CHAPITRE VI
Causes de ramélioration dans les facultés productives de
rindustrie : division du travail.
Le travail industriel ^ comme nous l'avons vu, est plus ou moins productif selon qu'il produit un,e valeur plus ou moins grande au delà de la consommation qu'il exige (a). Or en comparant les travaux de la même espèce, nous trouvons que cette valeur est d'autant plus grande que les produits, du travail sont, et plus nombreux , et plus parfaits.
Supposons deux cordonniers, dont chacun fasse une paire de souliers dans la journée. L'un fera de bons souliers, l'autre en fera de mauvais : le travail de l'un sera plus productif que celui de l'autre. En admettant que leurs souliers fussent'également bons, Si l'un en fait deux paires dans la journée tandis que l'autre n'en fait qu'une paire , le travail du premier sera encore plus productif du double. Enfin si le travail du premier réunit dans ses produits les avantages de la quantité et de la perfection ; s'il fournit deux paires de bons souliers dans le même espace de temps qu'il faut au second pour en produire une paire de mauvais, le travail du premier est incomparablement plus productif que celui de l'autre.
{a) Voyez le cbap. IV, p. i54'
I»IV. I, G9iLP. VI. ï6l
Appliquez cette observation à des nations entières, vous trouverez également que la même industrie est plus productive chez les unes que chez les autres. Par exemple , il n'y a pas de. doute qu'une manufacture anglaise , de quelque genre que ce soit^ ne fdur^ nisse dans le même espace de temps , et plus de produit et un produit plus parfait, que ne peut fournir' une manufacture russe du même genre.
D'où vient cette différence ? Quelles sont les causes qui apportent cette amélioration dans les facultés productives du travail? Grâce au génie d'Adam Smith, cette. question importante n'est plus un problème : la solution qu'il en a donnée est une des plus belles découvertes qui se soient jamais faites dans le domaine de l'économie politique. Elle nous montre , qu'abstraction faite de l'influence de la civilisation, dont il ne s'agit point ici, le perfectionàement de l'industrie dépend surtout de deux causes principales^ savoir de la division du tnn^ailet.àe Y emploi des capitaux (a). Ce dernier objet étant réservé pour le livre suivant , il n'y a que le premier qui nous re^ste à considérer daïis celui-ci.
La, division du travail n'est autre chose. que cette séparation de travaux par laquelle plusieurs personnes se partagent la confection des produits , de sorte que cl^acune d'elles ne fait qu'une partie de l'ouvrage , et constamment la même. Des paysans qui , comme la
(a) On à voulu contester à Smitli la découverte des effets de la division 4a travail ; j'ai tâché de montrer , dans b note II, que cet honneur ne peut lui. être ravi. J. îl
l6ft PHEMIÈJIE PARTIE.
plupart des nôtres, s'occupent outre les travaux de l'agriculture 9 à fabriquer l'étoffe de lôurs Tétetnens, à forger euxHneraes les ustensiles de fer dont ils oi^l: besoîxi, etc., de tels paysans négligent souvent leurs champs ;. et le drap , le cuir, les habits , les ustensiles cpi'ils produisent sont d'une qualité très-inférieure. Que là division du travail s'introduise dans un village : certains individus alors se borneront à la culiiitre des Ver^res , d'autres seront tisserands , d'autres tailleurs, d'autres cordonniers, d'autres enfin Ibrgerons, et chaque classe fournira non-seulement beaucoup plus de produit , mais encore un produit bien plus parfait. Un homme qui se borne à une seule occupation, et qui l'exerce pendant toute sa vie, fait naturellement beaucoup plus d'ouvrage et le fait mieux. Ainsi, pour parler )e langage delà science, la division augmente singulièrement les facultés produGlives du tlravail.
Yous comprenez facilement, Messeigheuts, que les souliers d'un cordonnier qui n'exerce toute^ sa vie que son métier , doivent être mieux faits que ceux qu'un tailleur aurait la fantaisie de faire : il n'y a rieh d'étoBivant à cela. Mais quelle que soit l'idée que vous vous fassiez de Y augmeruation^dù produit qui rés^te de la division du travail, je suis sâr qu'elle seitettoujeuiTS biea au-dessous de la réalité. ¥oici quelques exemples qui; peuvent servir à rectifier cette idée.
Un forgeron ordinaire, habile à manier le m^teau, ipais <jui.n'a jamais fait de clous, vient (rès-f^ffiçilemei^ à Jjuxut d'e^ f^ii'e a ou ^Oi-dans as^ journée ; encore. sevenNils fort^ mauvais. Un forgeron