‹ Cours d'économie politique;Chapitre 21 sur 173 · SYSTEME MERCANTILE · texte numérisé non relu

SYSTEME MERCANTILE

La double fonction que remplit le numéraire , et comme instrument d'échange et comme mesure de valeur, a donné lieu à cette idée populaire que le numéraire fait la richesse, ou que la richesse consiste dans l'abondance de l'or et de l'argent. D'un côté, l'argent servant d'instrument d'échange, nous pouvons plus facilement nous procurer toutes les choses dont nous avons besoin , en les achetant avec de Targent, que si nous devions nous les procurer par le moyen de quelque autre marchandise. D'un autre côté, l'argent servant de mesure de valeur, nous évaluons toutes les autres marchandises par la quantité d'argent contre laquelle elles peuvent s'échanger. En conséquence nous disons d'un homme riche qu'il a beaucoup d'argent, et d'un homme pauvre qu'il n'a pas d'argent. En un mot, dans le langage ordinaire, richesse et argent sont regardés comme absolument synonymes.

On raisonnait de la même manière à l'égard d'un pays, d'une nation. Un pays riche, disait-on, est celui qui abonde eh argent. Ce principe une fois posé, il s'ensuivait que la voie la plus courte pour enrichir un pays, c'était d'y entasser l'or et l'argent. Or comme ces métaux ne pouvaient être apportés dans un pays qui n'a pas de mines que par la balance du commerce ( c'est-à-dire par des exportations ou des ventes à l'étranger , qui excédaient en valeur les importations ou les achats que la nation faisait dans

tOO PREMIÈRE PARTIE.

rëtranger ), ce qui devint alors l'ûbjet capital de Tadministration, ce fut de diminuer autant que possible l'importatfon des marchandises étrangles pour la consommation du pays, et d'augmenter autant que possible l'exportation des marchandises nationales. D'après cela, les deux grands ressorts qu'on mit en œuvre pour enrichir le pays, ce furent les entraides à Vimportation et les encouragemens pour Vexpor- Cation,

L'importation fut entravée, tantôt par de forts droits, tantôt par des prohibitions absolues. L'exportation fut encouragée par des restitutions de droits (a), par des primes d'encouragement , par des traités de commerce avec les nations étrangères ; enfin par l'établissement -de colonies dans des contrées éloignées.

En conséquence de ces mêmes principes, l'administration ne se contenta pas d'encourager l'exportation aux dépens de l'importation ; elle prit encore à tâche de favoriser parmi les branches de l'industrie nationale celles qui paraissaient travailler le plus efficacement pour l'exportation. Ainsi les manufactures et le commerce furent encouragés préférablement à l'agriculture, le commerce étranger préférablement . au commerce intérieur. La faveur distinguée dont jouissait le commerce étranger, était encore fondée dans un autre raisonnement faux mais spécieux.

(a) On restitue y lors de Texportation de la marcliandise , une partie des droits qu'elle a payés aux douanes à son entrée dans le pays ^ ou qui avaient été imposés sur les produits du pays même.

IlTTRODUCTIOir. lOI

Quand il s'agissait d'enrichir la nation, on cherchait quels étaient dans son sein les individus qui s'enrichissaient le plus vite , et l'on supposait qu'une nation ferait des pas d'autant plus rapides vers la richesse,, qu'elle compterait un plus grand nombre de ces nouveaux enrichis. Or comme en général aucune industrie n'enrichit si promptement que Iç copimerce étranger, on en concluait que favoriser ce commerce c'était travailler à la richesse de toute la nâtipn. ^

Ces principes, quoique absolument erronés, sont d'autre part très-faciles à saisir, et s'accordent parfaitement avec les préjugés populaires {a). Il n'est donc pas étonnant qu'ils se soient répandus parmi toutes les nations de l'Europe , surtout dans un temps où la saine philosophie n'avait encore fait que peu de progrès, et où son application aux intérêts sociaux était presque inconnue. Ils furent adoptés sans réserve par tous les auteurs qui écrivirent sur l'économie politique en Italie, en Angleterre, en France et en Allemagne, depuis le seizième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième {b). Quoique victorieusement combattus, par les écrivains postérieurs, ils ont prévalu et prévalent encore dans l'esprit des peuples et des gou vememetis : tous regardent ia balairecî du commerce extérieur comme lé véritable moyen d'en*

{a) Voyez dans la Noie I , Toplxiion d'Aristote sur le systètaie mercantile. ( Ces notes se trouvent dans le 4" volume.)

