement conu^ntionn^ZZ*. Pour qu'un objet quelconque ait une utilité et une valeur reconnue, il faut toujours que la volonté et le ehoix des hommes interviennent, mais n cette volonté et ce choix sont déterminés par tLu ettutei nalureUes, la valeur qui en résultera sera elle-même naturelle et nullement conventionnelle. Or le choix des hommes» en se portant sur les métaux précieux, n'a rien eu d'arbitraire, car il a été édicté par les qualités très réelles que possèdent ces métaux et que nous avons indiquées. Le blé lui-ntéme ne doit sa valeur qa'aa fait que la plupart des hommes civilûiés ont adopté cette céréate, entre tant d'autres, pour leur alimentation, et si jamais ils la remplacent par une autre, nul doate que sa valeur ne soit anéantie : pourtant personne ne songera à dire que la valeur du blé est conventionnelle. 11 en est de même des métaux précieux. La seule différence c'est qu'il est plus aisé de remplacer les métaux précieux comme monnaie que de remplacer le blé comme aliment

UAl HONNillB DK PAPIBR. d«3

oomraa elle est Goofiépée^pai: la lot», elle ne peut s'éFteodi^e ea dehors des Hoiite» du tercitoire que cette loi régit^ Elle ne peut donc servir à régler les éch-anges mtemationauiL. Au contraire, la vall3ur de la monnaie métallique, étant réglée par celle du métal, est à peu près la mèm« par tout pays civilisé : elle peut donc circuler partoot, sinon eomme moauraie frappée, du moins;comme lingot. Voilà pourquoi La. moaoaâe métaHique est essentiellement une monnaie universelle et Lntematnoaale, tandis que la monnaie dt papier reste eseentielLenji&ntune monn&ie nationale.

â^'Enin la yalenr de la monnaie de papier est généralement pl^ variuàie* que- ceïJe de la monnaie métaHique et cela par la raison que la quanlâté de monnaie de papier dépend de la volonté des hommes, tandis qne 1» qua'ntité- de monnaie métarlliqne ne dépend que de oa^useâ naturetleSy Ji^ savoir la découverte de nouvelles minesi. L'une* est donc émise par les gouvennements^, Tautre par la aatiue. U. est éoac au pouvoir d'un législateur imprévoyant de déprécier la monnaie de- papier en en^ émettant une quantité exagérée,, et le' fait n^est que trop fréquent! tandis qu'il n'est au pouvoir d'aumui gouvernement de déprécier de cette façon la monnaie métallique.

li est vrai< que la découverte de^ mines exceptionnellement riches peut aussi jeter dans le monde, à un moment donné, une quantité coa«dépab>e de métaux précieux, et, paar suite, faire baisser la valeur de la ntonnaie^métallique. U est vrai Kasm qtm lorsqu'une périeds dfi dépression snccède à une période d'activité, la monnaie métailicpie qni & été attirée dans un pays peut se trouver en excès'. Le Sait s'est réalisé plus d'une fois^mai» ces variations n'ontjannais TamptiUide et les fatales conséquences qu'entraîne toute variation dans la quantité de papien-rnooiiaie, parce* qu'elle» s^étendent sur toute la sHciàce: du. mande civrlisé : partout recherchés et reços^ les métaux précieux, s'ils sont en excès dans un pays, ne tardent pas à refluer d'eux-mêmes dans les autres pays, tandis que les crues subites du papier-monnaie — étant toujours renfermées dans les limites d'un pays déterminé, qui forme comme réservoir clos et en dehors duquel elles ne peuvent se déverser — sont désastreuses. Tels sont les inconvénients qui font du papier-monnaie un instrument si imparfait comparativement à la monnaie métallique.

^ Sans doute un billet de la Banque de France peut être accepté à Tétranger par un changeur ou par quiconque connaît la Banque de France et sait ce que vaut sa signature. Mais en ce cas on le reçoit, non comme une monnaie, mais comme un titre' d» créance^ o^es^ft-dire aveo Vintention de se le faire payer — tout comme on aoee^terait aussi par tout pays un billet signé de MM. de Rothschild.

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Mais ajoutons qu'ils pourraient être atténués et même disparaître presque complètement si Ton imaginait une convention internationale conclue entre tous les pays civilisés et par laquelle ils s'engageraient tous :

1^ A donner cours légal à un même papier-monnaie;

2^ A n*en pas augmenter" la quantité, ou à ne l'augmenter que dans une proportion déterminée à Tavance, calculée pour chaque pays, par exemple d'après Taccroissement de sa population.

En ce cas, la valeur du papier-monnaie, quoique toujours conventionnelle, artificielle si Ton veut, néanmoins par le seul fait qu'elle reposer&it syr le consentement unanime des peuples, aurait désormais une asslétlé aussi large et plus stable que la valeur de la monnaie métallique elle-même. Car si, comme nous l'avons dit tantôt, celle-ci est émise par la Nature et celle-là par les Gouvernements, il faut i*emarquer que la Nature est aveugle tandis que les Gouvernements ne doivent pas l'être! Us ont aujourd'hui, comme nous le verrons ci-après, assez de moyens de g^^renyign^T^our pouvoir régler l'émission du papier-monnaie d'après les besoins de la circulation. Dès lors, comme sa quantité serait réglée par les prévisions scientifiques et non plus par le jeu du hasard, il est à croire que sa valeur serait moins sujette à varier. C'est probablement sous cette forme que sera la monnaie de l'avenir.

