‹ Cours d'économie politiqueChapitre 28 sur 56 · millions · texte numérisé non relu

millions

Total

On voit que les chiffres des importations et exportations ne diffèrent pas beaucoup : généralement les premières l'emportent.

I On entend par commerce général le mouvement de toutes les marchandises qui eolrenl en France ou en sortent, ne fût-ce qu'en passant, et par commerce spécial seulement le mouvement des marchandises qui ont été produites à Finierieur ou qui sont destinées à la consommation intérieure : il ne comprend donc ni les marchandises en transit, ni les admissions temporaires. Le commerce spécial est nécessairement inférieur au commerce général : cette différence, pour la France, va de 2 à 3 milliards, elle est plus considérable dans dautres pays à raison de leur situation géographique : en Belgique ou en Suisse, par exemple. Mais dans les statistiques on ne fait figurer ordinairement que les chiffres du commerce spécial.

Les valeurs des marchandises exportées el importées qui servent de base à cas statistiques sont fixées chaque année par une Commission spéciale composée de négociants. Les variations des quantités ne correspondent donc pas toujours aux variations des valeurs; il en résulte que si les prix haussent, le commerce parait augmenter, sans que le mouvement des marchandises ait changé.

■ • Exceptionnellement en 1905 ce sont les exportations qui Tont

emporté.

Néanmoins il résuite donc de ces chiflres que dans une période de cinq ans seulement, la France a acheté à l'étranger pour 2.(M7 millions fr. de marchandises de plus qu'elle ne lui en a vendu, ce qui représente un excédent annuel des importations sur les exportations de plus de 400 millions ^

Faut-il conclure de ces chiffres que la France est obligée de payer tous les ans à Tétranger environ 400 millions en monnaie par an? Ce n'est pas probable, car il est facile de constater par l'observation la plus superficielle que la quantité de monnaie en circulation ne paraft pas avoir sensiblement diminué. Mieux que cela! elle a augmenté. En effet, les mêmes douanes qui enregistrent les exportations et les importations de marchandises, enregistrent aussi les entrées et les sorties de métaux précieux. Or voici les chiffres relatifs à ia même période pour Tor entré et sorti».

780 millioDB. Sorties. . . 131 milIionB.

Le stock numéraire de la France s'est donc accru^ durant cette

t Voici, comme terme de comparaison, les chiffres ci-dessous (qui sont ceux donnés dans la 4** édition de ce livre) :

ImportAtioiii. Bzportatlooa.

1876 3.988 millions. 8.576 mniions.

Total 21.462 — 16.891 -

En comparant ces deux périodes quinquennales, à trente années de distance, on remarquera : l^' qne l'ensemble du commerce (exportations et importations) a considérablement augmenté : de 43 p. 0/0 environ; — 2« que l'accroissement est beaucoup plus sraod sur les exportations (57 p. 0/0) que sur les importations (32 p. 0/0) ; ~ 3« que par coAaéqaent la balance da commerce est devenue beaucoup moins défavorabie (dans ie «ens que noos allons définir) : 2.019 millions d'excédent desimportatioD0 seulement au lien de 4.571.

* Nous ne donnons que les chiffres de l'or parce que c'est la monnaie interoaliooale et ia seule dont l'accroissement ou ia diminution aient de l'importance pour on pays. Mais d'ailleurB si on faisait entrer en compte l'argent, les résultats ci- dessus ne seraient pas sensiblement modifiés.

Entrées...

même période, de 2.433 millions, soit près de 500 millioas par an î

^t donc précisément l'inverse * !

Si nous prenions TAngleterre, les chiffres seraient plus surprenants encore. L'excédent annuel des importations sur les exportations atteint régulièrement 3 à 4 milliards fr. *, c'est-à-dire que six mois devraient sufQre pour enlever tout le numéraire de l'Angleterre, car il ne dépasse guère trois milliards de francs t II n'en est pourtantrien et nous voyons au contraire, là comme en France, les entrées de numéraire dépasser ordinairement les sorties.

Quel est donc le mot de l'énigme ? Celui-ci tout simplement : pour savoir si un pays exportera ou importera du numéraire ce n'est point uniquement la balance de ses exportations et de ses importations qu'il faut considérer, comme on le fait généralement dans le public, mais la balance de ses créances et de ses dettes. Or, la balance des comptes n'est pas la même que la balance du commerce : les exportations constituent bien une créance sur l'étranger et même la principale, mais il peut exister d'autres moyens de se procurer de Tor : les importations constituent bien aussi la principale dette vis-à-vis de l'étranger, mais elle n'est pas la seule.

