LIV. IVj CHAP. VIIX
La facilité avec laquelle le bananier renaît' de ses racines lui donne un avantage extraordinaire sur les arbres fruitiers, même sur l'arbre à pain, qui, pen« dant huit mois de Tannée, est chargé de fruits farineux. Lorsque des peuplades se font la guerre, et qu'elles détruisent les arbres, ce malheur se fait sentir pendant long - temps. Une plantation de bananes se renouvelle par des drageons dans l'espace de peu de mois.
La même région qui fournit le bananier produit aussi la juca , cette plante précieuse dont la racine offre la farine de manioc. Le fruit vert du bananier se mange cuit ou rôti, comme le fruit de l'arbre à pain, ou comme les pommes de terre. La farine du manioc et celle du maïs sont converties en pain. Il existe deux espèces de la juca, l'une douce, l'autre amère; cette dernière est vénéneuse. Les deux peuvent servir à faire du pain ; cependant on n'emploie généralement à cet usage que la racine de la Juca amère , dont le suc vénéneux e$t séparé soigneusement, avant de faire le pain de manioc , appelé cassa^^e. La culture du manioc nécessite plus de soins que celle des bananiers; elle ressemble à celle des pommes de terre. Un peuple qui sait planter la juca a déjà fait un certain pas vers la civilisation.
Le maïs ovible turc est une plante américaine , que le nouveau continent a donné à l'ancien , comme les pommes de terre. Il présente le grand avantage de pouvoir être cultivé sous les tropiques depuis le niveau de l'océan jusqu'à des élévations qui égalent
cèîles des plâs hautes cimes des Pyrénées. H jouit de cette flexibilité d'organisation extraordinaire qui caractérise les grsimiilées : il la possède même dans ua plus haut degré que les céréales de Pancien conti* nént, qui souffrent sous un ciel brûlant, tandis que le maïs végète vigoureusement dans les pays ies plus chauds.
La fécondité du maïs , dans ces contrées^ est wa delà de tout ce qu'on peut imaginer en Europe. Dasis les contrées les plus fertiles du Mexique, sa culture ^end jusqu'à 8oo fois la semence; des terrains moiais fevorisés en donnent, anilée commune, 3 à 4oi>« Dans les environs de Yalladolld, on regarde comme mauvaise une récolte qui ne donne que iSo oa 'i5o fois la sèinètïce. là bh. le sol est le plus stérile.,' on compte encore 60 ou 80 grains. Cep«idant le maïs est moins nourrissant que le bté d'Europe. MaU gré cette extrême fertilité du Mexique, ie peuple y souffre, périodiquement des sukes f une^es d'uneHfamiiie générale : les grandes sécheresses et ies gelées piiêcôces y font souvetit manquer les récoltes du blé et dû maïs dans les régions montueuses.
XJuoiqcte l'on cultive au Mexique une grande quan* tîté de Wé, le mstïs doit îetre regardé ^cohime la .nourriture principale du peuple : ainsi, c'est apparemment cette plante qui y règle la refite des terres. Aussi M. de Humboldt dit-il que le prix du maïs modifie celui de toutes les autres denrées, dont il est en quelque manière lia mesure naturelle. Le maïs ^est encore la principale nourriture de la plupart des ani-