Le caractère de la monnaie de papier d'être artificielle n'est point du tout un signe d'infériorité :bien au contraire! Le chronomètre est un instrument artificiel pour mesurer les heures, tandis que le soleil est un instrument naturel. Cela n'empêche pas que le premier ne soit, poiir cet usage, fort supérieur au second. C'est la caractéristique même du progrès de remplacer les instruments naturels par des instruments artificiels : le bâton par le fusil, le cheval par la locomotive, la lumière du soleil par la lampe électrique et sa chaleur par le calorifère.

Si la création d*une monnaie de papier équivaut à une création de richesse.

Les hommes qui les premiers ont eu l'idée de créer de la monnaie de papier* se flattaient par là d'accroître la richesse générale, de la même façon que s'ils avaient découvert une mine d'or ou réa-

* Qui a inventé la monnaie de papier? On ne sait. Elle était connue en Chine de temps immémorial et le voyageur Marco Polo au xiv* siècle en avait rapporté la

lise le Grand-QEuvre de la permutation des métaux rêvé par les alchimistes.

Sous cette forme ridée était évidemment absurde, car elle suppose une création de richesses ex nihilo. Et pourtant on Ta trop tournée en ridicule, car il est très vrai que l'émission d'une monnaie de papier peut accroître dans une certaine mesure la quantité de richesses existant dans un pays. Mais de quelle façon ? C'est Adam Smith qui le premier en a donné l'explication. Il fait observer que la monnaie métallique qui circule dans un pays est un capital improductif et que la substitution de la monnaie de papier, en rendant disponible ce capital, permet de l'utiliser et de lui donner un emploi productif. C'est ainsi, dit-il, dans une comparaison restée célèbre, que si Ton trouvait le moyen de voyager dans les airs, on pourrait restituer à la culture et à la production toute la surface du sol occupée par les routes.

La comparaison ingénieuse d'Adam Smith laisse cependant quelque obscurité dans l'esprit. On voit bien clairement que du jour où l'on n'aurait plus besoin des routes ni des chemins de fer, on pourrait défricher le terrain qu'ils occupent et rendre ainsi à la culture et à la production environ 400.000 hectares, rien que pour la France, — mais on ne voit pas aussi clairement ce qu'on pourra faire de la monnaie métallique du jour où l'on aura trouvé le moyen de s'en passer. La fera-t-on fondre pour en faire de la vaisselle ou des pendants d'oreilles ? Le gain sera bien mince. — Non ! mais on l'emploiera en achats ou en placements à l'étranger : voilà le bénéfice. La France a un capital de 7 milliards environ sous forme de monnaie d'or et d'argent. Ce capital énorme ne lui rapporte rien. Supposons qu'on trouve le moyen de le remplacer par du papier : voilà 7 milliards qu'elle pourra placer à l'étranger, soit en achetant des titres de rentes, des actions de chemins de fer, des terres, des

prescription. L'antiquité nous a laissé maints exemples de monnaies, sinon de papier de moios de cuir ou d^une valeur purement conventionnelle, que l'on appelait monnaies obtidionàUa parce qu'elles avaient été en général émises dans des villes assiégées, pour suppléer à la monnaie métallique qui Taisait défaul.

C'est le financier Law qui a fait le premier sur une grande échelle, en \Tl{^ rémission de la monnaie de papier : tout le monde sait à quelle catastrophe aboutit tfoo système. De la monnaie de papier, disons-nous, et non comme on le dit fréquemment de papier- monnaie, car les billets émis par la banque de Law étaient réellement des billets de banque remboursables en monnaie métallique et le furent ea effet jusqu'au jour où l'émission d'actions d'entreprises coloniales en quantité démesurée et d^énormes prêts faits à l'État obligèrent la Banque à établir le cours forcé. Au contraire les assignats de la Révolution, dont nous allons parler, étaient tout à fait du papier- monnaie.

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navires, sAÎt ea renouveiaot son. outillage industrieli ouagmalèf et qui, d'une façon ou de l'autre, pourront lui rapporter 4 (wt' 5 pvO/0, c'est-àniireeiiTiroflk 300 millious de revenns.

Aiosi font œs. familles qui, possédant m» argenterie ou des bijoux d'une valeur eonsidérahle, les remplacent par un métal d'imitatioffl. ou des pierres fausses et,, pour grossir Leurs revenus, réalisent le capÀtaf ainsi investi. Ou encore comme ces partievhers bien avisés* qui,, sachant que l'argent ne rapporte rien aussi long'temps qu'il dort dans leur pèche ou dans leur coffre*fort, ont soin de n'en garder chez eux que le strict nécessaire et de placer tout le reste. Les plus richea sont le plus souvent ceux qui ont le meés» d'argent chez eux. Le paysan économe, a quelque tiroir secret plein de napoléons ou d'écus, mais le millionnaire D'a> pour pajer soD fournisseur^ qu'un carnet de chèques. Les nations peavenrt faire de même. Tandis que la France emploie 7 milliards d& numéraire, TAngleterre, pâua experte eafàit de crédit, se contente' de 3; elle n'en est pas plus pauvre pour cela,, an cooitraiire !

Quand, donc on pose celte question : Peuthil dépendre d'un État ou même des banques,, en émettant du papier-monnaie, d'anignenter réellement la rseheaae du pays ? — il ne faut pas répondre par une négatkou: absolue. En réalité !& chose est faisahle, m&^B seulement jusqu'à cancurrenea de la quantité de monnaie méialitque existante. En remplaçant les 7 milliards de numéraire qu« possède la France par égale somme en billets, l'émission du pnpier^monnaie pourrait en efiet procurer à la France un supplément de richesses de 7 milliards — pas un son de plus, et encore est-ce- Là un maximum théorique, car en fait il serait bien téméraire d'aller jusqu'à cette limite.