Et quelles sont donc ces créances ou ces dettes internationales

4 Sans doute, les relevés de la douane ae sont pas exacts : la monnaie que les voyageurs portent sur eux, par exemple, n*y Gguraot pas. Mais les erreurs ou omissions devant être à peu près les mêmes pour les entrées et les sorties, le rapport entre les deux termes n*en doit pas ôtre sensiblement modifié. ^

D'ailleurs, la même preuve est fournie aussi par les encaisses des banques, par exemple, celle de la Banque de France, qui n a cessé de monter depuis 30 ans et a passé de 2 milliards fr. à 4 % milliards. A ne prendre même que rencaisse or elle apassé de 1.880 millions (en 1899) à 3.500 (en 1909) soit plus de i.600millions d'accroissement dans ces dix dernières années.

s Voici les chiffres du commerce de l'Angleterre pour les trois dernières années : chiffres du Boardof Trade ~ commerce spécial (la livre sterling comptée au pair de 25 fr. 22) :

1907 Importations... 13.96S ExporUtions. . . 10.744

Ainsi dans cette période de trois années seulement, l'excédent des importations est de près de 11 milliards de francs; et si nous avions pris les chiffres du commerce général c'eût été plus de 17 milliards francs, ce qui représente cinq fois fa valeur des monnaies existant en Angleterre, laquelle n>st pas évaluée à pins de 3.500 millions.

C'est le cas de TAllemagne et de la plupart des pays. Il n'y a guère que la Russie, les États-Unis, la République Argentine, dans lesquels les exportatioDs dépassent notablement les importations.

distinctes des exportations et des importations, que l'on a appelées très bien les exportations ou importations invisibles?

Elles sont nombreuses ^ voici les principales :

i*Les/raw de transport des marchandises exportées, c'est-àdire le fret et l'assurance. — Si le pays qui exporte fait lui-même le transport de ses marchandises, ce qui n'est pas toujours le cas, il acquiert une créance sur l'étranger qui assurément ne figurera pas dans les exportations, puisqu'elle ne prend naissance qu'après que la marchandise est sortie du port et en route pour sa destination. Un pays comme TAnglcterre a de ce chef une créance énorme sur l'étranger : elle a été évaluée par le Board of Trade à 2.255 millions fr. par an. Non seulement en effet l'Angleterre transporte la totalité de ses propres marchandises, mais encore la plus grande partie des marchandises des autres pays, et naturellement elle ne le fait pas gratis'.

La France au contraire a, de ce chef, une dette évaluée à 300 ou 400 millions de francs. Comme nous Tavons vu en effet (p. 276) elle ne transporte guère^ sur ses propres navires que le quart du tonnag^e de ses exportations et importations par voie de mer.

2* Les intérêts des capitaux placés à V étranger. — Les pays riches placent à l'étranger une grande partie de leurs épargnes et,

* Mais il faut se garder d*y faire figurer, comme le font parfois les traités d*éco- ■omie politique, les profits des exportateors. Ces profits sont déjà comptés dans la valeur des exportations et cela ferait donc double emploi. Cette valeur est fixée par une commission dite Commission des valeurs en douane^ d*après le cours des marchandises; or, ce cours correspond au prix de vente et comprend naturellement les profits des fabricants.

> Cette majoration, dont les frais de transport surchargent la valeur des marchandises, explique le fait suivant qui au premier abord, parait inexplicable. Si on fait le total des exportations et des importations de tous les pays du monde, on constate une supériorité constante des importations sur les exportations. C'est ainsi que, diaprés l'Office de Statistique universelle d'Anvers en 1904, la valeur totale des importations du monde était de 67 milliard fr., tandis que la valeur totale des exportations n'était que de 63 milliards, soit 4 milliards de moins. Or si, au lieu de comparer les valetkrs des marchandises entrées et sorties, on comparait leurs quantités^ il est bien évident que les deux totaux seraient égaux, car il est clair qa*ti ne peut pas y avoir de par le monde plus de marchaa%dises entrées que sorties^ à moins de supposer qu'elles se multiplient en route I Tout au contraire, comme nne partie se perd en route par le fait des naufrages et déchets, il est certain que les marchandises arrivées doivent être un peu inférieures en quantité aux marchandises expédiées. Mais puisque, au lieu de considérer les quantités, on considère les valeurs et puisque ces valeurs grossissent en route précisément k cause des frais de route, il n'est pas étonnant que les marchandises importées, c'est-à-dire rendues à destination, représentent une valeur plus considérable que les marchandises exportées, c'est-à-dire prises au point de départ.

de ce chef, ont à toocher an dehors tous les ans des sommes très considérables en coupons de rentes, d'actions ou d'obligations, ou même sous forme de fermages ou de profits d'entreprises industrielles ou commerciales. On évalue ainsi à plus de 4 milliards fr. le tribut que l'Angleterre prélève de ce chef sur l'étranger ou sur ses propres colonies. Non seulementc'est sur la place de Londres que les Indes et les colonies d'Australasteont négocié la presque totalité de leurs emprunts, mais encore que d'entreprises les Anglais dirigent ou commanditent dans le monde entier 1 Us se sont rendus acquéreurs aux États-Unis de terrains dont la superficie est évaluée à 8 millions d'hectares, la superficie de l'Irlande! La France aussi a des créances considérables sur l'étranger. D'après une évaiuatioa officielle datant déjà de quelques années, elles s'élèvent à près de 30 milliards de francs en capital et à 1.134 millions en revenus : mais ce chifi're doit être majoré considérablement, c'est aujourd'hui au moins 1 % milliard de revenu annuel.

L'Allemagne aussi est créancière de ce chef, mais pour une somme pix)bablement inférieure, non qu'elle soit moins riche, mais parce qu'elle épargne moins ou du moins trouve chez elle plus facilement l'emploi de ses épargnes. Néanmoins ses placements au dehors augmentent rapidement.

