CHAPITRE IX
De l'intérêt ,,ou de la i:ente du capital circulant des préteurs»
Araès .avoir considéré la rente des capitaux engépéralj ilî conviendrait de nous occuper de V intérêt ei\ particulier; mais c^ revenu étant fondé principalement sur la confiance ^ il me serait impossible de vous en donner une idée exacte et détaillée sans vous expliquer en même temps la nature et leS' effets du crédit. Or une pareille digressipn nous conduirai! loin de notre suj,et, et nous le ferait perdre entière* ment dç vue. Je réserve donc pour le sixième livre, qui traitera uniquement du crédit, tout ce que j'ai à vous dire sur l'intérêt, et j.e me borne pour le moment à vous en donner une idée générale. ^
A la vérité, les salaires de l'ouvrier, les- loyers et la rente foncière sont aussi \^^ résultats de prêts; mais lorsque, sous ee rapport., ils supposent également de la confiance, c'est à un degré infinimient moindre.
l'auteur, tin retenu primitif , dans le sens qn^il' attache à cef mot ; et cependant ilu'enest point) question içi..Pnisque l'auteur voulait parler du-revenu/^r/rniV^seulen^ent , il me semble qjui!il aurait dû rechercher quelle valeur peut naître d'un ca-. pital mis en œuvre , soit par un emprunteur , âoit par le propriétaire liû-même; et ne point compliquer cet ordre d'idées, avec celles qui li'omt rapport qn'à l'intérêt, au. loyers êÊe^ ce ménie càpilàL J.-B. &
L'ouvrier qui prête son industrie, le propriétaire qui loue son immeuble ou son fonds de terre, ne risquent que de perdre Fun son salaire et Tautre sa rente t Touvrier ne transmet rien de matériel , et le fonds de terre ou Timmeuble que le propriétaire confie au fermier ou au locataire, ne peut guère être, ni emporté, ni détruit. Ainsi les contrats entre ouvriers et maîtres, comme ceux entre propriétaires et fermiers ou locatairefl , exigent peu de confiance, et le crédit y joue un rôle subordonné. Il en eât autrement des capitaux cit*culans qu'on prête. Ces capitaux, parleur nature, sont sujets à être détruits ou dissipés; ainsi celui qui les prête s'expose à perdre, non-seuIemehË la rente, mais endore le capital. Cette circonstance fait que le crédit est d'une bien plus haute importance dans les prêts de ce genre; c'est lui principalement qui détermine l'intérêt.
L'intérêt étant le prix qu'on paie pour l'usage d'ùri capital, il s'ensuit qu'il se proportionne sur là grandeur ou la valeur du capital. On est généralement convenu de l'évaluet» par année et à tant pour cent. Ainsi quand dn dit que le taux de l'intérêt est à 5 pour cent, cela veut dire qu'un capital de la valeui* de loo roubles donne 5 roubles d'intérêt annuel; un capital de looo roubles* 5o; et ainsi de suite.
L'intérêt est ou simple ou composé. L'intérêt simple se paie seulement du fonds originairement prêté; l'intérêt composé se paie encore pour les intérêts ajoutés à ce fonds. Ainsi un capital de looo roubles, par exemple, placé à lo pour cent d'intérêt simple, fait au bout d'un an i loo roubles; au bout de deux laoo;
^« bout de trois i3oo, et ainsi de suite; tandis ctu'un pareil capital prêté à lo pour cent d'intérêt composé donne à la fin de. la première année iioo roublesà la fin de la seconde 1 210; à la fin de la troisième i33i, etc. C'est ainsi qu'un capital prêtera 5 poui» cent d'intérêt composé double dans l'espace de 14 ans et 2 mois, tandis que, placé au même taux d'intérêt simple , il ne double que dans ùo ans (a^
Le remboursement du fonds ou dix principal peut être stipulé de différentes manières. Entre particuliers, la plupart des capitaux sont prêtés à terme, c'est* à-dire pour un temps convenu; fcais les baruiues, ou les caisses publiques qui recueillent les capitaux des particuliers et qui les font valoir, leur laissent ordinairement la faculté de les retirer à volonté {b\
(a) Dans ce calcul je pose pour principe que rînlérêt dû fonds originaire ne devient capital et ne porte d'intérêt iu'après l'année révolue. Des lois positives peuvent en ordonne]^ airtrement. Un financier français définit Fintérét composé, « l'intérêt d'un capital auquel on ajoute, tous les six mois\ « l'intérêt qu'il a rapporté le semestre précédent. » C'est qu'apparemment les lois françaises statuent que l'intérêt doit être acquitté tous les six mois. ( Gostaz, Rapport sur la dette pu^ hliqucy du 16 floréal an X.)