11 importe de remarquer encore que si le gain, que; nous venons d'indiquer peut être réalisé par certains pays, il ne sauras^Fètre par tous à la fois. Un pays peut bien utiliser son stock métallique d'une façon productive en l'écoulant à Tétranger, mais si chacun voulait en faire autant, il est clair qu'aucun n*y réussirait. Les espèces d'or et d'argent étant offertes par tows les» pays qui chercheraient à s'en débarrasser et n'étant plus demandées par aucun, deviendraient une marchandise encombrante et désormais sans valeur. C'est en cela que la comparaisond'AdamSmithà notre avis pèche un peu. Car si l'on découvrait le moyeoi de se passer de routes, il en serait autrement : tous les pays à la fois pourraient bénéficier également de Tutilité nouvelle qu'ils trouveraient dans les terrains autrefois consacrés au transport et désormais devenus disponibles.

£t toutefois, même, dans cebte hypothèse d'une monnaie de papier uoivers^e, le genre humain trouverait encore son compte à se passer des métaux précieux. Il économiserait désormais tout le travail qu'il consacre annuellement à entretenir son stock métallique, à convertir les lingots en monnaie, à combler le vide que le fret et les pertes accidentelles y causent chaque jour, et surtout à en maintenir la masse au niveau qu'exigent les besoins d'un commerce et dune population toujours grandissante. Pense- t-on que ce travail-là soit peu de chose? L'extraction des mines, la fonte, le transport, le monnayage, le change, représentent le travail d'au moins 200.000 tcavailleursy toute une armée. Supprimez la nécessité d'employer les métaux précieux et tous ces bras vont devenir dieponibles pour une production nouvelle. La^lorce productive de rhomanité en sera accrue d'autant.

Ed résumé, on voit que la réponse à la question qui fait le titre de ce chapitre est bien différente de celle qju'oa donnait autrefois. Il ne faut plus dire que la monnaie de papier accmU la richesse d'un pays dans la mesure où elle augmente son stock moH^taire^ mais au contraire dans la mesure oà elle permet de le diminuer.

Tel est VaYS^uiàge^ économique que peut procurer rémission du papier-monnaie à un pays. Mais celui-là n'intéresse guère que les économistes et ce n'est pas là le motif qui détermine les gouvernements à émettre du papier-monnaie. Le but qu'ils viseat est plus pratique et plus simple : c'est un avantage financier. Quand un gouvernement se trouve à court d'argent, la création, d'uin papiermonnaie est pour lui un moyen très commode de payer ses fournisseurs, ses fonctionnaires, ses dépenses, sans être obligé d'emprunter et par conséquent sans avoir besoin dépayser d'intérêt. Qaand un gouvemenient est dans cette situation il est probable qu'il ne jouit pas d'un crédit très élevé et que, s'il est forcé d'emprunter, le taux d'intérêt sera très onéreux. Voilà pourquoi le papier-monnaie peut lui procurer en ce cas une économie qui n'est pas à dédaigner. Beaucoup d'États y ont eu. recours et en somme ne s'e» sont pa» mal troQivés, à la condition, bien entendu, de ne pas dépasser dans leurs émissions la limite que nous avons fixée et qui est représentée par la quantité de monnaie métallique en circulation ^ Toute émission qui dépasserait cette limite ne pourrait

1 Peodant la guerre fraooo^aJIenrande, le Gouvernemenl ûraaçaii eut besoin d*argeol : il émit pour LâûO millionB de fr/uiea eo biUets. S*il les araii demaiidés à l'empraDt, il aurjûi dû p«.yer 6 p. 0/0 enviroa, sait 90 nullioas parao. S'il avait voaiu éiBA^tro direatejiwnt ce plaider* Boonnaie iL aorait po ne nea dëbovrser du U)ut, excepté les ff&ie. de fabricatioD. Mais il préféra, aviec grande raison d aillear».

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avoir pour résultat que de déprécier la moDuaie de papier et elle infligerait au pays et à TÉtat lui-même des pertes bien supérieures à l'économie dont nous venons de parler.

in

Des dangers qui résultent de remploi du papier-monnaie et des moyens de les prévenir.

Les avantages que peut procurer la monnaie de papier, soit à un pays, soit à un gouvernement, sont donc réels, mais il se peut qu*ils soient payés bien cher, plus cher peut-être qu'ils ne valent. Voilà pourquoi on a pu dire que le papier-monnaie « est le plus grand fléau des nations; il est au moral ce que la peste est au physique ' ».

Toutefois il est bon de remarquer que ces fâcheux effets sont dus plutôt à Timprudence des gouvernements qu'à la nature même du papier-monnaie. Ils ne se manifestent en eflet que lorsque le gouvernement a voulu franchir la limite que nous avons déjà marquée et émettre de la monnaie de papier en quantité supérieure aux besoins (besoins qu'on peut très suffisamment mesurer par la quantité de monnaie métallique habituellement en circulation). Malheureusement la tentation est grande, pour un gouvernement obéré, de franchir ce cercle fatal : beaucoup Tout fait et ceux-là ont uni par la banqueroute *.

recourir à rialermëdiaire de la Banque de France, en loi payant un droit de commission de 1 p. 0/0, ce qui ne lui coûta que 15 millions par an. Quant au pays, il y gagna lui-môme, parce qu'il ne lui restait qu'une quantité d'argent tout à fait insuffisante en circulaUon, soit qu'il eût été exporté pour les achats d'armes à Tétrasger, soit plutôt qu1l se cachât. L'émission de ces billets Tut donc un bienfait pour tous; et môme la quantité émise resta au-dessous des besoins, puisque plusieurs l>auques privées durent se syndiquer pour émettre de petits billets au-dessous de 5 francs que le public réclamait.