Au contraire, la Russie ' , l'Espagne, la Turquie, l'Egypte, les Indes, les républiques de l'Amérique du Sud, figurent à ce cjhapitre comme débitrices. c ^'^ ' ''

Toutefois remarquez que lorsque les pays .obérés émettent un emprunt — et aussi longtemps que cet emprunt n'est pas entièrement souscrit — les rôles sont renversés : ce sont eux qui deviennent momentanément créanciers des pays qui ont à leur envoyer des fonds, et ce sont ceux-ci qui sont constitués leurs débiteurs. Tous les ans la France fait des placements nouveaux à l'étranger et doit par conséquent envoyer de l'or qui est à déduire de celui qu'elle fait venir pour les intérêts de ses placements anciens. Il peut y avoir telle année où elle ait plus de numéraire à envoyer qu'à recevoir.

3° Les dépenses faites par les étrangers résidant dans le pays. — Comme l'argent qu'ils dépensent n'est pas le produit de leur travail, mais qu'ils le tirent de leurs terres ou des capitaux placés dans leur pays d'origine, il y a là, pour tout pays fréquenté par de riches étrangers, un courant de créances continu. Elles ont été éva-

iLa Russe doit payera PétraDger, surtout à la France, 700 millions d^iatérét pour ses emprunts, plus une centaine de millions de dividendes pour les entreprises industrielles commanditées par des capitalistes étrangers.

L'ÉCHANGE INTERNATIONAL. 36t

iuées à 330 millioas fr. pour lltalie, à âOOmillions fr. pour la Suisse. Elles doivent s'élever au moins à 300 millions fr. pour La FrADce, qui héberge à Paris, à I^ice, à Pau, etc. , un aoxnbre considérable de rentiers étrangers ^

Au <:ontraira, les États-Unis» rAngleterre et la Russie, sont débitrices de ce chef de centaines de millions. C'est comme un prix de pension que ces pays ont à payer pour leurs nationaux.

4'' Les commissions des banquiers quand ils étendent leurs opérations à Tétranger, — Des places comiue celles de Londres, de Paris ou de Berlin, reçoivent des ordres et font des opérations pour le monde entier, et, comme elles ne les font pas gratis, elles sont créanciières de ce chef de sommes considérables.

S** La vente des navires. — Les navires achetés ne figurent pas sur les registres des douanes, pas plus à rentrée qu'à la sortie. Or, TAngleterre, qui construit des navires pour tous les pays, est créancière de ce chef d'une somme énorme, tandis que la Franx^e à cet égard est plutôt débitrice.

Si l'on pouvait connaître assez exactement le montant des créances, et des dettes de chAque pays — y compris, bien enteodu, les exportations et les importations — on saurait quel est le solde qui reste au crédit ou au débit de chaque pays, et on verrait que la ^

quantité de numéraire qui entre ou qui sort est égale à «ce soldet iM*^^^

Ainsi pour la France puisque dans ces cinq dernières années elle a en un excédent annuel d'importations de 400 millions, et que néanmoins elle a touché annueUement environ 500 miilions fir. en numéraire, c'est donc que la balance de see créances et de ses dettes sur l'étranger lui laisse un solde créditeur de 400+ 300 = 900 millions fr.

Comment se maintient la balance des comptes.

Abandonnons donc la vieille et absurde idée — encore souvent ressassée dans des journaux importants — qu'un pays marche à sa ruine quand il importe plus qu'il n'exporte. Mais la question n'est que déplacée, car, remplaçant alors les mots « balance du com-

* Oa inscrit à Paris, dans 1^ bûtels et maisoDs meublées, de 4 à 500.000 étran- ^ers chaque année (550.000 en 1900, année de TExposition}. Admettoas que lous les étrangers qui viennent en France figurent dans ce nombre, quoique en réalité il y en ût qui ne passent pas par Paris. Admettons que chacun d'eux dépense en moTenneSOO fr. pour son séjour^ hypothèse très inférieure à la réalité, car il en est qui dépensent cette somme chaque jour — cela ferait tout de même 250 miilions fr.

364 CODRS DÉCONOMIE POLITIQUE

merce » par ceux de a balance des comptes », nous devons la formuler ainsi : un pays ne risque-t-il pas de se ruiner quand, tout compte fait, il a plus à payer à l'étranger qu'à en recevoir ?

A celte question les économistes de Técoleclassique répondaient hardiment non ! Et ils donnaient, àTit|^ui de leur dire, une très élégante démonstration.

Supposons qu'il s'agisse de la France.

Admettons que le manque d'équilibre entre les créances et les dettes entraîne un drainage continu du numéraire. La fuite du numéraire aura pour effet, pour autant que la théorie quantitative de la monnaie est vraie (voir ci-dessus, p. 249), l'accroissement de valeur de la monnaie et, par voie de conséquence, une baisse générale des prix. Mais si les prix baissent ce sera un grand stimulant pour l'exportation, puisque les étrangers auront tout avantage à venir faire leurs achats chez nous — le commerce acheteur court toujours au meilleur marché ; — et ce sera du même coup un frein énergique à l'importation puisque les étrangers ne trouveront plus profit à venir vendre chez nous et que nos nationaux pourront s'approvisionner désormais à meilleur compte en France : oq ne voit guère les marchandises aller des endroits où elles sont chères aux endroits où elles sont bon marché, pas plus qu'on ne voit les fleuves remonter vers leurs sources ! En fin de compte, cette situation doit tendre au relèvement des exportations et à la réduction des importations. Voilà précisément le remède qui convient à la situation. Et le numéraire reviendra comme il était parti.

