LIV. IV, CHAP. V
café, le consommateur qui en trouve I^ prix trop élevé, peut n'être pas forcé à renoncer entièrement uux douceurs de cette boisson; l'augmentation du prix nécessaire sera cause qu'il n'en prendra qu'une partie de sai provision accoutumée; il se privera quelques jours de la semaine du plaisir d'en boire, ou bien il y mêlera quelque ingrédient moins cher, comme de la chicorée. Plus une marchandise peut être facilement suppléée par une autre, plus aussi sa demande diminue lorsque son prix ^nécessaire s'élève ou lorsque l'aisance des demandeurs décline.
Une conséquence de ces axiomes, c'est qu'il est de l'intérêt de tous les entrepreneurs de chercher à diminuer le prix nécessaire de leurs marchandises, afin d'étendre leur marché. Or le prix nécessaire diminue, ou par une plus grande division du travail, ou par un mécanisme plus parfait dans la production, ou enfin par une direction mieux entendue de l'ensemble et une économie plus sévère de la part de l'entrepreneur : dans tous ces cas il trouvera, en plus grand nombre et à une plus grande distance de chez lui, des consommateurs poiir lesquels son prix nécessaire sera le plus bas de tous , et qui deviendront par conséquent ses acheteurs. Mais l'administration peut aussi contribuer beaucoup à étendre le marché, lorsqu'elle rend les communications faciles , soit en supprimant toutes les entraves- qui ne les arrêtent que trop souvent, soit en rendant les routes sûres et commodes, et en •ouvrantdenouveaux canaux à lanavigation. Carmoins le prix nécessaire de la marchandise sera augmenté par des frais de transport , plusla marchandise pourra
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convenir à des consommateurs éloignés; et comme l'étendue du marché est une des circonstances qui limitent la division du travail, plus le marché s'étend, plus la marchandise pourra être produite à meilleur marché ; de sorte que l'efTet devient cause à son tour*
Le marché d'un produit peut encore s'étendre, son prix nécessaire restant le même : c'est le cas toutes les fois que l'opulence des consommateurs augmente. A mesure que l'aisance se répand parmi. les classes inférieures de la société^ un plus grand nombre de personnes peuvent se ranger parnu les daanandeurs. Or, comme chaque pays a pour consommateurs de ses produits, non-seulement ses propres habitans, maâs encore ceux des pays étrangers . dont le commerce ne lui est pas interdit, il s'ensuit que chaque nation, loin d'envier la richesse des autres, doit au contraire désirer de voir leur opulence augmenter, et y contribuer pour son propre avantage. C'est donc une politique bien fausse et bien fuJaeste aux pays qui la suivent , que celle de chercher l'accroissement de sa richesse dans la ruine des autres : cependant quel est le cabinet de l'Europe qui n^ soit pas dominé plus ou moins par une pareille politique?
La consommation de chaque denrée ressemble à une pyramide dont la largeur réprésente l'étendue de la demande, et dont la hauteur représente le prix nécessaire de la denrée. Plus ce prix s'élève, et moindre est sa largeur, c'est-à-dire la demande. U arrive quelquefois que le prix nécessaire de certaines marchandises s'élève au-dessus du ^sommet de la pyramide, c'est-à-dire à une hauteur où il n'y a plus de