LIV. III, CHAP. Xlii
d'entrepreneur (i) ; l'entrepreneur cède alors au com* mis son salaire , et ne se réserve que la prime d'assurance et le profit net qu'il peut faire sur son entre* prise. Les principes qui déterminent le salaire étant déjà développés dans les chapitres précédens, je n'ai plus rien à observer sur cet article.
, (i) Cette appréciation est imparfaite.. L'auteur ne donne pas, à beaucoup près, aux fonctions des entrepreneurs d'industrîe , Timportance qu'il devrait leur donner.
Un entrepreneur d'industrie, c*est-à-dire un agriculteur, un manufacturier, ou un négociant , est celui qui à ses périls et risques entreprend de fournir à la société les produits dont elle a besoin. Il apprécie les frais de production que nécessitera un produit ; il préjuge la valeur qu'il' aura étant terminé; il rassemble tous les élémens d'une entreprise, en compose l'administration et le régime. Gomme il a perpé* tuellement des achats et des ventes à faire, des conventions de toutes sortes à conclure , il doit connaître les hommes et les affaires , évaluer les risques , prévoir les vicissitude» du commerce, l'iâfluence de la paix, de la guerre et des mauvaises lois. La réunion des qualité!^ et des talens qui sont nécessaires pour faire prospérer , pour soutenir seulement une entreprise industrielle , établit une espèce de monopole en faveur des hommes qui sont en état de la concevoir, de ]a former et de la conduire. Ceux qui manquent de prudence et de lumières ne font pas long-temps concurrence à ceux qui en ' sont pourvus. Telles sont les causes qui établissent pour les entrepreneurs , des profits indépendans de leurs capitaux , et fort supérieurs au salaire d'un simple commis en chef, qui ne court aucun risque pour son compte , touche son traitement dans toutes les suppositions, et ne hasarde ni sa fortune, ni sa réputation en cas de mauvabe fortune.
Certes ni Adam Smith, ni les écrivains qui l'ont copié, en confondant les profils de l'entrepreneur d'industrie avec les
38o PREMlèRE PARTIE.
La prune d*assurance est destinée à couvrir les perles qui peuvent arriver dans le genre d'entreprises auquel le capital est employé. Elle se proportionne sur la valeur du capital, et elle est d'autant plus élevée qu'il y a plus de risques dans l'emploi.
Elle se proportionne sur la valeur du capital : cette circonstance explique en partie pourquoi le profit de l'entrepreneur augmente avec le capital qu'il emploie, et pourquoi il diminue avec lui : plus le capital estgrand, plus la prime est multipliée.
Elle est d"" autant plus élevée qu'ail y a plus dé ris^ ques dans une entreprise : celte circonstance explique
profits de son capital {^profits of stocA)^ n'ont point donné un tableau fidèle des £iits qui ^e passent tous hes jours sot^ 'lïos yeux.
Je sais qu'il est fort difficile de distinguer ce qui , dans ht production, est dii à l'entrepreneur, de «e qui est dû à son eapilal. Le même outil fait plus d'ouyrage conduit ps^r des mains adroites , que lorsqu'il l'est par des mains ipexpérînientées. II n'en est pas moins yrai qu'il j a une partie de Pouvrage qu'il faut attribuer à l'outil , et une partie qui est l'œuvre de la main qui le gitide ; et il serait fort utile dans la pratique de pouvoir en faire la distinction. Un manufacturier, par exemple, a un capital de cinquante mille francs, et par son habileté il fait tou& les ans un bénéfice de aS mille francs , c^est-à-dire un bénéfice égal à 5o pour cent de son capital ; mais sur cette production annuelle, on ne sait pas quelle valeur est due à l'action de l^entreprenenr et quelle à l'action de son capital. Cependant pour augmenter une aussi bonne affaire il emprunte , ou il trouve uu commanditaire qui qua^ druple ses fonds, et les bénéfices sont portés de aSà loo mille ^ft*ancs par an. De bonne foi le comnianditaire est-il fondé à réclamer les 76 mille francs d'accroissement dans Icsbénéfices, et
Liv. m, CHAP. xiii. 38ï
pourquoi le profit est plus considérable dans les entreprises lointaines : la prime d'assurance y es( plus
forte, parce que les retours sont plus incertains;
pourquoi il est également plus considérable dans les emplois pîi le capital est long -temps engagé : plus Topéfation est longue, plus les risques sont multipliés et plus ils élèvent la prime d'assurance; — pourquoi le profit est médiocre dans une entreprise commune, courante, où la production ainsi que la consommation sojit connues depuis long -temps; et pourquoi il est souvent le contraire dans une entreprise neuve, où l'on marche encore à l'aventure : dans le premier
r^ntr^prcneur ne peut- il pas lui dire à aussi bon droit : i C'est « la manière dont j'ai fait travailler ce capital additionnel de « cent cinquante mille francs , qui lui a fait produire ce profit. « n est donc le fruit de mon talent. »
Il y a même des cas où le capital comme ontil, ne produit réellement aucune \aleur. Supposez que le propriétaire d!une usine, d'un moulin à papier, par exemple, cherche à la vendre, et que nul acquéreur ne se présente à aucun prix. Le propriétaire se décide en conséquence a la faire traTailler pour en retirer du moins le profit de ses soins et celui du fonds de terre sur lequel elle est bâtie. Il est évident que dans cette entreprise , il n'y a pas un sou de profit pour le capital. S'il y en avait eu , un acquéreur ou un locataire se serait présenté et en aurait donné un prix quelconcpie dont il aurait été indemnisé par le profit du capital.
