‹ Cours d'économie politique;Chapitre 15 sur 173 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Valeur directe et indirecte. — - Valeur échangeable.

Lorsque Ijes échanges sont introduits , les choses, utiles ou les valeurs que nous possédons , peuvent nous servir de deux manières : d'abord directement^ quand nous les employons à notre propre usage ; et ensuite indirectement ^ quand nous les employons, à

(a) La plupart des auteurs économiques bornent la notion de Toffre et de la demande aux quantités offertes et demandées : on voit combien cette notion est insuffisante , pui$r qu*elle exclut la concurrence y circonstance dont l'effet n'est pas moins décisif pour le taux du prix courant qu^ celui de^ quaolités.

les échanger contre d'autres valeurs. Ainsi dès lors l'utilité des choses est ou directe ou indirecte, et leur valeur de même. , ,

Une chose obt;ient une valeur directe aux yeux de son possesseur , quand il la destine à son propre usage ou à sa consommation. C'est cette espèce de valeur que nous avons considérée jusqu'ici.

Une chose obtient une valeur indirecte ^ aux yeux de son possesseur, lorsqu'il la destine à l'échange. Cette espèce de valeur est toujours proportionnée à la valeur directe que le possesseur reconnaît dans les choses qu'il peut se procurer par l'échange. Un chasseur a tué plus de gibier qu'il n'en peut consommer avant qu'il se gâte : s'il n'y avait pas moyen d'échanger ce superflu, il le jetterait comme inutile, c'està-dire il n'y reconnaîtrait aucune valeur. Mais un autre chasseur a fabriqué plus de flèches qu'il ne lui en faut, et il offre de' les troquer contre du gibier , dès lors le premier attribue une valeur indirecte à son gibier superflu, et cette valeur se mesure sur la valeur directe qu'il attribue aux flèches.

Les choses qui peuvent s'échanger les unes contre les autres, ont une valeur échangeable. Cette valeur, comme vous le sentez bien, ne dépend point de l'opinion de l'offrant, mais de celle du demandeur. Un libraire, par exemple, aurait beau offrir ses livres dans un village où personne ne sait lire : ils n'y auraient point de valeur échangeable , parce qu'ils ne seraient demandés par personne.

Âinsj^est la demande qui donne cette valeur aux choyés ; et pour qu'elles soient demandées , il faut

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qu'il y ait des personnes qui y reconnaissent une valeur directe : car qui voudrait faire l'acquisitioii ' d'une chose inutile? S'il arrive qu'une chose est demandée par des personnes qui lieiui attribuent point de valeur directe, c'est que ces personnes sont desb . demandeurs intermédiaires , des jnàYchands^ qui ne ia demandent pas pour eux-mé'mes, mais pour d'autres personnes dont ils savent qu^eUés attFÎbuentmne valeur directe à la chose. Â.insi un homme qui ne.$âîit pas lire, achètera peut-être des livrée; mais ce sera ' pour les revendre.

Tout ceci, Messeigneurs , vous prouve que la valeur directe peut bien exister sans la valeur échân- ' geable, mais que celle-ci suppose nécessairement la première. II s'ensuit que la valeur échangeable d'une chose ne s'étend jamais au delà de sa valeur directe, ui pour rintensité ni pour la durée. Aussitôt que les consommateurs d'une chose cessent d'y reconnaître une utilité directe , la demande cesse , et avecf elle la valeur échangeable qu'elle avait donnée à la chose.

Nous avons vu dans le chapitre précédent , qu'il n'y a que les choses matérielles et le travail humain qui sont susceptibles d'être échangés : ainsi ces objets sont les seuls qui puissent avoir une valeur éch^-r geable et devenir marchandises.

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