LIV. IV, CIÏAP. VII
ignoriez combieh cette (^uatitilë d'argent pouvait alors acheter d'autres marchandises? Aucune.
Vous apprenez que le denier de Charlemagnè contenait la même quantité d'argent fin qui est contenue au* jourd'hui dans 35 centimes de France ou dans S.copeks de notre monnaie. Cette donnée vous fait trouver le prix numérique du setier de froment : vous savez qu'il se vendait 4 francs t20 centimes , ou bien io5 copekë.
Mais au temps de Charlemagnè TAmérique n'était pas ehcore découverte, et l'irruption de richesses métalliques du Nouveau-Monde n'avait pas encore déprécié la valeur de l'argent. Sa puissance d'ëchetek* était environ quatre fois plus gt^nde qu^elle hé l'est aujou^d'hui (ô). Ainsi, pour fh)ûVer \e prix réèlâii blé au temps de Charlemagnë, il faut multiplier par quatre le priît ttumérlquè. Vous Voyez que le sacrifice effectif que faisait alofs l'acheteur d'un setier de froment était égal 'à celui qù'oh ferait aujôurd^iui en le payant i6 francs Su cetitimes, du bich 4 t'oùblés î6 copeks.
Les voyageurs rappoMent qu'au Bengale la jou'pné^ du travail le plus commtai se paie ordinairement avec la huitième partie d'une roupie. Pour trouver le prix numérique de ce salait^, il fout savoir qu'une roupie contient autant d^argerit fih qUe rénfernieht 6o copeks de notre monnaie: ainsi ce pt'lx, éVafûé en ^monnaie de Russie , sera de 7 copekë tt ■^. Ce taux paraît excessivement bon marché, quand on le
(a) Ce fait, que j'avance ici sans preuves, sera constaté dans la suite.
468 PREIfflèRE PARTIE.
compare au salaire que reçoivent les journaliers en Russie; mais au Bengale l'argent vaut au moins dix fois plus qu'en Russie, comparé à la nourriture et aux autres objets nécessaires à l'existence de l'homme : ain$i, pour trouver Xeprix réel du salaire au Bengale, comparativement à ce qu'il est chez nous, il faut le multiplier par dix , et alors il nous paraîtra bien plus considérable.
Ce n'est pas seulement aux théoriciens qu'il importe de distinguer le prix réel d'avec le prix numérique ; cette distinction est encore d'une grande utilité dans plusieurs affaires de la vie. Le même prix réel est toujours de même valeur; maïs le même prix numérique exprime souvent des valeurs fort différentes. Ainsi, par exemple, quand une propriété foncière est aliénée sous la réserve d'une rente perjlétuelle, il est important pour la famille au profit de laquelle la rente est réservée, que cette rente ne soit pas stipulée en une somme d'argent fixe. Sa valeur, dans ce cas, serait sujette à éprouver deux espèces de variations : i^ celles qui proviennent de l'altération des monnaies, et !à^ celles qui proviennent des variations dans la valeur de Pargent. Je vou$ ai déjà dit que la plupart des gouvememens ont cru de leur intérêt de diminuer la valeur intrinsèque de leurs monnaies; mais on ne trouve guère qu'ils se soient imaginé avoir quelque intérêt à l'augmenter : ainsi les variations de cette espècç tendent presque toujours à diminuer la valeur d'une rente en argent.' Si , pour éviter cette perte, on stipulait la rente payable, non en un certain nombre de pièces de monnaie, mais en