CHAPITRE I LA NATURE
Il faut entendre par le mot de Nature non un facteur déterminé de la production, ce mot n'exprimerait qu'une vague entité, mais l'ensemble des éléments préexistants qui nous sont fournis par le monde dans lequel nous vivons 4.
Pour que l'homme puisse produire, il faut que la nature lui fournisse un milieu propice, une matière première utilisable, et très souvent aussi des forces motrices qui aident son travail. On pourrait ajouter le tempSy puisque le temps aussi bien que Tespace conditionnent notre existence.
Le milieu.
11 semble à première vue que Thomme ne puisse rien changer au milieu où la nature Ta placé. Mais ce qui caractérise le degré de supériorité d'un organisme ^SiiÊabciUê c'est la faculté qu'il possède d'adapter le milieu h lui-même au lieu de s'adapter au milieu. Cette loi se vérifie à un haut degré pour l'homme. Sans doute, il ne peut
jifjg oTÂt^râpR minpsi^ nfi |] n'y piTa pniyt. mnis il peut, par desame^ndegients, fabriquer de'wuie^'^êce^le sol cultivable, remplacer des gMTOi&ou môme desgolfes, comme celui du Zuyderzee, par des terres arables. [1 ne peut pas changer les grandes lignes; que la nature a dessinées, mais popr |y^ quaj:alle-ci 'y ait mis quelque complai-
1 On disait auU'efois la terre. L'expression est équivalente, à la condition d'enteadre par là non sealement le sol cultivable, mais le globe terrestre avec son atmosphère. Il est bien évident que notre planète, et seulement duns son écorce superficielle, est la seule portion de l'univers qui puisse servir de théâtre à notre activité économique. Toutefois, comme on a vu des peuplades utiliser le fer natif qu'elles trouvaient dans les aérolithes tombés du ciel, et comme toute force motrice (vents, ooursd'eao, et calorique emmagasiné dans le charbon) dérive de la chaleur solaire, scientifiquement le mot de Nature est plus exact.
sance, il peut les modifier ; compléter par exemple un réseau de navigation intérieure, supprimer les barrières des montagnes et des bras de mer en établissant des routes à travers celles-là ou par dessous ceux-ci ; ou bien détacher l'Afrique de l'ancien continent, TAmérique du Sud du Nouveau Monde, et faire de ces deux presqu'îles deux tles. Il ne peut cei'tainement pas changer la situation climatérique, mais par des reboisements sur grande échelle, par cer- • taines cultures appropriées, plus tard par d'autres moyens dont nous n'avons pas encore le secret, l'industrie humaine pourra peut-être ^modifier d'une façon appréciable le régime des pluies et des vents.
Le milieu est constitué :
1» Par r atmosphère, qui contient le gaz oxygène indispensable à la vie et qui répond au besoin le plus urgent et le plus continu puisque une ou deux minutes d'interruption suffisent pour entraîner la mort. Mais comme la composition de l'atmosphère est la même sur tous les points du globe et que partout elle est en quantité uJira-suralDondante, ce bien si précieux n'a pas d'intérêt économique. Cependant solon que cette atmosphère est plus ou moins tempérée, plus ou moins humide, plus ou moins lumineuse, selon le régime des pluies et le débiL des cours d'eau, en un mot par ce qu'on appelle le climat, elle influe de façon décisive sur la culture du sol et sur tous les arts de la civilisation. Si à Nice ou à Saint- Moritz un terrain aride se paie des centaines de francs le mètre, c'est qu'on paie non le droit au sol mais à un air ou à un soleil qu'on ne trouve point ailleurs *.
* La branoûe de i école de Le Fiay, qoi a fait schisme à la suite de M. Deno- Hds, voil daos cette quesiioD du milieu géographique le fondement de toute La scienoe sociale. Elle distingue trois catégories du sol qui donnent naissance aux trois types de sociétés primitives : la steppe aux peuples paxteur^; — le rivage maritime aux peuples pêcheurs; — la forêt aux peuples chas&eurs. Ce sont là des types fondamentaux des sociétés simples, c'est-à-dire qui vivent uDtquenent des produits s{K)ntanés du sol. Bien plus! Técole en fait dériver, par des rapports de filiation nécessaire, toutes les sociétés complexes, autrement dit civilisées. Et elle retrouve ingénieusement, dans Tétat primitif du sol, Torigine et la cause unique de toutes les formes actuelles de la propriété, de la famille, du gouvernement, etc. Voir ce système développé à iwiintes reprises dans la revue La Science Sociale. — Mais ce déterminisme géographique, quoique parfois suggestif, est très exagéré et l'école de Karl Marx paraît plos près de lu vérité quand elle montre que rinfluence du milieu physique décioit au fur et à mesure que grandit l'influeooe do milieu économique^ parée que Tbomme devient de moins en moins dépendant de la nature au for et à mesure quHl se crée un milieu artificiel.
