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CHAPITRE VIII U POUTiQUE COMMERCIALE

Historiqae du commerce iiiteraftt|o|^a}^ i>:^^>^

Le commerce intemationar, durant l*;/titi(jiiit6 et le Moyen âge, n'avait pas le caractère général qu'il a revjtu de nos jours. Il était aux mains de quelques petits peuples qui, à raison de leur situation maritime — Tyr et Carthage dans l'antiquité, les républiques d'Italie ou les villes de la Hanse au Moyen âge, la Hollande au commencement de fhistoire moderne — avaient pris le monopole du commerce et des transports. Les autres peuples jouaient un rôle purement passif. Hs accueillaient les commerçants étrangers comme les peuplades nègres de l'Afrique reçoivent aujourd'hui les nmrchaods musulmans ou européens — avec une certaine bienveiÏÏance, puisqu'ils se procuraient par là des marchandises qu'ils n'auraient pu produire eux-mêmes : ils cherchaient même à les attirer, ils leur concédaient au besoin des privilèges*. Toutefois ils leur faisaient payer, en échange de la protection qu'ils leur accordaient, certains droits qui étaient comme une sorte de participatioa sur leurs bénéfices ; ainsi font les petits rois africains sur les caravanes qui ti'&versent leurs territoires. Les droits de douane, si on peut leur donner déjà ce nom,. n*avaient donc au début qu'un caractère fiscal et nullement protecteur. Qu'auraient-ils protégé en effet puisqu'il b'j avait point d'industrie nationale?

Quand les grands États modernes commencèrent à se constituer, au XVI* et au xvii* siècles, la question changea de face, et cela pour deux raisons :

4 Quand Louis XI, fort eo avant des idées de son temps, voulut, eo 1482, organiser un système protectionniste et écarter les marchands étrangers, il se heurta à ropposilioQ des députés marchands de toutes les villes de France convoqués & Tours, qui voulaient attirer « toutes nations estranges » (Voir dans la Revue dfs qitfstions historiques^ juillet 1895, un article de M. de la Roocière).

hx p^hvnç^m comwbrctâee; 3T5

!•• Parce qiw ces grand'» Ètafe êmirenî la pr^ention dte' scf coostitner en mardis nationaux, cfe-prod'irire ee qui leurétart nécessaire et de se suffire à eux-mêmes ;

2« Parce que l'ouverture des grandes routes maritimes du monde donnai au comnrerce; international un développement inconnu jusqu'alors* La concurrence' internationalte — dbnt il ne pouvait être question quand' le commerc^; ne transportait, guère que <içsoyets de luxe : pourpre de Tyr» grocarts de Venise, Tain es d^jiecs de Tolède, épices' de» Hes — commença à se faire sentir du jour où ce commerce fut assez bien outillé pour transporter des articFes de consommation courante, tels que les draps des Flandres.

Ce fut alors que se constitua un ensemble- de théorres qui ont été eu partiie applÇquétes, et que Ton a appelé te système mercantile,

VoTci comment, il n'y a pa-s longtemps encore, on exposait ce système. On disait que les mercantilistes croyaient que l'argent était îa seule et véritable richesse, que par conséquent ce qui importait à un Ç9,3cs-c!é£ait de se l'a procurer; que pour cela, un- pays, lorsqulî n'avait pas la chanrce dfavoir des mines d'or ou d'argent, n'avait d^auire moyen que de vendre le plus possiblte aux autres pays qxn avaient de Targent et par là de le leur soutirer peu h peu. Si air contraire il avait riraprudence d'acheter au dehors, il se dépouillait par là de son numéraire. — Donc exporter le plus possible, imporfer te moins possible, en un mot chercher à avoir toujoui's une balance du commerce favorable, telle était la conclusion du sj'stème mercantile *^.