^ Circulaire du 25 octobre 1810 de M. de Montallvet, parlant au nom de Napoléon I".

s Tout le monde connaît la lamentable histoire des assignait qui furent émis par la Convention et le Directoire. Les premiers assignats furent émis en août l7Sft: au début la dépréciation fut assez lente et à la fin de 1791 elle n'était encore que de 8 p. 0/0, mais On 1792 l'assignat de 100 livres était tomt)é à 72 francs et en 1793 il tomba à 22 livres. Il y eut un temps d'arrôt, puis en 1795 il s'effondra à 2 livres et en mars 1796 à ^iO centimes I On sait que ces assignats avaient pourtant pour gage les biens confisqués aux émigrés et à l'Église, mais ils furent émis en quantité infiniment «upérieure à la valeur de ces biens, jusqu'au chiffre extravagant de 45 milliards fr., c*est>à-dire vingt fois probablement la quantité du numéraire existant à cette

Toutefois OD peut dire que, dans Tétat actuel de la science économique, un gouvernement qui franchit la limite est vraiment inexcusable. Il y a en effet des signes certains, familiers à l'économiste et au financier, qui permettent de reconnaître le danger, même à distance, et qui donnent des indications plus sûres que celles que le^ plomb d^^sûodg-QlJLlgs amers peuvent donner au pilote :

i® Le premier, c'est la prime de Vor. Du jour où le papiermonnaie a été émis en quantité exagérée relativement aux besoins, il commence à se déprécier suivant la loi constante des valeurs, et le premier effet de cette dépréciation, le premier signequi la révèle, alors qu'elle n'apparatt point encore aux yeux du public, c'est que la monnaie métallique fait prime. La monnaie métallique n'est point englobée, en effet, dans cette dépréciation commençante de l'instrument monétaire : pourquoi le serait-elle, puisque l'or et l'argent ont conservé partout leur ancienne valeur? Les banquiers et les changeurs commencent à la rechercher pour l'envoyer à rétranger sous forme de lingots et ils paient une petite prime pour se la procurer. Voici alors pour les financiers le moment d'ouvrir l'œil !

2<» Le second, c'est la hausse du change. Les créances payables sur l'étranger, c'est-à-dire les lettres de change, donnent lieu dans toutes les places commerciales du monde à un grand mouvement d'affaires. Elles ont un cours public, comme toute autre marchandise, qui est justement ce qu'on appelle le cours du change. Or, ces

époque! Alors môme que cette émissiou se serait faite en bounes pièces d*or et d'argent, elle n'en aurait pas moins entraîné une dépréciation considérable de la monnaie métallique, puisque celle-ci se serait trouvée vingt fois supérieure aux besoins. On peut penser dès lors quelle dut être la dépréciation d'une simple monnaie de papier I On vit une paire de bottes se vendre 4.700 francs.

Les porteurs d'assignats ne purent même les utiliser qu'en parlie pour l'achat des biens nationaux ou pour le paiement des impôts, car le Gouvernement lui-même ne voulut plus les accepter pour leur valeur nominale mais seulement pour leur valeur c-ilculée d'après des échelles de dépréciation officielle sans cesse renouvelées et décroissantes.

Sans remonter si loin, en 1903, en Colombie, la piastre en papier, qui au pair vaut & francs, est tombée è moins de 5 centimes. Aussi un œuf s'y vendait 2 piastres v; (12 fr. 50) et une mule 30.000 piastres (150.000 fr.} I

L'expérience a démontré que lorsque l'émission de la monnaie de papier est confiée à des banques, au lieu d'être faite directement par le gouvernemenl, elle s'opère en général avec beaucoup plus de mesure et présente beaucoup moins de dangers — parce que les banquiers sont plus vigilants pour défendre leurs intérêts ou du moins cenx de leurs actionnaires que ne l'est le Trésor, hélas ! pour défendre les iotéréts du public. Aussi la plupart des gouvernements ont-ils recours aujourd'hui à ce procédé (voir au chapitre du Crédit, De la diffei^ence entre le billet de bxnque et le papier-monnaie).

ê$ù GOUftS D'ECONOMUS FOLlTiQUE.

cféftDces sur rétranger sont toujouns pajables en or ou en Argent, le plus aouireiit en or, ipnÎBqiie c'est la moaiuuîe intemationak. Si donc la France étaitau ré^me du f^apier-aMonaie et que ce papier fût déprécié, on vennait auoertôt les créâmes sur rétraager, sn^ Londres par exenvple, hausser de prix eoonne Tor lui-même, puisqu'en effet elles iraient de IV»* -^ etquatnd la pièce d'or ferait prime de 2 p. G/0 «et ae vendrait 30 fr. 40, la lettre de change de 25 francs sur Landxies ferait une prime égaie et se Tendrait 25 fr. 30 (voir oi-après /e Change).

S" Le troisième, c'est ht fuite de ia monnaie métadlifue. Si faible ^ue soit la dépréciation de la monnaie de papier, si œUe dépréciation n'est pas ûnmédiateinent conjurée par le retrait du papier en esLcès et si on la laisse se prolonger et s'aggraver, on verra disparaHre le .peu de jononnate métallique qui restait encore. Ce phécomène est tout à fait car-actéristiqae : il s'est manifesté dans tous les pays où Ton a abusé dn régime du papier-^inonnaie, aujound'hui dans toute l'Amérique du Sud (pays de mines d'or ou d'argent cependant!) Nous .l'avons eaipliqué en détail À propos de la loi de Gresham : nous n'y revenons pas (voir p. 323).

