‹ Cours d'économie politiqueChapitre 8 sur 18 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Esquisse du nouveau régime monétaire français. — Eessemblance de ce régime avec l'ancieu. — Le billon. — Défectuosité de l'étalonnage de la monnaie d'or. — Conséquences de cette défectuosité. — Retrait et affluence de l'or. — Inconvénients de la substitution de l'or à l'aident. — Moyens de la prévenir. — La refonte, la tarification et le billonnage de l'or. — Ce qu'il faut penser du système dit du double étalon. — • Anachronisme de ce système. — L'opinion des économistes sur le choix de l'étalon engage- t-il la science? — Rôle de la science économique dans le règlement des questions monétaires. — Nécessité actuelle d'un progrès de l'instrument des échanges.

Il y a beaucoup moins de différence qu*on D*a Thabitude de le supposer entre le système monétaire actuel de la France et celui de l'ancien régime.

D*abord Tétalon est demeuré à très peu de chose près ce qu'il était à partir des premiers temps du xviii'^ siècle. En 1726, après les fluctuations occasionnées par le système de Law, la Yaleur de la livre se trouva ainsi établie : °" av'^^54.4^^^"^ > ^^ elle ne changea plus jusqu'en 1789. Traduite en monnaie

içi COURS d'économie politique.

actuelle, c'est une valeur de 99 c. environ. En prenant donc pour étalon le franc, soit un poids d'argent monnayé de 5 gr. à 9/10*'' de fin, on' n'apporta qu'une modification insignifiante à Tancien système. Seulement, d'une part, on substitua Téchelie décimale h I échelle duodécimale, et, d'une autre part, on fit frapper des espèces ayant exactement la valeur de l'étalon, c*est à dire des francs, tandis que sous l'ancien régime on n'avait point fait frapper de livres.

Le prix de façon du monnayage ne fut, de même, que très légèrement modifié. A l'époque où écrivait James Steuart, il s'élevait à 8 p. c, en sorte qu'il donnait encore un assez beau bénéfice. Mais, dans les années qui précédèrent la révolution, il avait été diminué, et il ne représentait plus qu'une fraction tout à fait insignifiante de la valeur de la monnaie (1). On le rétablit à peu près au même taux lors de la reconstitittion du système monétaire. Il est actuellement de fr. 1,50 par kil. soit de 3/4 p. c. pour l'argent, et de 6 francs par kil. soit de S millièmes environ pour For.

Le régime de la monnaie d'appoint ou de billon n'a pas été modifié davantage. Le billon a continué d'être émis pour le compte du gouvernement, et, comme sous l'ancien régime, les populations ont eu pendant longtemps à se plaindre du mauvais règlement de cette émission. Jusqu'à l'époque du retrait du vieux billon et de son remplacement par la monnaie de bronze

(1) Le seigneuriage alla toajours en décroissant, et au moment de la rérolation, en vertu du dernier tarif, celui de 1771, il n'était, d'après Necker, que de 1 *"/iooo po^r cent sur l'argent, 1 "Viooo s^ l*or. Le brassage était, pour l'argent, de 14 7«o sur mille, pour Tor de 2 7*0 s^r mille. (Michel Chevalier! Cours d'Économie politique, La monnaie, sect. III, chap. I^', p. 104.)

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de Napoléon III, elle dépassa la demande, en sorte que le billon subissait une perte. Pour remédier à cet inconvénient; on D*avait rien trouvé de mieux que de limiter à 5 francs la somme de billon que chacun serait tenu de recevoir dans un paiement. Mais si les classes moyennes et supérieures étaient ainsi , en grande partie, affranchies du dommage de la dépréciation, ce dommage retombait en revanche d'un poids d'autant plus lourd sur la masse du peuple, qui recevait la plus grosse part de ses salaires en monnaie de billon, et qui, en tous cas, se servait principalement, dans ses transactions journalières, de cette monnaie inférieure (i). Les différents gouvernements qui se sont succédé en France, à partir de la révolution jusqu'au second empire, méritent à cet égard les plus graves reproches. Le remplacement du vieux billon par la nionnaie de bronze actuelle a été un bienfait signalé pour la masse du peuple, en même temps qu'une opération avantageuse à l'État (2) ; mais le

(1) Voir les QuestUms <Péconomie politique et de droit public : De la dépréciation de Vwy t. I", p. 305.