{b) C'est ce que fait aussi la banque d'femprunt de Saint- Pétersbourg , avec cette réserve cependant qu'elle ne paie l'intérêt (de 5 pour cent) que pour letf fonds qui sont restés quatre mois et au delà dans ses caisses. On peut leà y laisser aussi long-temps qu'on veut ; lorsqu'on les réclame, la banque les paie accrus de Tin térêt composé. Au contraire, les capitaux qu'elle prête ne sont payables que dans Fespace de 20 ou de. 22 ans s et pour faciliter \t remboursement, les cm* I. aa
â38 PREMIÈRE PARXilS.
Le^ ei^^unts publies se font pour la plupart d'une autre manière. Un gpuvernefnent qui emprunte s'engage rarement à rembourser le capital, soit à une époque dël;erminëe, soit successivefnent à des termes convenus; le plus souvent il se réserve le droit de gardée le capital à volonté. Dans ce cas il garantit a-Uîf. créanciers unç rente qu'on nomme perpétuelle^ et que le propriétaire peut négocier, c'est-à-dire v,eo.dre, s'il veut toucher son capital. Parmi les emprunts, remboursables des gourernemens, les plus usités sont ceux qu'on appelle a fonds perdu (i). Les
pranteurs restituent annuellement uiie partie du principal ayec.les intérêts. En payant 7 pour cent par an, l'emprunteur se Toit libéré de sa dette en ^2 ans; s'il paie 8: pour cent 9 il s'en acquitte en vingt ans.
(i) Les gouTernemens emprunteurs ont presque entièrement renoncé à emprunter en viagei^. Le préteur est -viager peut difficilement disposer de son titre et rentrer, à volonté 4a.ns son capital. Le préteur au. contraire à qui l'on délivre, un titre non-* remboursable, mais qu'il peut vendre à la bpursie , réalisme son dapital du.moment qu'il veut lui donner* un autre emploi,, ou du moment qu'il copçoit dès craintes sur la^fiolyabilité, du gouv^rnemeo^ son débiteur. Il peut perdre; un tant pour pe|it,sila rente baisse; mais aussi il peut gagner si elle hausse.
