LES DIVERSES CATÉGORIES DE GOPARTAGEANTS. 55T
antagonistes, il faut s'attendre à ce quelles créent un état de lutte permanent entre ces groupes. Même entre individus, quoique ici les droits de chacun soient minutieusement réglés par la loi, on sait que les partages sont des ^ds à querelles et à procès : à plus forte raison quand nous entrons dans un domaine où le conflit s'engage entre des forces formidables et où ce sont précisément les lois existantes qui sont attaquées.
Le socialisme d'aujourd'hui ne voit que deux classes en lutte : ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, c'est-à-dire le Capital et le Travail et, d'après eux, comme nous l'avons vu, cette lutte séculaire ne tardera pas à sedéfiouer par la victoire du Travail. Les capitalistes expropriés rentreront dans le rang des travailleurs et, comme il n'y aura plus de classes, évidemment il n'y aura plus de lutte de classes'.
Il est certain que la lutte entre le Capital et le Travail est en ce moment au tout premier plan. Néanmoins on a fait remarquer que cette définition est un peu sio^pUste. Les économistes classiques distinguaient non pas deux, mais trois classes : travailleurs, capitalistes et propriétaires, correspondant aux trois facteurs de In production., et réclamant chacune sa part — qui pour la premièn^ s'appelle le salaire, pour la seconde le profit, pour la troisième In renie. Et Karl Marx lui-même a reconnu l'exactitude de cette division tripartite. Or c'est une très importante difiérenCe, quand il s'agit de lutte, d'être deux ou d'être trois f car la présence du tiers la rend moins cruelle, le tiers ayant intérêt à ce que l'un des deux adversaires ne soit pas complètement écrasé et se portant tantôt d*un c6té tantôt de l'autre pour rétablir Téquilibre. C'est précisément ce qui est arrivé ici. Le propriétaire foncier et les capitalistes ont des intérêts très différents, et cette divergence d'intérêts est celle qui se manifeste dans la vie politique de tous les pays par la lutte classique des libéraux et conservateurs, des whigs et tories. Si en ce moment la force menaçante du socialisme ouvrier les réunit
quand il dit d'un homme qui est sorti, de gré ou de force, de son milieu social^ qu*i] est o un déolassé ». Le signe le plus sûr qu'il existe encore des classes dans DOS Sociétés modernes c'est que le jus connubiiy ooname disaient les Romains, le mariage n'existe pas de Tune à l'autre, pas plus qu'entre les classes de Tantiquité ou du Moyen Age. Non seulement une jeune Qlle de la bourgeoisie n'épousera pas^ un ouvrier — sinon dans les romans de George Sand — mais môme une fille d'employé ne le fera pas volontiers.
1 II ne faut pas confondre la IxUte de classes avec la conourrenoe, quoique Tune et l'autre soient dua manifestations de la lutte pour la vie — car celle-ci D*ezi8te qu'entre 3em^/a6/6« et celle-là qu'entre différents, fl y a concurrence, mais non lutte de classes, entre Tépicier et Tépicier.
dans une «t entente cordisle », il n'en a pas toujours été ainsi. Eo Angleterre, lors de la grande bataille pour le libre-échange, lef industriels se mirent du côté des ouvriers et contre les propriétaires pour faire abroger les droits sur les blés — et plus tard ce sont les propriétaires qui, prenant leur revanche» se sont mis avec les ouvriers contre les industriels pour faire passer la législation des fabriques.
Mais n'y a-t-il que trois copartageants, que trois catégories d'intérêts? Il y en a bien davantage ! D*abord parmi les capitalistes, il y a deux catégories distinctes : le capitaliste actifs qui est l'entrepreneur, le patron, le tout premier rôle sur la scène économique, c'est lui qui mène tout; le capitaliste passif, le rentier, qui se borne à prêter ses capitaux au premier pour les faire valoir, qui n'est jamais en rapport direct avec les salariés. L'industriel et le rentier n'ont pas les mêmes intérêts, car le premier figure généralement parmi les emprunteurs et le second parmi les prêteurs. — D'autre part, du côté des travailleurs, il y a aussi des corps différents et qui ne marchent pas toujours d'accord. Il y a les ouvriers proprement dits qui sont les travailleurs manuels; il y a les employés; il j a les fonctionnaires. Sans doute ils ont ceci de commun qu'ils sont tous des salariés, et nous voyons en ce moment un certain nombre d'entre eux qui, k ce titre, réclament le droit de se grouper sous la bannière de la Confédération Générale du Travail. Mais ce n'est qu'une petite minorité dsins chaque catégorie.
Enfin et surtout il y a les travailleurs indépendants, artisansi boutiquiers, professions libérales, ceux qui ont un capital suffisant pour ne pas se faire salariés, mais trop petit pour prendre des salariés à leur service. Us sont des millions en France et constituent ce qu'on appelle la classe tno^enne. Cette classe moyenne, à raison précisément de son caractère mixte, paraît appelée à jouer un rôle très important dans la lutte des classes^ le rôle de elasse-tatoipon*. La principale cause du conflit entre les autres classes^ c'est la séparation du travailleur et de l'instrument de son travail : or ici cette séparation n'existe pas. Chacun produit par ses propres moyens et
* La Fédération des employés et celle des coaunerçtnrs détafllanls, qHÎ groupent, entre elles deax, 600.00& nembres, dam oo Coagrès (juillet i908) « désaf^oué « h'd^ stupîde de la lotte de classe » — mais aussi a-t-e)Ie été déaoncëe par Porgaoe àe la ConfédëratioD Générale du Travail comme TorganiflatioB «r ta p\ns dan^ereiRv poor l'avenir du Syndicalisme ».
Un Ofjîet des Clastes Moyennes a été créé en Belgique en 1905, avec un carKtère offteief, pour réuair tontes fes informatioBS sur ce sujet, et pour orgavtser et* congrès périodiques dans divers pays. ,