C'^st plotOt sur la constitution physique de l'homme que le milieu physique exerce une influence mystérieuse mais certaine. Les Américains des États-Unis évoluent d une g<énération k laulre vers ie type du Peau-Ho jge et les Australiens vers celui de la race indigène.
LA NATUBË. ^ -tS
Les contrées tropicales ont pu voir s'épanouir des civillsatioDS brillantes : elles n'ont pas vu de races laborieuses et industriellement fécondes. La nature y semble décourager la production aussi bien par ses libéralités que par ses violences. Dans ces heureux climats où le pain pousse comme un fruit, où la température dispense de songer au vêtement et presque au logement, l'homme s'habitue à compter sur la nature et s'épargne l'effort. Et d'autre part, les forées physiques ont dans ces régions une telle violenee, elles sont si irrésistibles dans leurs manifestations diverses, pluies diluviennes, débordements, tremblements de terre, cyclones, que Thomme ><intimidé ne conçoit même pas Tidée téméraire de les gompter et de ^ les fiiire servira ses fins : c'est assez pour lui de chercher à se défendre. Dans nos contrées tempérées» au contraire, la nature est assez avare pour obliger l'homme à compter beaucoup sur ses propres elîorts, mais elle est assez apaisée pour se laisser domestiquer par rindustrie humaine. Ici elle favorise l'activité productrice à la fois par ce qu'elle nous refuse et par ce (ju'elle nous abccorde.
2« Par le terriltnre, qui lui-même comprend la situation géographique^ maritime ou continentale, le relief orographique, lequel détermine le cours des fleuves et des grandes voies de communication ^ la richesse du sol et du sous-sol. Qui pourrait mesurer l'influence qu'a exercée sur les destinées de l'Angleterre ou môme du Japon, sur leur développement industriel et commercial, leur situation insulaire*? Et si l'on recherche pourquoi le continent Africain, conou de toute antiquité — et qui même a été le si^ de la plus vieille des civilisations connues, celle de l'Egypte — était resté jusqu'à ces derniers jours en dehors de tout mouvement économique, tandis que les deux Amériques, découvertes depuis quatre siècles^ peine, sont sillonnées en tous sens par les courants commerciaux, la principale cause doit en être cherchée dans la différence de leur réseau fluvial, Tandis que les fleuves du Nouveau Monde débouchent dans l'Océan par d'immenses estuaires et entrelacent si bien leurs réseaux que l'on peut passer des affluents de la Plata dans ceux de l'Amazone et de là dans ceux de l'Orénoque, ou bien encore du bas-
4 Pour les ports marilimes et les voies oaTi gables,, voir ci-après les chapitres du Transport et de la Marine marchande,
* Sil fallait une preuve du rôle prépondérant que « le ruban d'argent » a joué dans les destinées de TÂnjgleterre, on la trouverait dans le curieux sentiment dMnqaiétade ^jui s'est emparé de cette nation, pourtant si commerciale et libre-échangiste! aie. seule perspective d*ôtre rattachée au continent par on tunnel sous la MaDcbe, tt te reins eatégoriqve que, malgré « l*en'.ente cordiale », le gouvernemeoi «ogiais oppose àoe projet parfaitement réalisable et déjà amorcé.
siD du Mississipi dans celui des Grands-Lacs, presque sans quitter la route d'eau, — les fleuves africains, non moins vastes pourtant, opposent tous aux explorateurs, dans la partie inférieure de leur cours, une barrière de cataractes infranchissables ou de marais pestilentiels : — sauf le Nil, mais aussi quel rôle historique incomparable a joué celui-ci comme père de civilisations et de richesses!
