CHAPITRE IL
Besoins de l'homme.
Dès le premier instant de la vie nous sommes susceptibles d'impressions agréables et désagréables, de sentimens de peine et de plaisir : nous évitons les uns, nous recherchons les autres. Il s'ensuit que toute chose qui peut nous épargner une peine ou nous procurer un plaisir, est désirée par nous. Les désirs que nous avons de ces choses s'appellent nos besoins.
4^1 INTROOUCTIOH
Les besûîiis soatùunaiureis oujùetices. Les besoins naturels de rhomme aaiasent iadépendammenl de sa ooDCeptien et de son jugement :c*est sa naiÊiref c'està**dire sa conformation, qui ks lui donne , et qui h force ky satisfaire, sous peine de souffrir et même de mourir. La source de ses besoins fiictices , c^est ¥o/»* nitm^ qui lui fait concevoir et désirer des jouiasaBces au-delà des premières nécessités de la vie. L'habitude de ces jouissances en fait des besoins.
Voilà le ressort qui met en jeu nos facultés i et qui nous force à les développer. Sans les besoîas^ p<Mnt d'activité , point d'énergie. Otez les bœoins factices à rhomme , et vous le réduisez à l'inertie des bêtes ; otez -lui les besoins natitreis, et vous le condamnez k végéter comme les plantes. L'animal n'a d'ai^tres besoins que ceux de la nature ; ik ne s'étendent guère au<lelà des choses qui sont indispensables pour sa conservation. Or, quelque difficile qu'il soit souvent de satisfaire même aux besoins naturels, cependant, si l'homme. était borné comme les animaux à n'en avoir pas d'autres, son développement n'irait guère plus loin que le leur. Pour lui ouvrir une carrière plus vaste, la nature l'a rendu infiniment plus susceptible d'impressions a^réableSv et désagréables que ne le sont les axiiman. Ses désirsNet ses dégoûtk s'étendent sur bien plus de choses. A peine l'honane de la siatuns a-t41 trouvé moyen de pourvoir à sa cou* servatien , qu'il met déjà un certaia taffinemeot dans le choie des ofajete qui lui servent à cet leffet. il ne hii suffit pas d'exister^ il veut exister agréablement. Chaque besoin naturel Êiit naître en lui mae fenle de
besoins factices. S'est^I procuré une nourriture saine et abondante 9 il voudrir encore qu'elle flatte ses send, cfa'rik soit agréable au goût^ à la vu6 , à Todoraté A^t>il trouvé une matière propre à garantir soli ôorps contre l'intènlpérie de Tair, il en fera sa parure*. Son gîte étroit deviendra bientôt uûe chaumière oùat* mode, les armes qu'il porte pour sa défense seront bientôt brillantes et décorées; dans la gaâeté^ le simple discours ne le contentera pas, ses paroles se» nmt cadencées ^ il les accompagnera de chants. QueU que tnlmelise, Messéigneurs, que soil la distance entre le luxe d'un habitant des îles Kouriles et cehiî d'un seigneur opulent de Saint«*Péterdbottrg ^ le principe qui donne lieu à l'un et à l'autre est absolu» ment le même; car le luxe ne consiste que dans ce que la redietr^he et le talSn^nent ont ajouté aux besoins primitifs.
L'aetifité de l'hoimne ne s'arrrête pas le. Rassasié de plàinrs seûsuels ^ il éprouve Vennuit^ cet aiguillon qui est inconnu aux animanix. Pour évitek* ce fléau ^ rhmnm» sts livre à la culture de ses facultés inteliec» IneUes et miMrales. Se trouvant sans cetee en rapport av«è ia, nature et avec ses semblables , il observe l'une, il étudie ies autres, il rentre dans hii-«iéme, et ies lois ^i giMrvemènt le tnonde physique et moitd ^e développent insensiblement tous ses jeux* « Si les mngès pouvlvk^t av«Âr de l'ennui ^ dât Belvétius, ih d^viénâmiétit â%s iiottilkies. » Ce trait tl'esprit ne Asât pas être prie à ià iellm , nkim vous vojet qu'il y a quelque chose de vrai.
itotMrquee i>i«n ^pendant qée l'emnii ne peut se
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faire sentir que lorsque les besoins naturels sont pleinement satisfaits. Tant que ceux-ci absorbent l'activité de l'homme, il ne se trouve guère dans ïe cas d'être oisif. Au$;si les germes des connaissances humaines se sont-ils développés d'abord dans ces climats heureux , où la nature facilite à l'homme plus qu'ailleurs le soin de pourvoir à son existence. Mais du moment qu'il est entré dans la carrière de la spéculation , la curiosité ou le désir de connaître, excité par les premiers succès, le mène toujours plus loin, et l'exercice de ses facultés intellectuelles lui devient un vrai besoin.
Autre différence entre les hommes et les animaux. L'animal est borné au présent, et pour ses peines, et pour ses plaisirs; l'homme, au contraire, songe à l'avenir; sa préi^oyance écarte de loin tout ce qui peut lui causer des peines, elle lui ménage d'avance des plaisirs. Cette faculté de jouir et de souffrir par anticipation , l'effet combiné du jugement et de l'imagination, fait naître en lui le désir (P améliorer son sort y désir calme, à la vérité, mais qui agit puissamment sur le développement de l'homme, puisqu'il naît avec le premier usage de la raison, et qu'il ne nous quitte qu'au tombeau, quelle que soit notre condition. Le plus pubsant, le plus riche, en un mot, le plus heureux des hommes, le nourrit aussi bien que le plus pauvre, le plus dépendant et le plus malheureux. Sans ce désir et l'espérance qui l'accompagne , l'un et l'autre trouveraient la vie également insupportable.
