CHAPITRE VIII
Mesure commune des valeurs échangeables.
Nous avons vu au commencement du chapitre précédent, que <ians l'échange de deux marchandises, chacune d'elles sert de mesure de valeur à l'autre. En supposant, comme nous y avons fait, que dans le commerce de Kiakhta une archine de drap soit échangée contre quatre livres de thé, il est clair que le drap est la mesure de la valeur échangeable du thé, et
salaire des travaux propres à le créer, augmentent ; et comme ce salaire compose en partie les frais de cette production, il est également vrai que le prix est monté par la demande , et que le prix est toujours égal aux frais de production.
Ainsi en supposant que la population et la richesse de la France vinssent à s'accroître, la France pourrait porter la consommation de sucre qu'elle fait, de looà 1 dominions de livres. La quantité offerte resterait pour un moment inférieure à la quantité demandée; le prix monterait conséquemment; et les producteurs de sucre pourraient dès lors en faire venir de plus loin et en tirer de quelques endroits où sa culture est plus dispendieuse ; les salaires et les profits des anciens producteurs seraient plus forts ; une demande plus grande aurait porté le prix de cette denvée d'un franc à un franc vingt cen<timcs peut-être ; et ce prix ne serait encore que le remboursement des frais de production.
Dans la supposition contraire, si la culture d'une canne plus abondante en sucre, celle d'Otaïti, par exemple, se répandait partout où Ton peut cultiver cette plante; on obtiendrait
8a INTRODUCTION
que le thé est la mesure de la valeur du drap. Si le prix de chacune de ces marchandises relativement à l'autre était le même pour tout le marché de Kiakhtà, les commerçans de, cet endroit ;tie pourraient-ils pas dire indifféremment qu'une archine de drap vaut quatre livres de thé, et qu'un poud de thé vaut dix archines de drap ?
Sans dou|e ; mais dans une société commerçante il
peut-être , sans faire plus d'avances y un quart plus de sucre ; Toffre du sucre augmenterait ; son prix baisserait à quatrevingts centimes, et ce prix, causé par Texcès de l'offre, serait encore l'eipression d€s frais je production.
Les prix ne sont pas seulement déterminés par le rapport qui existe entre l'offre et la demande : ils sont Texpression même de ce rapport. Mais la preuve de cette proposition exigerait des développemens qu'il m'est impossible de donner ici.
Quant au monopole , il ne fait que varier les données , mais ne change rien à la théorie. Régardez la quantité d une marchandise que le monopoleur met en vente , comme la quantité que lUin peut obtenir par la production , et les p'rtifits qu'il fait, comme étant des frais de production indispensables , et vous aurez, aussi bien que dans les exemple^ précédons, un prix qui sera tout à la fois le résultat du rapport entre la demande et l'offre , et l'expression des frais de production.
J'avoue que je n'ai pu comprendre ce que l'auteur a vottlu dire dans son dernier alinéa. Il n'y a nul besoin de stipuler ie prix des choses qui se prêtent, et nul débat à ce sujet ne peut s'établir entre le prêteui: et l'emprunteur. Il fout que l'on rende la chose prêtée, et non qu'on la paie. Je me fais d'autant moins de scrupule de faire remarquer cette obscurité, que dans l'estimable ouvrage de M. Storchy ce défaut est fort rare. Il est mêlne étonnant qu'on auteur manie avec antant de facilité une langue qui n'est pas la sienne. J.-B. S.
y a un grand nombre de marchandises, et il importe aux Gommerçans d'évsduer le prix de chaque marchandise, non-seulement par rapport à telle autre marchandise, mais par rapport à toutes les autres marchandises. Le marchand russe de Kiakhta, par exemple , est intéressé à savoir, non-seulement combien une arphine de son drap vaut de thé , mais encore combien elle vaut de porcelaine, de rhubarbe, d'encre chinoise, de papier, denangkin, etc. ; ie marchand chinois est dans le même cas. Si lé premier n'a jamais troqué son drap contre ces marchandises, il ne peut parvenir à connaître leur prix relativement au drap, que par le prix d'autres marchandises qui ont été échangées, non-seulement contre ces marchandises, mais aussi contre du drap. Mettons qu'une archine de drap s'échange ordinairement contre quinze livres de cuivre, et que cette quantité de cuivre puisse s'échanger contre une pièce de nangkin : le prix du cuivre relativement à ces deux marchandises présenterait alors un terme de comparaison pour les évaluer entre elles, et il s'ensuivrait qu'une archine de drap pourrait s'échanger où qu'elle vaudrait une pièce de nangkin.