La constitution chimique du sol n'exerce pas une moindre influence. C'est elle, en effet, qui fait la richesse agricole. Si la Chine peut nourrir sa grouillante population, c'est à sa (c terre jaune » qu'elle le doit; et la Russie n'est pas moins fe^Vame à ses riches « terres noires » : riches est bien le mot, car, au dire des géologues, elles ne renferment pas moins de 16 milliards de francs (Tazéte et d'acide phosphorique !
Cependant, à l'état de nature, cette richesse de la terre n'est pas d'un grand secours pour l'homme et lui est plutôt un obstacle par la végétation exubérante qu'elle lui oppose et dont le premier travail du pionnier consiste à se débarrasser — le plus souvent, il est vrai, avec une brutalité qu'il a lieu plus tard de déplorer. L'homme aujourd'hui regrette les forêts qu'il a abattues et s'efforce de préserver celles qui couvrent encore certaines parties des continents sud-américain et africain*.
Jusqu'au siècle dernier le sous-sol n'a eu presque aucune action sur l'évolution des sociétés : mais aujourd'hui il en a une prépondérante et qui n'a pas peu contribué à déplacer les rangs occupés par les nations, non pas seulement au point de vue économique mais même au point de vue politique. Avec le fer et le charbon on ne fait pas seulement marcher l'industrie, on construit les navires et on forge les canons. La production mondiale de la houille et du fer dépasse aujourd'hui 13 milliards de francs*, alors que celle du
1 Ea ce qui concerne la propriété des forêts voir ci-après, Liv. III, au chapitre Objet du droit de pro'griété.
2 Voici lu production de la houille, environ 1 milliard de tonnes se répartissant ■ainsi en 1909 :
États-Unis 390 millions T.
Angleterre 264 —
Allemagne 146 —
France 36 —
Belgique • 23 —
17 autres pays 93 —
'952 — ^ A la production de la bouille il faudrait ajouter celle du pétrole qui vtend à la remplacer avec avantage, surtout dans la marine, et qui dépasse aujourd'UuiiO millions détonnes (dont 25 millions pour les Etats-Unis et 10 millions pour lii Russie).
blé varie entre i2 à 15 milliards selon les années^ : les récoltes du sous-sol dépassent donc déjà en valeur celles du sol.
La France n'est pas parmi les pays les plus richement dotés : elle n'est pas non plus parmi les plus déshérités. En ce qui concerne la houille, elle a quelques bons gisements, mais ils ne se trouvent pas heureusement situés : ni, comme en Angleterre, au bord de la mer, ni, comme en Allemagne, près de quelque grande voie navigable, et une des meilleures parties lui a été enlevée par l'amputation de la Lorraine. Telle cruelle, elle produit 36 à 37 millions de tonnes, mais comme elle en consomme 54 à 55, son déficit est de 18 millions de tonnes et ce déficit ira grandissant. Pour le fer, grâce à un procédé qui a permis l'emploi déminerais phosphatés naguère inutilisables, elle se trouve en meilleure situation.
La question du territoire comprend aussi la question de place. Car c'est là une condition indispensable de toute production. Il faut à l'homme une certaine place sur la terre ferme, ne fût-ce que pour y poser son pied. 11 lui en faut un peu plus pour s'y coucher ^ un peu plus pour y bâtir sa maison, et beaucoup plus encore pour y semer son blé ou y faire E^.Uî:e se8 troupeaux.
Or, cette question de place devient menaçante sitôt que la population d'un pays a dépassé un certain degré de densité. Quand les êtres humains, obéissant à leur instinct de sociabilité, s'agglomèrent dans quelqu'une de ces grandes fourmilières qui s'appellent Londres, New-York, Paris, l'emplacement nécessaire pour les loger finit par faire défaut : on voit les terrains acquérir une valeur supérieure à celle des constructions qui les recouvrent, fussentelles des palais de marbre, et les conséquences sociales, comme nous> le verrons à propos de la question dës'Joyérs, en sont désastreuse^^ ( Il s^y^^t absurde, certes, de craindre qu'un jour vienne où il n'y ait plus sur la terre assez de place pour que leg hngimes pussgnt s'y loger, mais il n'est pas absurdTïïe se demander s'il y aura touj5ursTS8l5z de place pour qu'ils puissent gljfnourrir. (En effet, l'étendue de terrain nécessaire pour suffire à l'alimentation d'un homme est considérable. Les progrès de la civilisation et de l'industrie agricole tendent, il est vrai, à réduire sans cesse cet espace. Chez les peuples chasseurs, il faut à chaque individu plusieurs lieues carrées; chez les peuples pasteurs plusieurs kilomètres carrés ; chez, les peuples agricoles quelques hectares suffisent, et au fur et à
> La production totale du blé (froment) dans le monde est évaluée à 700 millions de quiolaox dont 80 à 90 millions pour la France seule qui yient au troisième rang après les Etats-Unis et la Russie comme chiffre absolu, et de beaucoup au premier rang si Ton rapporte ce chiffre à la population et nu territoire.