(3) La pins vaste opération à laquelle ait donné lien le billon est celle à laquelle s'est livré le gouvernement français à partir de 1853 et qui vient d'être heureusement terminée. Il s'agissait de retirer la masse entière des anciennes pièces en cuivre et en métal de cloche qui était lourdes et mal &ap- I)ées, et de les remplacer par un billon d'une exécution supérieure et relativement léger^ fait d'un bronze très riche en cuivre. On a adopté pour le décime le poids de 10 grammes, qui était au dessous du poids de la plupart deé billons de cuivre connus jusqu'à ce jour. De cette manière, avec un kilogramme de cuivre on fait des pièces pour une valeur courante de 10 fr. Ce qui est bien supérieur à la valeur réelle du métal. Les sept hôtels des monnaies de France ont concouru à cette fabrication qui a été dose en 1858. On a retiré près de 10 millions de kilogr. (exactement 9,939,292 kil.) de sous en cuivre

danger d'une émission surabondante continue à subsister; il s*est même aggravé, car la proportion de la valeur en métal de la nouvelle monnaie de bronze est moindre que ne l'était celle de l'ancien billon. Le procédé le plus e£Gicace que Ton puisse employer pour écarter ce danger consiste à rendre le billon toujours échangeable, à bureau ouvert, chez les percepteurs des contributions et dans les hôtels des monnaies contre de la monnaie étalon. Ce procédé a été mis en vigueur par le gouvernement suisse et imité par le gouvernement belge. Il rend impossible la baisse ou la hausse du billon relativement à

oa en métal de cloche, représentant une valenr nominale de h, 48,512,598, et on a livré à la circulation, en pièces neuves, une valenr nominale de fr. 48,500,000, formant un poids total de 4,850,434 kilogr., et répartis ainsi :

Pièces de 10 centimes fr. 53,965,839 70

Id. 5 > 90,702,906 15

la. S • 1,162,665 6i

Id. I » .... « 668,58951

Tout. . .fr. 48,500,000 00

Les frais de fabrication ont été de fr. 7,762,077 ; l'excédant du métal, qu'on a vendu, a produit fr. 10,834,977; l'opération a ainsi donné un bénéfice net d'un peu plus de 3 millions de francs.

La quantité de billon livrée ainsi à la circulation s'est trouvée insuffisante, et cette année (1860) une loi a pourvu à la fabrication de 12 millions de plus. (Michel Chevalieb, Dictionnaire du commerce et de la navigation, art. Monnaie,)

L'insuffisance du nouveau billon tient surtout à ce que ce billon a pénétré dans la circulation de quelques pays voisins, notamment dans celle de la Belgique. S'il vient, quelque jour, à en être expulsé, il se trouvera de nouveau en France à l'état d'excédant et il se dépréciera, au grand dommage de la foule des petits consommateurs de billon , à moins que cet excédant ne soit retiré de la circulation.

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la monnaie étalon, absolument comme le fait pour le papier la convertibilité des billets de banque ou des assignats (1).

(1) Dans aucun pays le mauvais étalonnage de la monnaie de billon n'a causé plus de désordres qu'en Russie. On trouve à cet égard des renseignements fort curieux dans le Conrê d^ économie politique de Stobcs.

« Les annales de notre patrie, dit cet économiste trop peu apprécié, dans Que des remarquables leçons qu'il a consacrées à la monnaie, nous fournissent on fait curieux, savoir l'existence d'une monnaie de confiance représentant non pas de l'or et de l'argent, mais des peaux et des fourrures. Dans le temps où les peaux servaient de numéraire en Russie, l'incommodité attachée à la circulation d'un numéraire si volumineux et si périssable, donna lieu à l'idée de les remplacer par de petits morceaux de cuir timbrés, qui par là devinrent des signes pays^bles en peaux et fourrures. — Dans la suite , et lorsqu'on commença a battre de la petite monnaie, ces signes représentèrent les fractions des copeks d'argent. Ils conservèrent cet emploi jusqu'en 1700, du moins dans la ville de Kalouga et dans ses environs, comme on le voit par un édit de Pierre I*'. du S mars de cette année, par lequel ce prince ordonna de les délivrer contre de la petite monnaie de cuivre, qu'il venait de faire frapper pour cela.

