‹ Cours d'économie politique;Chapitre 63 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Fonds-vdurables. Distinction entre la richesse absolue et

relative.

Apk^ tout ce que je viens de dire sur les capitaux et les fonds de coasomouiliony il me semble, Messeigneurs 9 qu'il vous sera désormais iiDppssi))le de les confondre : uisie seule observation nïè reste encore à faire concernant les fonds; sur laquelle peut-être votre raisonnement m^'a déjà pré venu».

• Le mot de consommation étant ijln ternie générai qui exprime tous les emplois directs des. çhbses (a), vous sentez bien que \eJonds appelé de consommation ne se ccxonpose pas seulement à^ richesses qui se détruisent à l'instant inêisiïe où on lesr eniploie. En efr €et, il comprend encore un grand ^xipiiibre d'autres ridasses qui peuvent durer et servir long-te|n{)^, même des siècles^ coxame les qpi|structio|t)s,. les di^mans, les tableaux, les statues, IpsMvres, la vaisselle d'or et d'argent, les monnaies, jetc. Cette o]:^s,ervation nous fournibplusieurs conséqiliences intéressantes. <

i^ Le fonds de consommation, en tant qu'il consiste en choses durables, peut augmenter d'année^ en année, de génération en génération , et accroître parlà les jouissances d'une nation, ainsi que la richesse générale.

[a) YojeL Fintrodaction générale, pag. 49*

tiv. II, dâAP. V. àaS

^ Pla» la GODSommation s'étend sur' des richesses durables, et moins elle comprend de richesses transitoires ou de peu de durée; moins aOlssi le fonds de consommation a besoin d'être renouvelé.

3^ Les richesses durables qui composent ce fonds; peuvent être converties en capitaux; en conséquence elles ne sont pas entièrement perdues pour la pro-^ duction. Une maison habitée par' des travailleurs improductifs ou par des fainéans, peut être transfor-^ mée en un atelier; un jardin d'agrément en uné^ ferme ; un collier de diamans peut servir à acheter des outils.

[\ Parmi les richesses durables il y en a qui ont la faculté de servir à la fois à Tusage improductif et à la production, comme les maisons d'habitation, les livres,. les ouvrages de l'art, etc. Ces sortes de richesses appartiennent également au. capital national et au fonds de consommation.

5^ Enfin il résulte de tout cela que les richesses comprises dans le fonds de consommation d'une na* tion forment une portion intégrante de sa richesse nationale^ et que celle-ci se compose de la masse totale de capitaux et de fonds que la nation possède. Quelle que soit la difféi'ence entre la nature des capitaux et celle des fonds ^ elle n'eàt point une raison pour exclure ces derniers de l'évaluation de la richesse, soit individuelle, soit nationale. Le fonds de consommation de tout particulier riche et de toute nation opulente comprend une infinité de richesses susceptibles, non-seulement d'une fort longue durée ^ mais encore d'un emploi productif: celles mêmes qui I. -. i5

*ïa6 PREMIERE PARTIE.

ne jouissent point de ces avantages, existent néan-* moins au moment de réyaloatton. En faisant le re* levé de la fortune d'un particulier, on n'oublie guère de tenir compte de la valeur de son fonds de con« sommation : quelle raison y aurait*il d'en agir autrement lorsqu'on veut calculer la richesse d'une nation.

Ms capitaux et les fonds d'un particulier pu d'une natÎQP, considérés isolément, constituent leur mfie^se i^f^piue. Sous ce point de vue, le plus mince ejtcédan tc[ui, reste au pauvre, au delà de sa consomma-^ tion actuelle, est pour le moment sa richesse. Dans ce sens on peut parler de la richesse individuelle d'un mendiant, comme de la richecse nationale des tribus de chasseurs dans les déserts de l'Amérique. Cette manière de considérer la richesse, est sans uti-^ lité et sans fruit.