mesure qu'il» s'élèvent de la culture extensivc à la culture intensive, la limite £^aisse encore ^ La Chrne, grftce à une culture intensive qui est presque devenue une culture maraîchère, arrive à faire vivre plusieurs hommes par hectare. Cependant la borne fatale, quoique sans cesse reculée, demeure et suffit pour inquiéter Tespècê humaine sur ses destinées futures.
Il est évident que la terre étant limitée en étendue ne peut nourrir qu'une quantité limitée d'habitants. C'est ce qui fait le fondement des fameuses lois de Malthus que nous verrons plus tard. La nature, disait-iJ, par la famine, la peste et la guerre, se charge de supprimer l'excédent et de ramener la population à un chiilre en rapport avec l'étendue et la fertilité des pays.
La découverte du Nouveau Monde, de l'Afrique Australe, de i'Australasie, a assuré une place suffisante pour bien des générations encore. Mais avec un accroissement de l'espèce humaine qui n'est guère inférieur à 45 millions d'hommes par an, ces réserves de l'avenir s'épuiseront vite. Et nous n'avons plus d'espoir d'en découvrir de nouvelles. Avant qu'un demi-siècle se soit écoulé, la dernière terre vacante aura été occupée, le dernier jalon aura été planté, et désormais l'espèce humaine sera bien obligée de se contenter de son domaine de i3 milliards d'hectares, sans pouvoir espérer l'agrandir par de nouvelles conquêtes. La seule consola* tion alors pour elle sera de se répéter le vers que Regnard^ avait inscrit, avec un orgueil assez peu justifié d'ailleurs, suruiv rocher de Laponie :
Hic stetimus tandem nobis ubi defuit orbisf
La matière première.
Les maiçriaux 6jî(/5qui composent l'écorce terrestre; jusqu'à la très petite profondeur à laquelle nous pouvons pénétrer, et les stibstance^ organisées provenant des êtres vivants (végétaux ou
1 La densité de la population s'élève :
Chez les Esquimaux du Groëoland ou les indigènes de la forêt de l'Amazone (peuples chasseurs), à 2 ou 3 habitants par mille kilomètres carrés;
Chez les Kirghises et Turcomans de l'Asie centrale (peuples pasteurs), à 1 ou 2 habitants par kilomètre carré ;
£o Russie d'Europe (pays agricole), à 20 liabitanls par kilomètre carré;
En Angleterre et eo Belgique (paya indoslriels), à 165 et 230 habitants au kilomètre carré.
En France, .a densité n'est cpie de 72 habitants au kilomètre carré.
LA nature: 79
aDîm&iuL) ({ui peuplent sa surface, fournissent à Tindastrie la matière première qui lui est iodisf^ensable et coastituent Télément onginaire de tonte richesse*
Il est certains de ces o^térkiuï que la nature a répandus à profasion et d'autres dont elle s'est montrée très arare.
Cependant ceux-là mènae dont la quantité est très oonsidérable peuvent néanmoins être rares ai Ton considère telle région déterminée. L'ean douce est citée en ^néral comme exemple d'une richesse surabondante ; et pourtant il n'est point de grande rille où l'eau ne soit insuffisante et où des travaux très coûteux et parfois colossaux, ne soient nécessaires pour s'en procurer. £t il est beaucoup de pays où, même pour la culture^ le transport de Tean par sa propre. jjente, ou plus rarement par des machines élévatoires, Virrigaiion^ est une question vitale, tellement qu'on peut parler^^^ d'une « politique hydraulique ^ i>. £t elle a £ait nattre des formes très curieuses de propriété, généralement différentes de celles de la propriété de la terre. Parfois, comme en Egypte et dans le Tell . algérien, Teau est la propriété de l'État qui la répartit gratuitement mais qui, par le fait même de cette répartition, exerce un pouvoir souverain. Parfois, comme dans les célèbres huertas de Valence ou dans les oasis d'Algérie^ elle appartient à des communautés qui la £oat payer.
