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CHAPITRE II LA DÉPENSE

La répartition des dépenses.

La dépense, c'est le prix payé pour se procurer les objets de consommation : c'est donc la consommation elle-même exprimée en monnaie*.

1 Voir sartout M. Georges Sorel : • Les phiUotbropes qui prûaeDt la coopération et oe cessent de répéter qu*ii faut renverser l'ordre établi par le capitalisme, qu'il faut rendre à la consommation son pouvoir directeur, de pareils sentiments sont naturels chez ces personnes qui, recevaot des rentes, des traitements ou des honoraires, vivent en dehors du pouvoir productif; elles ont pour idéal la vie de ToUif lettré. Tout autre est l'idéal socialiste » {Introduction à V Economie moderne^ p. 125:.

Ceci semble viser spécialement notre livre La Coopération et surtout la conférence qui y est contenue souj le titre Le règne du consommateur^

* Mais il faut prendre garde que l'argent dépensé n'est jamais consommé : il est

176 COURS D'JÊOONOMIB POLITIQUE.

Chacun est obligé de Tégler ses dépenses d'après ses revenus. Rien de plus important que cette répartition des dépenses puisque c'est elle qui détermine le maximum de satisfaction compatible avec un revenu donné. Ce n'est pas si facile qu'on pourrait le croire, car les besoins étant supérieurs aux ressources pour presque tous les hommes, et surtout pour les pauvres, il faut s'ingénier pour tirer de celles-ci le meilleur parti possible. Or le consoinmateur ne peut satisfaire à un besoin qu'en en sacrifiant un antre. Le jouet rapporté par l'ouvrier à son enfant implique la renonciation à ud paquet de tabac dé valeur égale. Le consommateur se trouve donc dans la situation d'un échangiste qui, lui aussi, ne peut acquérir un bien qu'à la condition d'en céder un autre. £t dans son for intérieur se fait la même pesée entre l'utilité de ce à quoi il renonce et l'utilité de ce qu'il veut consommer; et il ne se décide évidemment que si celle-ci lui paratt supérieure à celle-là. Ne pas oublier que le mot d'utilité doit être pris ici dans 8on.«ens économique de désirabilité, bien différent de l'utilité rationnelle. Bien rares les budgets, hélas! où la répartition des dépenses est faite en raison exacte des véritables besoins : elle est faite par chacun proportionnellement au degré d'intensité de ses différents désirs ^

seulement transféré de l'acheteur au vendeur. C'est pour cela qu*aiix yeux du poblic toute dépense, même la plus folle, apparaît comme incffeasive puisqu'elle ne fait que transférer Targentde Pierre à Paul — voire même comme louable parce qu'elle « fait marcher le commerce ». Mais pour bien juger de la dépense il faut regarder non à l'argent mais à la richesse payée avec l'argent et voir si elle a été consommée utilement ou non (voir ci-après Le luxe),

C*est cependant une question délicate que celle de savoir quelle est eiacteme o> l'action que la dépense exerce sur la production. Stuart Mill lui consacre un chapitre de son Traité qui est d'une lecture pénible. Il essaie de démontrer que c'est le plcicemeni el non la dépeme qui fait marcher l'industrie et procure du travail aux ouvriers. Et telle nous parait être la vérité (voir ci-après le Plaoement) : cependant s'il e^t vrai que la dépense ne puisse créer ni alimenter la production, eWt n'en exerce pas moins une influence capitale en ce qu'elle la commande (c'est k term*! courant), c'est-à-dire qu'elle la dirige dans les canaux qu'elle veut.

1 11 est évident que l'utilité d'un même bien est loin d'être la même pour tous les coniomm-iteurs. Un voy.igdur altéré et mourant de fatigue paiera un bock de bière ou une place de tramway exactement le môme prix que les consommateun ordinaires, quoiqu'il en eût donné volontiers le double ou le décuple. L'avantage qu'il en relire peut donc se mesurer par tout l'excédent du prix qu'il aurait consenti i payer sar celui qu'il a payé en réalité. C'est ce que le professeur Marshall appelle la rrnU du consommateur. On comprendra la signification de ce mot en se reportant à tt que nous avons dit de la loi de la rente (p. 572). Puisqu'il n'y a pour toutes cbose> qu'un prix unique sur le marché malgré des coûts de production très différents du côté des producteure et des utilités subjectives très différentes du côté des consommateure, il en résulte des avantages différentiels, tant du côté des uns que do côte des autres, et on les désigne, non sans quelque subtilité, par le même nom de renu.

L*école autriçbieDoe a essayé de dooDer à cette loi de distribution des dépenses une formule plus précise en ces termes : pour que le maximum de satisfaction soit atteint, il faut et il suffit que les utilités finales des derniers objets consommés pour chaque catégorie de dépenses soient égales. Voici ce qu'on veut dire. Soit un consommateur qui dispose de 6 sous par jour pour satisfaire à deux besoins : celui de fumer et celui de lire les journaux. Il répartit ainsi sa dépense : 4 cigares de 1 sou, 2 journaux de 1 sou. La loi susdite consiste à affirmer que la satisfaction procurée par le dernier cigare fumé (n<* 4) et le dernier journal lu (n® 2) sont égales. Et, en effet, si elles ne Tétaient pas, si, par exemple, la satisfaction procurée par le dernier journal lu était inférieure à celle du dernier cigare fumé, le consommateur aurait préféré évidemment fumer un cigare de plus et lire un journal de moins.

Plus utile pratiquement que cette analyse psychologique est l'analyse des budgets des individus et des familles et plus spécialement ceux des ouvriers. L'étude des budgets des familles ouvrières a été inaugurée par Le Play, il y a un demi-siècle, comme le meilleur instrument d'investigation sociale * et aujourd'hui elle constitue^ une branche imporiante de la statistique. Entre autres faits intéressants on y constate que l'alimentation prend une place d'autant plus considérable dans ces budgets que le budget est plus maigre*.

Il y a une autre répartition encore plus difficile : c'est celle entre les besoins présents et les besoins futurs ou, en d'autres termes, entre la dépense proprement dite et l'épargne. Mais celle-ci nous l'ajournons au chapitre de l'épargne.

Les sociétés de consommation.

Les hommes, qui généralement n'aiment pas à se priver, ont cherché le moyen de réduire leurs dépenses sans s'astreindre à l'épargne, c'est-à-dire sans réduire la quantité ni la qualité des choses consommées : or, ce moyen existe, c'est l'association.

t Le9 Ouvriers Européenne 1S54. Ces budgets seryeat de cadres el de supports à des mODOgraphieii de familles ouTrières. Elles ont été cootinuëes par Técole de Le Play et aujourd'hui il y en a plus de 100 qui ont été publiées.

s Les 2/3 dans uo budget de 1.000 francs, pour s'abaisser jusqu'à 1/4 pour un budget de 5.000 fraDCs et au dessus. — Cette loi, connue sous le nom de « loi Eogel », du nom du statisticien allemand qui Ta formulée, a été vérifiée par de nomi>rea8efl observations.

71S COURS D*ÉGONOMIE POLITIQUE.

1« D'abord le ménage ea commun. — Si plusieurs personnes s'associent pour n*avoir qu'une maison, qu'un feu, qu'une table, elles trouveront certainement par là le moyen de se procurer la même somme de satisfactions avec beaucoup moins de dépenses. L'entretien des religieux au couvent, des soldats à la caserne, des collégiens à la pension, en fournit chaque jour la preuve.

A quoi cela tient-il ? Aux mêmes causes qui font que la production en grand est plus économique que la production isolée, causes que nous connaissons déjà (voir ci-dessus, p. 177) et qu'il est facile de transposer, en les modifiant un peu, du domaine de la prodaction dans celui de la consommation.

De ce fait, les communistes ne manquent pas de conclure que le genre de vie usité jusqu'à ce jour dans les sociétés humaines, la vie en famille par groupes isolés, entraîne une dépense excessive, an véritable gaspillage de richesses au point de vue du logement, du service, de la cuisine, etc., et que ce serait un grand progrès et un grand bienfait pour l'humanité que de le remplacer par la vie en commun. Nul n'a développé cette idée avec plus de verve et d'abondance que Fourier en décrivant son phalanstère*.

Notez qu'on peut réaliser la plupart des avantages du ménage en commun sans s'astreindre à la vie de gamelle ou même de table d'hôte. 11 suffit d'imaginer des services communs pour tous les habitants d'une même maison, chaque famille d'ailleurs pouvant vivre dans son appartement particulier. Cela est réalisé déjà dans nombre de grands hôtels de villégiature. Et il est certain que ce genre de vie tend à se développer, particulièrement dans les pay^ où, comme aux États-Unis, les besoins de confort sont très grands et les services domestiques très onéreux.

2* Puis l'achat en commun. — Même en conservant le genre de vie actuel par ménages séparés, on peut réaliser, au moins en partie, les avantages précités par l'association de consommation. Un nombre plus ou moins grand de personnes s'associent pour acheter en commun, et par conséquent, en gros, tout ou partie des objets nécessaires à leur consommation, ce qui leur permet de les obtenir à meilleur marché*.

* Voir la petite édition des Œuvres choisies par Foorier que nous avoos pobliw avec uae iatroductioQ.

s Od peut citer comme exemple les grandes Sociétés de consommation des eaiployés civils ou militaires de Londres, qui rivalisent d'importance avec les msgasi» du Bon Marché ou du Univre, ei beaucoup de sociétés semblabiea par toas pays. Toutefois, tes Sociétés de consommation qui se donnant pour unique bat de réduire la dépense^ c'est-à-dire de revendre les deorées à leurs mMibres au maillear uls^ ché possible, sont considérées par les vrais coopérateurs comiM une rorme infé-

LA DÉPENSE. lld-

C'est le socialiste Owen qui a été l'inspirateur de celte forme d'association, mais c'est à l'histoire mille fois redite des Équitables Pionniers de Rochdale, en 4844, que se rattache le premier succès de la coopération de consommation. En Angleterre, ces sociétés sont (pour Tannée 1909) au nombre de 4.430, comptant un personne] de 2.469.000 associés (ce qui, avec les membres de la famille, représente 40 à 42 millions de personnes, soit plus du 4/4 de la population du Royaume-Uni) et le chiffre de leurs affaires s'élève à 4.773 millions de francs, sur lesquels elles réalisent273millions de francs de bénéfices qu'elles répartissent presque intégralement entre leurs membres. Presque toutes sont fédérées et réunies non seulement par un gouvernement central {Coopérative Union) et par des congrès annuels, mais par deux grands centres d'achat en commun ( H^Ao/^^a/e^, magasins en gros), par une Banque, par un journal {Coopérative News) qui tire à 80.000 exemplaires. La Wholesale de Manchester fournit à ses 4.463 sociétés adhérentes pour 650 millions de francs de marchandises; elle entretient une petite flotte pour aller chercher les denrées aux lieux d'origine, aux quatre coins du monde ; elle a plus de 47.000 employés ou ouvriers et produit directement dans ses propres fabriques pour 456 millions de francs d'articles divers. Quant à sa Banque, elle fait pour 2 milliards de francs d'affaires par an.

Mais ce qui est plus remarquable encore que ces chiffres globaux ce sont les villes qui sont déjà presque entièrement coopératif sées en ce sens que la société coopérative locale englobe la presque totalitéTG^la population, telles, Baie (30.000 sociétaires, donc plus de 400.000 personnes sur 425.000 habitants, Breslau, 400.000 sociétaires, Leeds 50.000, etc.).

En Danemark, Allemagne, Russie, Autriche, Italie, les sociétés de consommation sont nombreuses aussi et leur nombre s'accrott rapidement, sans que pourtant elles soient arrivées au même degré d'organisation qu'en Angleterre. En France, on en compte plus que dans tout autre pays*. Malheureusement la plupart n'ont qu'un

rieure, et même à certains égards critiquable, de cette iostitutioa. L'écoDomie réalisée n'est considérée dans le système de Rochdaie que comme un moyen pour atteindre des buts beaucoup plus élevés. Voir ci-dessus, p. 554, et aussi dans le chap.^ suivant sur VÊpargne.

