‹ Cours d'économie politique;Chapitre 145 sur 173 · V. IV, CHAP. V · texte numérisé non relu

V. IV, CHAP. V

qu'un entrepreneur soit placé , son marché s'étend à tout consommateur qui offre un prix égal au prix nécessaire de la marchandise rendue chez lui. Or, comme c'est tou j ours sur le plus bas dç tous les prix nécessaires qui se font concurrence, que le consommateur établit sa demande et fixe son prix , il s'ensuit qu'un entrepreneur qui ne peut pas fournir sa marchandise au prix nécessaire le plus bas d'un marché quelconque, se trouve par cela même exclu de la concurrence pour ce marché. Le niarché de l'horloger genevois, par exemple, s'étend jusqu'au Pérou, jusqu'à l'Indostan, jusqu'à la Chine, parce que le prix nécessaire de ses montres, lorsmême qu'elles sont parvenues dans ces pays éloignés, est encore le plus bas de tous les prix nécessaires de montres qui peuvent rivaliser avec les siennes. Les montres fabriquées à Paris et à Londres, ayant à égal degré de bonté un prix nécessaire plus élevé, elles se trouvent par-là même exclues du marché de ces pay$.

Il s'ensuit de même que, si le prix nécessaire le plus bas d'une marchandise rendue à un marché excède les moyeas ou les facultés d'une partie des demandeurs, ces demandeurs sont, pour cela seul, exclus de la concurrence. Supposons que le prix nécessaire le plus bas auquel un endroit puisse être fourni de contres, soit de 5o roubles. Bien que tous les habitans d^ cet endroit puissent désirer de posséder des montres, tous n'ont pas les moyens de se les procurer ou. d'en payer le prix nécessaire. Et remap* quez qu'il ne suffit pas, pour être demandeur de cette marchandise , de posséder 5o roubles : il faut avoir

5o roubles au delà de la somme qu'on juge devoir employer à d'autres besoins plus urgens. Vous sentez qu'il y a pour éette raison une partie des habitans à qui la possibilité d'avoir des montres est interdite. Cette partie est d'autant plus grande que la société est moins riche. Elle ne se présente pas pour acheter, et l'autre partie d^ la société forme seule la classe des demandeurs de montres.

Comme la richesse des particuliers monte par degrés insensibles des plus pauvres aux plus riches, si le prix nécessaire des montres baisse, il se trouve s^ la portée de quelques personnes de plus; et s'il hausse, il se trouve à la portée de quelques personnes de moins. Qu'aune circonstance heureuse, un mécanisme ingénieux dans leur fabrication^ ou une plus grande facilité du transport réduise leur prix nécessaire à 4o roubles, la classe des demandeurs augmentera de tous ceux qui pouvaient y mettre de 4o à 5o roubles, sans pouvoir atteindre à cette dernière somme. Qu'une circonstance contraire, iine hausse dans le taux des salaires, par exemple , élève le prix nécessaire des montres à 6ô roubles, la classe des demandeurs diminuera de tous ceux qui pouvaient y mettre de 5o à 60 roubles et non davantage (a).

Or ce qui se passe à l'égard des montres , a lieu dans tous les cas oh il y a vente et achat : c'est tou^ jours le même effet, plus ou moins modifié par des circonstances accessoires. Par exemple, la denrée

^eut ne pas former un tout indivisible. Si c'est du

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(«) J>B. Say : Traité ^ etc., i" édit., liv. III', chap. 3.

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