LIY. IV, CHAP,. VIII
forte que la culture de ses terres (a). Un rapport fait à ce sujet en 1796 au parlement prouve <jue, dans une année abondante, la récolte du blé donnait un excédant sur la consommation; mais que la moyenne des importations des douze dernières années annonçait un déficit annuel de 2a5,ooo qua^-^ ters (a). Or il est clair qu'à l'époque où un pays achète des blés,, leur prix réel doit y être plus haut qu'à l'époque où il en vend.
\ Le prix du blé doit baisser quand lés frais de sa production diminuent, et ces frais peuvent diminuer quand la nourriture devient moins coûteuse. Dans plusieurs pays de l'Europe, la substitution des ponxme»
(a) La popakiioB de l'Angleterre seule était éraluée en 1700 à 5 millions et ^, en 1760 à 6 millions et ^, en 1780 à 8 millions, et en 1812 à 9,534)685 individus. Ce dernier nombre comprend 2,013,127 familles, dont 708,017 sont principalement employées à l'agriculture; 923,798 appartiennent à la classe commerçante et manufacturière. Les autres font partie du clergé et des employés de l'état, bu appar* tiennent aux profeâsions libérales, ou vivent de leurs rentes. (Nemnich, Neueste Reise durch Englandy p. 3. D'Ivernois, Napoléon administrateur et financier ^ p. 3o3.)
Il n'y a donc en Angleterre que le tiers environ de la population oceupé à l'agriculture, tandis que dans les autres pays agricoles c'est au moins la moitié, Makhus prétend même que le nombre des cultivateurs en Angleterre fait a peine le cinquième de la population , et il cite les derniers recensemens en témoignage de cette assertion. ( An Essay on the principe of population ^ 3" édition, Londres, 1806, livre III, chap. 7.)
{a) Baert, Tableau de la Grande-Bretagne y t. III, p. 483.
48o PREMIÈRE PARTIE.
de terre au blé a réduit considérablement les besoins du journalier. En Italie, la farine de blé de Turquie et celle de châtaignes, qui coûtent la moitié moins que celle de froment, excluent presque absolument cette dernière de la nourriture de l'homme de travail (a).
Enfin les mesures administratives des gouvernemens ne contribuent pas peu à rendre le prix des blés plus variable encore qu'il ne l'est déjà par la nature des choses» Il n'y a peut-être pas de denrée qui.soit plus l'objet de la prétendue sollicitude des administrateurs , . et dont par conséquent la vente et l'achat soient soumis à plus de règlemens et souffrent plus d'entraves. Tantôt l'exportation des grains est défendue sous des peines sévères, tantôt elle est encouragée par des primes et des récompenses; il en est de même de leur importation. Tel gouvernement maintient les jachères et les terres communales, tel autre s'efforce de les abolir. Toutes ces mesures, jointes à la grandeur et au mode des impositions dont te cultivateur est charge, influent sensiblement sur le prix des blés, et le font varier suivant le système d'administration que suit le gouvernement.
Au reste, quand il s'agit de comparer les prix moyens d'une espèce de blés dans des périodes dif-: férentes , si l'on veut obtenir des résuhats sûrs, il ne faut comparer que ceux d'un même endroit; car la différence du terroir, du climat, et plusieurs autres circonstances font encore varier le prix de la même
(a) Sismondi: De la Richesse commerciale ^ t. X, p. 3a6.
Ltv. ly, CHA.P. viîi. 481
espèce de blés d'une contrée à l'autre. Le froment €[ui croît en Finlande doit être nécessairement plus cher que cehii qui vient dans les plaines de la Lom-? bardie. Le riz qu'on cultire au Bengale, où le so| donne trois à quatre récoltes, doit être nécessairemei^ meilleur marché que celui de l'Amérique septentrion nale, où le sol n'en donne qu'une. Ces différences ne se font pas seulement sentir d'un hémisphère à l'autre^ mais souvent même d'un pays ou d'un canjtôn 4 Tautt'e^ En France le prix moyen de t'hectôHtre de blé-froment variait, au mois de nivôse an XIII ^ sùi'vant les départemens, de 10 â:. i4 cent, à 38: fr. 99 cent. , ou comme de i à a-~ (a). En Biissie cette différence est encore bien plus frappante;, à cau&ç lie la grande étendue de cet empire et de l'extrirme variété des climats : aussi le prix moyen du seigle/y ¥ariaitril daps les quatre derniers mc^ de l'année j8o49 suivant les gouverriem^is, de t roub.i9â eop. assign. à la r. 5o c, ou comme de i à 6-^V (^)- 8ans doute ces différences doivent être mises en paritie sur le compte des inégalités dans les recoins de chaque province; mais souvent aussi eUe^ isont. permanentes, c'est-à-dire que le blé est constamment plus cher ou meilleur marché dans telle provinoef que dans telle autre. . ;*
. D'autres: circonstances loca^^es contribuent 4|ue)quefois à augmenter cette différence. Dans un piays
{a) Peuchet, Statistique de la France ^ page 459- •
. {b) Qin<ienib !^iiHncmpa BHyrapeHHWxb "/3[BAb sa 180/1 r. Ta6ji. III.