4"" Le qoAiriènie, c'est Ja hausse des prix. Il n'apparaît que plus tard et indique que le. mal est déjà grave et qve la limite permise a été beaucoup dépassée. Aussi longtemps, en effet, que la dépréciation du papier-monnaie est faible, par exemple de È ou 3 p. 0/0, les prix ne s'en ressentent guère (excepté le prix des lingots d'or ou d'argent). Le marchand en détail ou môme en gros ne majorera pas le prix de ses marchandises d'une si petite différence, et le ferait-il que le public ne s'en inquiéterait pas. Mais du jour où la dépréciation de lamonnaie de papier atteint iO, 12 ou 15 p. 0/0, alors tous les marchands ou producteurs haussent leurs pi4x proportiemnellement. Le mai, qui jusqu'alors était à l'état latent, fait éruption au dehors et se révèle au grand jour*.

5<) Enfin, il faut remarquer que les anciens prix ne changent pas pour les personnes qui peuvent payer en monnaie métallique, si toutefois U leur en reste encore : celle-ci en effet n'a rien perda de sa valeur, bien au contraire. On assiste donc à un curieux spectacle,

4 Les oommerçants el les producteurs ne sodI pas fâchés d« ùdtiùe iuiusae; «t ils s*y tMibitnent u bien qa*on les voit même s'attacher au régime du papier-rnoonaie et «'opposera son abolition qui aurait pour résoitat de rétablir les imciein prix. Quand les États-Unis étaient au régime du papier-monnaie, il y avait toot ua parti, déatgné sous le nom aaaez significatif d'infitUioniàls, qui faisait Ums les afforts passibles pour le maintenir; et le même parti rerit aujourd'hui •dan« la Eiépufadiqiie Âogentine. Pour l'explication de ce fait, voir p. 316.

LA MONNAIE >HE PAPifiR. »1

eelui dU'dédùwèiemieHt des prix; ciisque ««rcAïasidise se trouve BTûir désormais deux prix, l'osi payable eu imonnaie métallique, Tautne payable en moimaie de papier et (^adiffiércnoe entre les deux nesuoes «at préoisénaiii ki dé|irèciatioii de celtenci.

Sitôt donc qu*ua gDuvBineiiient ceuBlate les si^eB précurseucs, à savoir ia pdme de l or ou ia Hausse du xiiaoge, ^n premier devoir eat de «sfiiulerdire aèsoloment toute âmÎBBioQ nouvelle de papier^niofiaaie :il aiatleint en eflet la limiFtemJaqueile'il fantVarrAter^S*!! a «nie malheur de fat fruichiretfillToit«ae>mBiiilesteren coDséquenoe ies redoutaUeB Bymptùmes d» la «haaiase ^et du dédou- UeiaeAt dae prix, y doit faiire mraohine en amièare et détruire tout le papi6P*iiKinitBie sêm fur et À mesmie qu'ii mitre dans ses caisses, jusqu'à 4» iquHl Taii rameiDé à de justes proportâiea& Mais oe remède bénoïque, fMiisipi'il tnaplique te sacrifice d'une partie des revenus de rfitot, A^'-est pas à âa postée de tous les gouverRemenls. La non* ditiun «tne ^ua wm pour qu'Us puissent l'emploiyer c'est qu'ils aoieat en mesure tie' se paaaer d'ane partie de ienre revends, c'està-dipe iqtt'dls tnouvent des ^excédents dans leurs budgets.

Le chèque.

Si la monnaie de papiter a Tavantage d'^éoonomiser la monnaie métallkpie ce n'-est, comme on peut le voir, qu'aux prix de graves inconvénients et même de grands dangers. Si donc on pouvait trouver quelque moyen d'économiser la monnaie métallique sans recourir à ce dangereux fiubstitut ce serait, certes, un grand bienfait

Or, ce moyen endfilc : il est à la fois plus radical et plus inoffensif. 11 n'expulse pas la monnaie métallique, mais il dispense de s'en servir. C'est le chèque. Les explications que nous allons donner seraient mieux comprises quand nous aurons parlé du crédit, mais pourtant le chapitre sur la monnaie serait incomplet si nous n'indiquions pur quels procédés on arrive aujourd'hui à se passer de monnaie. Le chèque n'est pas, à proprement parler, un instrument de crédit, c'est un instrument de paiement.

C'est en efiet le caractère juridique et économique du chèque

1 Quand, .après Ia guerre de 1870, Id France était sous le régime ôe la monnaie Af, papier et que tout son or passait en Allemagne pour payer Tindemniié de guerre, l'or fit prime un nmnent de 2 V' P* 0/0 (0 fr. 50 pour une pièce d*or de 20 fr.). C'était peu, mais ea/ut assez pour donner Téveil au Gouvernement, et le danger fat conjuré.

