LIV. III, CHAP» XIII
un root, toutes les connaissances nécessaires à un gros marchand, et rien n'empêche l'épicier de le devenir, que le manque d'un capital suffisant. On ne peut pas dire que 5oo roubles par an soient un salaire plus que nécessaire pour un homme qui réunit tant de connaissances. Ainsi , sans compter la prime d'assurance , sans lui accorder le moindre profit net, son com-? merce devra lui rapporter un profit courant de 5o pour cent. Dans une grande ville, ce même commerce ne rapportera peut-être que 5 pour cent ; mais aussi dans une grande ville il est possible d'employer 10,000 roubles au commerce d'épicerie. Les salaires des deux entrepreneurs seront les mêmes ; mais ce salaire n'est qu'une bagatelle à décompter du profit courant d'un capital dé 10,000 roubles , tandis, qu'au même taux , le profit d'un capital de 1000 roubles ne suffirait pas pour payer ce salaire*
Ces observations expliquent pourquoi la différence entre le profit courant d'un détailleur et celui d'un marchand en gros est bien moindre dans une grande ville que dans une petite : dans une grande ville , le détailleur peut employer un plus grand capital ; ainsi son salaire fait une moindre partie de son profit , et ce profit peut être moindre. C'est pour cette raison que les marchandises qui se vendent en détail sont à beaucoup meilleur marché, toutes les autres circonstances étant égales , dans les grandes villes que dans les petites. Il n'y a d'exception à cette règle que par rapport aux marchandises que les petites villes tirent de leurs environs , tandis qu'on les amène de loin aux grandes villes : dans ce cas , les frais de
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transport ajoutent au prix des denrées qui se vendent dans les grandes villes , autant et plus qu'il ne faut pour compenser le bon marché produit par la diminution proportionelle du profit des détailleurs. Les épi* ceries , par exemple , sont en général à beaucoup^ meilleur marché dans les grandes villes; il n'en coûte pas plus pour les y apporter que pour les transporter dans les villages. Au contraire , le pain et la viande de boucherie n'y sont pas à meilleur marché, puisqu'il en coûte bien davantage pour y transporter du blé et du bétail, qu'il n'en coûte pour en amener aux petites villes 9 qui tirent ces articles de la campagne qui les environne.
Quoique le profit courant de l'entrepreneur, tant pour la vente en détail que pour la vente en gros, soit en général plus faible dans les grandes villes que/ dans les petites, cepesidant on voit fort souvent dans les premières de grandes fortunes faites avec de petits commencemens , et on n'en voit presque jamais dans les autres. Les observations que je viens de vous présenter expliquent suffisamment ce phénomène: Dans de petites villes, à cause du peu d'étendue du marché , les entreprises ne peuvent pas s'agrandir à mesure que grossit le capital : ainsi, dans ces endroits-là, quoique le taux du profit de l'entrepreneur puisse être très-haut, cependant la portion de ce profit qui forme le profit net ne peut jamais être trèsforte, ni par conséquent le montant de son accumulation annuelle. Au contraire, dans de grandes villes, on peut étendre ses entreprises à mesure que le capital augmente, et il augmente d'autant plus vite