' Dans des temps plus récents, le cuivre, comme représentant de l'argent, a joué un rôle moins singulier mais plus important dans notre histoire monétaire. Déjà sous le tzar Alexis, on eut l'idée de le substituer à l'argent, de manière à rendre ce dernier métal absolument inutile dans la circulation. Ce prince fit frapper, en 1655, des copeks de cuivre du même volume que ceux d'argent, qui étaient alors la principale monnaie courante, et il ordonna de les recevoir les uns et les autres pour la même valeur. Comme le souverain lui-même les accepta à ce taux dans ses caisses, les copeks de cuivre se maintinrent au niveau de ceux d'argent jusqu'en 1658 ; mais dès lors ils commencèrent à se déprécier (*). En 1659, cent copeks d'argent valaient lOé copeks de cuivre; en 1661, ib en valaient déjà 200; au commencement de 1662, de 300 à 900; au mois de juin de l'année suivante, jusqu'à 1,500. A cette

(*) Évidemment, par suite de Texcôs des émissions. (Note de G. de M.)

S06 COURS d'économie POLITIQUE.

Enfin, on reprit, purement et simplement, pour la monnaie d'or, le système imparfait d'étalonnage, qui était en vigueur

époque, une révolte ayant éclaté parmi le peuple de Moscou à cause de cette monnaie, elle fut supprimée.

« Quoique dans les temps postérieurs à cette époque, l'abus de la monnaie de cuivre n'ait jamais été porté aussi loin, cependant, il n'a pas laissé de causer de grands désordres dans notre système monétaire et d'entraîner des stdtes très pernicieuses.

» En mettant de coté la monnaie de cuivre du tzar Alexis qui ne fiit que de courte durée, les pièces de cuivre qui eurent cours en Russie avant le règne de Pierre 1'' n'étaient que des fractions du copek d'argent, qui constituait alors l'unité monétaire et la principale monnaie courante. Ce prince, après avoir réduit le rouble d'argent à la moitié de sa valeur, fit battre cinq espèces différentes de monnaie de cuivre, depuis la valeur d'un huitième de copek {polpolouehkà) jusqu'à celle de cinq copeks. Le taux légal de cette monnaie a beaucoup varié dans les différentes périodes de son règne. En 1704, il fut fixé à 20 roubles au poud, c'est à dire qu'il fut ordonné de frapper 80 roabl» d'un poud de cuivre : or, comme le prix courant du cuivre en barres était alors de 5 roubles le poud de cuivre, vous voyez que l'empereur attribuait à sa monnaie de cuivre une valeur trois fois plus grande ou qu'elle était snréwluée de 300 pour cent. Un rouble en cuivre n'avait de valeur intrinsèque que 25 copeks, et cependant le gouvernement le faisait circuler pour un rouble, et il devait légalement s'échanger contre un rouble d'argent.

• Ce taux de la monnaie de cuivre était beaucoup plus haut qu'il ne l'avait été jusque-là; néanmoins, dans la suite de son règne, Pierre I** Télcva encore : depuis 1718 il fit battre 40 roubles d'un poud de cuivre, taux qui a subsisté pendant les règnes de Catherine I"* et de Pierre EL. Alors la monnaie de cuivre se trouva surévaluée de 566 2/3 pour cent ; et un rouble en cuivre ne valait effectivement que 15 copeks.

• Tout exorbitante qu'était cette surévaluation, la monnaie de cuivre aurait peut-être conservé sa valeur nominale, si on lui avait conservé son caractère de petite monnaie. Mais non seulement on la frappa en coupures

SOUS Tancien régime. Comme on avait reconnu que Targent ne pouvait être employé à la fabrication des pièces de plus de 5 fr.

trop fortes, mais encore on en émit des quantités si prodigieuses, qu'elle chassa bientôt de la circulation une partie de la monnaie d'argent. Dans un temps où la valeur de dix copeks en argent suffisait à un homme pour acheter sa nourriture journalière, des pièces de 5 copeks en cuivre ne pouvaient guère circuler comme monnaie de billon. Aussi n'était-ce pas l'intention du gouvernement de leur donner cette destination; ces espèces viles et pesantes devaient remplacer l'or et l'argent dont le gouvernement avait besoin pour autre chose. Mais s'il eût été possible de les substituer aux métaux précieux, une surévaluation plus que quintuple n'était certainement pas le moyen d'atteindre oe but.

« Les suites d'un pareil système ne pouvaient qu'être que désastreuses. Tant que la monnaie de cuivre conserva sa valeur nominale, la circulation fut inondée de monnaie contrefaite dans les pays voisins. On voit par les mémoires du comte Munich qu'outre les quatre millions de monnaie de cuivre frappés dans l'empire, il s'y trouvait encore pour plus de six millions de cette monnaie importée de l'étranger. Pour cette quantité de monnaie contrefaite, les étrangers avaient acheté de la monnaie d'argent et des marchandises russes avec un profit de 560 pour cent : la Eussie se trouvait appauvrie de toute cette valeur, et dénuée d'espèces d'argent. Ces circonstances ne pouvaient manquer de faire baisser la valeur nominale de la monnaie de cuivre; mais à mesure qu'elle se rapprocha de sa valeur intrinsèque, toutes les menues denrées renchérirent en proportion, le peuple en souffrit, et le gouvernement, obligé de recevoir cette monnaie à sa valeur nominale, et ne pouvant pins l'employer dans ses achats que pour sa valeur intrinsèque, en éprouva une diminution sensible dans ses revenus.