352 COURS DÊGONOMIE POLITIQUE.

qu'il suppose toujours une somme d'argent, une provision, comme on dit, chez le banquier. Par là il se distingue des titres de crédit que nous étudierons plus loin, de la lettre de change et même du billet de banque qui ne supposent pas nécessairement une somme égale en argent dans rencaisse de la Banquet

Voici comment les choses se passent en pratique, par exemple en Angleterre. Chaque fois qu'un Anglais a un paiement à faire, même pour ses dépenses courantes, à un fournisseur par exemple, il lui remet un chèque, c'est-à-dire un ordre de payer sur son banquier (cet ordre suppose naturellement un dépôt d'argent fait préalablement chez le banquier). Le fournisseur ne se donne pas la peine d'aller toucher ce chèque, mais il le remet à son propre banquier, et celui-ci, le plus souvent, ne le touche pas davantage. Voici pourquoi. C*est que tous les banquiers, en Angleterre, se trouvant réciproquement créanciers et débiteurs les uns des autres pour des sommes énormes, leurs correspondants à Londres n'ont qu'à s'entendre et àbalancer leurs comptes. C'est justement ce qu'ils font en se réunissant tous les jours dans la Ciearing-House (Chambre de liquidation)', qui date de longtemps, puisqu'elle a commencé ea 1773, et où se règle ainsi par de simples compensations un chiffre de transactions qui s'élève annuellement à près de 350 milliards de francs, soit plus de i milliard de francs par jour M La Chambre

* Néanmoins, en fait, le chèque est sur la limite qui sépare la monnaie du crédit, car souvent il est payé par le banquier alors même que celui-ci n^a pas la somme correspondante au compte de son client, sMI est avec lui en compte-courant. El, en tout cas, le créancier qui reçoit un chèque en paiement fait acte de foi car il n*est jamais sûr qu'il sera payé : il se peut, en effet, que la provision n'existe pas ou que la signature soit fausse ou que le chèque ait été volé.

Le chèque est employé aussi bien aux plus gros paiements qu*aux besoins du ménage. Lors du paiement de Tindemnité de guerre de la Chine au Japon, en 1996, un acompte de 8.250.000 liv. sterling (206 millions fr.) a été payé par Tambassadeur de Chine à lambassadeur du Japon en un simple chèque sur la Banque de Londres sans qu'un penny ail été déplacé, et de même, après la guerre russo-japonaise en 1906, un chèque de 121 millions francs a été remis par Tambassade de Russie à Londres à l'ambassadeur du Japon.

s Ils ne s'y réunissent pas tous, cela va sans dire I mais au nombre de 28 qui viennent y apporter les chèques de tous les autres banquiers leurs correspondants. Chacun inscrit sur son carnet ce qu*il doit et ce qui lui est dû et les différences en sont portées en compte à la Banque d'Angleterre où tout vient se centraliser.

' Le chiffre de ces opérations grandit rapidement, à la fois en raison de i^accroissemenl général de la richesse et de la pratique croissante du chèque :

1871 120 milliards

de eompensatioD de New- York liquide des sommes encore plus colossales (plus de 500 milliards), parce que les opératioDS de Bourse y sont aussi comprises) K Pour régler les différences sur ces énormes opérations on n'a besoin de recourir à la monnaie métalligue que dans des proportions infimes (3 p. 0/0 environ).

Ce système de compensation est facilité par l'emploi très habiuel en Angleterre du chèque barré (crossed), c'est-à-dire qui non seulement ne peut être payé que chez un banquier comme tous les chèques, mais qui ne peut être touché qMQ par un banquier nominativement désigné entre deux barres transversales tracées obliquement sur le chèque. Et ce banquier lui-même ne le touche jamais en argent mais le règle par compensation avec ses confrères. Le chèque barré est donc un chèque qui ne peut servir qu'aux règlements par voie de compensation. Aussi a-t-on pu définir humouristiquement le chèque barré : un chèque fait pour n'être jamais payé. Et la loi allemande de 1908 permet même d'interdire absolument le paiement en espèces du chèque en inscrivant ces mots « à porter en compte ». L*avantage de ce chèque c'est qu'il ne peut servir à personne autre qu'au banquier dont il porte le nom et à ses clients qui ont un compte courant ouvert chez lui; et par conséquent peu importe qu'il soit volé ou perdu puisque le possesseur illégitime ne saurait qu'en faire — à moins de supposer qu'il se trouvât être lui-même un client du banquier désigné pour le toucher et qu'il eût l'audace de le faire porter à son compte! Même en ce cas là fraude serait vite découverte.

En France l'usage du chèque est encore peu répandu et bien moins encore celui du chèque barré. Le chèque est très employé dans les affaires, mais peu dans les dépenses quotidiennes. C'est que le Français de classe moyenne a Thabitude de garder chez lui ses valeurs, de toucher directement les coupons, et de payer luimême ses fournisseurs. Il n*a donc pas besoin de chèques. Du reste l'usage du chèque implique une certaine éducation du public : un fournisseur ne peut accepter un chèque en paiement que d'une personne honorable, car rien ne lui garantit qu'il sera payé.

On peut même aller plus loin et supprimer le chèque. Supposons

1 Eq France, les compensations ne son', employées que sur une bien moindre cheSle. Cependant la Banque de France délivre à ceux de ses clients, spécialement aaz banquiers, qui veuleot user de ce mode de paiement par compensation, des chèques d'une espèce spéciale qu'on appelle mandata rouget, pour plus de 200 milliards annuellement (214 milliards en 1909). ^ Il y a aussi d'ailleurs une Chambre de compensation à Paris, mais elle ne fait guère qu'une trentaine de mîniards fr. de compensations.