C'est en Angleterre que l'on s'est aperçu d'abord de Tlm- BQiensité des prêts que l'on peut obtenir du public au-ihoyen de cette dangereuse facilité accordée aux préteurs ; et comme, leis moyens de tirer de l'argent des peuples .sont ce que les gouvernemens apprennent le mieux les uns des autres, il y a. niain tenant peu de puissances en Europe, quelles que soient, d'ailleurs les formes de leuradn[iifiistratio^, qui n'empruntent sur des inscriptions de rentes perpétuelles , en aiguisant qoet*
LiV. ni, CHAP. ix. 33j)
prêteurs â1)bïl^ohhën1:)>élf^s fonds au g[6ïivëjrneinene contre tme rêMe viagère, qui est ass^z fofCè |)btiti leur laisser l'espérance àé voit* reitibôiii^àë'. ^iend^àM leur vie lé principal' avec Tintërêt; Ainsi Va rente viagère se compose d^abord d'un intérêt simple, et pû?sl^ d'une partiôh dtt- càpilal, déterminée sttr la dtt^é*' probable de la vie du prêteur. Par* exemple, eil^su^^' posant que dans un pays rihtérét usité sôit dé Spwi* cent y et qiue le prêteur puisse espéjpei^ d^ Vi'vpe enboi^^ vingt ans, l'intérêt viagei* sera de lo pour cenèJ'Sîi le préeeui^ atteint dé terita^é, il â reçu la Vdleut lEiti^ tière dé son capital aveii l'intérêt usité ; et bdtitre hv
Um^i
qùiefois Pavidité de» préteurs par des prinles; â<é^ iHts', (éH auttses appâts qui sôtit toujours, de méHiië que les^ ihtéyét» ^^ des additions aux charges des contribuables* .t .1 >)
Il en résulte un effet Traîment extraordinaire', et qui^^uf:^ un premier énoncé , ressemble à un paradoxe;* c'est que l'é-T normité des emprunts publics , loin d'être le signe d^ la confiance qu'inspirent les gouyernemchs , est au contraire reHet *' de leur discrédit. Us ont pu trouver des traitans qui ont çou-^ . tracté avec eux pour des sommes immenses, parce que ces tfwitiins otitUoUjburV (jdtnptë s^ défaii*e aisément d'e'' leurs tirt^s éWlih vendant sur' la place; et ces traitfiliié' obt trôftitë": défi acheteurs pour les rëiites de telle oU tdlé piivéiAfi€ë\^' pffiTce que ices acheteurs, à leur tout, ont compté sur -là ^ateiUté^ de vendre lesniémes titres à la première alarme,' et^ dkfaé' l'espace de Vitigt>quàtre heures. Un bon ihtérét H&iMt là" perte à iai|uélle oii est exposé pàk" la baisse du' cbti^i ' '•* ^
Heureux lei peuples^ si les capitaux levés de cette? lïilrtifê^lîj^' avaient toujours été employés pbiit accroître léui* ^tbspéiiïW iiîtérieiire, au lien de servir à de coupables ^Mrlepriitès bthitré^ rihdé^datitfë'et le bonheur dés' nations !
34o PREMIÈRE PARTIE.
chance de mourir avant c|^ t;erine et de perdre une partie de son capital, il a celle de vivre au delà çt de recevoir plus que soncapital* ^
Vous voyez, Messeigueurs, que l'intérêt simple £ait la base de toutes les autres espèces d'intérêt; ainsi pour se faire une idée nette de ces dernières, il suffit de connaître les lois qui déterminent l'intérêt simple. Or celui-ci peut être considéré, de même que le salaire, comme prix nécessaire et comme prix fson-j rant. Les personnes qui sont en état d'accumuler des capitaux doivent avoir la perspective d'en retirer un profit qui vaille la. peine de les amasser et de les prê« ter, sans quoi ils préféreront de les' consommer improductivement. D'ailleurs, celui qui prête un capi-, tal cirouljBmt, court, comme je l'ai déjà dit,^ le risque . de le perdre en totalité bu en partie. Pour couvrir ce risque, le prêteur est obligé d'ajouter au profit dont nous venons de parler ce qu'on appelle une prune (Tassurance (a). Ces deux élémens, savoir le-
(a) Voici quelle est Torigine et la nature des primes de ee gepre. Ce sont les entreprises hasardeuses qui ont doQné.liea aux, assurances. Dans une pareille entreprise, il ne faut souvei^^ qu'un seul accident pour ruiner l'entrepreneur ; mais • la perte étant répartie sur un grand nombre d'entreprjeneui's, elle ne coi^ posera pour chacun qu'un article de dépense peu considérable. En conséquence, des capitalistes qu'on nommé assureurs.^ consentent à se charger de tous les risque^ qu'on peut courir dans une. entreprise, moyennant une prime qui leur, est pay.ée par les entrepreneurs; et cette prime étant évaluée un peu plus haut que la chance des pertes , que Ton connaît par une longiip expérience , iji en résulte an total un