{b) Parmi la foule d'ouvrages écrits dans lé sens de ce système , je ne vous cite que les deux suivans , qui embrassent rensemble de la science et qui d'ailleurs nïéritent d'être dis-

richir un pays y et partout la législation économique et financière est calquée sur ce principe.

Ce. n'est pas ici le lieu de démontrer la fausseté de ce système : vous vous en convaincrez, Messeigneurs, à mesure que vous avancerez dans Fétude de l'économie politique; ainsi je me borne pour le moment à vous faire reniarque^ les suites déplorables qu'il a entraînées partout ou il a été en. vigueur. Ce n'est ppint une exagération de (Kre qu'il y a peu d'erreurs politiques qui aient enfanté plus.de maux que le système mercantile. Armé du pouvoir, il n'a fait qu'ordpnner et défendre , là où il ne s'agissait que de pror . ,^—

tîn;gués pour arpir éclairci quelques points impor tans de la (doctrine et avapcé ses progrès :

Inquiry into thp principles of politicaloeconotny ^ éj^ Jam£S

' Steùàri?. Zo/ïii. 1763. 4 Tol.

Lezzioni di cômmercio , ossia d'économia' ùivile ^ delV Ah~ hâte Ant. iGslifOVEsi. MUano^ 1768. % vol. /

On ne .]peat compter pour rien les idées contraire^ au système, mercantile qui se trouvent éparses <fà et là dans les écrits économiques de ce temps: quelque bien fondées qu*elles soient souvent, elles ne pouvaient guère conduire à un graùd résultat parce qu'elles n'étaient point prouvées et que leur liaison «ntre elles n'étâfit point démontrée. .Tous'les ouvrages, même eystématiquei^ , de( celle période , présentent plutôt .ui| aggrégat de maximes qu'un système lié ou une théorie. La science de la ricliessè nationale était encore à naître ; disons mieux , •oijL se doutait k peine que cette riches3e pût être l'objet d'une science^ et les meilleurs esprits se perdaient en rêveries et en vaines disputes du mom/eyit qu'ils touchaient cette matière. N'y a-t«-il pas dans llmmorlel ouvrage de Montesquieu un, chapitre intitulé : A quelles nations il est désavantageux de faire le commerce?

INTRODUGTIOir» io3

téger; la manie réglementaire qu'il inspire, a tourmenté de mille manières l'industrie pour la faire dévier de sa pente naturelle. Il a fait envisager à chaque nation le bien-être des autres bôiiimé mcompatible avèè lé "sien : de làice désîr rediptôqûè de» ^ nuire et dé s^ppaùvrîr ; de là cette rivalité cbhiïtférjciale, la èause immédiate ou éloignée de la plupart des guerres dei siècles derniers. C'est ce sfystème qui à conseillé à tcAitcs les nations d'employer les moyens db la forcé' ou dé la ruse pour obtenir de là crainte ou dé rignorance desautres peuples des traités avantageux de cbmtnerce, dans lesquels orifmaireinent on est dupe quand on ne ^ait pas duper les autres. G^est lui qui les a engagés à* fonder des colonies, afîtl de "créer de noûvfeHes nations qui restassent assez dans ïà dépendance de la tnère-paitrie pour que ôeîle-ci pût s'assurer un monopole chétéïle^ , et faîirede ^es enfans les pratiques de ses marchands. En ixri hiot, là où ce système a fait le moins de mal /il a eiitravé les progrès de. la prospérité nationale; paVibùt ailleurs il à ensanglanté la terre, il a dépeuplé et rtiiné les pays même auxquels il voulait pFocurer dé WoUveattx moyens de richesse et dç puissance. C'est Wed raison qu'on liii a ap|)Uqué ce vers de Lafontaine.^ Il cherche

\.n Son bien prcmièremexKt, etpiuift le mal d'autrui;.v .: .

.Encore , s'ij çj^prche son bien , il pe Ts^tteint jamais*

]04 PREAILlèRE PARTIE.

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