Quand il s'agit de matériaux transportables l'industrie humaine peut remédier à l'inconvénient d'une inégale répartition, en les déplaçant. C'est pour cela que, comme nous le verrons plus loin, le transport constitue véritablement un acte de production. Mais comme la maticre, par sa pesanteur et son inertie, oppose au déplacement une résistance qui peut être fort considérable, et comme l'effort et les fcai? nécessaires pour vaincre cette résistance grandis-
t Voir le beau livre de M. Brunhes, VIrrigation dans la Péninsule Ibérique €t dans V Afrique du Nord^ et ce tableau par Fromentin, dans un Eté au Sahara, àm « réftartiteur des eeui « à Laghouat. •« C'est an vieillard à barbe grisonnante, une sorte de Scturoe smié d'une pdocbe en guise de faux» avee un sablier k ia main. Une ficelle leDaot au sablier, et divisée par nœuds, Jui sert à marquer le nombre de fois qu'il a retourné son borloge... Quand il est au bout de sa iicelle, c est que les JardîDBdn canton ont assez bu et que le moment est venu de changer le cours de l'eau. Alors il se lève, démolit d'un coup de pioche le barrage et reconstruit l'aotre aYao des cailloia, de ia tenra et de la paille >.
Il y a DOD pas um^t om^ quatre questions de Teau : 1^ Veau potable pour Tappi-ovisionnemeot des villes, problème qui devient presque insoluble et, en tout cas, de plus en plus onéreux pour les grandes villes ; 2o Veau d'irrigation pour les cultures; 3» Veau force motrice pour l'industrie, houille blanche et houille verte; 4© Veau, route et moyen de transport (pour ces deux dernières voir ci-après).
sent proportionnellemeot à la distance, l'industrie des transports ne peut pas supprimer absolument les inégalités naturelles des nays. La houille, précisément à raison de sa faible densité éconoymique (c'est-à-dire de sa faible valeur relativement à son poids), ne peut guère se transporter qpie par mer ou par canaux. S'il n'y a que la route de terre ou même le chemin de fer, la houille est inutilisable au delà d'un rayon assez court.
Enfin quant aux matériaux naturels qui sont absolument rares et dont le moule semble avoir été brisé, il est possible que l'homme, retrouvant les procédés de la nature, puisse les recréer artificiellement : par exemple, fabriquer les diamants en faisant cristalliser le charbon. Il est possible aussi que l'homme trouve quelque succédané, c'est-à-dire une substance analogue par* ses propriétés à celle qui lui fait défaut. II y réussit souvent et y réussirait toujours si sa science était plus grande, parce que, dans Tinfinie variété des corps organisés ou bruts, il en est beaucoup qui présentent des caractères similaires et peuvent, par conséquent, se suppléer dans une certaine mesure : par exemple, la soie faite avec (|eja cellulose à la place de celle du ver à soie, la végétaline faite avec la noix de coco à la place du beurre, le noyau du corozo de Colombie à la place de l'ivoire, l'acétylène à la place du gaz y[]écl^ixiage. Ce remplacement n'est ^.'ailleurs qu'une application de tt la loi de substitution » dont nous avons déjà parlé (p. 42).
Forces motrices.
Le travail de production^ consiste 'uniquement, comme nous l'avons vu, à déplacer la matière. La résistance qu'elle oppose en vertu de son inertie est souvent considérable et la force musculaire de l'homme est peu de chose. De tout temps, donc — mais surtout depuis que Tabolilion de l'esclavage ne lui a plus permis d'employer gratuitement la force de ses semblables — l'homme a cherché à suppléera sa faiblesse à Taide de certaines forces motrices que la nature lui fournit.
C'est à l'aide des machines que l'homme utilise les forces naturelles. La machine n'est qu'un outil, avec cette différence qu'au lieu d'être mû par la main de l'homme, il est actionné par une force naturelle (chute d'eau, vapeur, etc.)*.