^ Rn 1910, le Bulletin de rOffîce du Travail comptait en France 2 636 sociétés de consommation (dont 991 boulangeries) avec 762.000 membres ei 244 millions de francs de vente. Ces deux derniers cbifTres doivent être un peu majorés, toutes les sociétés n'ayant pas répondu au questionnaire. Voir notre livre Us Sootétés coopératiûei de eomommation et aussi la série des Almanachs de la Coopération française publiés depuis 1893.

petit nombre de membres, ne font que peu d'affaires, sont divisées les unes entre les autres et n'ont pas réussi encore, malgré bien des tentatives, à créer une grande fédération d'achats en commun. Cependant depuis peu le magasin de gros créé par le groupement socialiste progresse à grands pas.

La plupart de ces sociétés sont constituées sur ce qu'on appelle « le type de Rochdale » qui est caractérisé parles quatre traits suivants :

!• Vente au comptant et jamais à crédit;

2* Vente au prix du détail et non au prix de revient, de façon h réaliser des bonis ;

3^ Distribution de la plus grosse part de ces bonis aux sociétaires au prorata de leurs achats (et non au prorata de leurs actions, lesquelles ne donnent droit qu'à un modique intérêt) ;

40 Affectation d'une certaine part de ces bonis àdes œuvres d'utilité sociale, telles que instruction des sociétaires, caisses de solidarité, propagande, fêtes, excursions, etc. K y Les avantages immédiats de ces institutions sont :

a) Économie dans la dépense, si les sociétés vendent au prix de revient — ou création d'une épargne sans privations^ si, conformément au système de Rochdale, elles préfèrent restituer à l'acheteur à fin d'année les bonis réalisés sur lui, les trop perçus;

b) Nourriture plus saine et plus abondante parce qu'il n'y a plus d'intérêt à la falsification des denrées ni aux tromperies sur le poids.

Mais les résultats plus lointains de ce mouvement, s'il devait progresser dans l'avenir autant cpi'il l'a fait depuis un demi-sièdc;-* ne seraient rien moins qu'une transformation dans l'organiMiien-' économique caractérisée particulièrement par les traits kaîvai}ite V

c) Élimination progressive des marchands. Nous avons ciitjtbuVîi ., l'heure que quelques-unes de ces sociétés, à Leeds en Angletem^ à . Breslau en Allemagne, à Bâle en Suisse, en sont arrivées à fâVoir' pour adhérents presque tous les habitants de ces grandesViftes et par là à bouleverser le commerce local qui, cela va san^.dirè, lutte désespérément;

d) Abolition de la réclame, avec ses frais énormes, ses étalagea. ses ventes « pour cause de liquidation », avec le mensonge et h

1 Ed Belgique, les sociélés coopératives de consommatioa, notammeot le célèbre Vooruit de Gand, consacrent la plupart de leurs bénéfices à la propagande socialiste, et la part distribuée aux sociétaires Test non en argent, mais sous la formeda bons échangeables en nature au magasin social.

fraude commerciale sous toutes leurs formes — et par là élévation du niveau moral dans les rapports d'échange M

e) Absorption progressive des entreprises industrielles avec suppression des profits et dividendes, au fur et à mesure que les sociétés de consommation produiraient elles-mêmes tout ce qui leur serait nécessaire. Un petit nombre seulement sont déjà en état de le faire, mais, groupées par l'intermédiaire de leur Fédération, elles commencent à créer beaucoup de fabriques ;

/) Raréfaction des grandes fortunes — les sources de profits industriels devant se trouver peu à peu taries — et multiplication des petites par l'épargne coopérative;

g) Équilibre de la production et de la consommation et suppression des crises et chômages puisque les consommateurs associés ne produiraient plus que dans la proportion de leurs besoins.

Le logement.

Les sociétés de construction.

Kntre toutes les dépenses, celle du loyer. mérite une étude spéciale, non seulement parce que c'est celle qui tend à absorber une part de plus en plus considérable dans le budget des familles, mais encore parce que, de tous les besoins privés, c'est celui dont l'importance sociale est la plus grande.

- Dan& l'antiquité la maison était non seulement le foyer de la ftkjpfiille, mais l'autel des dieux pénates : aussi chacun, riche ou t ^^ivre, avait la sienne. Aujourd'hui que les exigences de la vie ' rii^klerne ont refait aux hommes une sorte de vie nomade et ne leur • ^^riHtftttejit plus de prendre racine là où ils sont nés, la grande ^ maJoï^<Hé des hommes vit dans des appartements loués. Et toutes p. l€a^ c&UÉ^es-.sociales,^ économiques, politiques, qui poussent la popu-

* t -M. "Gt'Sprél daos sod* livre IrUroduction à l'Economie dit : « Les grandes coopératives ont tous les vices des démocraties : improbité et iDcapadlé Trëquente dés administrateurs» insouciance de la très grande ma^se des adhérents, formation **' dès parties qui poursuivent avec imprudence leurs fins personnelles... ». Ce portrait Qst maiDeureusement trop souvent resseiriblant pour la France, mais non dans les aolreB pays. Cela prouve seulement que ces sociétés ne peuvent pas aisément se soustraire à l'action du milieu qu'elles ont pour ambition de transformer.

En ce qui concerne les rapports entre le coopéralisme romme programme de transformation sociale et le socialisme, voir ci-dessus, Le Coopéralisme. Rappelons que ce qui distingue la première de la seconde, c'est qu'elle n'est pas une organisation de clcLsse, irais de tous pour tous.

782 COUHS Df.GONOUIE POLITIQUE.

lation à s'agglomérer dans les grandes villes — centralisation administrative, grande production, développement des chemins de fer, fêtes, spectacles et cafés-concerts — tendent à élever constamment le prix des loyers au grand profit du propriétaire urbain, mais au grand dommage du public *. Il y a soixante ans (en 1846), la population urbaine représentait un peu moins du quart de la populatioa de la France. (^)40 0/0). En 1896, elle en représentait beaucoup plus du tiers (39,10 0/0); bientôt ce sera la moitié. En d'autre> termes, la population urbaine a augmenté depuis un demi-sièck •de plus de 60 p. 0/0. Et la France est un des pays qui comptent le moins de grandes villes I

^ Le mal est grand, même pour les classes aisées, qui souvent doivent économiser sur leur nourriture pour payer leur logement, mais pour les pauvres c'est bien pis! L'élévation du prix des loyers. -en forçant les ouvriers à s'entasser dans d'infects taudis, produit les eiïets les plus déplorables, tant au point de vue de l'hygiène qu'au point de vue de la moralité*. Comme on peut le penser, plus la famille est nombreuse, moins elle a d'argent à mettre à son loyer et par conséquent plus elle est obligée de s'entasser dans un moindre espace — et d'autant plus que beaucoup de propriétaires refusent de les recevoir.

La plupart des vices qui affligent la population ouvrière — relâchement des liens de la famille, fréquentation du cabaret, débauche précoce, transmission des maladies contagieuses et des épidémies — tiennent surtout à cette cause. La dignité de la vie pour l'homme, et plus encore pour la femme, est d'ailleurs intimement liée à un certain confort du foyer.

1 D'une enquête publiée récemment par le Ministère du Travail, il résolle que .pour le même logement à Paris le loyer a augmenté comme suit :

1810 SOfr.

Donc eo un siècle le loyer a plus qu« quadruplé! progreaaion cerlaioeaieDt très supérieure à celle du salaire (voir ci-dessus, p. 665).

> Un logement esl dit surpeuplé quand il contient pUs de 2 persoones par pièce. Or M. BertiUon compte 321.000 personnes à Paris — donc 1/8 de la popolatioQ — qui vil à raison de H personnes ou plus par chambre.

Et Paris n'est pas la ville la plus disgraciée a cet égird : la proportion des lai logés esl encore plus forte noç seulement dans des capitales comme Vienne, mais dans des villes de province de population moyenne où ii semble que ia plaee ne •devrait pas manquer, comme Brest, Saint-Étienne, Lille, e(c.

Le seul remède efficace serait une évolution en sens contraire de celle qui s'est manifestée jusqu'à présent» à savoir l'arrêt de la croissance des grandes villes, le retour dans les campagnes des populations qui les ont désertées et, comme le disait M. Luzzatti, la restauration du culte des dieux domestiques. Rien ne l'annonce assurément. Cependant ce qu'on peut remarquer c*est un certain mouvement centrifuge qui se manifeste incontestablement dans nos grandes villes. Dans certaines d'entre elles il est si marqué que les loyers ont baissé de moitié dans le centre. La création de moyens de transport à bon marché (omnibus, tramways, chemins de fer urbains) accélère ce mouvement en permettant aux ouvriers et employés d'aller chercher loin du centre des grandes villes des logements plus salubres et moins chers.

Que faire? On peut essayer de recourir à des mesures de salubrité publique, imposer par la loi certaines dimensions et certaines conditions d'hygiène aux appartements, et même aller jusqu'à exproprier et démolir les maisons et quartiers insalubres. Et dans la plupart des pays ces lois existent en effet et sont appliquées plus ou moins rigoureusement '.

Mais, quoique ces mesures s'imposent, il faut bien reconnaître qu'à certains égards elles aggravent le mal. En effet elles ont nécessairement pour effet d'augmenter les frais d'établissement des logements et de les rendre par là encore plus inaccessibles pour les pauvres! Il faut donc chercher un autre remède; et le plus pratique est assurément la construction de maisons destinées à être louées aux ouvriers ou même à devenir un jour leur propriété par le paiement d'une annuité modérée.

On peut indiquer jusqu'à sept combinaisons diflérentes qui ont été imaginées à cet effet :

l*" La première en date, et aussi par le nombre des maisons construites, c'est la cité ouvrière, en entendant par là les maisons construites par les patrons ou les Compagnies pour leurs ouvriers '.

I Très rigooreusement eo Âogleterre, très mal en Fraoce, quoique pourtant uoe loi du 15 avril 1902 coofère aux municipalités des pouvoirs assez rigoureux : autorif^ation préalable et coalrdie des pians pour toute construction, droit pour la municipalité d*imposer certaines réparations, d*interdire la location, et même d'exproprier la maison — mais les moDicipalités ne se soucient pas de se mettre sur les bras ces ennuis et les dépenses d'expropriation, d'autant moins que les expropriations en France sont très coûteuses. La loi anglaise les rend beaucoup plus aisées en autorisant les muuicipalilés à déduire de la valeur de Timmeuble: !<> la majoration factice de location due au surpeuplement; 2o les réparations à faire pour remettre la maison en bon état ou, au cas où c*est impossible, on ne^paie que le prix du terrain.

> En France les Compagnies de mines de bouille, à elles seules, avaient construit

Cela est indispensable pour les fabriques et les mines situées loin des centres urbains et où Ton ne pourrait recruter des ouvriers si on ne leur fournissait pas les moyens de se loger. C'est ici une des formes les plus importantes de ce qu'on appelle « les institutions patronales » (voir ci-dessus, p. 734). Elle a subi le sort de ces institutions en ce sens que les ouvriers, se croyant exploités même quand leur loyer ne représente pas même le prix -de revient, en savent peu de gré aux patrons et y voient une sorte de servage.

Cependant en Angleterre et aux États-Unis quelques-unes de ces cités ouvrières sont des merveilles de confort, d'hygiène et même d'aménagement artistique, notamment celles très célèbres du Port- Sunlight près de Liverpool et de Bournville près de Birmingham, bien dignes du nom de Garden Cities sous lequel elles sont connues ^ .

2* Sociétés coopératives de construction, formées par les ouvriers eux-mêmes. Il n'en existe en France que très peu, un peu plus d'une centaine, mais elles sont au nombre de plusieurs milliers en Angleterre et aux États-Unis : dans la ville de Philadelphie, qui a reçu pour cette raison le beau nom de City of Homes^ elles ont fait élever plus de 60.000 maisons, chacune habitée par une famille ouvrière. .

L'organisation de ces sociétés est compliquée. Les unes achètent elles-mêmes le terrain, font bâtir des maisons et les vendent ou les louent à ceux de leurs membres qui le désirent : les bénéfices provenant de ces ventes ou de ces locations reviennent en fin de compte aux ouvriers propriétaires ou locataires, en tant qu'associés. Mais la plupart, en Angleterre notamment (building societies), ne se chargent pas elles-mêmes de la construction des maisons : elles prêtent simplement l'argent pour les faire bfttir suivant des combinaisons très ingénieuses et très économiques. Et ces prêts étant parfaitement garantis servent de placementaux épargnes des associés qui sont obligés d'attendre longtemps leur tour ou à ceux — et ce sont les plus nombreux — qui ne veulent pas devenir propriétaires; en sorte que ces sociétés fonctionnent plus encore comme caisses d'épargne que comme sociétés de construction.