Aujourd'hui on estime que cette façon de présenter le mercantiTrsme estun peu simpliste, sinon même caricaturare. Elle conviendrait plutôt à ceux qui ont précédé les mercantilistes et qu'otr appelle quelquefois les bulHonnistes (dir mot anglais buîlion, lingots) à raison de rfmportance qu'ils attribuaient en effet aux métaux précieux — importance d'ailleurs qui n'était pas si puérile qu'on le CTort, à une époque où l'or et l'argent étaient plus rares qu'ils ne lont été peut-être à toute époque de l'histoire, où les besoins du commerce grandissant et de Tindustrie naissante, sans parler des budgets des États nouveau-nés, créaient une véritable famine de monnaie et où l'on commençait à peine à inventer les moyens de crédit qui allaient permettre de la mieux utiliser. Si la découverte àes mines d*n Nouveau Monde fut pour les hommes de ce temps un

•* C'est le livre rfe Thooias de Mun, riche marchand de Londres, avec ce titre significatif Le Commerce étranger trésor de C Angleterre (1664) qui marque Pâpogéedu mercantifîsme. On peut ciler ponr la France celui de Montchrétien, Traité d'Économie PoliUque^ 1615).

éblduLsséroent et provoqua de si grandes convoitises, ce n'était point sans ^lijet ; elle vint juste au moment psychologique, providentiel, aurait dit Bastiat.

Mais quant aux raercantilistes, tout en attribuant au numéraire une importance justifiée, ils ne lé confondirent point avec la richesse ou le capital et n*assignèrent point pour unique but à la politique commerciale des peuples d'en acquérir le plus possible. Leur but c'était de créer l'industrie nationale. En cela ils furent les collaborateurs des hommes d'État qui créèrent ces États modernes dont nous venons de parler et les précurseurs de ceux que l'on appelle aujourd'hui les économistes « nationalistes » *. D'ailleurs les droitsde douane ou les prohibitions ne furent pas les seules mesures qu'ils préconisèrent. Ils fondèrent les premières manufactures nationales, et cherchèrent surtout à attirer les bons ouvriers qui leur paraissaient non moins précieux que Tor^.

Cependant il est vrai qu'ils conçurent l'idée de faire servir les droits de douane à écarter la concurrence étrangère et à développer l'induslrie^milionale : avec eux ces droits perdirent leur caractère fiscal pour devenir protecteurs. Cromwell en Angleterre, Colbert en France, furent les premiers hommes d'État qui créèrent de toutes pièces un vrai système protectionniste. Le système de Colbert se formulait en trois points :

i* repousser par des droits protecteurs l'importation des produits fabriqués ;

2* au contraire favoriser, par une réduction des ^roits, l'importation des matières premières et de tout ce qui seK aux fabriques;

3« surtout favoriser, par des encouragements aux manufactures ou par des primes, l'exportation des produits du pays.

Ce système, qu'on désigne généralement sous le nom de Colberlisme, a régné sans conteste jusqu'à l'apparition des Économistes. On sait que les Physiocrates démolirent impitoyablement toutes les théories du mercantilisme, que, prenant le cpntre-jied, ils,arbo-

1 Cependant nous ne pouvons reconnaître aux mercanti listes le titre de précurseurs de la science écooomiqne parce que, s'ils ont été des politiciens économiques, ils n'ont pas introduit dans la science économique Tidée de lois naturelles qui constitue la gloire des Physiocra'es (voir ci-dessus, p. 10).

- Pour marquer d'un seul trait la diiïérence entre les bullionnistes et les mercaotilistos, rappelons que tandis que les premiers voulaient prohiber la sortie du numéraire et qu'en effet des pénalités sévères furent plus d'une fois appliquées par les gouvernants, les seconds voulaient empêcher lu sortie des ouvriers habiles, et pareillement des pénalités sévères sanctionnèrent ce système. C'est ainsi qu'à Bordeaux, en 1726 et en 1752, des ouvriers drapiers et des ouvriers cordiers, qui voulaient se rendre en Espagne, furent rattrapés et emprisonnés.

■^p.^^^ LA POLITIQUE COMMERCIALE.

reoUa devise : laissez faire, laissez passer, et qu'ils ne combattirent pas moins énergiquement pour la liberté des échanges contre . le système protectionniste que pour la liberté du travail contre le régime corporatif. Mais la Révolution française, qui fit triompher leur doctrine en ce qui concerne la liberté du travail, ne la réalisa null^meot en ce qui concerne la liberté du commerce. Il est vrai t^ue Jes vingt ans de guerre européenne qui suivirent n'étaient guère propres à préparer Tavènement du libre- échange. /'^''^^'*

