LES ENTREPRENEURS. U
nom de dividendes. Mais alors se pose la question de savoir si ce profit lui même n*est pas destiné à disparaître?
Cela paratt probable, carde diverscôtés on prédit sa fin. Et non seulement les socialistes, mais aussi les économistes de l'école classique puisquMls enseignent tout au moins que le taux des profits est voué, tout comme le taux de l'intérêt, à une décroissance fatale — sauf certaines circonstances accidentelles, telles qu'une grande destruction decapitauxou quelques grandes inventionsnouvelles,qui viendraient momentanément le relever. Et même nous avons vu (p. 740 note) que certains, comme Walras, vont jusqu'à poser comme un axiome mathématique que sous un régime de libre concurrence absolue, hypothétique il est vrai, le taux du profit descendrait à zéro.
Enfin nous savons aussi que sous le régime qui peut être considéré comme aux antipodes de celui de la concurrence, sous celui de la coopération intégrale, tous les profits sont supprimés en ce sens qu'ils sont restitués à ceux sur lesquels ils ont été prélevés, ouvriers ou acheteurs.
Mais dans ces prévisions il faut distinguer. S*il s'agit du profit que nous avons appelé normal, de celui qui ne représente que la rémunération du travail de coordination et la compensation des risques, et qui à ce double titre rentre dans les frais de production, nous avons déjà dit que puisqu'il constitue une des conditions nécessaires de la production il ne pourra jamais être supprimé.
11 ne peut donc être question que de la suppression de ce que nous avons appelé le surprofit, c'est-à-dire de celui qui estdû à certaines inégalités de situations ou à certains monopoles. Et pour celui-là en effet, on peut très bien admettre, en théorie tout au moins, qu'il puisse disparaître, soit par la suppression de tout monopole, soit par un mécanisme qui, comme le collectivisme ou le coopératisme, feraient revenir le trop-perçu à la collectivité.
Reste à savoir quelle pourrait être la répercussion sur la production de cette abolition du profit? Les économistes qui enseignent la loi de la décroissance des profits prévoient comme conséquence — du moins Stuart Mill — « l'état stationnaire » (voir p. 99). Ils entendent par là que le jouroù la possibilité de profiter des chances heureuses serait refusée aux hommes, un des plus puissants ressorts de l'industrie se trouverait détendu.
C'est probable, en effet, mais alors sans doute on verra surgir d'autres mobiles de l'activité humaine, et dût-on même, en ce cas, aboutir à un état stationnaire, industriellement parlant, que cette perspective ne nous paraîtrait pas bien efïrayante, et Stuart Mill luimême l'envisageait avec sérénité.
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