Supposez que la France en vienne à émettre du papier-monnaie pour remplacer son numéraire, même résultat et accentué. La monnaie métallique fera prime et une prime d'autant plus forte que l'on a émis plus de papier-monnaie. Alors les producteurs français trouveront un grand avantage à vendre à l'étranger puisqu'ils seront payés avec une monnaie qui fait prime et que cette prime leur procure un bénéfice. L'exportation sera donc fortement stimulée. Et réciproquement l'importation sera découragée, car les étrangers n'aiment pas à vendre dans un pays à monnaie de papier dépréciée, ou, s'ils le font, ils ne pourront le faire qu'en élevant leurs prix, ce qui aura également pour effet de restreindre leur clientèle.

Il n'est même pas besoin d'attendre que la baisse des prix se soit réalisée pour que le courant des importations et des exportations se renverse : un mécanisme plus subtil devance ce moment. C'est la hausse du change qui produit les mêmes effets : stimuler les exportations et restreindre les importations (voir ci-après Le Change).

En résumé, il y a un jeu automatique dans la balance des comptes qui lui permet de reprendre d*elle-méme la position d'équilibre quand elle s'en est écartée — comme ces régulateurs des machines à vapeur qui tendent à rajoa&per toujours la vitesse de la machine à sa position d'équilibre. iLe courant ne peut jamais persister dans le même sens, pas plus qu'un courant de marée : tôt ou tard il se renverse et, après avoir emporté le numéraire, il le rapport^.

C'est Ricardo qui a donné à cette démonstration une formule très frappante en disant que Véchange international tend toujours à prendre la forme du troc — comme chez les sauvages, sauf, bien entendu, la supériorité des procédés employés. Toute dette vis-à-vis d'un pays étranger, dit-il, est payée par une exportation de marchandises vers ce même pays : et, réciproquement, toute créance sur un pays étranger est payée par une importation de marchandises de ce même pays, tout comme si la monnaie n'existait pas*.

Et mieux encore I dit-on, l'expérience a démontré que toutes les fois que, à la suite d'un traité de commerce ou par toute autre cause, un pays a vu ses importations augmenter dans une forte proportion, il n'a jamais manqué de voir ses exportations augmenter parallèlement. Et réciproquement si^ par le moyen d*un tarif protectionniste, il réussit à diminuer ses importations, il doit s'attendre avoir diminuer proportionnellement ses exportations*.

Cette théorie trouve certainement une confirmation dans les faits, puisque les statistiques démontrent que le numéraire n'intervient que pour une très faible part danp le règlement du commerce

1 CepeQdaot M. Herckenraib, daos la traduction hollandaise, fait remarquer qu& pour les pays, comme pour les individus, réchange ne se fait pas toujours marchandise contre marchandise^ mais peut se faire marchandise contre service ou vice versa. Gela est vrai : lorsque, par exemple, la Suisse donne, en échange de l'argeot des touristes, la vue de ses cascades, ou Tltalie celle de ses tableaux, ces pays n'ont besoin de fournir aucune marchandise comme contre-partie. Il faut donc prendre le mot de troc dans le sens le plus large comme embrassant les services aassi bien que les marchandises.

* Toutes choses égales d'ailleurs, faut-il avoir soin d*^outer, car il ne faudrait pas eo conclure que dans Thistoire commerciale d'un pays les courbes des exportations et des importations restent nécessairement parallèles. Pour la France notamment dorant le second Empire, de 1849 à 18d6, les exportations dépassaient les importations de 2 à 300 millions francs par an. De 1867 à 1905 ce sont au contraire les importations qui ont dépassé les exportations : la différence maximum a été de 1.565 millions en 4880. Depuis 1905 Téquilibre tend à se rétablir avec quelques OâcillatioDS, et les protectionnistes Tattribuent avec orgueil au régime douanier de

tf/<

3m COURS DnÊCOWOMIE POLFTFQtrE.

interna tiooal — 6 à 7 p. 0/0 enviroop*. Il faut donc bien adta-ettre qa^ ïa balance d«s comptes se règle d'elle-m^me et que créances et dettes tendient à s'éqiiilibrer. G'est ce que, dans VéeeAe de Bastrat, on appelait <t une harmoine économique ».

Néanmioins aujourd'hui on n'est pas si affirmatrf et o^B' admet ptatôt que c'est une situation' fâcheuse pour un pays que d'avoir — nous ne disovis plus une balance du commerce défarorabie, ce qui, en effet, ne signifie rien — mais une balance des comptes qui le constitue débiteur de l'étranger.