1 H est vrai quejldans le langage courant les inslniinents mus directement par
Il est à remarquer que d*autant plus puissantes sont ces forces naturelles, et d*autaDl plus de temps et de peine il a fallu à l'homme pour les utiliser et les faire servir h ses uns. Il est naturel qu'il en soit ainsi : la résistance grandit en raison directe de la puissance.
Voilà pourquoi il n*en* est que quatre ou cinq que Thomme ait su utiliser pour la production : la force musculaire des animaux, la force motrice du vent et des cours d'eau, la force expansive des gaz (surtout sous forme de vapeur d'eau, récemment sous forme de gaz explosif), enfln, depuis peu de temps, V électricité (qui d'ailleurs n'est généralement qu'une transformation des deux précé* dentés). Mais il en est une infinité d'autres, connues ou inconnues. Les vagues que le vent soulève sur la surface des mers, ou le flot de la marée qui deux fois par jour vient ébranler des milliers de lieues de côtes, constituent des réservoirs de force véritablement inépuisables. Et celles qu on voit ne sont rien à côté de celles que Ton devine, ne fussent que les énergies latentes dans les combinaisons moléculaires que le radium a révélées.' D*après M. Gustave Le Bon, l'énergie intra -atomique contenue dans un gramme de matière, par exemple dans une pièce de un centime, si elle pouvait être dégagée, suffirait pour faire parcourir à un train de marchandises plus de quatre fois la circonférence du globe terrestre !
La domestication de certains animaux, cheval, bœuf, chameau, éléphant, renne ou chien d'Esquimau, etc., a fourni aux hommes la première force naturelle dont ils aient fait usage pour le transport, pour la traction, pour le labourage. C'était déjà une précieuse con-
rhomme sont qualifiés de macbioes toutes les fois qu'ils sont compliqués — machine h ooodre, machine à écrire, on dit aussi qu*uoe bicyclette est une machine — mais cette terminologie n*est pas BcientiBque.
Du reste les outils ou instruments peuvent aussi multiplier la force de Thomme. Ainsi, à Taide d'une presse hydraulique, un enfant peut eiercer une pression théonqaement illimitée et, avec un levier et un point d*appui, Ârchimède se vantait avee raison de pouvoir soulever le monde. Toutefois on s*est amusé à calculer que, eo supposant même qu'il eût trouvé ce point d'appui qui lui faisait défaut, il n'aurait réussi à soulever la terre, en y travaillant pendant quelques millions d'années. que d*uDe quantité infiniment petite. C*e.st en effet une loi de la mécanique qu'à l'aide des instruments l'homme perd comme temps ce quHl gagne comme force. Or \e temps, ainiii que nous l'avons vu, étant un élément très précieui et dont nous devons être très avares, l'avantage qu*on trouve dans remploi des instruments est ea pratique assez limité.
Comme on peut le penser le nombre de ces moteurs animés peut diminuer s'il vient à être concurrencé par les moteurs inanimés. Les chemins de fer n'avaient pas réduit le nombre des chevaui, mais les automobiles ont déjà réduit sensiblement le nombre des chevaux (à Paris de 134.000 en 1900 à 90.000 en 1904).
Gide. — Cours. 6
quêta, car raoiniale&t propor.tÎQDAeliementplaS' fort qAâ« rhomnoie. Lafk^rce d'iuai ohe.vaJ est évaluée à 7 fois- celle d'un homme, taudia que son entpelient représea>te une valeur moiadre. Msàsb le nomibire de ces animaux est restreint — d'autaiit plu» restreint qu'un pai^s devient plus peuplé, car il faut beaucoup de place pour les nourrir; — aussi ne représentent-Us qu.*u.ne focce motiûce relativement, peu considérable. Cependant la France emploie encore aujourd'hui, inaigré le chemin, de fer et les automobiles, pl-us de 3 million» de chevaux. quadrupèdes, sans compter 2.millionsde bœufs de labour.
Lai force motcice du vent et des mvièrea a été utilisée de tout temps pour le tx^ansport, maisjusquàces derniers temps elle n'avait guère reçu d'autre application industrielle qjue défaire tourner les roues des moulins à vent ou à eau« Le moulin à eau, qui date des premiers siècles de Tère chrétienne, marq^ue la date d'invention de la première machine proprement dite, dans le seas de force naturelle asservie à la production *.