En Angleterre, cependant, les idées d'Adam Smith avaient piùrj. Au reste l'Angleterre n'avait jamais été très protectionniste sinon pour s'assurer le commerce maritime et le monopole avec ses colonies. Les traités célèbres de Methuen avec le Portugal en 1703 et d'Eden avec la France en 1786 (ainsi appelés des ministres qui les négocièrent) seraient considérés aujourd'hui comme libre-échangistes. Et dès que les guerres avec Napoléon eurent cessé, on commença à abaisser les droits sur les produits industriels. Sur les céréales le Gouvernement anglais resta longtemps intraitable parce que l'aristocratie anglaise, où ge recrute la Chambre des Lords, y était intéressée. Aussi fut-ce précisément contre ces droits protecteurs du blé (Corn Laws) que, en 1838, Cobden commença, à Manchester, la mémorable campagne qui devait renverser le système protecteur. C'était en efletun spectacle particulièrement odieux que de voir les lords d'Angleterre, propriétaires par droit de conquête de presque toutes les terres du royaume, repousser le blé étranger pour vendre plus cher le leur, et profiter des besoins croissants de la population pour toucher des rentes de plus en plus élevées! La Chambre des lords se trouvait donc en mauvaise posture pour résister au mouvement d'indignation déchaîné par la Ligue et, en 1846, à la suite de la conversion éclatante du ministre sir Robert Peel, elle fut obligée de céder. Les droits sur les blés une fois abolis, tout le reste de l'édifice protectionniste (y compris le fameux a Act de Navigation » de Cromwell auquel on attribuait la grandeur maritime de l'Angleterre) croula.

En France, une ligue fondée par Bastiat en 1846, à Texeraple de la ligue anglaise, .échouât, les conditions sociales étant bien diflérentes. Mais l'empereur Napoléon III, dont la politique fut fondée sur Talliance avec l'Angleterre et dont les instincts étaient assez démocratiques, profita du pouvoir qu'il s'était réservé par la Constitution pour signer avec le Gouvernement anglais, sans consulter la Chambre, un traité de commerce. Ce traité fameux de 1860, que la France subit d'assez mauvaise grâce, eut un retentissement prodigieux en Europe et fut immédiatement suivi delà négociation

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de traité» analogues entre tontes les puiésaeceS' européennes, en sorte qu'on erut partout qu'iï marquai4l lai ftn du régime séeuliUTe dha prerteclionmisme' etouTrait l^Ôre au libre-échange défioiiifK

€e:peHcîant le règne dte Mbre- échange ne- deraii pas être de longue durée. I/abord les Ëlafes-Unis étaient restés en^ dehors de ce moiir^ mient I'ibrc-éch«angr8t». Us on* toujours été protectionnisles, tm. senl'ement dans les faits mais aussi dans l^a^ doctrine, puisque c'est là que se sont formés les deux pl^s* grands théoriciens d^a proteetionnfsme, Carey, et même List, quoique celui-ci fût Allemand. Les États-Unis fwrent protectionnistes dès teur naissance, parce qa'unc des principales causes de leur révoPte contre la mère-patrie ayant été que celle-cr epc leur permettait pas de faire- « raén»e un fer à cheval », il étai-li naturel q'ue leur première préoccupation fiW de reconquérir leur autonomie industrielle. Mais les droits protectears^ très modérés am début, alfèrenb s'aggravant de périodie e» période et toujours parquePquè motif nouveau. D*abordl cefutpour protég<%r leur industrie naissante : ceci devint le système de List ; — après i866 ce fut pour payer les frais de la guerre de sécession (voir p. 363, note 2); — plus tard cette raison disparut, car, luphis grande partie de leur dtette étant remboursée, les Élats-Unrs ne swrent plus que faire de Pargent de leurs donanes, tellement qwe pour l'utiliser ils distribuèrent un milliard de pensions- à d^soi-disant inval>tdesde la guei're, mais alors on donna pour but aux droits de douane de défendre les hauts priic et les hauts salaires d'Amérique contre les bas prix et les bas salaires d''Eterope^. Le tarif célèbre de Mackinley en 1890 était déjà sévère : celui dit de IM'ngley en i^7T Ta aggravé, et de môme a fait le dernier, tarif Pïiyne de 1^09, qui devait Tatténuer'! Toutefois il faut remarquer que les Étlatîs-li^nis

t Libre-échange très relatir, car la libre importation Q'étut admise que poont les maiières premières et produits asricolea. Pour les produits maauracturës les droits étaient de 15 p. 0/0 environ ad valorem.