• Tant de calamités dessillèrent enfin les yeux des administrateurs : en 1735, l'impératrice Anne fit émettre de la nouvelle monnaie au taux de 10 roubles au poud. Cette monnaie n'était surévaluée que de 53 4/5 pour cent; la valeur intrinsèque du rouble en cuivre était 65 copeks. Cependant, comme l'ancienne monnaie subsistait toujours dans la circulation, elle fut employée à

à cause de sa lourdeur, et qu'il était indispensable d'avoir pour les transactions supérieures une monnaie d'or auxiliaire, en

acheter les bonnes espèces, qui disparaissaient ainsi à mesure qu'elles sortaient du balancier. Après bien des tentatives infructueuses qu'on avait faites depui» dix ans pour se débarrasser de la mauvaise monnaie, on prît enfin le parti de la démonétiser à trois reprises, en 1744, 45 et 46, de sorte que les pièces de 5 oopeks furent successivement réduites à la valeur nominale de 4, de 3 et de 2 copeks. Cette opération ordonnée par l'impératrice Elisabeth se fit aux dépens du gouvernement et lui causa une perte de 78 1/2 pour cent sur toute la valeur de cette monnaie.

> La démonétisation du cuivre fit naître de nouveaux embarras. Quatre millions de cette monnaie venaient d'être réduits à un million et demi; les pièces d'argent avaient disparu ; le défaut de petite monnaie se faisait sentir dans tout l'empire, et le poids de la nouvelle monnaie la rendait plus incommode pour la circulation que ne l'avait été l'ancienne. Quoique ces inconTénients fussent très sensibles au gouvernement lui-même, et qu'il trouvât les plus grandes difficultés à se procurer la quantité de cuivre nécessaire poor h nouvelle monnaie, l'idée de la remplacer par des pièces d'argent ne loi vint point ; au contraire, il s'obstina à vouloir réduire la valeur monétaire du cuivre à sa valeur courante. En 1765, les pièces de 2 copeks furent mises hors de cours, et l'on entreprit de frapper de la nouvelle monnaie au taux de 8 roubles au poud. Cette monnaie était trop bonne ; car le prix courant du cuivre en barre étant alors le même que le taux de la monnaie, vous vo^ez que les frais de fabrication retombaient sur le gouvernement, ce qui lui causait une perte considérable et même fort inutile, vu la fonction de la monnaie de cuivre qni ne consiste qu'à représenter l'argent dans les achats où ce dernier ne peut être employé. Aussi cette bonne monnaie ne fut-elle pas de longue durée : la guene de Prusse étant survenue, on revint au projet du comte Munich qui avait conseillé de donner à la monnaie de cuivre une valeur nominale double de sa valeur intrinsèque. En conséquence, dès l'année 1757 la monnaie de enivre iîit frappée au taux de 16 roubles au poud.

«... Le taux de 16 roubles au poud a été maintenue depuis 1757 josqa'en

coupures appropriées aux besoins de la circulation, on recommença à fabriquer sous le nom de napoléons des louis et des

1810, pendant un espace de 53 ans. Durant tonte cette période, le rapport de la valeur monétaire du cuivre à celle de Targent n*a changé qu'une fois, en 1763, par la diminution de la monnaie d'argent. Le rouble en cuivre ayant conservé son poids, dans le temps où le poids de l'argent fin contenu dans un rouble d'argent fut diminué, il en résulta une proportion différente entre la valeur monétaire de ces deux métaux : du temps d'Elisabeth cette proportion avait été comme 1 à 49,3; depuis elle a constamment été comme 1 à 57. Les mêmes pièces de cuivre valaient une moindre quantité d'argent fin sous Catherine qu'elles n'avaient valu sous Elisabeth.

