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n€urs puisse être considérable, quand le commerce est entièrement libre. Tant de gens sont bien aises de gagner simplement un salaire d'entrepreneur, que leur concurrence doit réduire le prix courant des marchandises à peu près au niveau du profit nécessaire. Ce n'est que dans les entreprises nouvelles et hasardeuses que se font les gros profits; mais aussi la chance des pertes y est plus grande. Les entreprises les plus hasardeuses sont, à la vérité, les plus lucratives quand elles réussissent; mais elles réussissent rarement. Le commerce de contrebande, le plus hasardeux de tous, donne bien quelquefois des profits immenses , mais il conduit peut-être vingt personnes à la banqueroute, contre une qu'il enrichit. Dans ce cas, c'est un individu que la fortune favorise; mais le même profit n'a pas lieu régulièrement dans le même genre d'entreprises.
Le gros profit qui semble régulièrement accompagner certains genres d'entreprises bien connus, est en général une illusion, qui provient de ce qu'on appelle profit ce qui n'est que le revenu total de l'entrepreneur. Les profits des apothicaires passent, par une sorte de dicton, pour quelque chose de singulièrement exorbitant; cependant la plus grande partie de ces profits apparens ne sont que de véritables salaires. Le métier d'apothicaire exige plusieurs connaissances scientifiques qui rendent les études préparatoires et l'apprentissage de ce métier très-coûteux; d'ailleurs celui qui l'exerce doit être investi d'une grande confiance. Il faut donc que ses salaires suffisent pour
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fournir l'intérêt viager de la dépense de son instruction ^ et la rente que doivent lui rapporter les qua« lités n^orales et intellectuelles qui lui méritent la confiance du public. Il ne peut trouver ces salaires que dans le prix auquel il vend ses drogues; mais la totalité des dragues que l'apothicaire le plus acha<lande pourra vendre, dans le cours d'une année, dans la ville qui fournit le marché le plus étendu ^ ne lui coûteront peut-être pas plus de i,ooo à i ,5oo roubles; ainsi, quand il les vendrait à a ou 3,ooo roubles, ou à loO pour cent de profit, comme on dit, en déduisant le capital circulant et les rentes, souvent on trouverait qu'il en retire à peine son profit nécessaire.
Souvent une entreprise ne donne qu'un mince profit net ou n'en donne point du tout, quand le ca-» pital est modique, tandis quelle donne un gros profit net lorsque le capital est considérable. La raison en est que la même entreprise exige toujours le même salaire d'entrepreneur, tandis que le {)rofit courant se propcHTtionne sur la valeur du capital, et qu'il augmente suivant que ce capital grossît. Deux entrepreneurs dans le même genre, et qui font exactement le même travail , doivent gagner le même salaire; mais si leurs capitaux ne sont pas de la même grandeur, le profit net de l'un sera plus considérable que celui de l'autre. L'exemple suivant vous en fournira une preuve évidente.
Supposons qu'en un lieu le profit courant d'une entreprise de manufacture soit communément de j o pour cent, et qu'il'-s^ trouve deux manufactures
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entre lesquelles il n'y ait d'autre différence que celle des matières premières qu'elles travaillent: chacune d'elles 5 à ce que je suppose, emploie âo ouvriers à raison de a5o roubles par an chacun , ce qu^ fait une dépense de 5,ooo roubles par an pour chaque atelier; mais les matières grossières qu'on travaille dans l'une ne coûteront annuellement que 5,ooo roubles, tandis que dans l'autre on travaille des matières plus précieuses qui coûtent i 5,ocn3 roubles. Ainsi le travail d^s entrepreneui*s, et par conséquent leur salaire, sera tput-à-fait le même ou très^-approchant; mais le capital .d& l'un sera de 10,000 roubles, celui de l'autre de 20,000. Au taux de 1 o pour cent, les entrepreneurs auront un profit courspt, l'un f, 000. roubles et l'autre de 2,000.
La prime d'assurance se proportionne sur le capi* tal ; ainsi elle formera des sommes différentes pour les deux entreprises. £n admettant qu'elle fût de 2 pourcçnt, il resterait à ¥mk de$ entrepreneijips 800 roubles et à l'autre 1,600. Le salaire d'ciit repreneur^ au contraire , se proportionne sur la nature et la quaatité du travail; or, comi;ne sous dçux rapports le travail des deux entrepreneurs est le ipi^e, I^i^^s salaires seront aussi les mêmes, ou formeront la même sonime; en leâ^ évaluant à 700 roubles, le salaire du premier enitreprçjCT^ur fera 7 pgjir cent de sg^iî' capital; celui du second ne fera quj^ 3f pour cent du sjeq. Rçste cpmpa^ profil net à l'un 1 00 rou}île6,€it à l'autre 900 roubljçsj; ce qui fait, en proportion du capital, pour le premier r pour cent seulement, et pour le
second 4t P^^^r ^oo (à). Vous voyez qu'au même taux du profit courant le profit net diffère, non-seulement à raison de la valeur du capital, mais dans une proportion bien plus fprte. Si le profit net suivait la même proportion que le capital, celui de cts deux entrepreneurs serait comme de i à 2; mais il est comme de i à 9.