» En 1879 le général Granl ex-président des Elats-Unis, lors d'une réception à Manchester où on espérait le convertir au libre^écbaoge, disfcil ironiquemeat :

« Meseieurs, l'Angleterre s'est servie pendant deux cents ans du STstème pDOtecteur^ elle l'a poussé à outrance et s'en est bien trouvéOy c'est à ce système quelle doit sa puissance industrielle, cela ne fait aucun doute. Après ces deux cents ans, l'Angleterre a jugé convenable d'adopter le libre-échange, parce qu'elle ne pouvait plus rien tirer de la protection.

R Eh bien ! Messieurs, je connais assez mes compatriotes pour croire que, daot deux cents ansr «(«and rAmérique aura tiré du système prolectear taul ce qfx'elle' peut en ticer, elle marchera résolument vers le lLbre-6cfaaBge.j».

> Les droits s'élèvent en moyenne à 57 p. 0/0, mais pour certaines marchandises^ à beaucoup plus.

Cependant au moment où nous corrigeons ces épreuves, là victoire électoral dies-

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aont une UdJob de 49 États doat quâl(|ii«â-un9 aouitt aussi grands qive la France et eatre leaquelsa le libre-échange est absaWi; c'est done à peu près la même chose q^ue séi tous les États d'ËnFope sJuaissaieat en uq ZoUvereia et opposaient une barrière dte doiMiDe ans prodiûj;» américains.

En 1872, k lai auite de la guerre franeo^allemadide, la Fraoïpce., sous le gouverneoient de M. Thiers, essaya de suivre l'exemple des Ëlats-Unûs exL rejetant sur les. pcroduits étrangers- le poids des impôts ooaveaux qu'elle étaiit obligée de; créer pour payer ses défais tes, mais cette tentative échoua par suite dese tFailési alora encore ea vigueur. Ce fut rAllemagne^ par l'iQltialiiive du prince à& Bis^ mark, eu tô79f qui inaugura ea Ëairope le ret^Mir à une polÊtique résolument purûtectiouniste^

L'Allemagne a suivi une politique opportuniste, en matière commerciale', et.qui lui a très bien réussi. En 1883, par TUnion douaoière eiLtre les difTérenls Ébats aUemandss, elle prépara son uimité politique. Quand vint la période Uhre-échangiste, elle &y rallia plei'nement. Mais quand son unité politique fut faite,, elle eut Tamibition de devenir une grande puissance industrielle et fit volte-face vers un protectioamsme autaaome. Enfia plus récemment (i892-i894) lorsque, ayant atteint rapidement ce but, elle a dû chercher des débovchés. au dehofSy elle a. adopté le système mixte des traités de commerce qui est comme une ébauche d'an nouveau Zollverein embrassant toute l'Europe centrale. " <* • ' ' --*

En 1892, laFrauee,. libérée alocsdes traités de commerce eondus sousL rfilmipire et qui avaient été renouvelés ensuite, redevint, aussi protectionniste et n*a fait depuis h>ir& qu'accentuer sa marche en ce sen&(vOiir ci-apcès le chapitre spécial sur la France).

Ëafin ili n*eat pas jusqu'à TAngleterire, La terre classique du libreéchauQgiB, où il ne commence à être ébranlé. C'est M. Chamberlain, premier ministre pendant la guerre dn Transvaal, qui a iaaugur.é cette campagne coAitre la vieille école de MancheMer. Toutefoiis ce néo-protectionnisme se présente sous la forme dite impérialisme, c'est-àrdire inspiré surtout par un motif politique^ celui de réunir par des liens d'intérêt les peuples qui composent L'immense Empire britanuiq^ue. Pour ceJa il faudrait que les colonies, pour la plupajrt déjà fortement protectionnistes, accordassent des réductions de

« démocrates » sur les» républicains » permet d'espérer uaabaissemeDl des droits» si du moios les démocrates resteot fidèles à leur programme d'opposilion.