Les sociétés coopératives qui n'emploient pas ce système mixte ont beaucoup de peine à se procurer les capitaux nécessaires pour

(de 1S50 jusqu'en 1907) 38.312 maisons représentant un capital de i25 millioos de francs. Voir les rapports annuels de M. Cheysson au Conseil sapérleor des habitalions à bon marché, ^ Voir les deux volumes de M. Georges Benolt-Lévy sur Les Citéê-Jardint en Angleterre et aux États-Unis, et notre volume Économie Sociale.

LA DÉPENSE. n^

bâtir des maisoDs pour leurs membres, car il leur faut immobiliser de gros capitaux. Elles peuvent cependant en emprunter aux Caisses d'épargne, comme en Belgique, ou aux Caisses d'assurances sociales, comme en Allemagne, ou en France à la Caisse des dépôts et consignations ^

3* Sociétés semi-philanthropiques, semi-capitalistes, qui se chargent de construire des maisons confortables et salubres pour les ouvriers et limitent par avance les profits qu'elles pourront en retirer à un chiSre modéré, 3 à 4 p. 0/0. Celles-ci en France sont encore moins nombreuses que les sociétés coopératives, mais elles sont plus riches '.

4» Fondations perpétuelles destinées à construire des maisons ouvrières et dont les revenus sont employés au même objet, en sorte que les résultats vont grandissant en progression géomé* trique. Le type en ce genre est la célèbre fondation de Peabody, à Londres, philanthrope qui donna 12 i/2 millions fr. pour cet objet, il y a trente ans : déjà aujourd'hui plus de 20.000 locataires sont logés dans 6.000 appartements'. De même la fondation Cadbury à Boum ville (près Birmingham) qui forme aujourd'hui toute une ville.

5* Construction de maisons par les sociétés coopératives de consommation pour leurs membres. En effet, puisqu'elles ont pour but de fournir tout ce qui est nécessaire à leurs besoins, pourquoi ne pas leur fournir aussi des logements? Les sociétés de consommation anglaise en ont déjà fait bâtir 46.000, soit directement, soit le plus souvent par des prêts consentis à leurs sociétaires. Souvent elles se remboursent par des retenues sur les bonis revenant aux sociétaires, en sorte que ceux-ci se trouvent avoir acquis une

4 Eq Praooe, la lot permet non seulement à la Caisse des dépôts et coDsignatioos, mais aux Caisses d'épargne et aux Bureaux de bieofaisaDce et hôpitaux, de prêter leurs fonds aux sociétés de construction, mais ces divers établissements n'entrent •que d'assez mauvaise grâce dans cette voie.

En Allemagne, les caisses d'assurances ouvrières ( voir ci-dessus) ont prêté déjà 70O millions fr. pour la construction de maisons ou sanatoria pour tuberculeux.

2 En France on comptait que, jusqu'en 1906, 293 sociétés de construction (dont 162 coopératives et 131 capitalistes-philanthropiques) avaient demandé Tapprobation •du ^Gouvernement, approbation nécessaire pour bénéficier des mesures de faveur de la loi de 1894 dont nous parlerons ci-après. Mais ces chiffres sont à la fois supérieurs et inférieurs à la réalité : supérieurs, parce que bon nombre de ces sociétés ne fonctionnent plus ou ne fonctionnent pas encore ; inférieurs, parce que bon nombre de sociétés vivent en dehors du régime de la loi de 1894.

> Une fondation d'importance presque égale (10 millions fr.), mais sans capitalisation des intérêts, a été créée à Paris par MM. de Rothschild, f

GiDB. — CO'-RS, 50

786 COURS D*ÉeONOMlE POLITIQUE.

maison sans avoir déboursé rien de pins que le prix de leurs achats quotidiens ^

6* Construction de maisons par les municipalités. Nombre de ▼iltes d'Angleterre, d'Allemagne, de Suisse, sont entrées dans cette voie. Elles y sont entraînées forcément par la raison indiquée tout à rheure : c'est parce que si elles font fermer les logements insalubres, il faut bien qu'elles cherchent à les remplacer. Les muoicipalttés peuvent se borner à donner des subventions aux. sociétés pour la construction de maisons ouvrières ou acheter des terrains pour éviter Taccaparemeiit de la propriété individuelle et bénéficier de la plus-value. En Allemagne, les modes d'intervention des municipalités sont très variés. En Angleterre aussi, mais ici on va bien plus loin : car dès que la mortalité dans un quartier dépasse uo certain taux, la municipalité le fait démolir et le remplace par des maisons neuves qu'elle loue à prix de revient. Rien que dans Londres 50 millioas francs ont été ainsi dépensés et 30.000 personnes logées à nouveau *.

Il est à craindre seulement, en généralisant ainsi le système, que les municipalités ne se trouvent prises dans une dangereuse alternative : — si elles abaissent trop le loyer^ d'abord ce sera pour leurs finances une opération ruineuse, et de plus elles aggraveront dans des proportions déplorables l'hypertrophie des grandes villes: le jour, en efïet, où l'on pourra être logé gratis à Paris, peu de Français se priveront de ce plaisir; — si, au contraire, elles forcent leurs locataires à payer ponctuellement « leur terme » et les expulsent en cas de non-paiement, elles deviendront promptement aussi impopulaires que le propriétaire d'aujourd'hui et auront beaucoup plus de mal que lui à faire rentrer leurs loyers.

7* Location et aménagement de logements déjà existants par des sociétés philanthropiques, pour les sous-louer aux ouvriers dans de meilleures conditions et faire en quelque sorte l'éducation économique et morale de ceux qui doivent y demeurer. Ce système (auquel est attaché le nom de Miss Octavia Hill), plus modeste que les précédents, est fait pour les classes les plus pauvres. MissOcla-

1 ËD Allemagae les sociétés coopératives de construction sont beaucoup plus nombreuses qu'en France (1848 en 1909) et elles ont reçu 500 millions fr. d'avance de prêts, de TËtat, des villes ou des caisses d'assurances sociales.

* En France les municipalités n'ont rien fait. Depuis hier seulement la ville de Paris a promis de prêter 15 millions fr. à 2 p. 0/0 pour la coDstrucUon de maisons satisfaisant à certaines conditions indiquées.

En Angleterre les municipalités doivent faire rebâtir, dans un rayon de 2 milles au plus, assez de maisons pour loger la moitié de la population expulsée.

LA DÉI^ENSE. 787

via HiB a fait à maintes reprises Texpérience qu*il ne sert à riea d'installer les pauvres gens dans de beaux appartements si d'abord on ne change leurs habitudes et si on ne leur inculque le sentiment do la propreté, du confort, du home; et elle a créé une organisation admirablement appropriée à ce but.

Dans toutes ces combinaisons, jusqu'à présent, on se proposait toujours pour but de rendre l'ouvrier propriétaire de sa maison. On y voyait divers avantages, surtout celui de lui donner le goût de l'épargne, de la propriété^ du foyer. Mais aujourd'hui cette théorie patriarcale est fort ébranlée. La propriété d'une maison, malgré ses avantages au point de vue moral et économique, a aussi de graves inconvénients pour l'ouvrier. En attachant l'ouvrier à un lieu déterminé elle le prive de cette mobilité qui lui est précieuse pour se transporter là où son travail est le plus demandé : elle le rend plus dépendant du patron. — Il faut ajouter que la loi française, qui impose le partage en nature au décès et contraint par là inévitablement à la vente de la maison (et même, s'il y a des enfants mineurs, à la vente en justice avec des frais qui peuvent dépasser la valeur de l'immeuble) est bien faite pour les décourager*. D'autre part si la question du logement et des maisons est née de l'appropriation individuelle dés terrains et des maisons, il semble bien qu'en transférant cette propriété à l'ouvrier on ne fasse que déplacer le mal et non le guérir. Aussi en Angleterre maintenant commence-t-on à créer des sociétés coopératives de locataires {Copartnership Tenants societies) qui se donnent pour but de procurer à leurs membres des logements confortables et au moindre prix possible, mais qui retiennent la propriété de la maison, ce qui leur permet d'ailleurs de garder le contrôle sur ces maisons au point de vue de l'hygiène et de faire profiter la collectivité de la plus-value des terrains. C'est là qu'est l'avenir. Et beaucoup de patrons, de sociétés philanthropiques, et surtout de municipalités, adoptent ce système. En ce qui concerne le locataire, il y trouve d'ailleurs presque tous les avantages de la propriété sans ses

* fl est vrai que cette législation a été améliorée par la loi du 90 novembre 1894 (iospirée par la loi belge du 9 août 1889) et par celle du 12 avril 1906 qui — en outre des eocouragements qu'elles donnent à la construction de maisons à bon marché, telles que exemptions d'impôts, création de comités départementaux pour propager les sociétés de construction de toute nature, faculté accordée à certains établissements publics de leur prêter de Targenl — ont eu pour but surtout de modifier le Code en fdcilitant la transmission de ces maisons par héritage. A cet effet la maison peut être mise dans le lot d'un seul des cohéritiers (coatrairemeni à la règle du parta^ égal) ou elle peut rester indivise pour une durée plus longue que celle du droit commun, laquelle est en principe limitée à 5 ans.

788 COURS DÊCOxNOMIE POLITIQUE.

inconvénients, car, pourvu qu'il observe les conditions, il n'a craindre ni augmentation de loyer, ni expulsion.

Le crédit à la consommation. — Les Monts-de-Piété.

Nous avons vu déjà (p. 429-639) qu'il existait de nombreuse institutions de crédit ayant pour but de faciliter la production : mai? pourquoi n'y en aurait-il pas aussi pour faciliter la consommation^ Si le crédit peut être indispensable à l'homme pour lui fournir l'instrument de son travail, il peut l'être tout autant pour lui fournir son pain en attendant qu'il trouve à le gagner.

Et en effet il est pratiqué sur la plus vaste échelle — non seulement pour la classe ouvrière, mais mâme pour la classe riche. La vente à crédit est de règle pour certains fournisseurs, tels que les boulangers et les tailleurs. Et on sait que de très grands magasin^ se sont créés, organisés, presque uniquement en vue de la vente ;. crédit pour les meubles et les nouveautés.

Cependant le crédit à la consommation est généralement coudamné comme cause de ruine et même de déchéance morale pour celui qui y a recours. Et les sociétés coopératives de consommation, par exemple, prennent pour règle, quoique souvent violée d'ail leurs, de refuser tout crédit et de ne vendre qu'au compt<inl.

Le crédit à la consommation a, en effet, de très grands inconvénients :

!• D'inciter le consommateur à la dépense en lui permettant dsatisfaire ses désirs sans avoir à faire de sacriflce immédiat. l:i acheteur, s'il est peu prévoyant, peu expert à calculer l'équilibn* d'un budget, surtout s'il s'agit d'une femme — ce sont elles le plus souvent qui font ces achats, — résistera difficilement à la tentation d'emporter ce qui lui plaît sans avoir à ouvrir sa bourse*;

2* De mettre le consommateur en état de véritable servitude vifà-vis du fournisseur — surtout quand ce consommateur est pauvret ne réussit pas à se libérer. Il ne peut plus en effet désormais alk chez un autre fournisseur et il est obligé de subir des majoration? de prix ou de se contenter des plus mauvaises denrées que le fooi nisseur lui fait passer sans qu'il osese plaindre. Les consommateur^

1 Les Grands Magasins, sMIs ont supprimé la vente à crédit. Pont rempiaoéf p^' un appât équivalent et non moins dangereux, la facalté de rendre la marchandise^ elle ne plaît pas.

riches eux-mêmes, surtout quand ce sont des femmes du monde qui n'ont pas payé leurs factures, ne sont pas à Tabri de tout chantage de la part de leurs fournisseurs;

3* D'infliger au marchand une double perte — celle des intérêts pour avances de capital et celle résultant des non-paiements^ — lesquelles doivent être compensées nécessairement par une prime d'assurance sous forme de majoration des prix, dont tous les consommateurs auront à souffrir, à commencer par ceux qui paient ponctuellement et qui devront payer pour les mauvais payeurs.

Si réels que soient ces vices, ils ne sufQsent pourtant pas pour faire condamner en bloc tout crédit à la consommation.