Il y a une autre manière de l'envisager, la seule par laquelle on parvient à s'en former des idées justes et susceptibles d'une application misonnée : elle coh^ siste à comparer la fortune des individus comme celle des nations avec les besoins que le mode de leur existence sociale' leur rend nécessaires. Sous ce point de vue, qui est celui de la richesse relative, un individu ne peut être appelé riche, que lorsque sa fortune est la source d'un revenu permanent qui excède sa dépense nécessaire, c'est-à-dire la dépense que ses rapports dans la société lui rendent indispensable.. Or, un particulier peut retirer de sa fortune un revenu indépendant du travail, il peut exister comme rentier; la fortune d'une nation , au con-»

LiV. II, CriAP. V. îia^

traire, rie fournit jamais, sans le secoure du travail industriel, un revenu suflÇsant pour entk*etehîr toute là nation. Ainsi chaque nation, sous ce rapport, doit être considérée comme un entrepreneur d'industrie, lequel , s'il est pauvre , emprunte les fonds pour faire aller son entreprise, et qui les avance lui-même s'il est riche. En conséquence toutes les nations, eu égard à leur richesse, peuvent se ranger da. s trois classes, celles qui sont riches, celles qui scfc't pauvres, et celles qui se trouvent sur les confins entre la richesse et la pauvreté. Chez les nditions paui^reSj lescapitalix domestiques ne suffisent pas pour vivifier et nourrir routés les branches d'industrie qu'elles peuvent jBXefcer; ainsi elles en attirent de l'étranger et deviennent emprunteuses. Chez les nations riches , toutes les branches d'industrie sont saturées de capitaux^ elles ne peuvent plus en employer profitablemént dans l'intérieur ; ainsi elles les envoient au dehors et deviennetit prêteuses des autres nations. Entre ces deux conditions, la ligne de séparation est occupée par les nations indépendantes qui , ayant emprunté pour accroître leur industrie, se voient en état de rembourser leurs créanciers et de rendre leur industrie indépendante du secotu*s des étrangers.

Je vous prie de bien saisir ces distinctions, car dans la suite de ce Cours jl s'agira souvent de nations riches et de nations pauvres; et toutes les fois que j'emploierai ces termes, je ne leur attribuerai jamais d'autre signification que. celle-là. Au reste, je ne crois pas avoir besoin de vous observer que chacune dés trois conditions que je viens d'indiquer admet plusieurs

fÀ^S pr'emière* partie.

gradations. Telle nation pauvre est inSniment plus» éloignée du période d'indépendance que telle autre; il en est de même des nations riches; enfin les nations indépendantes le soft aussi plus ou moins (i).

(i) Un particulier est paavre lorsqu'il n'a point de reveliu pour satisfaire à ses besoins. Or de quelle source tire-t-on des revenus ? c'est :

Ou des facultés industrielles que l'on possède, c'est-à-dire de la force corporelle , des talens acquis desquels peuvent Battre un profit, un salaire;

Ou bien d'un capital, petit ou grand, duquel peut naître un intérêt ;

Ou bien des terres cultivables desquelles on peut tirer des produits^ un loyer. >

Tels sont les fonds d*où naissent tous nos revenus. Un particulier est riche ou pauvre , selon qu'il en est bien ou mal pourvu , selon qu'il ea tire un bon ou un mauvais parti.

Il peut aussi ne posséder qu'une sorte de fonds et n'avoir, par exemple , quje des facultés industrielles. Il peut posséder deux sortes, trois sortes, de fonds. Les plus riches en ont de toutes les trois en grande abondance.

Ce sont exactement les mêmes élémensqni font les nations riches on pauvres. Les nation^ riches sont celles qui ont beaucoup de facultés industrielles, beaucoup de capitaux, beaucoup de terres cultivées ; les pauvres sont celles qui en ont peu.

Sous le rapport économique, une nation n'est ni plus, ni moins dépendante d'une autre que le ménage du tailleur n'est . dépendant du ménage du boulanger. Si le tailleur a besoin d'acheter du pain au boulanger , celui-ci a besoin d'en vendre au tailleur.

Un homme peut être dépendant d'un autre ^ parce qu'il est possible que n^ayant aucun revenu, il soit oblige d'avoir recours au revenu des autres. Mais uiïe nation ne vit jamais

Page 1