* Cependant la première en datfe est TA u triche : tarif du 27 juin 1878, mais son exemploeat boancoup moiiiSideratttiliasei&Bnfe. Voir pour les- détails et Thistorrque, Lejis, Bsvue d'ÊeonamU PoUUque, 1895.

droits aux produits de la métropole — et inversement que l'Angleterre réservât la libre entrée aux produits de ses colonies, ce qui implique l'établissement de droits sur les produits étrangers. La première partie de ce programme n'est pas d'une réalisation très difûcile, car déjà les Fédérations du Canada, de l'Afrique australe, probablement bientôt de l'Australie, en tout cas déjà la Nouvelle- Zélande, accordent aux produits anglais un traitement de faveur, des réductions qui varient de 25 à 33 p. 0/0. Mais c'est la seconde partie du programme qui jusqu'à présent n'a pu aboutir, parce que TAngleterre ne se^oucie pas de compromettre son commerce avec les pays étrangers au profit de ses colonies, le commerce avec eelles-ci ne représentant qu'un quart de ses échanges. Cependant, en dehors de la raison impérialiste, d'autres forces poussent l'Angleterre, comme les autres pays, dans la voie protectionniste, entre autres la nécessité de se procurer des ressources pour l'accroissement énorme des dépenses militaires et des dépenses de solidarité sociale, notamment pour les pensions de retraite aux ouvriers indigents (voir Livre III).

Il n'y a donc plus guère en Europe à cette heure, en dehors de l'Angleterre, que quelques petits pays, Hollande, Norvège, Danemark, restés fidèles au free trade parce que leur étendue est trop limitée pour qu'ils puissent prétendre se suffire; partout ailleurs, même en Belgique et en Suisse, les barrières de douane ont été relevées et les guerres de tarifs remplacent les traités de commerce.

Il faut bien qu'il y ait des causes générales pour expliquer celte épidémie soudaine, irrésistible et grandissante, du protectionnisme, mais il n'est pas très aisé de les découvrir ou du moins de les préciser. Il y a sans doute quelque chose d'analogue aux causes qui créèrent le mercantilisme au xvi' siècle, une poussée de Tesprit nationaliste. Le principe de nationalité dans la seconde moitié du xix° siècle a créé deux grands États et a éveillé les ambitions de beaucoup d'autres. Tout pays, pourvu qu'il ait une certaine étendue territoriale, prétend se suffire à lui-même et voit dans cette indépendance économique une condition de son indépendance politique. D'autre part, rien n'est contagieux comme le protectionnisme, car dès qu'un pays l'adopte, les autres suivent de crainte de jouer le rôle de dupe. Ajoutez enfin que la foi dans le libre-échange a été singulièrement ébranlée depuis que l'exemple des États-Unis et de r Allemagne a montré que le protectionnisme pouvait tout aussi bien conduire un pays à la suprématie industrielle. Quand fut promulgué le tarif Mackinley, un économiste anglais disait : a Si ce tarif doit réussir, notre politique économique est fondée sur uoe

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erreur colossale qui amènera noire ruine comme nation ». Or le tarif a parfaitement réussi en ce qui concerne les Etats-Unis. Comment se défendre d*un certain scepticisme et ne pas se demander si la protection ou le libre échange sont vraiment aussi puissants pour le bien ou pour le mal que le prétendent leurs partisans ou leurs adversaires? Nous croyons vraiment que la prospérité industrielle d*un pays tient à d'autres causes, que le système douanier n'en est qu'un des moindres facteurs et qu'on s'en est singulièrement exagéré l'importance ^

I Comme preuve, voici la progression du commerce international dans quatre pays depuis 1880 — date qui marque à peu près le commencement de la réaclioa protectionniste (en millions de francs : nous arrondissons les chiffres. — Annuaire slatiêtique du Ministère du Travail, 1908).

Angleterre. France. Etats-Unis. Allemagne.

Accroissement. . . 33 p. 0/0 41 p. 0/0 105 p. 0/0 157 p. 0/0

Ainsi, des quatre pays, c'est le pays libre-échangiste dont le commerce s'est le moin» accru, un peu moins d'un tiers, tandis que pour les trois pays protectionnistes Taccroissement est beaucoup plus marqué, même pour la France. Le commerce de» Etats-Unis a presque doublé et celui de l'Allemagne est devenu deux fois et demie plus grand. Faut-il voir là une démonstration contre le libre-échange? Non, car il est évident que lorsqu'un pays comme TAngleterre est parvenu à l'apogée de son évolution commerciale il ne peut grandir aussi vite que des pays relativement nou veaux, comme les Etats-Unis ou l'Allemagne. Celle comparaison inspire plutôt un certain scepticisme sur Tefficacité de l'un ou de Tautre régime et tend à faire croire que la législation douanière n'est qu'un facteur secondaire dans révolution commerciale des peuples.