En ce qui concerne les consommations quotidiennes et de petite valeur, telles que le pain, il est vrai que la vente à crédit ne peut se justifier que dans des circonstances exceptionnelles comme \fi chômage; malheureusement ces circonstances exceptionnelles sont fréquentes dans l'existence ouvrière.

Mais pour les articles de consommation lente et d'un prix élevé, tels que les meubles et même les vêtements, la vente à crédit peut être le seul moyen d'acquisition et rendre par là de très grands services. Des jeunes gens qui n'ont pas d'argent pour se mettre dans leurs meubles ne se marieront peut-être pas et resteront à l'état de faux-ménages — ou, s'ils se marient, ils ne pourront loger qu'en garni, ce qui sera fort onéreux. Un lit, une table, sont des espèces de capitaux qui peuvent être tout aussi indispensables « pour s'établir » qu'une machine à coudre ou un métier à tisser; et par conséquent le crédit peut être tout aussi justifié pour les uns que pour les autres.

D'autre part, les meubles et vêtements vendus à crédit le sont généralement sous la forme de vente à tempérament, c'est-à-dire avec répartition du prix en petits paiements mensuels ou hebdomadaires échelonnés sur une longue période et que des agents vont toucher à domicile. Dans ces conditions l'achat à crédit prend plutôt l'aspect d'une sorte d'épargne, « une épargne de consommation », comme l'appelle paradoxalement M. Boucher*. Au lieu d'être incitée à la dépense, la famille ouvrière convertit son argent — cet argent qu'elle aurait probablement tout de suite dépensé improductive-

1 Ces perles soot telles que nombreux sont les commerçaDts dont ils oot entraîné la ruine — et plus encore, ce qui est scandaleux, chez les fournisseurs du grand monde que chez ceux du peuple. On a vu des coaturières, par exemple, ruinées par des clientes très riches, mais qui ne prenaient jamais la peine de penser à payer leurs comptes.

^ Delà vente à tempérament. Thèse de doctorat, 1906.

7M COURS D'ÉCONOMIE BOLmQUE.

ment, parce qu'il « brûle les doigts )», comme disent les ouvriers — en biens darables et qui peut-être mdrae <ievîei»dront une ressource pour les mauvais jours si on en est réduit à les porter as JJoiit-de-Piété.

Les Monts-de-Piété doivent être considérés comme rentrant dans le crédit à la consommation. Ce sont des banques qui ont pour but de faire des avances non k ceux qui en ont besoin pour produire, mais À ceux qui en ont besoifi pour pourvoir aux nécessités de îa vie. L'emprunteur renonce à la satisfaction de quelque besMn superflu, oa moins urgent, pour satisfaire à qitelque autre plus urgent. Il engage son anneau de mariage ou sa montre <m même ses draps pour avoir de quoi aciieter du pain. On sait qne ces établissements, fondés au xn* siècle en Italie avec un caractère religieux, d'où leur nom {monte en italien vtMilait dire simpleinent banque), sont devenus aujourd'hui des espèces d'établissefsents d'assistance laïque, contrôlés par l'État. Ils prêtent toujours sur gages — puisque l'emprunteur, par le fait même de la situation où il se trouve, ne peut offrir de garantie personnelle — et perçoivent un intérêt qui, quoique établi seulement pour couvrir les frais, ne laisse pas que d'être assez élevé, ces frais eux-mêmes, expertises, garde et surtout écritures, étant considérables. Si le prêt n'est pa:» remboursé à l'échéanoe (il peut être prorogé indéfiniment par des renouvellements), le gage est vendu et, s'il y a un excédent, an le tient à la disposition de l'emprunteur.

La elientèle énorme de ces établissements, Timportance de leurs opérations (110 millions fr., dont GO rien que pour Paris), prouvent assez qu'ils répondent à un besoin social. Le revenu des pauvres et même de nombre de riches est intermittent : on engage dans le< mauvais jours et on dégage dans les bons jours. Le Mont-de4^é, dans les budgets de famille difficiles à mettre en équilibre, joue ainsi le rôle d'une sorte de volant régulateur de la consommation.

Le Inze.

Dans son acceplion ordinaire, le mot luxe signifie la satisfaction donnée à un besoin superflu. Or, cette définition, en soi. n'emporte aucune appréciation défavorable, car, comme l'a dit spirituellement Voltaire, le superflu est chose très aéeessaire. Nou$ devons souhaiter qu'il y ait un peti de superflii, €i par coaséquest un peu de luxe, pour tout le monde, même pour les plus pauvres. La nature elle-même nous donne l'exemple d'un luxe fastueux et

LA BÉFENSE. TH

parfois extravagant dans la façon dont elle décore les pétales de ses fleurs, l'aile de ses papillons, ou la cuirasse de ses plus microscopiques insectes. D'autre part, l'histoire nous apprend que tout besoin qui apparaît pour la première fois dans le monde est toujours considéré comme superflu. Il doit l'être nécessairement : — premièrement parce que personne ne l'a encore ressenti; — secondement parce qu'il exige vraisemblablement un travail considérable pour sa satisfaction, à raison même de l'inexpérience de l'industrie et des tâtonnements inévitables des débuts. S'il est un objet qui paraisse aujourd'hui indispensable c'est assurément le linge de corps : « être réduit à sa dernière chemise » est une expression proverbiale pour exprimer le dernier degré du dénûment. Cependant, à certaines époques, une chemise a été considérée comme un objet de grand ïuxe et constituait un présent royal. Mille autres objets ont eu la même histoire ^ Si donc on s'était prévalu de ia doctrine ascétique pour réprimer tout besoin de luxe, on aurait étoullé en germe tous les besoins qui constituent l'homme civilisé dès la première phase de leur développement, et no.us en serions aujourd'hui encore à la condition de nos ancêtres de l'âge de pierre. Le luxe ne doit donc nullement être confondu avec la prodigalité. Un pot de fleur sur la fenêtre d'une ouvrière, c'est du luxe, ce n'est pas de la prodigalité. Inversement casser la vaisselle et les verres après un joyeux dîner, c'est de la prodigalité, ce n'est pas du luxe. Il est vrai ({ue le luxe peut aisément dégénérer en prodigalité : alors seulement il devient blâmable. Reste à savoir oà tracer la limite?

L'opinion publique, pour apprécier le luxe, considère uniquement la somme d'argent dépensée, mais ce critérium ne vaut rien. Qu'on dépense son patrimoine pour collectionner des timbres-poste, oa pour donner à son cuisinier le traitement d'un ambassadeur, ou pour faire courir des chevaux, tous ces actes peuvent être blânablés au point de vue privé et la famille fera bien de faire nommer un conseil judiciaire, mais la Société est désintéressée dans la question, car rangent sorti de la poche du prodigue est simplement transféré dans celle de ses fournisseurs, de son maître d'hAtel, de ses jockeys, ou des parasites qui vivent à ses dépens*.

1 Par exemple, les fourchettes, les montres, les iMcyclettes, aujourd'hai lee automobiles ou les aëroptaoes.

* Il faut prendre garde, saos doute, que si cette défteose implique uoe destruction de richesse, en ce cas il y a en fm de compte une perte pour la Société -^ c'est m que démontre le fameui apologue de Bastiat : la Vitre Cassée, mais oe n est pas toujours le cas, pas notamment dans les exemples ci- dessus.

792 COURS DÉCONOMIE POLITIQUE.

Au point de vue social le vrai critérium ce n'est point la somme d'argent dépensée, mais la quantité de richesses ou de travail consommée pour la satisfaction d'un besoin donné. Or il faut avoir toujours présent à l'esprit ce double fait : — que la quantité de richesses existantes est insuffisante présentement pour satisfaire aux besoins élémentaires de la grande majorité de nos semblables (voir p. 516 note); — que les forces productives, terre, travail et capital, qui alimentent et renouvellent ce réservoir de richesses, sont toutes trois limitées en quantité. Et, dès lors, il apparaîtra comme un devoir très catégorique de ne pas détourner vers la satisfaction d'un besoin superflu une trop forte part des forces et des richesses disponibles pour les nécessités de l'existence'. C'est une question de proportion. Le mauvais luxe ou la prodigalité consiste dans une disproportion entre la quantité de travail social consommé et le degré de satisfaction individuelle obtenue.

Donnons quelques exemples.

Ainsi le goût des fleurs, absolument inconnu à nos ancêtres et qui ne s'est propagé en France que depuis une trentaine d'années", est assurément un luxe dans le premier sens que l'on donne à ce mot, puisqu'il répond à un besoin superflu, et c'est un luxe charmant, bienfaisant et accessible aux pauvres. Mais si l'on orne son salon d'orchidées rapportées de Madagascar ou de Bornéo au prix d'expéditions qui ont coûté des centaines de mille francs et même des vies d'hommes, ou de dahlias bleus que l'on aura fait pousser dans des serres en brûlant plus de charbon qu'il n'en faudrait pour chaufier dix familles tout un hiver, le luxe ici rentre dans la seconde définition que nous en avons donnée.

Qu'une dame porte une robe qui ne brille que par l'élégance de la coupe, nous n'y voyons aucun inconvénient, eût-elle été payée 2.000 francs chez un couturier en renom — car, encore une fois, nous avons à nous inquiéter non de l'argent dépensé lequel n'a fait que passer d'une main dans l'autre, mais seulement de la matière ou du travail dépensés : or il n'est pas probable qu'on aR employé ici plus d'étofi'e ni beaucoup plus de main-d'œuvre que pour une robe ordinaire. Mais que cette même dame fasse coudre à sa robe

> Résulte-t-il de Dotre déÛDitioD que du our où les sociétés seraient assex riches pour assurer à tous leurs membres le superflu, il n'y aurait plus de luxe blâmable? — En effet, nous le croyons bien ainsi. Si la nature, comme nous le disions tout à Pbeure, peut se permettre un luxe insolent dans ses œuvres, Cest que le temps, la force et la matière ne lui coûtent rien.

* En 1870 il n'y avait à Paris que 90 magasins de fleuristes ; aujourd'hui plus de 500,

de bal quelques mètres de dentelles qui ont exigé plusieurs années de travail d'une ouvrière, voilà l'abusa

Qu'un lord d'Angleterre dépense quelques millions pour une galerie de tableaux, c'est bien (quoiqu'il vaudrait mieux encore qu'il en dotât un musée public) : mais si, comme les grossiers barons ses ancêtres, il engloutissait à ses repas assez de viande et de vin pour nourrir vingt personnes ou si, pour se donner le plaisir de faire tirer à ses invités quelques coqs de bruyère, il convertit en terrains de chasse des terres qui auraient pu produire des aliments pour plusieurs centaines de ses concitoyens et les condamne par là à s'exiler, voilà l'abus. Remarquez que dans tous ces cas le progrès industriel ou artistique est hors de cause '.

Toutefois il ne faudrait pas croire que le mauvais luxe, sous forme de gaspillage de travail et de richesse, soit uniquement imputable aux riches. Il y a aussi une prodigalité des pauvres et qui n'est pas moins onéreuse pour la Société. Qu'était la valeur de la perle que Cléopâtre jeta dans sa coupe, quoiqu'elle valût, je crois, 300.000 sesterces, auprès des centaines de millions que chaque jour des consommateurs pauvres jettent dans leurs verres, sous la forme d'absinthe aux reflets d'opale —et du moins la reine d'Egypte n'en fut pas empoisonnée!

Que dire de l'art? Doit-il être considéré comme un luxe? C'est bien l'opinion générale : aussi les économistes éprouvent-ils quelque embarras à le justifier. Cependant si nous nous en référons à la définition que nous avons donnée du luxe, nous verrons qu'elle n'implique aucune condamnation de l'art, même en se plaçant uniquement au point de vue économique, par cette raison que l'art véritable n'exige pas un travail disproportionné avec le résultat. Bien au contraire : un bloc de marbre et un ciseau, ou un mètre carré de toile et quelques tubes de couleur, avec quelques journées

> Mais, dira-t-OD, cette ouvrière serait bien désolée de n'avoir plus à Taire ces dentelles puisque c*esl son gagne-pain? Sans doute, mais ne vaudrait-il pas mieux que les choses fussent arrangées de façon qu*elle pût gagner sa vie en faisant des robes pour celles qui n*en ont pas?

M. Leroy-Beaulieu fait remarquer que le désir du luxe exerce une action stimulante sur la production en général : c'est peut-être à seule fin « de permettre à sa femme de porter des dentelles que le mari a gagné des millionb » (Précis d'Eoonomie Polit,, p. 337). Il est certain que le luxe le plus vain peut exercer une action stimulante, ne fût-ce que par Tenvie qu'il suscite. Mais le travail qu*il crée peut ressembler à celui des Danaïdes.