Tel est le mobile qui met l'homme en mouvement «
Le désir d'être heureux est la source dé toutes ses actions; tous ses autres penchans sont subordonnés à celui-ci. Ce principe est au monde moral ce que la loi de la gravitation est au monde physique, le puissant ressort qui lui imprime le mouvement. Aussi , aucune puissance humaine n'est-elle capable de le détruire , quoiqu'elle puisse bien quelquefois en arrêter l'effet.
Nous avons vu comment les besoins, armés de toutes les peines et accompagnés de toutes les jouissances, commandent le travail, aiguisent le courage, inspirent de la prévoyance, développent toutes les facultés de l'homme : il nous reste une observation importante à faire, c'est que cet accroissement progressif des besoins ne peut avoir lieu que dans la société. L'homme isolé sentira les besoins naturels; il sera susceptible de besoins factices : mais ces derniers ne peuvent se développer que dans le commerce de rhomme avec des hommes {a). Or cette condition ne manque jamais d'être remplie. Les besoins naturels des hommes étant infiniment plus étendus que ceux des animaux,. la société de leurs semblables leur devient ^us^i infiniment plus ];iécessaire. L'enfance de l'animal , ou cet état de faiblesse dans lequel l'individu ne peut encore pourvoir lui-même à son existence, est pour la plupart de très-courte durée; et du moment qu'elle finit, l'animal est un être en-
(a) Lé développement désl3esoins suppose endore d'autres conditions, dont nous parlerons dans la suite; mais ces con~ ditions mêmes ne ^peuvent avoir lieu que dans la société.
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tîèrement indépendant; il peut se passer de Faide de toute autre oréature vivante ^ et il reste par eûnaéiqueot isolé. L'cufiaiiicede rbonmie^ au c(mtraire, est bien plusL longue ^^ et pendant tout le temps' qu'elle dure, son ex'us^eoce dépend entîèreineiit du soin d'autrui. C'est par cette longue enfance q^e la nar ture a jeté les premiers fondemehs de toute aoeiiété humaine : car l'état lui-même ne trouve bqo. origine primitive que.dans le gouveruemwt patriarebalr des famillos Ci). Durant toutie resle.de sa iviç, Thomme 9st exposé à bien plus de peines moraks et phyr
(x) CeUe idée que le gpuveiTieqaçnt p^jtriurçhal est }e j^çr mier type du gouvernaient politique et qne le prince Ç|t 4ans l'état ce que le père est dans Ja famille ou la tribu» à pris naissance dans un temps où Ton î^orait complètement la nature 9 les ressources et Fobjet de la société. H n*y ^ aucune analogie entre le <^lief de la famille et le ohef de 4*ëta«. h'mtwU^ in pir« 05t fondée wr h lïatufe; c'est die j^ui Jî# créée, nop-^eulemçnt piisçe que le père a çng^ndré les eA&Q^^ mais parce que l'être qui est fort a le pouvoir su|r l'être qui est faible, rélre qui crée les. choses nécessaires à la vie, sur l'être qui ne sait encore rien créer et qui a besoin de tout. Dans l'état, ]'autt>rité du chef est taoté de couyention , car là nature a'a fait, en 4id qu'un homme : faible oomparé à une AfLlipp, j^a yérU*j3l^/>fpériçno«, l'^p^périfiaiae qi^i |i|^pr^|4 j^f qui convient à la société et les moyens d? se le prçcurçr» ç*t dans la uation;. c'est là que sbQt le^ c^pi^auxi Tind^trie^ i<3S sciences , les arts et le travail.
ÛJwkSn iSt lîl I lime lOU'vO kVv tUVOv H'u^vS • cous 4pBo UEwT^wïU»
4*wé^UpJP^^ viejwipnt.du chef j<î>|(t lui qui opaçoît tp^t^^ les entreprises prpd-uçtiyps ^t qui ré^Bllemeui: fait viy,re.^s fij^^ et s^s auvrlers,. Dsms Tétiit, le jphef vit ^u» Aépew 4e,»f>
siques que l'animal: les chagrins , les infirmités.» la vieillesse et mille autres accidens le mettent presque continuellement dans levas d'avoir besoin de ses semblables. Ainsi, lors même que la longue habitude de vivre en famille n'^n aurait pas fait un être social, ses besoins naturels le forceraient à le devenir.
Vcos voyez que l'état social est Tétat naturel des hoBimes, et que c'est une chimère de les supposer vivant dans l'isolement comme les bêtea. Or, du moment que la société humaine se forme, les be^ soins factices se font sentir, et leur multiplication ^duelle est sans bornes. Chaque membre de la s6dété, par l'individualité de sa nature, a des besoins fectices qui ne «ont propres qu'à lui : mais comme tous les autres sont susceptibles des mêmes besoins, et que rien au monde ne se gagne si vite que les besoins factices , il en arrive bientôt que ceux de chaque individu deviennent les besoins de tous.
aâ'miniàtrës quî ne prospèrent jamais mieux que lor$qu|il •«abstient de dirigerieurs actions^
Une: nation pourrait è la rigueur subsistier sans son gouvernement; ehaqwe profession échangerait les fruit&deacm travail contre les produits du travail des autres» Un jgou^fr- Aementsana nation ne saurait se concevoir.
Ce sont vraiment de plaisans enfons que ceUx chez qui ^e trouvent la force , la pensée et l'exécution ! On en peut dire autant d^ l'embl^ne d'un berger eonéuisant «on troupeau. Il £aut renvoyer toutes ces bergeries politiques aux siècles puisses; é&f& ne «ont plus du nôtre. J.-B. S. . ;
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