' Mais si la valeur monétaire du cuivre a peu varié durant cette période, sa valeur courante^ au contraire, a essayé les plus grandes altérations. Eu 1757, la proportion entre le cuivre et l'argent avait été comme 1 à 135. En 1765, nous la trouvons déjà comme 1 à 114; et depuis cette époque le prix du cuivre monte d'année en année, de sorte qu'en 1S03 une livre d'argent ne peut acheter que 50 liv. de cuivre. Or, comme la proportion monétaire entre ces deux métaux ne fut point changée, il en arriva que le profit du monnayage sur la monnaie de cuivre diminua d'année en année, et qu'à la fin il se changea en perte. Le gouvernement continua toujours à donner dans ses monnaies 57 livres de ctiivre contre une livre d'argent, tandis que dans le commerce une livre d'argent ne pouvait plus acheter que 50 livres de cuivre. Cette disproportion entre le prix monétaire et le prix courant du cuivre devait natuiellement encourager la fonte et l'exportation de la monnaie de cuivre, puisqu'elle était bien meilleur marché que le cuivre en barres. Nul doute que ces deux opérations ne se soient pratiquées pendant tout le temps qu'elles ont présenté un profit suffisant pour couvrir les risques et les frais de transport qui y étaient attachés.

« Ainsi, la première faute qu'on peut reprocher au système de cette période, c'est d'avoir conservé le même taux pour la monnaie de cuivre malgré la hausse prodigieuse qu'avait subi le prix courant de ce métal. Mais une erreur bien plus grave dont on doit l'accuser, c'est d'avoir augmenté la monnaie de cuivre hors de toute proportion avec la monnaie d'argent. Par cette mesure

sio COURS d'économie politique.

doubles louis de 20 et de 40 francs, en se réglant sur la proportion de la valeur des deux naétaux, laquelle était del à i5 1/2

environ, à Tépoque de la reconstitution de l'appareil monétaire,

et en supposant cette proportion invariable. C'est ainsi que l'on employa pour fabriquer les pièces de âO francs un poids d'or de 6,451 gr. à 9/10""' de (in, équivalant exactement, d'après la proportion de 1 à 15 1/2, à 100 gr. d'argent à 9/iœ" de fin, étoffe métallique de 4 pièces de 5 francs. Si le rapport entre la

la première avait entièrement perdu son caractère de petite monnaie; les espèces les plus courantes, celles qui reparaissaient à tout moment dans les échanges, c'étaient les pièces de 6 copeks, pièces informes et pesantes, dont la circulation ne pouvait s'opérer que d'une manière excessivement incommode. Le gouvernement était si loin d'en sentir les inconvénients, qu'il paraissait vouloir réduire la nation à ce seul numéraire, du moins les quantités énormes qu'il en émettait chaque année eurent l'efiet de chasser entièrement de la circulation les petites espèces d'argent que les assignats j avaient encore laissées. La somme des monnaies d'or et d'argent frappées depuis 1762 jusqu'en 1811 est de 137 millions de roubles, et celle des monnaies de cuivre émises dans le même espace de temps va au delà de 90 millions : donc l'émission de la monnaie de cuivre était à celle des monnaies d'or et d'argent dans la proportion de 1 à 1 1/2. Aucun pays de l'Europe n'offre, que je sache, l'exemple d'un pareil rapport entre le véritable numéraire et la petite monnaie.

• Le système monétaire de 1810 prouve que l'administration actuelle a reconnu les erreurs du temps passé et qu'elle est occupée à en réparer les suites. Les principales mesures par rapport à la monnaie de cuivre consistent : lo à la réduire à sa véritable destination de petite monnaie, en ne fiùsant frapper que des pièces de 2 copeks, de 1 copek et d'un 1/2 copek; 2** à régler le taux légal de cette monnaie sur le prix courant du cuivre en barres.

«... L'édit monétaire veut que le taux légal de la monnaie de cuivre soit changé de temps à autre suivant le prix courant du cuivre en barres, calculé en monnaie d'argent sur un certain nombre d'années. Lorsque cet édit fut

valeur de Tor et celle de FargeDl avait été, eo effet, invariable, ce procédé d'étalonnage n'aurait rien laissé à désirer : les espèces d*or n'auraient pas plus varié relativement aux espèces d'argent que si les unes et les autres avaient été fabriquées avec le même métal. Malheureusement, cette invariabilité du rapport de valeur des deui métaux était une pure Action. Sans doute, l'or et l'argent varient rarement d'une manière sensible dans OD court intervalle. Cela tient à des particularités que nous