> Les deux thèses, pour et contre leluxe, ont été controversées depuis l'antiquité- Voir la thèse oontre, dans M. de Laveleye, Le Luxe, et la thèse pour, dans M. Leroy-Beaulieu, Traité eC Economie Politique, IV. Comme documents on peyut consulter les quatre volumes de M. Baudrillart sur VHittoire du Luxê,

194 COURS D'âOONOUIB POLITIQUE.

de travail, sufAsent pour procurer des jouissances «xquises et iOQjours renouvelées à toutes les générations hnmaines. Un Anéricain a.payé une fois 2.5G0.O00 francs un tableau de RaphaêP : mais que nous importe que cette énorme somme «oit à lui ou au iiiar> chandi c'est au tableau seulement qu'il faut regarder. L'<BUTre a-t-elle exigé de l'artiste une somme de travail ou de capital hors de proportion avec la beauté créée? Non, car c'^st la caractéristique de l'art de produire de grandes jouissanoes par des moyens très simples : or, la définition que nous avons donnée du luxe implique précisément le contraire.

Les consommatioiis nocives.

L'alcoolisme.

Nous voici aux consommations qui vont au delà du hixe, en ce sens qu'elles portent atteinte à la santé ou à la moralité des cx)nsommateurs. Evidemment la ligne de démarcation n'est pas facile à tracer et pourra toujours être discutée, d'autant plus que le mal résulte de l'abus plutôt que de l'acte de consommation en lui-même. On pourra discuter sur la question de savoir s'il n*y a pas aussi abus, par exemple, dans le fait de consommer en France plus de 400 millions fr. de tabac par an.

Mais, en tout cas, il est une consommation qui a pris les proportions d'un péril national et qui ne peut être omise dans ce chapitre, c'est celle de l'alcool. Elle a quadiniplé en France au cours du xix* siècle et avait atteint récemment presque 5 litres d'alcool pur par tête vers 1900. Dans ces dernières années elle est redescendue un peu au-dessous de 4 litres par tête, chiffre encore effroyable si l'on songe que ces 4 litres représentent 8 à 10 litres d'eau-de-vie on 400 petite verres, qu'il faut multiplier par 4 ou 5 — en déduisant les femmes, les enfants, et tous ceux nombreux encore qui n'en boivent pas — pour avoir la moyenne des consommateurs habituels'!

* La même somme vient d*étre offerte à lord Lansdowne pour un paysage de Rembrandt (Journaux de février 1911).

^ La coasommatioa d'alcool en France qui n'était que de 1,46 titres en 1850, s'était élevée jusqu'à 4,70 litres en 189S, puis est redescendue à 3,46 en 1909. Mais il est possible que cet heureux résultat ne soit pas dû entièrement à la cam|Migne anti-alcoolique, mais aussi à la baisse considérable du prix du vin qui, ^de 1908 à 1910, a fail jouer <( la loi de substitution » (voir p. 42).

Il faut y G^outer d'ailleurs la consommation de raloeol en fraude qui est grande.

Voici pour les pays d'Europe la consommation mayenne d'alcool pur, dans la

Néanmoins les méfaits de l'alcoolisme ne sont pas nécessairement en rapport avec la consommation de l'alcool. C'est ainsi que le Danemark, où la consommation de l'alcool atteint son maximum, n'en est pas moins le premier pays d'Europe et pent-^tre du monde par sa longévité, par sa natalité, par son degré d'instruction et par la pratique de toutes les vertus de Tassociation et de la coopération*. Seulement l'alcool est un bouillon de culture pour tous les mauvais ferments qui existent déjà dans un peuple : il multiplie les tendances au crime, au suicide, à la démence, à la violence et surtout à la paresse.

Les remèdes essayés contre l'alcoolisme sont très nombreux, d'autant plus nombreux qu'il n'y en a guère qui se soient montrés efficaces. On peut les classer ainsi :

!• Prohibition de In vente ou même de la production. — La vente ■est prohibée dans plusieurs États des États-Unis. Dams d'autres on pratique Isl local option, c'est-à-dire qu'on laisse à chaque commune la faculté de décréter la prohibition '. La prohibition légale n'a donné presque aucun résultat si ce n'est de provoquer la vente en fraude, mais la prohibition locale en a donné de meilleurs parce qu'elle implique un appui effectif de l'opinion publique. Quant à la prohibition de la production elle devient de plus «n plus difficile au fur et à mesure que l'art de*a distillation fait des progrès; on en

période 189M900 (pour avoir la eonsomiuitioD é'em/UU-^i9, il faudrait multiplier oea «hiffrea par 2 oa2 % !e titre alcoolique de Peau-de-vie étant de 40 à 50 p. 0/0) :

DaDemark 7,1

Belgique 4,6

Âllemagae 4,4

France 4,3

Hotlande 4,2

Suède 3,6

Angleterre 2,5

Suisse 2,5

Russie 2,2

Norrège 1 ,6

IUlie 0,7

Ces chiffres, qui sont empruntés pour la plupart à M. BertiMon, doivent être vn f>ea pëdoits à la date actuelle, pour tous ces pays, mais les rangs sont restée à peu près les mêmes.

* Il y a pourtant noe ombre à ce brillant tableau: c*est que le Danemark est un des pays qui compte le plus de suicides, 232 par million d'habitants, à peu près le même chiffre en France, mais seulement 89 en Angleterre et 45 en Norvège.

* En Belgique et en Suisse des lois récentes ont prohibé la vente de l*absinthe •et un projet de loi en ce sens a été déposé en France; mais il est peu probable qu*il aboutisse, quoique Tabsinthisme soit devenu chez nnus la forme la plus aiguë de ralcoolisme.

est arrivé aujourd'hui à extraire de ralcool de toute matière organique et même de bûches de bois.

^ JAmUationdu nombre des débits, — Ce moyen, employé dans plusieurs pays, notamment en Hollande, a fait l'objet de plusieurs projets de loi en France ^ Mais la puissance électorale des marchands de vin les a fait toujours échouer — encore qu'on ait essayé de les désarmer en ne procédant que par extinction, ce qui aurait donc pour résultat de favoriser les survivants en leur conférant une sorte de monopole.

Il est certain que le nombre de débitants en France (près de 500.000) est insensé et que cette corporation, qui est un des grands pouvoirs de l'État, constitue par lui-même un danger public autant que l'alcoolisme. Mais si la limitation du nombre de cabaretiers est très désirable, il ne s'ensuit pas qu'il y eût à en attendre grand chose au point de vue de la limitation de l'alcoolisme. Les consommateurs sauront bien aller là où leur cœur les mène et ce ne sont pas quelques pas de plus à faire qui les arrêteront : il faut prendre garde d'ailleurs que les débits seront vraisemblablement d'autant plus riches et plus attrayants qu'ils seront moins nombreux.

3* Remplacement des débitants par des sociétés philanthropie ques anti-alcooliques. — Ce système original est ce qu'on appelle le système de Gothembourg, du nom de la ville de Suède où il a été inventé en i865. Ce sont les municipalités qui suppriment les débitants, soit par voie d'expropriation, soit simplement, là où la loi le leur permet, en refusant l'autorisation — et qui mettent à leur place des sociétés privées. Celles-ci doivent se donner pour mission en exploitant le débit, sinon de dégoûter le consommateur, tout au moins de ne pas l'attirer. Pour cela elles doivent rendre le débit aussi austère et aussi inconfortable que possible et même ne pas offrir au client de sièges pour s'asseoir.

Il semblait bien que ce système dût donner de bons résultats puisqu'il retournait pour ainsi dire l'aimant en tournant vers le consommateur le pôle répulsif du débit au lieu du pôle attractif. Aussi pendant longtemps en a-t-on dit merveilles et a-t-on annoncé qu'il avait complètement éliminé l'alcoolisme des deux pays Scandinaves. Il semble aujourd'hui qu'il faille un peu en rabattre. On a

< La loi vient môme d'être votée par le Sénat. Elle limite le nombre des débits à 1 par 200 habitants, mais les débitants Tont une vive opposition et il est douteux que la Chambre la vote. D'ailleurs comme elle Tait exception pour les débits doooanlà manger, pour ceux qui ne vendent que du vin, pour ceux dans les « uiUes d'eau », et qu'elle ne s'appliquera que par voie d'extinction des débits, son efficacité serait en tout cas bien douteuse.

cru constater que ces débits humanitaires en étaient arrivés à ressembler beaucoup aux anciens et que les sociétés qui les dirigeaient ne dédaignaient pas les profits de leur commerce — ou du moins que les villes qui s'étaient réservé une part des bénéfices cherchaient à les pousser à la vente.

Ce n'est point h dire que la consommation de Talcool n'ait considérablement diminué en Suède et Norvège, mais l'action d'autres facteurs, et notamment des sociétés de tempérance, y est peutêtre pour une plus forte part que le système de Gothembourg.

4» Monopole de la fabrication ou de la vente de V alcool par VÉtat, — En Suisse la Confédération s'est contentée de prendre le monopole de la fabrication, en Russie l'État a monopolisé aussi la Tente : il vend Teau-de-vie dans ses bureaux comme chez nous le tabac ^ Pour la France le monopole de la rectification et de la vente a été plusieurs fois proposé et M. le professeur Alglave a mené une active campagne en ce sens. Il est peu probable qu'elle puisse aboutir chez nous, les distillateurs qu'on appelle bouilleurs de cru étant au nombre de près d'un million, les débitants d*alcool d'un demi-million, et ces deux grandes armées étant coalisées contre une telle réforme.

Au reste si la question a un grand intérêt au point de vue fiscal, puisqu'elle donne en Russie le chiffre énorme de i.86â millions francs de recettes brutes (1.362 millions net) et qu'on se flatte d'en obtenir en France 1 milliard, elle n'a aucun intérêt au point de vue qui nous occupe ici, c'est-à-dire comme moyen de lutte contre l'alcoolisme. Il est vrai que pour colorer ce monopole l'État, en Russie et en Suisse, promet de consacrer une partie des bénéfices à lutter contre l'alcoolisme, mais il faudrait beaucoup de naïveté pour s'imaginer que l'État philanthrope va s'appliquer à tarir la source où puise l'État fiscal.

5** Droits élevés sur Valcool ou sur les débits. — Mêmes réflexions que pour la réforme précédente. Qu'au point de vue fiscal l'alcool et les débitants d'alcool constituent une matière imposable

1 En Russie l'État ne veod i*eaa-de-vie qu'en flacons fermés, de façon que le client ne puisse con^^ommer sur place — mais celui-ci va boire ces flacons chez le restaurateur d'en face ou môme dans la rue, en sorte que la tempérance ne paraît y rien gagner. L*Élat prélève cependant sur ses énormes bénéfices une dizaine de millions francs par an pour subventionner des « comités de tempérance », mais déjà il a réduit ce chiffre de moitié.

Rn Suisse PÉtat, ne pratiquant pas la vente au détail mais seulement la vente en gros aux détaillants, ne fait que des bénéfices modestes (6 à 7 millions fr.). Il en abandonne une partie aux cantons pour la lutte contre l'alcoolisme, mais ceux-ci généralement remploient plutôt à des œuvres d'assistance.

admirable, cela est incontestable. En Fraace les droits ont été élevés à 2^ francs par hectolitre, c'est-à-dire près de quatre fois la valeur marchande, et en Angleterre jusqu'à 400 francs, et il n'y a rien à objecter à ces droits, sinon la fraude démoralisante qu'ils alimentent. Aux États-Unis les débits de boisson sont frappés de taxes énormes et en France aussi on cherche à augmenter cet impôt qu'on appelle les licences. Mais l'élévation des droits n'a jamais fait diminuer l'alcoolisme, et elle n'a d'autre résultat que d'élever le prix de l'eau-de-vie ou plus souvent d'empirer encore la qualité et par là d'en élever pour les buveurs soit la ruine de leur bourse soit celle de leur santé.

6* Répresiion pénale de rioresse. — Ce remède, inscrit dans la loi française mais jamais appliqué, peut donner de bons résultats au point de vue du bon ordre et de la décence publique, surtout quand c'est le cabaretier qui est puni pour avoir donné à boire à un ivrogne, mais alors même qu'il serait appliqué sévèremeut comme dans d'autres pays, il ne sert guère contre l'alcoolisme. L'alcoolisme est un état chronique très différent de l'accès d'ivresse intermittent, et beaucoup plus grave.