Mais de ces deux forces naturelles, l'une, le vent, est trop faible, généralement du moins,, ou en tout castrop intermittente ^ ;. l'autire, si elle est plus puissante et plus facile à capter',, a le §i*ave inconvénient d'être localisée sur certains points. Ce n'est que lorsque Newcomen (1705) et plus tard Jaines Watt (1769) eurent employé la.cha^ leur à dilater de la vapeur d'eau enfermée dans un réserv®iir cloa, que fut créé ce merveilleux, instrument de l'industrie moderne qui s'appelle la machine à vapeur *. Et ce qui a fait jjusqiu'à ce jour 1a supériorité de la valeur c'est qu'elle est artificielle, en ce sens que ce n'est pas lanaiture qui l'a créée, c'est l'homme. C'est précisément pour celte raison qu'elle présente cet avantage inappré-
1 Aussi a-t-elie été célébrée dans des vers lyriques souvent cités d'ua poète grec de l'anthologie, Antiparos.
* CependaQt en Danemark ruXilisation du. vent pour la production de rélectricité prend une assez, grande extension. 11 y a depui& 1903 une Société pour la production de rélectricUë parle ventqui fait fonctionner plus de 30 mouJina.
8 La force motrice des. chutes dii Niagara: eat évaluée à 3 millions 1/2. de chevajux-vapeur ;. c'est beaucoup, plus qui! n'en faut pour faire marcher toutes les usines de France. Une faible partie s£ulement est utilisée^ mais près d'un tierss^ déj.à concédé, au grand émoi des amateurs du pittoresque.
^ Je dis « merveilleux » en raison des services rendus.. En réalité, la. machine à vapeur est, au contraire, un instrument très défectueux, en ce sens qu'elle nJulilise qu'une. très faible partie,. l/lO» tout au plus, de la clialeur développée par la combustion du charbon. Il y a déperdition énorme du foyer à la chaudière et déçerditioa considérable encore, quoique moindre, de la chaudière à la machine proprement dite. Aussi, M. le D' Gustave Le Bon, a-t.-il pu dire: « J'espère bien qu^avant vingt ans, le dernier exemplaire de ce grossier appareil aura été rejoindre, dans les musées, les liaches de pierre de nos primitifs aïeux. ».
liA NATlîfte: 83
ciahle opie Ifhonune peul Temployeir où U v^ut^ qmmd' H vmit\ comme U veut. ËUle^ esi mobile,, portaènre,. c(iiitinaB,.elie peut se^ dévBloppsr à. 1, 2,. 3^ 4...,. iO atmo^plièiieSf.et san» qu'il* j ait, théoriquement/ du. moinss. de limit& assignable K
Mais TOlçLqueXeau err tant que force motrice estem traiode aoQiqm^.rir une^plaae de pitemier ordre, depuis que fon abrouvé^e moyeu de rendre oetfce forcetrausportable à^doB centaines do' kilomètres, et nou seuhsmBJittransportablemeiisdwimblekVinrm'v^ eusortequela* force de Tean- peut rayonner à volonté autour da point oiY la nellure semblait l'avoir enchaînée. C*efit ainsi que le Rh^ôoe qui, depuis qu'il coule,, se dépensait inutilement à user des galets, va aujound'hui daos leschambres hautes de la Cnoix-Rousee faire marcher les métiera des- canuts lyonnais I Déjà la force motnice se distribue à. domicile, comme Teau et le gaz', et ii sufflt de tourner un. pq^^ binet ou de presser sur un bouton pour se la. procurer *. < Mais comme Teau agit non par sa masse mais par sai vitesse: — car quel parti {irer,. en tant que force motdce, des milliards de mètreS'Cubes qui dorment dans un lac ou même dans un fleuve à
1 11 suffirait de obauffer l'eau, à 516^, ce qui D'est pas une température bien élevée, pour développer une pression de U700.000 atmosphères, piua que suffisante pour soulever THimalayai La seule difficulté serait de trouver une enveloppe qui pût résister.
En France; en 1905, les chevaux-vapeur étaient ainsi repartis :
Chemins de fer. 6.91'1 .006
Batbaux (non compris marine de guernejé 1'. 161. 000
InduBiriek 2.029. O0G
Agriculture... 203 000