On voit que malgré la difficulté que Ton rencontre à distinguer les profits de l'industrie, de ceux du capital, il y a dans la pratique beaucoup de cas où il serait utile de faire cette distinction , et qu'il serait trèsndigne des économistes politiques d'en établir les bases. J.-B. S.
cas, le retour des avances est assuré; il ne Test pas clans le second.
Loi'sque les emplois sont parfaitement connue , la prime d'assurance est toujours au taux nécessaire-,
c'est-à-dire elle ne va guère au delà de ce qui est strictement nécessaire pour couvrir les pertes régulières'. L'expérience fait connaître la proportion moyenne ^é ces pertes , et c'est sur cette base que chaque entrépreneur est obligé d'évaluer le taux de la prime d'assurance dans le genre d'industrie qu'il entreprend'. S'il lui arrivait de l'estimer trop haut, d'autres entreprenetfrs ne manqueraient pas de la faire baisèef" par leur concurrence. Ainsi, dans les emplois connus, cette prime est ordinairement réduite jau niveau djè la perte régulière essuyée dans chaque emploi.
Dans les entreprises nouvelles et hasardeuses,. leç pertes^ ne peuvent être appréciées au juste : on devrait donc supposer que l'entrepreneur serait porté à évaluer la prime d'assurance aussi haut que possible; mais l'expérience prouve le contraire. Cette confiance présomptueuse que les hommes ont génér ralement dans leur bonne étoile, paraît agir ici comme partout ailleurs. La plupart de ces entrepreneurs 4 loin d'évaluer trop haut la prime d'assurance, ne Jles^ timent pas même ce qu'elle devrait être, de sorte qûë la totalité du profit ne suffit pas toujours pour coiivrir entièrement ces pertes. La preuve en est qu^ dans les entreprises les plus hasardeuses , les banqueroutes sont les plus ►fréquentes. Si la prime d'assu* rancc suffisait pour compenser toutes les pertes
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régulières, les banqueroutes ne seraient pas plus fréquentes dans ces entreprises que dans les autres.
Le salaire et la prime d'assurance forment le profit nécessaire de l'entrepreneur; %ox\ profit côitrani se règle sur le prix courant de ses prbduîts. Ainsi ce p<V)fit peut être au-dessus ou au-dessous , ou précisément au niveau du profit nécessaire.
Il est au-dessus au profit nécessaire :, quand le prix courant des produits de l'entreprise excède les avances que l'entrepreneur a été obligé de faire pour les produire et pour les amenet*àu marché. Césavances, comme vous le savez, comprennent les articles suivans :
i*^ le capital circulant employé en matériaux, en salaires d'ouvrier, et (si l'entreprise esttîù genre agricole) en rente foncière (a); ' ' -
(a) Dans le onzième chapitre ( pa^e .36 1 ) je vous ai dit que ia rente foncière se constitue de Texcédant que le prix courant des produit» agrijcoles laisse au delà des àTUnces de l'entrepreneur , en y comprenant même soil profit! courant ; ici , je range la rente parmi ces avances. .Ceci n'est poini une contradiction. Dans le chapitre indiqué il s'agissait diB Toriginç de la rente foncière ; ici nous la considérons comme établie. La rente\fonclère ne peut naitre que lorsque le prix courant des produits de la terre est asstez ^aut pour Couvrir les avances indispensables du fermier, et pour laisser encore quelque chose afu delà ; mais du moment qu'elle esl^tablîe , 1^ fermier ayant dû la payer, il doit aussi la ranger parmi ses avances. — Vous vous rappelez sans doute qu'il en est dé même de la rente de talens. Cette rente aussi ne peut naître que lorsque le salaire courant est assez haut pour laisser quelque chose au delà du salaire nécessaire ; mais du moment qu'elle est éta-
384 PREMIÈBE PARTIE.
a? les renies du capital j savoir, Tintérêt du capital circulant, et le loyer du capital fixe ;
3*^ \e profit nécessaire de l'entrepreneur.
Tout ce que le prix courant des produits rapporte au delà de ces avances indispensables est un revenu superflu, et constitue le profit net de l'entrepreneur.
Voua voyez, Messeigneurs, que ce que Tentrepreneur gagne en sus du capital, est loin de former tout entier un gain ou profit; cependant l'usage veut qu'on appelle ainsi, non-seulement le revenu total de l'entrepreneur (lequel souvent ne contient aucun profit), mais encore ce revenu plus la rente du capital (a). Cette dernière , ainsi que la rente foncière , ne peuvent jamais faire partie du profit de l'entrepreneur; car ou il ne possède pas lui-même le capital et le fonds de terre qu'il emploie dans son entreprise, et alors ces rentes ne lui appartiennent pas; ou bien il est lui-même capitaliste et propriétaire foncier, et, dans ce cas, il ne peut pas ranger parmi le revenu de son industrie des rentes qu'il aurait gagnées de même s'il n'avait pas travaillé. S'il possède des capitaux et des terres, c'est comme capitaliste et comme propriétaire, mais ce n'est pas comme entrepreneur.
Il est difficile d'imaginer que dans les entreprises communes et courantes, le profit net des entrepce-
blie, chaque entrepreneur deyantx la payer ^ il doit aussi la ranger parmi le salaire nécessaire dont il a fait les avances. Voyez page 3o8.
{a) Comparez page 277 , la note.