7* Sociétés de tempérance. — Les associations d'hommes de bonne volonté, qui pour mieux lutter contre l'alcoolisme font prendre à leurs membres l'engagement de s'abstenir de boissons alcooliques, sont très nombreuses et se rattachent à des types divers. La plus ancienne, dite des Bons Templiers, qui est née aux États-Unis en 4854 mais a poussé ses branches dans tous les pays, impose à ses membres l'abstinence la plus absolue, non seulement des boissons distillées mais de toute boisson fermentée*. La Société de la Croiar-JÎ/tfe/«, d'origine suisse (1877), est un peu moins rigide en*ce sens qu'elle n'exige pas d'engagements perpétuels, et la Ligue nationale française anti-alcoolique encore moins sévère fmisqu'elle n'exige pas d'engagements du tout et agit surtout par ia propagande.

Ces sociétés, quoique souvent raillées, ont exercé une action puissante et on peut même dire que de tous les moyens de lutte énumérés ci-dessus c'est celui qui s'est montré le plus efficace. En

* C'est une question très débattue que celle de savoir si ces sociétés doirent iaif>oser l'abstioeDoe de toute boisson alcoolique, même simplement femunUe^ comme le vin, la bière — ou seulement celle des boissons distillées? A vrai dire les buts visés sont différents. Les sociétés d'abstinence totale visent surtout à convertir ceux qui sont déjà alcooliques, et pour ceux-là il est certain que labstiaence totale est le seul remède. Les sociétés de tempéraace visent surtout à prévenir le mal, et pour cela ia modération dans la consommation peut suffire.

LA DÉ?£NSE. 799

Angleterre, dans les deux pays Scandinaves et aux États-Unis, ces sociétés ont vraiment sauvé de ralcoolisme une grande fraction, et sans cesse grandissante, de la population. Mais leur action n'est efficace que là où leur levier trouve un solide point d'appui sur le terrain moral ou religieux.

S* Éducation. — On peut lutter pourtant en faisant appel simplement à rhygiène» à l'économie, à la dignité de la personne humaine, et cet enseignement n'est certainement pas inefficace suii^out quand il est donné dans ces deux milieux propices qui sont l'école et l'armée. C'est à cette tâche qu'on s'est appliqué en France depuis quelques années et non sans succès. La génération nouvelle boit moins que celle qui l'a précédée ; et comme preuve nous avons vu que, d'après les statistiques, la consommation est réduite de plus d'un 1/4 depuis une dizaine d'années.

L'absentéisme.

L'absentéisme c'est l'habitude prise par les propriétaires ou les rentiers de résider à l'étranger, ou du moins hors de leurs terres. Cette habitude est très répandue dans certains pays, notamment en Irlande et dans les pays de l'Europe occidentale, et la question qui se pose est de savoir si elle entraîne des conséquences fâcheuses pour le pays d'origine et, vice versa, avantageuses pour le pays de résidence ?

Au point de vue moral l'absentéisme est sévèrement jugé. Mais encore faut-il distinguer. Ce jugement est parfaitement fondé en ce qui concerne les propriétaires fonciers, parce que la propriété foncière est, comme nous l'avons vu, une fonction sociale qui doit être exercée personnellement et non par délégation — ce qui est d'ailleurs la règle pour toutes les fonctions publiques. La propriété foncière qui se fonde sur l'utilité publique n'a plus de fondement du jour où son titulaire n'a plus d'autre rôle que de toucher des fermages et démontre, par son absentéisme même, qu'il vit en parasite. D'ailleurs, en dehors même de cette considération théorique qui est de poids, l'expérience a montré bien des fois, par exemple en Irlande, que l'absentéisme des propriétaires déléguant leurs pouvoirs à des intendants ou intermédiaires {middlemen) entraînaît à la fois la ruine des cultivateurs et celle de l'agriculture ^

''Au point de vue social et poUtiqae, doot il faudrait tenir compte aussi, c'est

Mais pour les rentiers, leur fonction sociale — car ils en ont une aussi, celle de créer et de gérer des capitaux — ne les attache pas plus particulièrement à tel lieu qu'à tel autre. Et, au contraire, un certain cosmopolitisme est fort utile pour faire des placements avec intelligence et les suivre.

Au point de vue purement économique on se plaint aussi de l'absentéisme parce que, dit-on, celui qui va dépenser ses revenus au dehors n'en fait pas profiter ses concitoyens mais en fait bénéficier les étrangers. La résidence de riches étrangers en Suisse, en Italie, à Paris, sura la côte d'Azur », n'est-elle pas considérée à bon droit par ces pays et ces localités comme une source de richesses? Or n'est-il pas évident que si, par le seul fait de sa présence, l'absentéiste procure un bénéfice au pays où il réside, de même, par le seul fait de son absence, il doit infliger un préjudice égal au pays qu'il a quitté? En effet, puisqu'il dépense cet argent au loin, il ne saurait Je dépenser ni le placer chez lui.

Peut-être objecter a-t-on que l'absentéiste ne donne pas son argent gratis, mais compte bien recevoir une valeur égale sous forme d'aliments, logement et services divers. Si les Anglais, par exemple, dépensent 50 millions de francs en Suisse, tout ne se passe-t-il pas comme s'il y avait une exportation de 50 millions de produits suisses en Angleterre : la seule différence est que les acheteurs sont venus les consommer sur place*? — Non : on peut affirmer que les 50 millions payés par les résidents anglais donnent un bénéfice très supérieur à celui qui résulterait de l'exportation et cela pour deux raisons : — i^ parce qu'ils paient généralement toutes choses plus qu'elles ne valent, la loi de concurrence ne fonctionnant pas ici. Toutes réserves faites d'ailleurs sur la moralité d'un semblable procédé, il faut bien constater qu'il n'est guère de villes fréquentées par les étrangers où tous les marchands n'aient deux prix, l'un pour les étrangers et l'autre pour les gens du pays; — 2* parce que très souvent l'étranger paie l'usage d'une richesse qui n'est pas de sa nature consommable ni destructible. Quand l'étranger, en louant une villa pour la saison ou en prenant un guide pour la journée, achète le droit de jouir d'un beau ciel, de respirer un air salubre, de contempler la mer bleue ou les montagnes blanches, il

rabsenléisme des grands propriétaires français attirés à Ven>aiUes qui a contribué à la décade ce de l'aristocratie française.

i n Roumanie, les propriétaires résidant à l'étranger sont frappés dlmpôts très élevés.

t D'ailleurs cet argent anglais sera probablement retourné en acbat de marchandises anglaises, conformément à la loi économique du troc exposée ci-dessus, p. 365.

n'enlève rien à la richesse du pays : il lui paie une véritable rente, identique [à la rente qui proflte à tout propriétaire ayant le monopole d*un avantage naturel quelconque. Et pourquoi, en eiïét, des panoramas comme ceux de la Suisse, des golfes d'azpr comme ceux de Nice, des cascades comme celles de la Norvège, de grands souvenirs comme ceux des villes d'Italie, ne seraientils pas pour ces pays des sources de richesses tout aussi bien que des mines de charbon ou des puits de pétrole?

D'ailleurs, il en est exactement de même pour un particulier. Si j'ai dans mon domaine une curiosité naturelle quelconque, grotte, ruine, etc., et que je fasse payer un franc à chaque visiteur, il est clair que mon revenu s'accroîtra d'autant aux dépens de la bourse du voyageur.

Du contrôle de la consommation par l'État.

De tout temps les Gouvernements ont cru qu'il rentrait dans leurs attributions et dans leurs devoirs de veiller à ce que leurs peuples n'eussent pas à souffrir de la disette, ou d'une excessive cherté, ou fcde la mauvaise qualité des produits manufacturés — comme aussi, inversement, à limiter ou à prohiber les consommations qu'ils jugeaient contraires au bien public. Sans faire ici un historique qui dépasserait le cadre de ce chapitre, il suffit de rappeler ce que la Bible dit des greniers installés par le ministre de Pharaon pour assurer l'approvisionnement du blé durant sept années de stérilité, les distributions de blé aux citoyens romains qui, inaugurées du temps des Gracches, se prolongèrent jusque sous l'Empire, les mesures prises sous l'ancien régime à toute époque et jusqu'à la veille de la Révolution pour assurer l'approvisionnement des marchés en blé, les édits établissant des maximum de prix, les lois somptuaires réglementant les costumes, le port des fourrures ou du drap d'or, ou, comme le Code Michaud sous Louis XIII, prohibant le port des dentelles et fixant le nombre de plats qui pourraient être servis sur la table, les innombrables et méticuleux règlements sur les marchandises vendues, non pas seulement en ce qui concerne les aliments mais pour tout article, par exemple, pour les étoffes dont chaque fil était compté.

Les économistes, en inaugurant la liberté du travail, établirent du même coup la liberté de la consommation et, durant tout le règne de l'école libérale, le contrôle de l'État dans ce domaine cessa presque complètement. Il fut admis que le consommateur est le

Gide. — Cours. 51

m COURS D'E^GONOUIE POLITIQUE.

ftieilk-ur juge de ses intérêts et que d'attleurs la consommalion est de Y^ràre parement prÎTé où TÉtat n'a rien à voir. Mais ht réaction interventioniste, qui s'est manifestée d'abord dans le commerce et la productioQ, oe devait pas tarder à empiéter aussi sur la consommation : il était naiurel que le protectionnisme s'étendft des producteufs aux eonsommateurs. L'État m faisait d'aiikurs qu'eèéir & «oe p^wissance nouvelle dont l'autorité devient de jour en jour plus impérieuse, l'Hygiène Sociale. C'est presque ttoiqpuenieat seus $en patronage que se place aujourd'hui ie contrôle de PÉtat en matière de cc^usommaiion.

Les lois, dites soamptuaires^ ont été abandonnées non seulement parce qvi'elJes étaient généralement inefficaces et Texatoires, mais aussi parce que, comme nous l'avons vu (p. 791), il est difficile et dangereux de tracer la ligne de niveau au-dessus de laquelle commence le luxe. Néanmoins certains impôts sur des objets ou services de luxe (sur les automobiles et voitures en France» sur les domestiques en certains pays, etc.) peuvent agir partiellement à la façon des lois somptuaires.

On peut classer sous cinq chefs les modes d'intervention de l'État en ce qui concerne la consommation :

\^ Assurer aux consommateurs la quantité suffisante. Cette préoccupation toutefois ne s'est pas étendue au delà des denrées alimentaires et presque uniquement du pain. Nous venons de rappeler les mesures prises par les gouyemements d'autrefois ea cette matière et qui feraient la matière de gros yolumes. Aujourd'hui, comme c'est moins la crainte de la disette que celle de la surproduction qui hante les esprits, ce premier mode d'intervention peut être considéré comme abandonné. Cependant les droits de douane sur le blé et le bétail n'ont d'autre excuse que de servir à assurer la production alimentaire dan^ le pays protégé. Ou peut aussi signaler dans cet ordre d'idées les projets de foiuniture de pain gratuit pour tous, énoncés par M. Barrucaad en France et par Alfred Wallaceen Angleterre. Ils n'ont eu qu'uu succès de curiosité.

2* Protéger les cooisommateurs contre une majoratwft ée prit des denrées de première nécessité qui pourraient avoir pova* résuitat d'en interdire la consommutiofi auxelasses pauvres. Cette préoccupation est évidemment du. même ordire que la précédente et, comme celle-ci, ne s'est guère appliquée qu'au pain et qudquelOM à la vumde. C'est ainsi, qu'en France une loi du temps de la Révolution, du 22 jiuiilet 1791, reconnaît a«x municipalités le dvoit de taxer Le prix du pain et de la viajide. fit il est.cujîeux de constater qiie, maJLgré les vives critiqiues des économistesy cetfie loi esteneore

LA DAPENSB. 8M

enrigtietir aprèa iSOandées réTolaest c'est la plo$ véné?abtei die tentes celles qoï existeat dand Karsenal législatif.