En effet la diminution de son stock monétaire implique rm appauvrissement, sinon en soi, du moins relativement aux autres pays; — et la baisse des prix, avec: la baisse des salaires qui en résultera, en admettant qu'elle soit le remède, n^'en est pas moins un mal aussi : tous les producteurs en savent quelque chose.

D'autre part ce soMe débiteur, en dehors même de ses conséquences, est souvent la révélation d'une situation fâcheuse : — soit que le pays ne peut suffire à ses besoins ni payer avec son travail ce qu'il demande à l'étranger; — soit qu'il doit payer tribut à des citoyens absentéistcs qui vont manger leurs revenus au dehors. [j^ Et si, pour remplacer le numéraire qui s'en va, le pays émet du '/' papier-monnaie, le voilà sur la ^éhfe'qui le conduit à la bangiierou4^. Et le pire sera si le pays, n'ayant pas d'argent pour payer le solde débiteur, emprunte pour s'acquitter, comme ces fils de famille qui font renouveler à chaque échéance les billets qu'ils ont souscrits! Alors il marche à la banqueroute. Telle' a été l'histoire de plus d'un État. • /

^ Voici pour la France, mis en regard, le mouvement des marchandises et celui des métaux précieux des trois dernières années, exportations et importation»

réunies :

Marchandlaeg. Métaox précieux.

1907 11 .819 millions fr. 599 millions fr.

Le« métaux précieux ne représentent que 6,4 p. 0/0. Et comme les lingots sooi compris dans la même statistique que la monnaie et qu'une grande partie àe ces lingots est destinée à des emplois industriels et constitue par conséquent uoe véritable marchandise, il ne faut compter que les deux tiers de ces chiffre» pour If mouvement de la monnaie proprement dite : donc 1 milliard 1 /? de monnaie environ contre 34 milliards de marchandises, soit 4 p. 0/0 seulement.

L ÉHANGE INTERNATIONAL. 367

En quoi consistent les avantages de réchange international.

Les arantages dn commerce internatioaal ont été appréciés, chose bizarre, à deux points de vue précisément inverses! ^

L'écote classique pose en principe :

1** Que réchange international est nécessairement avantageux aux deux pays, car, s'il ne Tétait pas, pourquoi se ferait-il? Il faudrait supposer alors que celui des deux pays qui y perd joue, de jgré on de force, le rôle de dupe. • t •

2* Que c'est dans Timportation que consiste pour chacun des deux pays l'avantage de réchange*. C'est l'importation qui est le but et la seule raison d'être de l'échange international : quant à l'exportation ^ eUen*est qu'un moyen, le seul moyen pour un pays d'acquérir les marchandises qu'il importe, le pinx en nature dont il les paie. Et la supériorité de valeur des marchandises importées sur les marchandises exportées mesure précisément l'avantage que l'échange international lui procure. Acquérir, par exemple^ une somme de marchandises importées valant 5 milliards en donnant en échange des marchandises exportéesqui ne valent que 4 milliards, voilà une opération qui représente i milliard de bénéfices pour le pays. Car moins on a à donner en échange de ce qu'on veut acquérir et plus l'échange est lucratif !

D'après cette théorie quand deux pays échangent, par exemple quand l'Angleterre et la France échangent la houilk de Tune contre le vin de l'autre — une tonne de houille ^htre un hectolitre de vin — l'Angleterre compare ce que lui coûte la production de la tonne de houille et ce que lui coûterait la production d'un hectolitre de vin. Et comme ce dernier coût serait infiniment pins grand ~ car comment l'Angleterre pourrait-elle produire du vin? — ilen résulte que l'avantage de l'échange est imnoense pour elle. Il est moindre sans doute pour la France, parce qu'elle a aussi des mines de houille, mais réel pourtant parce que le coût de production de la houille est plus élevé chez elle qu'en Angleterre.

d^ Que l'avantage est le plus grand pour celui des defux pays qui esl dans la situation la plus défavorable — soit à raison de la pau-

& J.-Baptiste S&y dépk)raU « TopiDioa erronée des goivememeBtft qui se persuadent qu'ils font tort à leur pays en admettant Les produits les uns des aigres » iCours^ A* partie, ch. XiX).

368 COURS DÊCONOMIE POLITIQUE.

vreté de son sol, ou de rinfériorité de ses forces productives, ou de rabsenced*industrie, etc. — parce que c'est pour celui-là que l'effort et le coût épargné par rechange est le plus grand.

Au contraire, Técole protectionniste et même l'opinion publique, pour apprécier les avantages du commerce international, regardent uniquement du côté des exportations; c'est en ceci seulement que consisterait le véritable profit du commerce international. L'importation n'apparatt ici que comme une fâcheuse nécessité à laquelle il faut bien qu'un pays % rf^'^'gnf ^^^^ le cas où il ne peut produire lui-même ce qui est indispensable, mais qu'il doit s'efforcer de réduire le plus possible, car elle constitue le pays en dépense. C'est l'exportation seule qui représente un enrichissements une recette. Donc l'avantage du commerce international se mesure par la supériorité des exportations sur les importations, des recettes sur les dépenses. Si la France exportait pour 5 milliards de marchandises et n'en importait que pour 4 milliards, on en conclurait qu'il y a 1 milliard de bénéûces pour le pays.