•48a PREMIERS PARTIE.
fertile, mais qui manque de débouchés pour le su« perflu de ses productions, le blé aura peu de valeur, comparativement à un autre pays qui n'en produit pas assez pour la consommation de ses habitans, ou qui en exporte une partie. Dans la contrée extrêmement fertife de Krasnoyarsk en Sibérie, où.le défaut de communications empêche le transport des blés, la farine de seigle s'achetait, en 177a, à 3 copeks le poud, et celle de froment à 5, tandis qu'à Tobolsk la première se payait ri cop. et ^ 9 et la secondé a 3 (a). Les gouvernemens de Kief et de Tambof doivent être comptés parmi ceux qui produisent un superflu de blés dont ils approvisionnent les autres provinces moins fertiles; les gouvernemens d'Astracan, de Moscou et de Saint-Pétersbourg, au contraire, qui sont moins fertiles et qui renferment de grandes villes, en importent annuellement une quantité considérable. Les prix des blés y sont en conséquence. Dans les années 1797 à i8o3, le prix moyen du seigle était à Kief a3 cop., à Tambof 37, à Astracan 46, à Moscou 6a, et à Saint-Pétersbourg 90 copeks assignats. Ces différences sont réelles et non nominales.
Après avoir considéré le prix du blé par rapport aux variations dont il est susceptible, voyons maintenant dans quelle proportion il se trouve avec le prix des autres produits agricoles.
Sauf quelques exceptions dont il s'agira tout à
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(a)Palla8, Reisè durch Russland, tom. III » pàg. 5. Falk, Beytrage wr Kenntniss des russ. Ketchs y tom. I, pag. 276.
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l'heure, on peut admettre comme une règle générale que le- genre de culture (}ui est le plus commun par tout un pays, est encore celui,qui donne les plus forts ^ profits; car si un genre de culture devenait plus avantageux que celui-là, on y consacrerait indubitablement une partie des terres actuellement destinées à la culture la plus commune. S'il en est ainsi, il s'ensuit que le prix de la nourriture la plus commune règle le prix de toutes les autres denrées, et que la rente de la terre qui produit cette nourriture règle la rente de toutes les autres terres cultivées.
En Europe, c'est le bl^ qui est la nourriture la plus générale. Ainsi on peut raisonnablement supposer que c'est aussi ta culture qui donné les plus grands bénéfices, et conséquemment celle qui donne la rente foncière la plus forte. La Russie n'est donc pas dans le cas d'envier à la France ses vignobles, ni à lltalie ses plantations d'oliviers. À l'exception de quelques vignobles qui donnent des produits uniques, et dont l'étendue est trop petite pour satisfaire la demande, le rapport de ces sortes de cultures se règle sur le rapport du.blé; or, en blé, la fertilité <Je la Russie n'est pas inférieure à celle de ces deux pays.
Le défaut de données sur le rapport de nos terres ne me permet pas de rendre cette comparaison plus exacte; bornons-nous donc à comparer le produit territorial de l'Angleterre, qui est un pays à blé, au , produit territorial de la France, dont le sol fournit encore, outre le blé , des fruits, des vins et de l'huile d'olive.
Arthur Young, après avoir parcouru l'Angleterre
484 PRBMlàRE PAIITIB.
la piiume à la Boain, et avoir pris Tétat de â5o fermes, contenant plu8*de 70,000 acres^ donne le calcul suivant sur le produit agricole de ce pays : en suppo-» sant le produit brut de l'Angleterre à ao, il estime que 12 seront les frais de culture, 3 le montant des impositions , et 5 la. rente du propriétaire, déduction faite de l'impôt (a). Il donne pour terme moyen du produit brut 4^ shillings 4 pences par acre.
Lavoisier estime que les frais de culture en France ( et il s'agit ici des frais moyens de toutes les cultur^^ qui y sont en uSage), font un peu plus de la moitié du produit total, et que le surplus est partagé en portions égales entre le trésor public et les propriétaires» En nous tenant aussi près que possible de cette évaluation, et en divisant le produit brut de la France pareillement en no parties^ nous pouvons dpnc ad-^ miettrè que les frais de culture ^n prélevait i f , le$
{a) yoîci le détail de son évaluation.
Il compte pour le prix du travail et Tusé de Tôuvrier. 4, 7 Potxr les semetiees, l'entretien des bestiaux et des ins-
tmmens de ragrioukure. ../...-....... a, 8
Pour le profit dji fermier. 4, .5
£n tout pouï les Irais de calture ;.:... iti^, o
Pour la dime. . . ; i,'"7
Pour' rittipôt territorial o,5
Pour la taxe des pauvres. .......,......* 0,8
En tout pour les impositions . 3, o
Reste pour la rente du propriétaire. ......... 5, o
Total 20y o