II est à remarquer que la France occupait le 2* rang en 1880 et qu'elle est tombée aujourd'hui au 4* rang. Toutefois ce recul n'indique point un affaiblissement de son activité industrielle ou commerciale, mais tient seulement à l'état quasi-stationnaire de sa population. En effet si Ton divise le chiffre du commerce de chaque pays en 1909 par le chiffre de la population, on obtient comme quotient les chiffres suivants qui expriment le quantum des échanges par tète d'habitant et montrent quela France a gardé le second rang :

Angleterre. . . .• 310 fr.

France , 308 —

Allemagne 281 —

Etats-Unis 180 —

SI nous faisions entrer en ligne les petits pays, Belgique. Hollande, Suisse, nous verrions ceux-ci distancer de beaucoup ces quatre grands pays, avec des quotients de 8 à 900 francs par tète. Le commerce extérieur d'un pays est relativement d'autant plus important que le pays est pins restreint en superficie et cela s'explique de soi. Dans un grand pays le commerce extérieur représente tout au plus 10 à 15 p. 0/0 da commerce intérieur. Dans un Etat qui ne comprendrait qu'une ville, comme autre-

3KS GOIURS intoONOMIE ^OWTÏQUE.

La réaction viokote qui s'est maaifestée de no6 jours contre Tiécole •classiqae, bien qu'elle D'^iit pas porté spéeioileineDl sur la question d« pratectionmsime, a lee^nâmi <^ootribué à ébranler la foi dans ies principes absolus, et'Ceux-là swtoutqui se raFlienl à l'école historique ou réalislc admettent que le régifwe «co-mmercial de chaqae pays doit être approprié à sa situation parti<M<ière ^ Néammoins, oq ne 'eonstate pas dans la doctrine une véadion protectionniste aussi marqvuée que dans la politique commeix^iale : on peut même dire que la majorité des économistes est restée È4ë^ aux doctrines libre-échangistes, quoique dès 4841 List (Allemandj, dans son Système JVûUional d'Économie Politique ^ et plus tard Garey (Américain)., tiams îses Principes de Science Sociale (1859). aient fait hi*èch« à la doctrine de Manchester à Tépoque même où celle-ci était à Tapogée.

List était un héritier direct des mercantilistes puisque le protectionnisme n'était pour lui qu'un moyen de développer l'industrie nationaic, mais destina d'ailleurs =à disparaître dès que le but serait atteint D'après sa célèbre théorie, tout peuple devait avoii* pour but de s'élever du régime agricole au régime industriel pour utiliser au mieux ses ressources et conquérir son autonomie économique, ei Ja protection lui était indispensable à cet âge critique qui inarque la transition de la première phase à la seconde. Dans son système donc il ne protégeait pas Tagricutture mais seulement l'industrie et pour celle-ci seulement durant son enfance et jusqu'à sa maturité : aussi approuvc4-il l'Angleterre de s'en être émancipée. List fierait aujourd'hui CGnsidéré plutôt comme un libre-échangiste** Aujourd'hui le protectionnisme s'appuie plutôt sur Tidée nationaliste, voire même (c impérialiste », comme nous le verrons ci-après (pp. 386 et 390, note i).

En tout cas, les opinions sont si divisées sur cette gra«re questioa que le mieux est d'exposer d'abord objectivement et impartialement les deux thèses.

fois V^enise ou Tyr, il faudrait bieD qu'il vécût presque uoiquemeDl du c immerce extérieur.

Ces cliilTres sont ceux du commerce spécial — ceux du commerce général seraient Duturellement plus élevés (le commerce géoéral de la France en 1908 a été de près de 14 milliards;, mais le rang des quatre pays n'en serait pas modiûé.

1 Voir l-e Cours d'Economie Politique de M. Cauwès.

^ D'après List, u»e nation doit passer normalement par cinq élals : — l*sauvag«; ■2" pastoral-, 3' agricole ; *• manufacturier; 5« commercial. — Ce dernier, qui d'ailleurs :se superpose anx «deux précédents Bans les supprimer et qui par canséquent conslitiie uoe économie pl«s complexe, e^ le -vrai Iwt à alleindrc.

■« Voir Hittoire des Dcctrinti^ Gide eL Bist.

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