Ces deux façons de raisonner procèdent l'une et l'autre d*uD point de vue par trop simpliste': l'assimilation entre la situation des pays et celle des individus. Non, un grand pays ne peut pas être assimilé, comme le font les libre-échangistes, à un sauvage qui cherche dans l'échange sous forme de troc uniquement le moyen de se procurer ce qui lui manque; et pas davantage, comme le font les protectionnistes, à un marchand n'achetant que pour revendre et trouvant son bénéfice dans l'excédent du prix de vente sur le prix d'achat. Un pays se compose de milliers d'individus dont chacun achète ou vend sans s'inquiéter des autres. Et entre les exportations et les importations il n'y a aucune solidarité réQédÛfi* II ne s'agit pas ici du sauvage qui donne de l'ivoire pour avoir un fusil, pas plus que du marchand qui achète pour revendre. Le fabricant d'automobiles qui vend à l'Angleterre ne le fait pas avec l'intention de se procurer en échange du charbon — et inversement le filateur qui achète du coton en Angleterre ne songe généralement pas à lui revendre ce coton une fois fîlé^ou tissé. Sans doute il y a, comme nous l'avons vu, certaines lois générales qui dominent la mêlée des actes individuels et ramènent à un certain équilibre les importations et les exportations. Mais l'optimisme seul peut croire que ces lois d'équilibre conspireront au bien de tous et plus spécialement à celui des plus déshéritées.

Les avantages du commerce international ne sont pas suscep> tibles d'être calculés par des opérations d'arithmétique : ils ne sont pas mesurables en argent ; ils sont complexes et il faut les

Digiti:

chercher à la fois, suivant les cas, soit du côté âep importations, soit du côté des exportations.

Voici d'abord ceux des importations :

1* Accroissement de bien-être dans le cas où il s'agit de denrées que le pays ne saurait produire à raison de son sol ou de son climat — les denrées coloniales pour les pays d*E2urope, le vin ou le raisin sec pour TAngleterre, le sel pour la Norvège, le cuivre pour la France, la houille pour la Suisse, etc. Cet avantage-là est indiscutable.

2» Supplément de nourriture là où le territoire est trop limité pour nourrir la population. Déjà l'Angleterre, pour nourrir sur son île étroite sa population chaque jour grandissante, est obligée de demander à l'importation pour près de 6 milliards de francs d'aliments» ce qui représente la moitié de ce qu'elle consomme en fait de céréales, viandes et ifeissôns. De même l'Allemagne doit demander à l'étranger plus d'un quart de sa nourriture.

C est là un fait générai et qui ne fera que s'accentuer avec le temps : au fur et à mesure que la population des pays d'Europe s'accroîtra, il faudra bien que ceux-ci fassent venir de l'étranger une quantité de plus en plus considérable d'aliments. Cet avantage-ci est plutôt un moindre mal qu'un bien. Il vaut mieux évidemment pour un peuple faire venir de l'étranger le pain qui lui manque que de voir une partie de sa population mourir de faim, mais s'il D'y a pas d'inconvénient pour un simple particulier à compter sur le boulanger pour lui fournir son pain quotidien, on comprend aisément que cela ne soit pas sans danger pour un pays.

3» Économie de travail dans le cas où il s'agit de richesses que le pays importateur pourrait produire, s'il le fallait^ mais qu'il ne pourrait produire qu'avec plus de frais que le pays d'origine, parce que celui-ci se trouve dans des conditions de supériorité naturelle ou acquise *. La France, par exemple, pourrait bien faire elle-même ses machines et elle en fait de très belles, ne fussent que lesmoteurs

4 Cet avantage-là est le seul que I oo recoooaisse à l'échange international dan» la théorie classique. Bastiat le Tormulait en ces termes : « Obtenir une salisfuction égale avec moins d'eiïorts », et Stuart Mil! dans une formule un peu diiïérente, mais la même au fond : « Obtenir un emploi plus utile des forces productives du monde ». El eo effet tel est bien l'avanluge de rechange entre individus, tel que nous l'avons expliqué (voir p. 255) : c'est comme un élargisèement de la division du travail. Mais pour l'échange international ce point de vue est insuffisant, sinon inexact, car, comme nous le verrons, chaque peuple, loin de tendre à une division du travail de plus en plus marquée, cherche à réaliser Id plus possible son autonomie économique.

Gide. — Couhs. 24

de ses .automobikfi et de !ses Aénoplanes^ msÀs elle a 5auv.ejatt pkfi d'avantage à les faire venir d*Anglet€fre ou rdec ^Étate^Unis,, ces pays étant par la nature mieux .af^proviâioojDbéBrde fer<et âehûQille Silatusai ajantun outillage «lécasiiiue plus.perfeotioaoé^.