Gina. — Cours. 23

que tous les Frauçais sans exception aient un compte ouvert dans une même maison de banque qui sera chargée d'encaisser, pour chacun de ses clients, toutes leurs recettes qu'elle inscrira à leur cré* dity et de régler pour eux toutes leurs dépenses qu'elle inscrira à leur débit. Dans une semblable organisation on pourrait supprimer la monnaie jusqu'au dernier centime. Toutes les fois que jeferais un achat, au lieu de payer mon fournisseur, je me bornerais à dire à la Banque d'inscrire la somme due h mon débit, et au crédit du marchand : celui-ci à son tour, toutes les fois qu'il aurait acheté des fournitures quelconques, ferait de même. Si, au lieu de solder des dépenses, j'avais à faire un placement, on procéderait de la même façon : la Banque porterait à mon débit la somme représentant la valeur du titre acheté, et une valeur égale au crédit de la Compagnie qui l'a émis ou du précédent titulaire qui me l'a vendu. A la fin de l'année, la Banque enverrait à chacun son compte. 11 se solderait par une balance, soit en faveur de la Banque, soit en faveur du client. On reporterait ce solde pour l'année suivante, soit au débit du client dans le premier cas, soit à son crédit dans le second cas, et ainsi de suite. Il est clair qu'en généralisant ce système on pourrait théoriquement régler la totalité des transactions par de simples règlements d'écritures, par des virements de parties, comme Ton dit. Et on ne verrait plus cette armée de garçons de recettes coiffés d'un bicorne, et avec un portefeuille attaché par une chatnette, qui vont toucher les traites à domicile et se font de temps en temps assassiner !

Et en somme une telle Banque ne serait pas très différente de celle queProudhon avait rêvée et essayé de réaliser dans sa fameuse Banque d'Echange ^

Si l'hypothèse de tous les Français clients d'une même banque, disons de la Banque de France, paraît peu réalisable, il y a du moins un établissement national dont tous les Français sont nécessairement les clients et qui pourrait peut-être jouer ce rôle. C'est l'Administration des Postes qui, par ses bureaux dans chaque commune et d'ailleurs par ses facteurs à domicile, va partout et reçoit de chacun. On a songé précisément à mettre à profit cette situation unique pour faire jouer à la Poste le rôle de banquier universel. Pour cela il suffirait qu'elle ouvrît un compte courant à quiconque le demanderait et lui remît en même temps un carnet de chèques.

* Voir Hiatoire deê Doctrines Économiques par Gide et RisL Seulemealce qui faisait l'utopie de la Banqae de ProudhoQ c'est qu'elle De se bornait pas à balancer des opérations commerciales déjà réglées et soldées par des chèques, mais des opérations DOD encore réglées, sous la forme de lettres de change, et par cooiéqoant avec tous les risques d'insolvabilité.

LA MONNAIE 0E PAPIEK. 955

Dès lors, pCMir eflecttier un paiement cpielconque, il sulfiirait que le débiteur versât aa bureau le pvlus proche la somme due au nom du créanerier, et la Poste se chargerait de T inscrire au crédit du compte de celul^ci. Sileoréaneier n'avuit pas encore de comtpte courant à ta Poste, eu ce cas le débiteur lui enverrait on chèque quie celui-ci tou^ obérait ooimne um mandat-poste ordinaire^ Ce système pourrait donc eu théorie réaliser parfaitement U suppressiofi de la noonmaie comme instrument d'échange, et en attendant elle rendrait de grands services ne fût-ce que pour remplacer les ennuyeuses et onéreuses présentations à domicile des innombrables quittances pour cotisations, abonnementSy factures, etc. ^

Comment les perfectionnements de rechange tendent à nous ramener au troc.

L'évolution que nous venons de retracer nous a montré d'abord la monnaie métallique de plus en plus éliminée par la monnaie de papier, billet de banque ou chèqpie '. Mais ce» instruments de crédit

:* Ceci n'est pas un rève^ Le régime du chèque postal est déjà réalisé en Autricbe- HoDgrie, eo Suisse et ea Allemagoe, et un projet de loi a été déposé pour l'adopter en France. Comme on peut le penser, les adversaires de l'intervention de l'Etat ne voient pets d'un bon œil cette nouvelle fonction de banquier universel que va assumer l'Etat. Ils estiment que l'Administration des Postes a déjà assez de mal à suffire à sa fcttctiod propre sans lui en annexer une autre si énorme qui exigera une armée d'employés — bientôt syndiqués et peut-être grévistes !

Il ne faut pas oublier que la Poste est déjà Caisse d'Epargne. Et précisément les Caisses d^Epargne privées redoutent que cette nouvelle caisse ne leur fasse concurrence — d'autant plus que celle-ci ne comporterait pas la limitation des versements k t.50O fr. Cette concurrence serait évitée si les fonds déposés à cette banque postale ne bénéfieiaient d'aucun intérêt ou seulement d'un intérêt très minime comme celui alloué aux dépAts dans les banques ordinaires, par exemple 1/2 p. 0/0. Mais le projet de loi français, imitant d'ailleurs l'Aulriche-Uongrie, alloue un taux de 2 p. 0/0. El ceci paraît sans raison puisqu'il ne s'agit que d'un argent déposé eo vue de paiements à faire, comme celui qui dort dan» notre coffre- fbrt.

