LIV. IV, CHAP. IV
de peu de valeur, et qui en obtiennent une trèsconsidérable par la main-d'œuvre. Telles sont les' points de France et d'Alençon , la dentelle de Flandre, les ouvrages d'acier poli, etc. Il y a des garnitures de dentelles qui se vendent 7000 roubles, et dont la matière première, ou le lin employé à leur fabrication, n'a pas coûté au delà d'un rouble; une livre de fer brut de la valeur de dix copeks , convertie en acier et puis en ressorts spiraux pour les montres, pçut être portée k la valeur de iao,ooo roubles^ Si dans une de ces manufactures le salaire des ouvriers venait à doubler, elle ne pourrait probablement plus se soutenir, la diminution des rentes de capital et du profit d'un seul entrepreneur ne pouvant suffire pour couvrir la hausse du salaire , qui constitue peut-être les neuf dixièmes du prix nécessaire des produits.
Le bas prix de la main-rd'œuvre permet donc toujours aux pays pauvres de vendre certains produits manufacturés à meilleur marché que les pays riches qui vont encore en s'enrichissant. Aussi. l'Angleterre, toute florissante qu'elle est , a-t-elle toujours besoin des pays qui ont moins de capitaux qu'elle, nonseulement pour les productions qui ne sont pas propres à son climat , mais encore pour celles dont le prix nécessaire est surtout composé de main-d'œuvre; tandis qu'elle peut vendre meilleur marché que toute autre nation les marchandises dont le prix est surtout composé de rentes de capitaux et de profits d'entrepreneur.
Vous voyez qu'il n'y a qu'un très-petit nombre I- 28
de marchandises , comparativement à la production totale y dont le prix i\écessaire est élevé par la hausse naturelle du salaire , dont une nation qui s^enrichit est forcée d'abandonner la production aux nations pauvres ou stationnaires. Cependant les sectateurs du système mercantile n'ont pas manqué d'accuser cette hausse d'être funeste à la richesse de l'État, en ce qu'elle entraînait une hausse dans le prix de toutes les marchandises d'exportation , laquelle nuit à la préférence qu'on veut obtenir dans les marchés de l'étranger. Mais en supposant même que la hausse naturelle du salaire pût produire cet effet , quelle richesse que celle qui consiste à tenir misérable la classe la plus nombreuse dans l'État , afin d'approvisionner à. meilleur marché des étrangers qui profitent des privations que nous nous sommes imposées ! Les ouvriers qui vivent du salaire de leur industrie, composent la très-majeure partie de toute société politique. Or, peut-on jamais regarder comme un désavantage pour le tout , ce qui améliore le sort de la plus grande partie? Une société ne peut sûrement être réputée dans la prospérité quand la très -majeure partie de ses membres sont pauvres et misérables. La seule équité d'ailleurs exige que ceux qui nourrissent, habillent et logent toute la nation, aient dans le produit de leur travail une part suffisante pour être eux-mêmes passablement nourris, vêtus et logés.
ISfous venons de voir que la hausse naturelle des salaires ne tend que faiblement à élever le prix nécessaire des marchandises; il en est tout autrement