‹ Cours d'économie politique;Chapitre 133 sur 173 · LIV. IV, CHAP. II. 4ï · texte numérisé non relu

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le premier Ta mis en mouvement , est dans la même situation que le laboureur de ces climats heureux qui peut demander successivement à la même terre trois ou quatre récoltes dans la même année.

Quant aux effets qu'une circulation lente a pour les consommateurs, ils ne se bornent pas seulement à renchérir les objets de leur consommation d'une manière indirecte, en diminuant la masse des denrées qui pourraient exister, ils augmentent encore directement leur cherté. Tant qu'un produit reste dans la circulation, sa valeur s'accroît progressivement par les rentes du capital employé à sa production; ainsi plus la circulation est lente, plus ces rentes se cumulent , ce qui élève inutilement le prix de la marchandise, et devient une perte pour les consommateurs , sans donner un gain aux producteurs.

Parmi les moyens qui servent à abréger la circulation ou la rendre plus rapide , nous distinguerons les quatre suivans comme les plus efficaces : i^ la séparation d'une classe de travailleurs qui s'occupe uniquement du commerce ; o? la facilité des transports; 3® le numéraire , et 4° le crédit. Les deux premiers moyens vous étant déjà connus, Messeigneurs, il vous sera facile de juger de leur influence (a); quant aux deux autres, je ne puis que vous les indiquer dans ce moment : le développement de leur nature et de leurs effets est une tâche longue et difficile; elle nous occupera dans les deux livres suivans.

Dans. chaque branche particulière du commerce,

(a) Voyez les chap. VI et IX du ILv. I.

4l4 PREMIÈRE PARTIE. ^

la circulation est plus ou moins rapide ^ suivant que ces quatre moyens sont plus ou moins perfectionnés dans le pays où elle se fait. La circulation est lente dans un pays oîril n'y a pas des marchands tout prêts à remplacer sur-le-champ le capital de l'entrepreneur agricole ou manufacturier; où ce dernier est obligé de garder le produit de son industrie jusqu'à ce que le hasard lui amène un acheteur ; où il est obligé de quitter sa ferme ou son atelier pour aller visiter les foires ; en un mot , où il est forcé de faire lui-même les affaires du commerçant. Elle est lente dans un pays où les routes sont mauvaises, où Ton manque de rivières et de canaux navigables, où des déserts et le défaut d*une bonne police rendent les communications difficiles et dangereuses. £lle est lente dans un pays où le numéraire est mal réglé et où il ne présente pas une Valeur fixe et constante ; où le crédit est inconnu ou ébranlé par une administration inexacte et partiale de la justice.

Vous voyez que dans les états peu civilisés la circulation doit toujours être lente , et que son mouve-. ment ne peut s'accélérer qu'à mesure que la société se perfectionne. Une circulation très-rapide ne peut, avoir lieu que dans les pays prospères. Dans un tel pays, la circulation n'a guère besoin d'encouragement ; car l'intérêt de vendre qu'a tout producteur lé stimule déjà assez pour donner à la circulation toute la vitesse dont elle est susceptible , vu les localités du pays ou elle s'opère. Si nonobstant ces avantages elle se ralentit quelquefois, c'est bien plutôt par les contrariétés qu'elle éprouve que par le défaut

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d'encouragement qu'elle reçoit. Ce senties guerres , les prohibitions , les droits pénibles à acquitter qui Tentravent. Elle- se ralentit dans les momens de craintes et d'incertitudes, quand l'ordre public est menacé et que toqte espèce d'entreprise est hasardeuse. Elle se ralentit quand on se croit exposé aux contributions arbitraires et que chacun s'efforce de cacher ses facultés. Elle se ralentit dans un temps d'agiotage, où les variations subites occasionées par le jeu sur les marchandises , fait espérer aux agioteurs un bénéfice fondé sur une simple variation dans les prix. Alors le vettdeur attend à l'affût d'une hausse dans le prix.; l'acheteur k l'affût d'une baisse : des deux parts , capitaux oisifs , inutiles à la production (a).

Le temps indispensable que demande la circulation 9e peut pas être le même dans toutes les branches du commerce. Les retours du commerce étranger sont plus lents que ceux du commerce intérieur; la même disparité subsiste entre les différentes espèces particulières que comprennent ces deux genres de commerce. Or, comme les profits des entrepreneurs ten-* dent à s'égaliser dans tous les emplois , il se peut fort bien que deux capitaux également grands , employés dans deux commerces dont les retours sont d'inégale durée, donnent le même profit à leurs propriétaires; mais il est impossible qu'ils donnent le même revenu à la société. Supposons en effet deux fabricans de toiles établis dans la même ville , qui tous les deux

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(«) J.-B. Say, Traite y etc., 1'* édit., toiu. II, pag. i36.

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possèdent un capital de cent mille rouble3, et remploient tous les deux en entier à leur entreprise. L'un des deux vend ses toiles en Amérique, avec un bénéfice de aB pour cent; mais, soit à cause de l'éloigné* ment, ou. à cause du besoin de capital en Amérique, il ne peut être payé et recommencer l'ouvrage qu'aa bout de deux ans. Il sait que c'est une conséquence d'un pareil commerce, et pour n'avoir jamais besoin de fermer son atelier en attendant des remises, il ne consacra que 5o,oo9 roubles chaque année à produire, et son profit annuel est de i ;2,5oo roubles. Son confrère, au contraire, vend à sa porte les toiles qu'il fabrique , et dont la consommation se fait toute dans l'intérieur. Il ne gagne, à la vérité, que ik^ pour cent dessus, mais il est payé comptant, et avant trois mois la circulation de son capital s'est opérée, en sorte qu'il a pu recommencer l'ouvrage, et que dans l'année il a fabriqué pour 400,000 roubles de toiles, et obtenu un profit de 10,000 roubles. Quoique l'un des deux prenne sur la même marchandise un bénéfice dix fois plus fort que l'autre, vous voyez que ces deux commerces sont à peu près également avantageux aux entrepreneurs qui s'y livrent, parce que leurs profits annuels ne sojat .entre, eux que comme 5 est à ^\ et que cette différence peut être considérée comme une juste compensation de l'inquiétude que cause toujours l'élotgnement du marché. Mais pour la nation il y aura bien une autre différence entre ces deux corrmerces; car l'intérieur lui procurera pour 4oo,ooo roubles de productions, et l'extérieur seulement pour 5o,ooo.

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Dans ce cas-ci cependant^ comme dans tous les au* très, lorsque le commercé est libre ^ Tintérêt du par* ticulier est le même que l'intérêt général; Il ne conviendrait pas à la nation, pour avoir un produit beaucoup plus grand de renoncer à tous les commerces où le capital circule lentement; l'agriculture ellemême se trouverait comprise dans cette proscription, quelque nécessaire qu'elle soit à l'opulence publique. Les bénéfices que procure chaque branche d'industrie , se proportionnent naturellement au besoin qu'en a le peuple , et poui^ que l'entrepreneur reste attaché à celle oii la circulation est plus lente > le consomma* teur consent à lui céder de plus grands profits. Mais il^faut seulement en conclure que c'était une politique bien fausse que celle qui altérait cet équilibre naturel, en accordant au commerce extérieur, dont les retours sont fort lents, des faveurs plus importantes qu'au commerce intérieur, celui de tous qui, avec le même capital, donne à la nation le plus grand revenu.

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