CHAPITRE XL
Des élémens qui constituent la rente foncière.
La rente foncière est, comme vous le savez, Mes* seigneurs, le prix qu'on paie pour Tusage d'un fonds de terre. Or il faut distinguer la terre inculte de celle qui est améliorée par le travail de Thomme. La rente d'une terre inculte est un profit net, fondé
engagés >^ et qu'il considère toujours comme prêtés en nature^ sont souvent prêtés en argent; c/est l'emprunteur qui les emploie ensuite dans une industrie d'où il ne peut pas le^ retirer à volonté , comme lorsqu'il s*en sert pour établir des macliines à vapeur, des communications de mouvement, etc. Or cette circonstance change beaucoup l'intérêt que ces capitaux l:appori;ent. Un propriétaire qui met des capitaux en bonifications sur son fonds , n'en retiré guère que le mêhie intérêt qne lui rapporte la valeur du fonds, c'/est-à-dire le plus bas de tous les intérêts. Tandis qu'un manufacturier qui engage les fonds qu'on lui prête , et qui par conséquent ne peut s'obliger de les rendre dans un terme court , les paie en gé^ néral au-dessus du tanx ordinaire des intérêts.
Cette observation dément celle que contient le dernier paragraphe de ce chapitre. J.-B. S.
> Le xskoX fixes semblerait indiquer qu'ils conservent une valeur invariable; ce qui n'est pas ; car, en supposant des machines parfaitement bien entretenues, on ne les revend jamais ce qu'elles ont coûté. Le moXfixe d'ailleurs traduit mal le mot anjg;lais^xtf<^y qui signifierait plutôt attaché au même emploi; sens qui me semble mieux rendu par le mot engagé.
LiV. IIÏ, GUAI^. Xi. 3S5.
tiniqueitient strr le droit de propriété; celle d'une terre améliorée se compose , outre ce profit net , du loyer d'un capital fixe. Considérons d'abord la première.
Nous avons vu que la terre concourt à la produc-* tion d'une manière extrêmement utile : une infinité de richesses, et nommément toutes les matières brutes ne sauraient être produites sans sa coopération. Il s'ensuit qu'aucun propriétaire de terre ne cédeiiia le droit d'appeler à l'ouvrage une ouvrière si utile , sans exiger une rétribution proportionnée aux ser« vices productifs qu'elle peut fournir. Cette rétribua tion peut être appelée la rente pHmitive : elle n'est fondée que sur le droit exclusif qu'a le propriétaire sur sa terre. Telle est la rente que donne une prairie naturelle y un bois sauvage, une carrière de pierres, une rivière. poissonneuse, un terrain pour bâtir, et en général tout fonds de terre qui n'a reçu aucune amélioration.
La terre, ainsi qiie nous l'avons vu, n'est pas le seul agent de la uature qui ait un pouvoir productif; mais c'est le seul, ou à peu près, que l'homme ait pu s'approprier, et dont, par suite, il ait pu s'approprier le bénéfice. L'eau de la mer, par la faculté qu'elle a de nourrir des poissons ou de produire du sel, a bien aussi un pouvoir productif; le vent qui fait aller nos vaisseaux, et jusqu'à la chaleur du soldl , travaillent pour nous; mais heureusement personne n'a pu dire : « La mer, le vent, le soleil m'appartiennent, et. le service qu'ils rendent doit m'être payé (à), »
(a) J.-B. Say ; Traùè^ etc. , iw édit, tom, II, p. 3o6.
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a Je ne prétends pas insinuer par-ià que la terre ne dût pas avoir de propriétaire plus que la raer^ le soleil et le vent. Il y a entre ces choses une différence essentielle.: l'action des dernières est inépuisable; ]e service qu'en tire une personne n'empêche pas qu'une autre personne n'en tire un service égal.* Il .n'en est pas de même dé la terre*: elle est bornée, et chaque espace de terrain ne peut donner qu^un profit borné ; il ne le donne même qu'à certaines époques et au moyen de certaines préparations : il ne donnerait rien ou presque rien, si ses produits n'étaient excités, protégés, recueillis par un propriétaire (a). » Comme la société ne retire pas les mêmes avantages dé l'appropriation des rivières et des lacs,. ces eaux intérieures devraient être regardées comme la propriété commune de tous les habitans du pays. Cependant, dans les pays où lê régime féodal a été en vigueur, la pêche est souvent inféodée : dans ce cas, la rente que les pêcheurs paient au propriétaire , est une perte pour le consommateur, puisqu'elle ne contribufe aucuneinent à augmenter le produit. La pêche n'est pas plus abondante dans, une rivière inféodée que dans une rivière pubHque ; mais la récolte est bien plus riche dans le champ d'un propriétaire que dans une commune.
Avant d'aller plus loin, il importe de prévenir ^ne erreur dans laquelle vous pourriez facilement tomber : celle de prendre la rente primitive* pour rintérêt du capital employé à l'achat de la terre. Â la
(a) J.-B. Say^ Traité, jBlc, i" édit. , tom. II , pag. 3o6..