Cet avantage de J'échange internatLonal suppose <Qrd>iiAireroent txse infériorité de pnoduclioA relative chez le pay« qui importe; poun'Jtant ce n'est point toujours le cas. lUn pays ipeuit avoir avantage à se procurer par rixnportatioiii cettatnes rôcàessets alors même qu'il serait en mesure de les produire dans des conditions plu$ fiavorables que hepa^rjaqui les lui vend. Supposons «que leg^gtglgs pussent produire du blé dans des tconditions plus favoraibles que la France, par exemple avec trois journées de travail par quintal an lien de six en France, ne «emble-t-id pas qu'Userait plus aviantageux pour elles, en ce ca&, de produire Jeur Mé pluti^t que de le faire venir de Framce? — Et .cependant il est très passible que les Antilles trouvent leur comipte :à importer leur blé de France. Il suffit de supposer qu'elles trouvent le moyen de payer ce blé français avec une denrée qu'eUes pourront produire dans des conditions encore plus faworabtes que le blé, par exeimple, avec du sucre (jui ne leur coûtera qu'une journée de travail. 11 e^t clair que cette opé-

1 il résulte de ces explications que les coûts de production des produits échan^s (évalués en travail ou argent, il n'importe) peuvent être très différents dans chacun des deux puys, aatremeat dit qu'il n'y a uugcun lien oëoeaBaire 'cntre eo-x. ■(>« peut paraître assez surprenant quand on y péflédiit, car la règ-ie «rdiBsire dans les échan^eR entre individus, sous Je régime de la libre .concurrence, c'est que les coftts de production des objets échangés sont égaux. Pourquoi? Parce que si l'objet A, coûtant seulement 10 heures de travail, pouvait s'échanger régulièrement contre H cf autant 20 heures, tout le monde préférerait produrre A plutôt que B, et alors l'abondaffice de A et la raréfaction de B ferait bientôt baiBser la wleiir ^ À el monter la valeur de B jufiq.u'àt3e qu'il fallût adonner d^iœ A pour avoir B. Mai« d'un pays à un autre cette éf^aiisation .ne se fait pas, parce que le déplacement de travail et de capital, qu'elle implique, est difficile ou impossible. On ne voit guère les mineurs anglais, alors même que 'la production du vin serait plus avantageuse •que celle de la houille, venir se faire vignerons en France, ni invereeraent, dw» le cas contraire, les vignerons languedociens aller se faire mineurs à NewcasUe! Les pays ne sont pas des vases communiquants où l'équilibre se rétablit inôessammenft; ils sont séparés par des cloisons, sinon étanches du moins peu perméables.

Alors qu'est-ce qui détermine le rapport des quantités échangées? «Qui dira combien la France doit donner de vin en échange d'une tonne de houille'? — Ce sera le jeu de l'ofTre et de la demande, ce sera le marchandage. Celui des deux pays dont 'le produit sera le plus recherché par l'autre réussira à en donner le moins possible et par conséquent à obtenir plus d'avantages que l'autre. C'est fà ce qu'on appefie Tin peu pompeusement la loi des valeurs internationales de Ricardo et Stuarl Mill. Voir Hisloirè des Doctrines par Gide et RÎRt, «t auîsi Coumot {Principes mathématiques de la théorie des richesses, ch. 12), et Bastabie [Ihéorie d» commerce international^ traduction Sauvaire-Jourdan).

L^HANGE INTERNATIONAL. 571

ratioD leur sera très avantageuse puisqu'elle leur procurera la même quantité de blé avec un trav:ail trois fois naoindre que si elles le produisaient eUes-mâmea.

Un pays pourrait donc être ea situation de produi^'e toutes ^oses à moi 08 de frais que ses voisins et avoir néanmoins intérêt à importer ieurs produits. Gar^ même en ce cas» U trouverait Avaatage à se ooosaorer à la producition des articles pour lesqvels sa supériorité est ia plus ^ranDde et à les oflrir à ses voisins moias privilégiés pour se proevirer en échange les produits pour kfsqaels sa supériorité, quoique réelle encore, est pourtant moins juccentaée. £d <oe cas, I exportation ii*est plus qu'un moyen d'odDtteoir une i Hif»rtation : c'est un dp ut des*.

Ouani.à 1 exportation, ses avantages sont les suivants:

i'^ Utiliser oertaioes richesses natureièes ou forces prodoctives qui resteraient saBS<empioi si elles ne trouvaient un débouché au deto^s. Sans â'eiq>ortation, le Pérou ne saurait que faire de son guano ou cie ses aitrates, l'Australie de ses iaines, la Californie de son or, l'Espagne de ses vins.

^^ Servir à acheier les produits, matières premières et denrées alimentaires, qui font défaut dans le pays ou ne se trouvent qu*en quantité insuffisante pour les besoins. C'est grftce à leur exportation d articles falmqnés que TAngleterre, la Belgique, TAIIemagne, peuvent alimenter de matines premières leur industrie et leur population,

3^ Abaisser le prix de revient des produits industriels et par là même, développer l'industrie nationale, car nous savons que la division du travail et les progrès delà grande production sont en raison de rétendoe des débouchés (voir ci^essus, p. 167). L'Angleterre, si elle n'avait exporté dans le monde entier, n'aurait pu pousser aussi loin qu'elle Ta fait les perfectionnements de son outillage iadustriel. Pour prendre un exemple que nous avons déjà cité, c'est parce que ses chantiers de construction maritime travaillent ponr tous les pays qu'ils peuvent construire des navines meilleur marché que partout ailleurs.