donné, le taux sul^sistant de 16 roubles, au poud paraissait trop bas; car dans les six années de 1800 à 1806, le prix courant du cuivre avait été au delà de 16 roubles et même jusqu'à 18 roubles et 40 copeks; de sorte que le rouble en cuivre avait eu la valeur intrinsèque de 100 1/2 jusqu'à 115 copeks d'argent, et qu'il avait causé une perte de 2/5 jusqu'à 13 1/20 p. c. sur la matière sans compter les frais de fabrication. En prenant en somme les dix années de 1800 à 1809, on trouve que le prix mojen du cuivre en barres a été 15 roubles 38 oop. L'exemple d'Elisabeth et de Catherine, celai de la plupart des pays de l'Europe autorisaient à évaluer le cuivre dans les monnaies au double de son prix courant comme marchandise : ainsi le taux aurait pu être fixé à 30 lonbles ; on se contenta de le fixer à 24.

• Cependant toute modérée que pikraissait être cette évaluation, elle n'en est pas moins devenue par hasard beaucoup plus forte que l'administration ne semble avoir eu l'intention de la £ûre; car le prix du cuivre ajant subitement baissé dans les années suivantes, il en est résulté qu'en 1811 la valeur intrinsèq\iedu rouble en cuivre s'est vue réduite à 38 4/5 copeks, et l'année suivante à 37 6/11 de 83 1/2 copeks qu'elle était en 1810. Cette diminution tout excessive qu'elle est aurait peu d'inconvénients si la monnaie dé cuivre était ckes nous ce qu'elle est dans la plupart des pays, savoir de la petite monnaie ; i&ais en Russie elle a ime tout autre importance : elle entre plus ou moins dans tous les marchés, et les denrées les plus communes et les plus indispensables pour tout le monde ne s'achètent guère qu'avec cette monnaie. (HivBi SiOBCH. Coure (TécoMomiâ politique, t. lY, note XIII.)

avons signalées dans une leçon précédente » savoir à ce qu'ils ont une grande durée et à ce qu'ils ne sont point des articles de première nécessité; mais ils varient, Texpérience l'attesle, lorsque la production de l'un augmente ou diminue pendant une période de quelque étendue, sans que celle de l'autre subisse une augmentation ou une diminution correspondante. Ce phé-

nomène s'est produit maintes fois. Ainsi il parait bien avéré que l'or était, dans l'antiquité, plus abondant qu'il ne Test aujourd'hui relativement à l'argent ; d'où il résultait que le rapport de valeur des deux métaux n'était que de 1 à 10, autrement dit qu'avec 1 kil. d'or on n'achetait que 10 kil. d'argent, tandis qu'on en achète aujourd'hui 15. Au moyen âge, ce rapport a commencé à se modifier à l'avantage de For, et il parait avoir été, en moyenne, de 1 à 12. La découverte de l'Amérique eut pour résultat de faire baisser à la fois l'or et l'argent dans une proportion considérable. Mais cette baisse (laquelle s'effectua, comme on sait, avec une grande lenteur, dans une période de 50 à 70 ans) affecta l'argent plus que l'or, l'exploitation s'élant portée de préférence sur les riches gisements d'argent du Mexique et du Pérou. La proportion monta, en conséquence, successivement de 1 à 12 à 1 à 15 1/2 environ, et telle était la situation lorsque la France reconstitua son régime monétaire. Gomme il y avait assez longtemps que les deux métaux n'eussent subi de variations sensibles, on crut pouvoir considérer comme invariable le rapport de valeur existant entre eux.

Mais l'expérience ne tarda pas à démontrer que l'on se trompait. D'abord, soit que le rapport adopté ne fût point l'expression exacte du rapport réel, soit que la production de l'or eût diminué dans une proportion plus forte que celle de l'ai^eni, par le fait des révolutions de l'Amérique espagnole, la quantité