Vous voyez que ce procédé exige autant de termes de comparaison qu'il y a de marchandises en circulation, et que, si quelqu'une de ces marchandises n'étkit pas échangée contre deux autres marchandises, mais seulement contre une seule, elle ne pourrait point servir de terme de comparaison.
Ces difficultés d'évaluer le prix des marchandises, ont fgit sentir à toutes les nations commerçantes la
nécessité d'un terme commun de comparaison pour toutes les valeurs, comme il faut, pour réduire les fractions, un dénominateur commun, sans lequel on ne pourrait s'entendre. Ce terme commun de comparaison peut être purement idéal ^ et il l'est effectivement chez quelques peuples peu civilisés. On raconte que les nègres MandigoSy qui font le commerce de la poudre d'or avec les marchands arabes, ont imaginé un pareil moyen pour évaluer les denrées qu'ils échangent : ils les rapportent toutes à une échelleiictive, dont les parties s'appellent macules. Ils disent par exemple : telle marchandise vaut 3 macutes ; telle autre vaut 5 macutes; telle autre en vaut lo. £t cependant, ces macutes ne peuvent ni se voir, ni se toucher : c'est un mot entièrement abstrait et qui ne désigne aucun objet sensible. Ce n'est ni une monnaie, ni un signe représentatif de la monnaie, car on n'échange pas sa marchandise contre deux, trois, . quatre macutes , mais contre une autre marchandise valant le même nombre de macutes. Qu'est-ce donc ? C'est un terme commun de comparaison pour tous les prix ; mais un terme idéal (a).
{a) II ne faut poîut confondre ces macutes avec les monnaies fictives des peuple^ de l'Europe. Ces dernières, ' à la vérité , n'existent pas comme pièces de monnaie, mais elles existent dans les petites espèces dont elles se, composent, tandis qi^e les macutes n'existent nulle part. Le rouble , avant le règne de Pierre-le-Grand , était une monnaie fictive ; mais les copèks dont il se composait, étaient une monnaie réelle. Ainsi te rouble de ce temps-là n'était point un terme de comparaison imaginaire, comme les macutes; c'était un certtdn nombre de
GÉIf^RALE. • 85
Qfuoiqu'il soit possible d'évaluer les prix de cette manière, toutes les nations civilisées ont cependant préféré d'adopter pour cet effet une chose réelle, une marchandise. Cette méthode a l'avantage de présen-i ter, non-seulement un terme commun de comparaison, mais encore une mesure de valeur, puisque la marchandise a elle-même de la valeur. Le choix n'était pas difficile. Comme c'est une qualité indispensable dans tout objet qui doit servir de mesure, d'être invariable autant qu'il est possible, tout le monde devait naturellement s^accorder à choisir la marchandise dont le prix, relativement à toutes les autres marchandises, était le plus constant et le plus, uniforme dans tous les pays : or cette marchandise, c'est r^jr ou V argent. Le prix de ces métaux n'est à la vérité ni tout-à-fait invariable, ni tout-à-fait uniforme ; mais conhne il n'existe pas d'autre marchandise dont le prix varie moins, soit d'un temps à l'autre, soit d'un pays à l'autre, ils sont toujours encore la mesure la moins imparfaite qu'on puisse trouver sur la terre.
copeks qu'on exprimait par ce nom. Au lieu de dire cent capeksy on disait un rouble. Il en est de même des livres tournois, de» livres sterling , des piastres d'Espagne , et en général de toutes les monnaies fictives.