1 C'est Ricardo d'abord et ensuite Stuart Mili qui ont attiré Tatlention sur ce fait cnrîeux qu'on pourrait appeler un paradoxe économique, car il n'est pas normal que si A pei/t faire une chose plus facilement que B, il ail l'idée de l'acheter à B. Cefendaat oe cas, quoique rare, n'est pas spéciale T'échange «ntre pays, car, comme l'avait fait remarquer déjà ftioardo (et M. HerckonratK. dans la traduction de oe livre), cela peut se présenter aussi pour des iodividus. Un professeur de botanique ou un docteur peut être très habile jardinier et néanmoins, même en ce cas, il trouve avantage à confier son jardin à un jardinier^ quoique moins habile que lui, pour eoasacrer 4o«t son temps à ses malades ou à ses études.

372 GOOKS D'ÉCONOMIE POLITIQUE.

Comment rechange international porte nécessairement préjudice à certains intérêts.

n ne faudrait pas conclure de ce que nous venons de dire que le commerce international n*a que des avantages sans inconvénients. Ce serait mal comprendre ses effets. 11 résulte de Pexplicatioa même que nous avons donnée que l'importation a pour but et pour résultat l'économie d'une certaine quantité de travail. Or, étant données nos sociétés fondées sur la division du travail, on ne saurait économiser une certaine quantité de travail sans rendre inutile une certaine catégorie de travailleurs. Le commerce des soies avec la Chine est un avantage pour les consommateurs français puisqu'il leur permet de se procurer des soies avec moins de dépenses et moins de travail : mais les agriculteurs et travailleurs des Cévennes qui vivaient de cette industrie se trouvent en quelque sorte expropriés.

ïl est bien vrai, comme nous Tavons expliqué déjà (pp. 364-365), que toute importation nouvelle tend à déterminer une contre-exportation correspondante et que les soies de Chine seront payées, par exemple, avec des articles de Paris qu'il faudra produire à cet effet. Mais il ne faut pas oublier que les soies importées de Chine représentent évidemment une valeur moindre que les soies françaises qu'elles ont remplacées dans la consommation : sans cela, elles n'auraient pu se substituer à elles sur le marché. Elles représentent par exemple une valeur de 100 millions seulement, tandis que la production séricicole française représentait une valeur de 120 millions. Donc, pour faire face à cette importation par une contreexportation équivalente, il suffira que Tindustrie parisienne envoie à la Chine (ou ailleurs) pour iOO millions fr. d'articles de Paris. Le résultat final sera donc bien une diminution de 20 millions de francs pour la production indigène, représentant une diminution de travail correspondante.

N'y aurait-il d'ailleurs d'autre effet produit qu'un déplacement de travail — celui-ci saute aux yeux — il n'en constituerait pas moins un préjudice grave pour certaines classes de la population. [1 est clair que les fabricants de soie des Cévennes, ne pouvant pas convertir leurs filatures en fabriques d'articles de Paris, devront perdre les capitaux engagés dans leurs usines sous la forme de capitaux fixes; et comme les fileuses qu'ils employaient ne peuvent pas non plus aller faire de la bimbeloterie pour les Chinois, il n'est pas

sûr qu'elles trouvent un autre métier. C'est donc la ruine pour les premiers, le chômage et la misère pour les seconds. >. * ^Z ; -^

Cependant, on peut faire valoir certaines circonstances atténuantes. On peut dire, de même que pour les machines (voir p. 96), qUe le commerce international, par ses conséquences indirectes, pourra augmenter la quantité de travail qu'il avait commencé par diminuer, et cela de deux façons différentes :

1* Parce que l'abaissement des prix, résultant du libre-échange lui-même, entraînera un accroissement de consommation et par conséquent un accroissement de production. Par exemple, la baisse des soies fera que nous en consommerons davantage. En admettant même que cette demande accrue ne porte que sur les soies de Chine et non sur les soies françaises, il faudra néanmoins, pour payer cette importation grossissante, une exportation grossissante aussi d'articles de Paris, représentant non plus seulement 100 millions de francs comme tout àl'heure, mais peut-être 120 millions fr. comme auparavant;

2® Parce que rabaissement des prix, en diminuant les dépenses des consommateurs sur un article déterminé, peut leur permettre de reporter Véconomie ainsi réalisée sur (Vautres dépenses, ou de la placer. Par conséquent, tout ce qui est enlevé au travail d'un côté peut aller par une autre voie, sous forme d'épargnes ou de dépenses nouvelles, alimenter d'autres industries, et il est probable qu'en définitive la quantité de travail national employé restera la même.

Ce n'est pas seulement l'importation, c'est l'exportation ellemême qui peut avoir certains effets fâcheux. Par exemple, les pays qui exportent régulièrement leur blé et leur fourrage et qui ne réparent pas par des engrais chimiques l'appauvrissement de leur ' sol, comme la Russie, finissent par appauvrir leurs terres de tous les éléments fertilisants que ces récoltes enlèvent au sol; c'est comme s'ils exportaient petit à petit la terre elle-même! Le Pérou, qui a déjà exporté tout son guano et qui est en train d'exporter tous ses nitrates, quelque argent qu'il puisse y gagner provisoirement, dévore les réserves fertilisantes de l'avenir.

314 COURS B'ECfBMOMIB POUTIQUE.

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