^ Déjà même eu France il résulte des enquêtes monétaires faites périodiquement par le minstre des Finances que sur 100 fr. de paiements il y en a en moyenne 87,4 eo billets et seulement 12,6 en monnaie métallique; et pourtant ce n'est pas faute d'or, comme dans d'autres pays, puisqu'il y a plus de 3 1/2 milliards d'or dans l'encaisse de kt Banque de France : mais on préfère l'y laisser. Aux États-Unis, quoique 1*0F ne manque pas, on préfère aussi se servir de biliets et mtaie il y a un projet de loi à l'ordre do jour d'après lequel la Monnaie ne frapperait plus « d'aigles » d'or, mais délivrerait amplement à ceux qui apporteraient des lingots des » certificats d*or »^ Ou ferait ainsi l'économie du monnayage et on ne ferait que se conformer par là aux habitudes du public.

supposeat encore l'existence de la monnaie métallique cachée dans les encaisses des banques. Dans tout règlement fait avec des billets de banque ou des chèques, la monnaie métallique figure derrière la coulisse, invisible et présente.^Mais l'évolution économique nous mène plus loin quand elle n'emploie plus pour régler les comptes que des virements et des compensations. Elle tend, alors comme l'avait remarqué Stanley Jevons, en supprimant complètement l'instrument des échanges, à nous ramener à rechange direct de marchandises contre marchandises, c*est-à-dire, en somme, au troc. Il y a, en effet, dans les procédés savants et compliqués qui constituent le dernier mot du progrès économique, une curieuse ressemblance avec les procédés primitifs des sociétés encore barbares. Ce n'est pas la première fois que l'on signale dans le développement historique des peuples cette marche singulière de l'esprit humain qui, parvenu au terme de sa carrière, semble revenir tout près de son point de départ, ayant décrit ainsi, sinon un de ces grands cercles qui avaient si fort frappé l'imagination de Yico, du moins une courbe en forme de spirale ascensionnelle ^

C'est bien à une sorte de troc que l'on arriverait dans l'hypothèse que nous avons supposée, celle où tous les habitants d'un pays seraient clients d'une même banque : ce régime social, où nul n'aurait plus besoin de monnaie, ne pourrait s'expliquer que parce que chacun paierait les produits ou les services qu'il consommerait avec ses propres produits ou ses propres services.

C'est bien une sorte de troc qui est réalisé dans cette merveiU leuse institution du Clearing-Housey car ces liasses monstrueuses de chèques, lettresde change, effets de commerce, qui sontéchangés et compensés chaque jour, ne sont que les signes représentatifs de monceaux décaisses, de ballots, de barriques, qui ont été échangés en nature et, pour qui sait regarder derrière les coulisses, le Clearing 'House apparaît comme un grandiose marché analogue à ceux des peuplades africaines ou des cités disparues, avec cette seule différence qu'au lieu d'échanger des marchandises en nature on échange les titres qui les représentent.

t C'est UQ phéDomène analogue à celui qui teod à supprimer le marcband pour revenir à la mise en contact du producteur et du consommateur (voir p. 2%).

On pourrait en trouver dans les autres sciences sociales bien d autres exemples non moins curieux : — le Formalisme littéral des législations primitives tend à revivre dans les législations avancées, sous forme de mentions inscrites sur des régi?* très; — le gouvernement direct par le peuple des cités antiques reparaît dans le référendum des Constitutions modernes; — le service militaire obi igdloire pour tous les citoyens nous ramène au régime qui a précédé l'institution des armées permanentes, etc.

Et, comme nous leverroQsdaus le chapitre suivant, le commerce iatemational entre deux pays tend toujours à prendre la forme du troc : chacun (end à importer autant qu'il exporte et vice versa.

II est vrai que si les métaux précieux perdent leur fonction d'instruments d'échange, ils conservent toutefois leur autre fonction de mesure des valeurs, car il est clair que la valeur de tous ces papiers, billets de banque, etc., repose en fin de compte sur la monnaie métallique. Seulement cette base devient chaque jour de plus en plus étroite relativement à l'énorme édifice que le crédit bâtit sur elle. €*est, comme on l'a dit, une pyramide grandissante qui repose sur le sommet, ou une toupie tournant avec une rapidité vertigineuse sur une pointe de métal immobile, et dans ces conditions l'équilibre paraît terriblemenl instable. Dès que la toupie cesse de tourner, elle tombe î

Et il n'est pas dit que même comme mesure des valeurs, les métaux précieux ne perdent un jour leur antique privilège. On peut très bien concevoir un état social dans lequel l'unité de valeur servant à régler les comptes serait purement nominale et ne correspondrait à aucune pièce existante dans la circulation. On peut trouver dans l'histoire bien des monnaies de compte de ce genre, à commencer par le marc banco des banques du Moyen âge, la livre tournois de l'ancien régime en France, ou la guinée des Anglais aujourd'hui.

Et c'est seulement quand la monnaie sera devenue une pure abstraction que Tétat social que nous avons indiqué dans le chapitre précédent — celui où tous les rapports économiques entre les hommes seront réglés par de simples écritures, par l'entremise d'une caisse unique où tous les habitants d'un pays auraient un compte courant — pourra être pleinement réalisé \

* Cet état social éventuel a Tait Tobjet, sdus le aom de [Comptabiligme social, d'études intéressantes publiées par MM. Solvay, Hector Denis et de Greef, dars les Annales de VlnstUut des Sciences sociales de Bruxel les, 1897.

Il est indispensable pour comprendre ce chapitre de se reporter à celui qui figure au Ch. du Crédit sous ce titre : Comment le crédit permet de supprimer le paiement en argent.

358 COURS D'ÉOONOMiE POLITIQUE.

Ce qu'il faut eAtendre par lialaAc» du commerce.

Oq appelle balance du commerce le rapport qui existe entre la valeur des ixnportatioas et celle des exportatioos. Si nous consultons les statistiques des exportations et des importations nous voyons que cette égalité n'existe presque jamais : la balance du commerce penche tantôt du côté des importations, tantôt du côté des exportations : toutefois le premier cas est le plus fréquent.

Prenons pour exemple la France. Voici les chiffres du commerce delaFranoe (commerce spécial) Mans les cinq dernières années:

Exportations. 4.867 niltiooB.

1906... Importations

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