(For contenue dans une pièce de 20 francs se trouva bientôt valoir plus que la quantité d'argent contenue dans 4 pièces de 5 francs. Cela étant, comme les paiements pouvaient s'e£fectuer indifféremment en argent ou en or, on fit frapper de préférence les espèces qui coûtaient le moins cher et Tor disparut peu à peu de la circulation. Les espèces d'or ne furent plus demandées que par exception, pour certains usages auxquels elles étaient spécialement propres, pour les voyages par exemple ; car à leur valeur légale s'ajoutait une prime proportionnée à la différence distant entre le rapport réel de valeur des deux métaux et leur rapport légal. Cette prime, qui portait la valeur vénale de la pièce de fr. âO à fr. 20,10, fr. 20,20, constituait, le plus souvent, une perte pour Facbeteur. En effet, ceux auxquels il offrait ses espèces d'or n'ayant, pour la plupart, aucune raison particulière de préférer un paiement en or à un paiement en argent, reAisaient naturellement de payer la prime. Alors même, du reste, que le remboursement de la prime sur'l'or serait devenu général, l'adjonction de cette prime et sa variabilité auraient diminué la circulation des espèces d'or en les rendant moins propres à l'usage. Pendant trente ans, la monnaie d'or disparut donc presque complètement de la circulation française. Mais, par suite des découvertes successives des gisements aurifères de la Sibérie, de la Californie et de l'Australie, la situation changea. La production annuelle de l'or qui ne dépassait pas le chiffre de cent millions, au commencement du siècle, atteignit régulièrement celui d'un milliard. Bien qu'en vertu de sa nature particulière, l'or ne subisse qu'à la longue l'influence d'une augmentation ou d'une diminution de sa production, il commença dès lors à baisser. Après avoir valu pendant trente ans 15 3/4 kil. d'argent environ , le kil. d'or ne valut plus que

COURS D*fcCOROMIB POLITIQUB, T. O. iV

214 COURS d'économie IK)LITIÛUE.

15 i/2 kil. d^argeni, puis 15 1/3 à 15 1/4. H en est là aujourd'hui. Le résultat immédiat de cette baisse de l'or fut de le faire reparaître dans la circulation. Comme on pouvait payer indifféremment avec de Tor ou de Targent^ et comme le métal nécessaire pour fabriquer 20 fr. en or coûtait moins désormais qae le métal nécessaire pour fabriquer 20 fr. en argent, on cessa de monnayer de l'argent et l'on recommença à monnayer de Tor. A mesure que l'or pénétrait dans la circulation , l'argent s'en retirait, car on pouvait l'exporter avec profit. Tandis qu'en France 15 1/â kil. d'argent et 1 kil. d'or portés au monnayage produisaient exactement la même valeur en monnaie, à Londres, il suffisait de 15 1/4 kil. d'argent pour acheter 1 kil. d'or. Exporter de l'argent à Londres pour importer en échange de l'or en France devint donc une opération profitable, et cette opération ne manqua pas de se faire jusqu'à ce que l'on eût presque entièrement remplacé l'argent dans la circulation française. Le gouvernement activa encore cette substitution , qui avait le mérite à ses yeux de remplacer les vieilles effigies royales par l'effigie impériale , en faisant frapper des pièces de 5 fr. d'or pour tenir lieu de celles d'argent qui s'en allaient. Les monnaies d'appoint seules demeurèrent ; encore devinrentelles rares, et celles qui contenaient tout leur poids d'argent furent-elles triées et exportées. Aujourd'hui c'est l'or qui est devenu , en France comme en Angleterre, la monnaie principale : l'argent n'est plus, dans l'usage, qu'une monnaie d'appoint supérieure au billon (1).

(1) On tronTera les détails ststûtiqaes les plus complets sur cette réfcdu* tion monétaire dans le savant oavrage de M. Michel Chevalier : DB la Baisse

Cette substitution a engendré une situation précisément inverse à celle qui existait auparavant. On manquait alors de la

EBOBABLE DE l'ok, des coMêéquâMCâs ccmmerciaUê ci sociaies qu'elle peui avoir et des memsres qi^ellâ provoque.

> Aa commencement du siècle, y lisons-nous, la quantité d'or versée par les différents pays producteurs sur le marché général où puisent les États de la civilisation occidentale ou chrétienne, était d'environ 24,000 kilogr. de mëtal fin.

• Mais pour arriver à cette quantité, il faut compter la production de diverses contrées qui, alors, n'avaient que peu de relations commerciales, avec lea grandes nations chrétiennes, et, par exemple, l'île de Bornéo et diverses antres localités du grand archipel. En se bornant à l'extraction du continent américain, de l'Europe et de la Russie asiatique, M. de Humboldt a calculé que c'était alors 15,800 kil. C'est à peine si l'or que les peuples de la civilisation chrétienne puisaient à d'autres sources et particulièrement en Afrique ajoutait à cet approvisionnement un poids de 2,000 kilog. On pourrait ainsi estimer à 18,000 kil. la masse d'or qui, au commencement du siècle, venait grossir tous les ans la richesse métallique des États chrétiens. Elle s'éleva peu au dessus jusqu'à l'époque où l'exploitation des mines d'or de l'Oural et plus tard de celles de la Sibérie vint, avec le concours d'autres ressouxoes secondaires, la porter assez brusquement à plus du triple. On en était là, au commencement de 1848, lorsque eut lieu la découverte des riches gisements de la Californie qui devait être suivie de si près d'un événement semblable dans l'Australie. En ce moment, on peut évaluer eu nombres ronds la masse d'or fournie aux peuples chrétiens à 275,000 kil., sinon davantage. L'augmentation est donc dans le rapport de 1 à 15 depuis une quarantaine d'années, et presque dans le rapport de 1 à 5 depuis 1848. Pour l'argent, au contnire, le changement est peu notable : la production, au commencement du aiède, était de 900,000 kil., on estime que présentement elle excède peu un million de kil.