H est vrai qu'en cé qui eonceme la viande el\e esl tomb^ée en désaétiide parce que la riasiide étant une dtei»rée qai coiupreind de^ caié^ories de qaaUtés tfè» difTéteittesv rJ: est impassible, à moins d<e recMirir à une tarification compliquée» de Inier on pm maximunt et surtout d'empêcher les boucheird de faire passer tel mioreeaiii é'vBe catégoriie dans thue autre. Parfois cependant les tnaifres dnt fait valoiir la loit comme mefiaiGe pour prérenir leer coa;httoiiâ êe» bouehers. Ma» en ce qvi cd^Acerne le f^aîA^y la loi est anjjiewdt'htif encore «lisez fréquemment appliquée : c'est plus facileyle pein^ étant itiie ée&rée hoomogèfie. Et eiïeore les boulangers ont^ils bien ées ressDufces pour éluder le* tarif en mélangeant des farines de quantité iniférieure, ou en incorporant plus d'eau on de sd à la pÂte. U semMe qatt la création de boncheries ou boulangeries municipales^ comrme à Lisbonne ou à Gatane, ou, h leur défaut, un appui offîcid» fourni à des boulangeries et boueberien coopératives, eonsUtuerarent pouf les consommatents dest garanties phis efficaces et plus scienfti^ fiqin«B que cette survivance des vieux édtts de maximum».

d"" Protéger Ses consommateurs contre la faUificcUion des denréeg. TaDmdis que les deux modes précédents d'imtervention de l'État tombent en* désuétude, celm-ci au contraire prend de jour en j&i» une extension croi<seainte. La raiscm* en est double : d'une part, ks progrès vraiment merveilleux dan6 l'art de la falsification q[[ueRious avoa« déjà nientienànés* (p. 71S), d'au0re part, les progrès parallèles dang l&eon naissance d«s lois de Thygiène, c'est-à-dire des profriétéades> substances alimentaires et de leur meilleure utilisation pour Tentretien de nos fonctions et de nos énergies. Dans to«is Aes pays, et en France aussiv de nombreuses lois ont été votées pour lia répressiim deS' fraies sur le vinv dur le beurre, sur !« lait, suf le susre^,' sur la viande, ete« lU fimilement une: loi organique du 5 aoÉ>t Ii900 a étendu le contrôle de la loi à toutes les denrées « servant a l'alimentalion d« l'bomme ou des animaux ». Des échantillons seront prélevés chez tous les marchands, par les soins des Bureaux d* hygiène, q;ui' doivent être créés dans toutes les villes de plus de !20«000 habitants, et analysés dans des laboratoires municipaux au cas où une falsification aura été conatatée,. alors le tribunal- sera saii^ et an* prociéckfra à la momiuation d'expert« et contre^experts'.

De' totrs^ les modes d'inferYention de l'État c'est celui que tes économistes de l'école ïibéral'e trouvent le plus vexatoire et le plus impertinent^ r Us le supportent à la rigueur quand il s'agit de la

4 Voir notammeot dans les lirtcs éé M. Yves Goyot d'hiccssafllcs protestât ior» à

production ou de la circulation parce que Tintérêt public s'y trouve engagé, mais quand il s'agit de la consommation, alors cette immixtion du législateur dans le domaine de la vie privée, revêtant pour l'occasion le bonnet de docteur, leur paraît aussi grotesque que celle de ce médecin de l'île de Barataria qui désignait de sa baguette impérieuse les plats que le malheureux Sancho pouvait manger et ceux qu'il fallait emporter.

Pourtant comment contester que la falsification des denrées ne smt devenue une question d'intérêt public, alors que Ton a vu en 1907 quatre départements du Midi de la France se mettre en insurrection au cri de : Guerre à la fraude! ou les scandales des fabriques de conserves de Chicago qui ont donné la nausée au monde entier; — ou en septembre 4908 la convocation à Genève d'un Congrès international pour s'occuper des falsifications de denrées? Et quant à croire que le consommateur est suffisamment en mesure de savoir ce qu'il consomme et de veiller à ses intérêts, c'est méconnaître que,possédât-il même toutes les connaissances de l'hygiène, il est le plus souvent dans l'impossibilité de choisir, surtout s'il est dans la clientèle pauvre. Pense-t-on que les petits enfants qui sont empoisonnés par le lait soient « les meilleurs juges de leurs intérêts »? Et d'ailleurs s'il est vrai que les consommateurs soient les meilleurs juges de leurs intérêts, alors que peut-on faire de mieux que de les croire quand ils réclament l'intervention du législateur? Or c'est précisément ce qu'ils font par tout pays*.

Nous ne contestons pas d'ailleurs que l'application de ces mesures de protection ne soit très malaisée. D'une part l'hygiène est loin, encore aujourd'hui, d'être infaillible, et d'autre part rien n'est plus difficile que de déterminer où commence la falsification et ce qu'il faut entendre par un produit « vrai » ou « pur ». Il est évident que si l'on entendait par falsification toute modification d'un produit naturel, il faudrait tout prohiber — car la plupart des ali-

propos des lois répressives des falsifications et même à propos de celles qui s'effon* cent de réprfmer l'alcoolisme.

* En France en 1901 ils avaient même créé une association qui portait le titre éloquent de n Ligue pour la défense de la vie humaine » ! Elle n'a d'ailleurs pas été viable.

On peut citer aussi la Suisse où le Conseil fédéral a soumis au vote populaire un projet de modification de la Constitution pour donner à ia Confédération « le droit de légiférer sur le commerce des denrées alimentaires et autres articles de ménage et objets usuels en tant qu'ils peuvent met re en danger la santé ou la vie •. Et quoique les cantons soient très jaloux de leur autonomie, ce projet a été voté (le 11 Juillet 1897) par 16^.250 voix contre 86.955, et a abouti en 1907 à une loi sur la répression des fraudes par Tinspeclion à la frontière.

ments subissent tout au moins cette modification artificielle d*ètre cuits! Ainsi, en ce qui concerne le vin, le mouillage et le sucrage sont considérés à bon droit comme des falsifications, et pourtant la Nature elle-même pour fabriquer le vin n'emploie guère d'autres éléments que l'eau et le sucre. Mais si ces difficultés pratiques imposent en effet une grande prudence dans l'application de la loi, elles n'ébranlent pas sa nécessités

Il est vrai que d'assez nombreuses associations privées, ligues de consommation ou d'acheteurs, sociétés contre les falsifications {voir ci-dessus, p. 773), syndicats agricoles, sociétés coopératives de consommation dont nous avons déjà parlé, pourraient protéger les consommateurs, surtout si elles étaient investies du droit de poursuite que la loi française refuse aux sociétés privées *, mais que la loi anglaise leur confère. Mais précisément elles ont besoin de pouvoir s'appuyer sur la loi et celle-ci de son côté a besoin d'elles, car il est à craindre que sans leur concours la loi ne reste inefficace.

4° Empêcher la consommation des denrées nocives, en prohibant sinon la consommation elle-même, ce qui en fait serait difficile et d'ailleurs attentatoire à la liberté individuelle, du moins la mise en vente et la fabrication, ce qui en fait sera aussi efficace. C'est ainsi qu'en Belgique et en Suisse la mise en vente de l'absinthe a été prohibée par des lois récentes qui ont fait assez de bruit, et le même projet de loi a été déposé devant le Parlement français, mais il est plus douteux qu'il aboutisse. La Chine, par un décret du 21 novembre 1906, a prohibé la consommation de l'opium sous <les peines sévères et cette campagne est vivement soutenue par la « jeune Chine ». Il serait à désirer que l'Indo-Chine française suivît cet exemple, mais tout au contraire l'opium y fait l'objet d'un monopole très lucratif du gouvernement*. Même en France la consommation de ce narcotique prend des proportions inquiétantes, quoique l'importation soit prohibée. On sait que la mise en vente de l'alcool lui-même et des boissons distillées est prohibée dans divers pays, mais nous ne revenons pas sur cette question de l'al-

1 Comme exemple curieux d'intervention ao nom de l*hygiène, on peut citer les arrêtés municipaux de quelques villes allemande8,Munich entre autres, prohibant pour les dames le port de robes longues parce qu'elles soulèvent la poussière des rues.

> La jurisprudence admet cependant Taction des syndicats quand ils peuvent prou, ver qu'ils poursuivent un intérêt professionnel, et les syndicats agricoles ont usé plusieurs fois de ce droit. Mais souvent ils sont déboutés par cette raison que le syndicat n'a pas éprouvé de préjudice pécuniaire et que par conséquent il n'a pas qualité pour réclamer des dommages-intérêts.

) Voir pour la lutte contre Topium, Paul Gide, Lopium^ 1910.

#M COURS D &GONOMIE K)L1TIQUE.

eooiUme à laquelle «ous venons de consacrer un chapitre spécial.

Dans ce même chapitre il faudrait classer les mesures législatives prises dans un grand nombre de pays pour protéger les habitants des villes et spéciaiement les locataires pauvres contre rinfiaiubrité des logements, car le logement aussi rentre dans ia coasommatâon. Om sait que des cooditioas mioutieuses sont prescrites — quoique rarement observées en dehors des grands centres ^^ en œ qui concerne le nombre de mètres cubes des pièces, la hauteur des plafonds, les ouvertures, etc. (voir ci-dessus Le lo^fement).

L'État a aussi à s'occuper des^eiu; d'argent, des paru et -des loterie*^ soit pour les prohiber, soit pour les réglementer, soit pour ea profiter ! Il est vrai que c'est plutôt dans le Livre de ia iiépartitidn qu'il aurait fallu en parler et, si nous avions consseré tu chapitre à la spoliation sous toutes ses formes, nous n'aurions pas manqué de leur y réserver une place. «Cependant il s'agit bien là sinon d'actes de consommation à proprement parler, du moins de dépenses. Et ces dépenses ne sont pas un simple transfert d'argent, car les sommes perdues au jeu ou aux paris sont presque toujours coasouamées impndductivement, soit qu'elles soient gaspillées par les gagnants, soit qu'elles serrent à entrelefiir une population de parasites. Le développement inquiétant xie ces habitudes dans les classes populaires, non seulement en France mais par tout pays, a attiré l'attention des gouvernements; seulement jusqu'à présent ils se sont plutôt préoccupés de ks utiliser pour e» battne monnaie que de les réprimer *.

En ce qui concerne les loteries on sait que nombre -de gouvernemente, autrefms et encore aujourd'hui (Italie, Espagne, la viUe de Hambourg et divers Etats d'Allemagne, etc.), les exploitent eux- «lémes sous forme d'entreprises d'État plus ou moins lucratives'. £n France on y a renoncé et les loteries sont même subordonnées à une autûrisation préalable de radminieÉratien ou du Pariement

* La légialalloQ «ir les paris a» toimes et sur les maisons de jsux est looAie. ilA ce qui ooseeroe lee jeui d'arseot. Us ne «ont pas proUb^ tant qu'ils «it «o caractère privé : la loi française n'interdit et punit que les maisons de jeux ouvertes au public. Mais il est faeile de tourner oetl« proUbdlitn p«r des mtoW et ea^laos, soirdissAt AssoeiatioDs privées, en rMité oi»vertes à toos. Âioai U Gs^vemesMot a-4-il 4raijRJgé et autorisé les jeux dass iee ville» d'eawx «oyensMit au 'mgAl é^ 15 p. 0/0 «ur le produit brut.

Quant aun paris mutnaU aux coorseFtles «leenoes tant inlanlilsa Mires qseeaUe dito du p<m mutuel h laquelle l'Etat fait payer la raota» de sou ptivibè^a par m pr^lèveAieat de 7 p, 0/0 sur k SMAlsnt des paris.

> Ainsi en Italie le lotto a donné <en 190B*l$O4) 74 XMlliooa franes bml et» déduction des lots ei des frais, 03 miUione aet.

LA DÊPENSI. Wi

seliiML Vimfovi^nee ée& soraraes en jea. Mois «es auèorisaAioDS smit très pFodigiiiée» scrus de futile» prétexie» de philanthiropiet. Oq peut faine vftMr comme exease qite la loterie est moins dangereuse que le jea et le pari, d'abc^rd parce <pre ks peilea subies par les joueurs sont limitées et trop petites pour entraîner leur ruine et jUiâsi pâir«e qu'il peat arriver que l'argent des perdante voire naéjne celui des gagoaDis» soit utiteoient employé. Et miémeen tant que moée de répartition des richesses,, si la loterie a ce dëfMiorable résultat d'intensifier l'action du hasard et de familiariser l'opinioa publique avec l'idée de la ricJieaee acquise sa^ns travail, du moiins elle offre i chacun des chances plus égales que le jeu et le pari, eu riné» gaJité des chances et des « tuyaux » frise p^lus ou moins l'escroqueirie, et «léine elle satisfait à u» certain sentijitent de justice simpliste.