Cette comparaison peut servir à vous prouver, Messeigneurs, qu'un gros capital, quoique produisant un petit profit, augmente en général plus promptement qu'un petit capital qui donne de gros profits. C'est ce qui a fait dire à un grand écrivain qu'il est plus facile de gagner le second million que le premier écu. Si chacun des deux entrepreneurs que j'ai supposés était assez économe pour ajouter tout son profit net au capital employé dans son entreprise, le premier ne pourrait y ajouter cette fois-ci que 100 roubles; ' l'autre, au contraire, l'augmenterait de 900 roubles; et chaque année la proportion changerait de plus en plus en faveur du dernier. Mais, dans un cas pareil,
(a) Pour rendre cet exemple plas clair , il suffit de l'arranger en forme de compte.
Capital employé dans les deax fiibrîqaes. 10,000
Profit coarant à xoponr cent. . ; . . . t,ooo
Prime d^assurance à a pont cent. . . . aoo
Salaire d^eutreprenenr 70P
Profit net . . . ij^o
Total x,ooo
t^ MA.in7FAGT. 3* MA.]fUPA.CT.
roubl.
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Tentrepreneur pauvre réduit communément sa subsistance au simple nécessaire, et tâche d'épargner son revenu superflu, tandis que l'entrepreneur riche mange ordinairement tout son salaire , et souvent même une grande partie de son profit net.
Une conséquence de ces observations sur le profit de l'entrepreneur, c'est qu'il paraît plus avantageux pour une nation d'avoir un petit nombre d'entrepreneurs riches plutôt qu'un grand nombre d'entrepreneurs pauvres. Â la vérité, le même capital national, s'il est employé par 10,000 entrepreneurs, donnera un plus grand profit net à la nation, que s'il était employé par 100,000; mais il ne s'ensuit pas nécessairement que le capital national augmente dans la même proportion. Il est plus que probable que la sévère économie des entrepreneurs pauvres suffirait pour contrebalancer cet avantage apparent. Au reste, j'écarte ici les considérations morales qui rendent une grande inégalité dé fortunes si préjudiciable au bonheur des nations. Sous tous les autres points de vue, hors celui de la richesse nationale^ il impprte infiniment .plus à l'état de voir dans l'aisance le plus grand nombre possible de ses citoyens, que de compter quelques Crésus parmi une foule innombrable de mendians.
Revenons à notre sujet. Le salaire de l'entrepreneur étant toujours le même dans les entreprises du même genre et de la même étendue, il s'ensuit que ce salaire forme une portion d'autant plus considérable du profit courant, que le capital est plus petit. Dans l'exemple que nous avions choisi , le salaire de
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l'entrepreneur pauvre comprend les 7 dixièmes de son profit courant , tandis que celui de l'entrepreneur riche ne fait que 3 dixièmes ^ du sien. Cette circonstance nous fournit une autre observation intéressante : c'est que la grandeur du capital qu'on peut employer dans une entreprise dépend de l'étendue du marché qu'ont les produits de cette entreprisé. Plus ' le marché est resserré , moins l'entrepreneur peut vendre de mairchandisses ; et moins il en vend , moins il peut employer de capital pour les produire. Or, comme il faut absolument que le capital, quelque petit qu'il soit, rapporte le salaire de l'entrepreneur ^ il se peut que , dans le même genre d'entreprises , le profit courant soit beaucoup plus grand dans un endroit qui présente un marché très-limité ^ que dans un lieu qui offre un marché vaste. En voici un exemple.
Dans une petite ville, un épicier ne pourra guère employer plus de 1000 roubles dans son commerce.^ Ce commerce y est nécessaire à la consommation des habitans ; mais un marché aussi resserré ne peut pas coïkiporter l'emploi d'un plus gros capital dans ce négoce. Cependant il faut bien que ce négoce rapporte le salaire de l'entrepreneur , lequel , dans ce cas, sera assez élevé. Outre la condition de posséder un capital ou le crédit nécessaire pour en emprunter, il faut encore celle de savoir lire, écrire et compter; il faut celle de pouvoir juger passablement de peutêtre 5o ou 60 espèces de marchandises différentes, de leurs prix ^ de leurs qualités et des marchés où l'on peut se les procurer au meilleur compte ; il faut , en