CHAPITRE X
Classification des valeurs : Biens externes ; Richesse. — Biens
internes; Civilisation.
Jusqu'ici, Messeigneurs, nous avons employé le terme général de valeurs ou de biens pour désigner
'■ ■ ■ I ■ ■ Il i< I I >iwyy^ III I I 1^1 ■! >i I m
(a) J'ai rassemblé en dix tableaux toutes les données nécessaires à la connaissance du numéraire de Russie, et j'y renvoie le lecteur une fois pour toutes. Ils se trouvent à la fin du dernier volume, qui contient les Notes appartenant à cet ouvrage.
G£niR4.L£. 91
les choses dans lesquelles Topinion reconnaît une utilité : il est temps d'examiner la nature de ces choses, et de les classer suivant les caractères qui les distinguent.
La distinction la plus frappante qui se présente d'abord , e'iest qu'il y a des valeurs qui sont susceptibles d'appropriation , et qu'il y en a qui ne le sont point. Les premières seules sont l'objet de l'économie politique car l'analyse des autres ne fournirait aucun résultat qui fût digne de l'attention de l'homme d'état.
Parmi les valeurs qni peuvent entrer dans notre possession, les unes sont matérielles et se composent de choses hors de nous ; les autres sont immatérielles ^ c'est-à-dire elles ne tombent point sous les sens; celles-ci forment notre propriété morale et font partie de notre être. On peut distinguer ces deux classes de valeurs- pat* les noms de biens externes et de BIENS internes; les premières sont communément appelées richesses; les autres n'ont point de dénomination particulière.
Ainsi le terme de richesses comprend tous les produits matériels de la nature et du travail que nous pouvons nous approprier et dans lesquels l'opinion reconnaît une utilité. On peut les diviser en richesses nourrissantes y vêtissantes j logeantes ^ meublantes; une espèce particulière se constitue des moyens de production^ tels que les fonds de terre, les bâtimens de ferme, les usines, les ateliers, les magasins, les moyens de transport, les instrumens de métier, etc.
Chacune de ces espèces comprend des richesses brutes et des richesses préparées à différens degrés
ga INTRODUCTION
d'avancerœnt. Ainsi les grains , la farine, le pain, sont également des richesses nourrissantes ; la laine qui couvre les brebis, la laine peignée et cardée, le fil de laine, le fil teint, le drap et les habits appartiennent également à l'espèce des richesses vêtissantes , etc. Les richesses brutes sont quelquefois des produits spontanés de la nature; mais les, richesses préparées doivent toujours leur origine au travail aidé par la nature. Le bois sauvage et celui que l'homme a planté et soigné, sont tous les deux des richesses, quoique le premier soit un produit spontané de la [nature , et le second un produit du travail aidé par la nature. Mais pour préparer le bois à l'usage de l'homme, pour en faire par exemple des meubles, il faut nécessairement du i travail.
Sous le riom de biens internes nous comprenons tous les produits immatériels de la nature et du travail, dans lesquels l'opinion reconnaît une utilité, et qui peuvent former la propriété morale de l'homme. On peut en distinguer autant d'espèces qu'il y a de facultés humaines ; ainsi nous rangerons sous la cathégorie des biens physiques ^ la santé, la vigueur, la dextérité, les arts mécaniques, etc.; sous celle des biens intellectuels^ la raison, les lumières, le g^oût, les sciences, les arts libéraux, etc.; enfin sous celle Aes biens moraux ^ la sociabilité, les sentimens moraux et religieux, la liberté, la propriété, etc. Tous les biens internes indistinctement peuvent servir comme moyens de production.
Chacune.de ces espèces comprend également des biens dus 'à la nature seule, et d'autres qui sont le
résultat du travail aidé par la nature. Les facilités naturelles sont le produit spontané de la nature ; les facultés acquises sont celui de la nature et du travail. ^
Vous voyez que si la source de la valeur est dans ropimoriy celle des cAojej auxquelles nous attribuons de la valeur, se trouve dans la nature et dans le trui^ail. Ces deux puissances étant d'une utilité si éminente, ont elles-mêmes de la valeur; mais puisqu'elles agissent comme causes dans la production des valeur^, 1 économie politique aussi ne les considère que sous ce rapport, et conséquemment elle ne les range ni parmi les richesses ni parmi les biens internes.
Les choses matérielles sont susceptibles, non-seulement d'être possédées, mais encore d'être transmises : ainsi, pourvu que l'opinion de plusieurs personnes leur reconnaisse de l'utilité, elles peuvent avoir une valeur échangeable ou un prix. Les choses immatérielles au contraire, peuvent être possédées, mais, à l'exception d'un très-petit nombre, on ne saurait les transmettre : ainsi elles n'ont qu'une valeur directe ^ et ne peuvent jamais acquérir une valeur échangeable. On ne peut ni les acheter ni les vendre ; on ne peut acheter et vendre que le travail qui les produit.
Cette observation fournit le second caractère distinctif des unes et des autres : les richesses ont un prix ; les biens internes n'ont que de la valeur. Quand il s'agit de la valeur des richesses, c'est toujours de leur valeur échangeable ou de leur prix qu'on parle.^ Cette manière de s'exprimer n'est point blâmable > parce que l'idée du prix est comprise dans celle de
94 INTRODUGTIOIf GÉNÉRALE.
la valeur; mais il ne faudiait point parler du prix des sciences, des sentimens, det vertus, parce que ces choses ^e peuvent jamais en avoir.
La masse entière de richesses qui se trouve exister dans une nation, constitue sa richesse natioic ale ; et celle des biens internes qu'elle possède, sa civj^li- SATioir. C'est de ces deux objets que se compose la Ji»ROSP£RiTs NATiaiCALE. L'analyse de leur nature, de leurs causes et de leurs effets, nous occupera successivement dans les deux branches de l'économie politique (i).
(i)'On trouvera au tome III , dans mes notes sur la seconde partie de cet ouvrage, des objections graves contre cette classification que M. Storch fait des valeurs. Je devais attendre jusqu'au moment où il aurait développé ses motifs , ayant de les apprécier. J.-B. S*