5*^ Enfin la loi pourrait avoidr à iaterYeair nooi phis pour protéger ks intérêts du coasononateur mai« au contraire pcrur Ini impotfet certains devoirs que comporte sa fonction sociak (roir pw 77i), notajument poiur défendre certaioes dilapidations des richesses naturelles. Oa peut, citer la prohibition de la chasse et de la pécha durant plusieurs mois de l'année. Il j a bien d'autres prodidts dont k mise eni vente sera sans doute iaiterdite an jour parce que leur consommation implique des actes de destruction stupide ou féroce, comme par exemple le port des plumes d'oiseaux sur les chapeaux de dames ; mais jusqu'à présent il n'y a eu que quelques Ligues privées qui essaient de lutter, sans grand succès, contre cette mode de Peaux-Rouges.

Les d&penses publiques'.

L'accroissement continu des dépenses publiques est un des faits les plus caractéristiques de aotre temf»8« An eommeuieeizieat du sièck et jusf^e vers 1830,. le budget des dépeisse» ne dépasmit guère un milliard; il a dépassé aujourd'hui de beaucoup ïes 4miî-

* Le prAiident chi Gonserf, Bl. Glemeoceaa, disaft & la Chambre en 1909 qu'il «▼ait: pour 537 miffîmis francs de demandes' en autorîsatioB de îoterfes, mais qu*il y en avait seufenent poor une centaine de millions francs d'autorisées. Mais depuis lor» on » fiiit «ne feCerk (çénéra^e rfe KquidulioD et fadministra^ion semble se montrer pliiB sévère poor les autorisations.

* Sf 1^ rapproche ce Chapitre de celui sur n^ crédit pubPic (p. 442) et de ceTui sur les impôts (p. 753), rm aura un bref résumé de ce qu*on appefTe TÊconomie Pinaociëre, qoi fait Tobjet, &ms les Pacutt^s de Droit de France, d'una enseigneneot disUBct.

808 COURS D ÉCONOMIE POUTIQUE.

tiards : en moins d'une vie d'homme, il a donc plus que quadruplé ' f et si l'on ajoute les dépenses des communes et des départements, il atteint 5.300 millions. Les causes de ce phénomène, qui est général car il s'est manifesté autant et plus dans tous les pays*, ne sont pas difficiles à trouver.

i"" Il en est une d'abord quitient à la dépréciationde la monnaie (voir ci-dessus, p. 316) : elle grossit Taccroissement des dépenses d'une majoration factice qu'il faudrait défalquer pour avoir l'accroissement réel.

2<» La seconde est le développement de l'esprit militaire avec toutes ses conséquences, la guerre d'abord et la paix armée qui coûte plus encore que les guerres d'autrefois. Sur les 4 i/2 milliards de dépenses de l'État ci-dessus indiquées, plus d'un quart est consacré à payer les frais des guerres passées sous forme de paiement des intérêts des emprunts contractés pour les faire ; et plus d'un tiers à payer les préparatifs des guerres futures. Le budget de la guerre et de la marine en France, en y comprenant la défense des colonies et les pensions militaires, dépasse 1.400 millions de francs, inférieur néanmoins à ceux de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie et même des Etats-Unis*. Les dépenses pour la marine de

* Voici les accroisaemen'.s successifs du budget de la France au cours de ces derniers siècles :

Louis XVI (1785) 610 millions de francs.

Napoléon !• M1815) 931 . —

Charles X (1830) 1.095 —

Louis-Philippe (1848) 1 .771 —

Napoléon m (1869) 1.904 —

id. (1872) 2.723 —

République (1911) 4.300 —

Nous prenons pour étapes la fin de chaque règne. Cependant, pour le second Empire, c'est la date de 1872 et non celle de 1870 qu'il faut prendre pour y faire rentrer, comme de juste, la liquidation de la guerre franco-allemande.

s En Angleterre, de 1815 à 1910 le budget a passé de 1.500 à 4296 milHoni de francs. Et les dépenses locales y sont encore plus fortes et s*y sont beaucoup plus accrues qu'en France.

£o Prusse, le budget était de 630 millions fr. en 1875, de 3 milliards aujourd'hui. En Russie, de 1.850 millions fr. en 1880, à plus de 7 milliards fr. en 1910. Mais il faut dire que les budgets de ces deux pays ne sont pas très comparables arec les autres, à raison de la place énorme qu'y tiennent les services industriels.

1 L'exemple le plus curieux de Taccroissement de dépenses militaires est la Suisse^ petit pays couvert pourtant par la neutralité. Son budget de la guerre a passé de 7 millions fr. en )874 à 40 millions aujourd'hui, donc a sextuplé, taax d'accroissement bien supérieur à celui de tous les autres pays !

Si, comme on le dit, les dépenses de guerre peuvent être considérées comme une prime d'assurance, il faut reconnaître que si c'est une assurance qui revient

guerre surtout ont pris dans ces dernières années des proportions extravagantes, chaque cuirassé nouveau type (Dreadnougth) coûtant de 50 à 55 millions de francs » et déjà même les tout nouveaux 65 à 70 millions.

Les pays neufs d'Amérique ou d'Australie, grâce à ce fait qu'ils n'ont pas de voisins ou qu'ils ont la chance de n'avoir pour voisins que des sauvages, n'avaient eu jusqu'à présent à supporter de ce chef que des charges insignifiantes; et il paraissait impossible que cette inégalité énorme dans les charges ne ûntt pas par leur créer une supériorité économique tout à fait décisive sur nos pays d'Europe, mais heureusement pour nous ils se mettent aussi à construire des cuirassés et veulent même les plus gros.

3® La troisième est Vextension graduelle des attributions de i'-^^a/. Toute dépense publique correspond, en elfe t, à une certaine fonction de l'État. Or, on voit se manifester par tout pays, sans en excepter même le pays du self-help, l'Angleterre, une tendance de plus en plus marquée à élargir les attributions de l'État (voir cidessus, p. 223), non seulement en développant dans des proportions considérables les anciens services publics, tels que ceux de l'instruction publique ou des travaux publics, mais encore en créant des Ministères nouveaux ou tout au moins de grands départements ministériels, tels que l'agriculture, le commerce, le travail, l'assistance publique, l'hygiène publique (logements insalubres, préservation des épidémies, falsification des denrées alimentaires), les assurances sociales, etc.

Il va sans dire que cette extension progressive des attributions de l'État doit se traduire par un accroissement proportionnel des dépenses publiques * . Néanmoins il serait injuste de faire retomber sur le socialisme d'État, comme on l'appelle, la plus lourde part de responsabilité dans l'aggravation énorme des charges publiques. Si du chiffre total des dépenses de l'État qui est de 4.300 millions, on retranche 1.400 millions pour la ;guerre et la marine et 1.200 millions pour la dette publique — qui se rattache aussi pour la plus

terriblement cher. En effet, la guerre de 1870 a coûté à la France, tons frais payés, il milliards. Or payer 1.400 millions fr. par an 'pour en éviter le retour, c'est comme si le propriétaire d'une maison de 110.000 fr. payait 14.000 fr. de prime annuelle contre Tincendie I

f 11 est vrai qu'il faut ajouter 1.250 millions pour les dépenses des communes et des déparlements, qui sont aussi des dépenses d'intérêt collectif, ce qui élève la proportion à 9 p. 0/0.

II est clair que le militarisme n*étant pour rien — ou pour peu de chose (quelques casernes àbfttir) -^ dans l'accroissement des dépenses municipales, celles-ci ne peu- Fent être expliquées que par l'extension des attributions des municipalités.

810 PRINCIPES B^taMIQMIfi POLITIQUE.

§ran(le part, -coiame nom l*awioi»s &it obeerver, à la goeire — «t Ikm retranche aussi les 4 ou ^500 millions ifae >eQÛte la fKnxptiaD des iHvpôts, on voit qu'il ne reste çoère 4fÊÊd i .âOO nillûuis #. de dépenses publiques à répartir entre les dii^ers minisbàres. Or ti Too songe que }e revenu total de la France est jévaJwéà plus de â5 milliards, on (&e trouvera Traiment pas exarbitaot ^'elie consacre moios ide 5 p. 0/0 de ce re^ieon à des dépenses d'intérêt pubik.

Pendaat icNo^isips, durant tout le cours du xir* 8tè(^, il «enbie que 'la marche «sceiiBionnelle des dépenses pntbliqnes n'ait pa8 d^asséet même n'ait pas égalé l'ascensioB ée la irichesse général du pays. Si nous constatons en effet que ie budget a presque quintuplé depuis un siècle, nous avonscru pouvoir coastaler d'autre part que U fortune global d^es Français avait sextwpJé dans le snéme laps de temps (voir ci-dessus, p. ^668). La proportion des dépenses publiques au revenu national aurait donc plutôt diminvé. Mais il se:.ibie que dans oes dernières années il «"es soit pivs de même, car raceroissement des richesses parait »e ralentir, taiMiis que f accélération du bnsdget devient vertigineuse.

Et «eux qui se Aaiteot que la nuDPée «ascendante des danses va s'arrêter ae font de singulières illusions. Les lois d'assisbasce pour ies vieildards et invalides qui n'ont pas atteint «noore leur plein, la ioi non encore appliquée sur les retraites ouvrières, les assarances contre le chômage et contre l'invalidité djéjii amoneées, les exigences de rhy^giène urbaine em ce «qui cooceme les «Kpropriattons des quartiers malsains et la reconstruction 4e maisons nouveMes^ la oéoesaité^ai Ton v«ut éviter une grève générale, d'augmenter les traitements misérables de près d'un million de fon<Aiottnaires (parmi lesquels 120.000 instituteurs mëooalents qvi préparent des générations aigries) et J aussi des empio^és des chemins de fer et de tous iles services d'intérêt public, la nécessRé, pour conserver une armée suffisante malgré ie décroissement de noire natalité et PabrégeiTient du temps de service, de payer des rengagea, oetle non BDoins impérteuse de maintenir la flotte de^uerreau rang des puissances tout au moins de second ordre, et fmalement la hausse des prix qui accroît nécessairement les dépenses publiques comme les dépenses privées — tout cela nous promet à bref délai un accroissement de dépenses de plus d'un milliard, encore n'estrce pmnt assez dire. 11 ne faudra pas longtemps pour atteindre ert dépasser le cînqmeme'milliard et marcher vers le sixième.

Beaucoup de gens croient qu'avec de telles perspectives la ruine de la France et des autx es pays est inévitable. C'est possible, mais ce n'est pourtant pas une conséquence nécessaire de cette évolution.

Car qu'esUoe q«i'une dépense faite par l'État? C'esl; de Targen^t pris à Pierre pour être remis à Paud. Q\ài «et Piwre? Tout contribuable. Oui eat Paul? Tiwttfonctionoaire, toutreotier, tout vieillard retraité ou aa^'i^, tout fournisse^tr «de TËtat qui émarge au budget. Les 4 QÛHiarda de dépemaes du budget ael^uel, tes S lou 6 luiiliards dju jbudget de deisain, ne repréBenteoit donc qu'un déplacement d'argent. Toute la question, au poiiiitde v%ie économique*, est desavoir 6t ces flûdlliards enlevés sm capital et au travail naliooai seroat gas^ pillés à eairetenir des parasites et à créer des entreprises inutiles ~ ou s'ils seront utilemefit employés à construire des routes* des ports, à organiser l'enseignedooent professionnel, les assurances, etc*.^ ou mdme à ^v^iter une guerre désastmuse'. Si on avait a£Caire à un gouvernement iafiniinent sage qui sût employer l'argenit plus utilesaeDt que ne le font les individus qui le possèdent, l'aoepoissement des di^nses publiques serait une canse d'enrichissement et non d'appauvrissement. U est vrai que cette hypothèse est très invraisemblable et voilà pourquoi raceroissemeat des dépenses publiques efit inquiétant. Mais tout de même si la r«ine doit venir, elle viendra non delà proportion croissante de ces dépenses, mais de l'emploi qui eo aura été fait.

Ce qu'il faut dire surtout c'est que cet accroissement contiau des dépenses publiques est tme des formes caractéhstiqnes du collectivisme et celle sous laquelle il a le plus de chance de se développer.

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