u On peut exprimer autrement la véritable révolution qui s'est opérée dans la production de l'or. La contrée qui, jusqu'à l'exploitation des mines de la

âi6 COURS d'économie politique.

monnaie la mieux appropriée aux transactions supérieures; on manque maintenant de celle qui est la mieux appropriée aux

Sibérie, en était, pour les peuples de l'Earope, le principal foyer, l'Amérique tout entière, depuis le premier voyage de Christophe Colomb jusqu'à la découverte des mines de la Californie, c'est à dire pendant 366 ans (de 1492 à 1848), et en comptant l'or retiré des lingots d'argent aussi bien que celui dos mines d'or proprement dites, n'a donné que 2,910,000 kil. de métal fin soit 10 milliards 126 millions de francs, en prenant pour un franc, d'après la loi françabe du 7 germinal an xi, 29 centigrammes d'or (0,32 à9/10«' de fin). Aujourd'hui la production de l'or approchant de 300,000 kil., en une seule année les peuples civilisés reçoivent de ce métal le dixième environ du total qui en avait été fourni par l'Amérique depuis le premier départ de Christophe Colomb jusqu'à 1848. « (De la. baisse fbobable de l'ob, sect.ni,chap. I''. p. 48.)

L'accroissement du monnayage, principal débouché des métaux précieux, a été la conséquence naturelle de cette augmentation si rapide et si considérable de la production de l'or. Le Dictionnaire du commerce et de la navigation nous fournit sur cet accroissement du monnayage de l'or dans les principaux pays consommateurs, en Angleterre, aux États-Unis et en France, des renseignements statistiques complets et significatifs.

« Voici en millions de francs, la valeur des métaux monnayés en Angleterre de 1848 à 1857 inclusivement : or, fr. 1,377,000,000; argent, fr. 62,200,000; total, fr. 1,439,200,000.

• La moyenne annuelle est de 143 1/2 millions, dont 137 pour l'or et 6 1/12 pour l'argent; de 1840 à 1843, elle était seulement de 115 millions.

> Aux États-Unis, de 1848 à 1859, on a fabriqué 2,427 millions de monnaie d'or et 241 millions de monnaie d'argent : total, 2,6B8 millions. La moyenne annuelle est de 242 millions, dont 220 pour l'or et 22 pour l'argent. Le monnayage de l'argent est d'un tiers plus considérable qu'avant 1S44 celui de l'or l'est seize fois plus.

• En France, sous l'ancien régime, la fabrication des monnaies, de 1726, époque de la refonte générale jusqu'en 1789 s'est élevée à 2,914,237,989 li-

transactions moyennes, caria pièce de5 fr. d'or n'est pas, à beaucoup près, d'un usage aussi commode que la pièce de 5 fr. d*argent.

▼res auxquelles il faut ajouter 33 1/2 millions en bas argent, ce qui donne ane moyenne annuelle de 45 millions.

• Depuis ce temps, le monnayage a toujours augmenté. De 1795 à 1848, on a frappé en France :

OR. y ARGENT. TOTAUX.

Première république (depais le décret

du 15 août 1795) fr. ■ 106,237,iS5 00 106,237,255 00

Consulat et Empire 328,024,440 887,582,321 50 1,415,606,761 50

Louis XVin 389,333,060 614,668,520 00 1,004,001,560 00

Gharies X 52,918,920 631,9i4,6S7 50 684,833,557 50

Lonis-Plkilippe 215,912,800 1,750,273,238 50 1,066,116,038 50

M La moyenne annuelle est de 22,811,231 fr. pour Tor et de 76,743,768 pourTargent : total 99,655,099 francs. La moyenne des dix-huit années du règne de Louis-Philippe est différente de la moyenne générale; elle n'est que de 11,995,155 fr. pour l'or, et elle est de 97,237,402 fr. pour l'argent : total 109,232,557 fr. La quantité de la monnaie augmentait, mais l'or était rare.

• Le monnayage, pendant les neuf dernières années, a été en :

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