‹ Cours d'économie politique;Chapitre 71 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comment la division du travail est limitée par retendue des

capitaux.

MMNT-ENAwr, Messeigneurs, que vous dorinaîssèz plus en détail les différens élémens du capital, vous sentirez mieux la vérité de cette observation annoncée au chapitre premier de ce livre, que toute pro* duOtion suppose nécessairement^un capital. Or s'il en est ainsi , il s'ensuit que la division du travail ne peut point faire des progrès sans une augmentation de capital! Avant cette époque où le travail d'une nation commence à se diviser, chacun ne travaille que pour ses propres besoins^ à mesure qu'ils se font sentir : mais du moment que la division du travail s'introduit, l'homme qui se borne à une occupation exclusive, travaille infiniment plus pour les besoins de» autres que pour les siens; il ne peut donc pourvoir à la plu-> part de ses besoins qu'en échangeant son produit contre celui de beaucoup d'autres personnes. Or cet échange ne peut se faire à moins qu'il n'ait eu le temps, nbn-seulement d'achever son produit, mais encore de le vendre. Il faut donc qu'au moins, jusqu'à ce qu'il ait pu venir à bout de ces deux choses, il ait eu en son pouvoir un capital pour le faire subsister et lui fournir en outre les matériaux et les instrumens nécessaires à son ouvrage. Mettons le cas, que dans

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un village de Russie, où la division du travail n'ait point existé jusque-là, un paysan ait l'idée de borner son travail à forger des ustensiles ^é fer et de se constituer le forgeron du village. Il ne pourra pas se vouer à cette occupation particulière , s'il ne possède pas, ou s'il ne peut pas emprunter quelque part une provision faite par avance, de fer, de charbon, d'outils et surtout de subsistances, jusqu'à ce que les ustensiles qu'il veut fabriquer, puissent être, nonseulement achevés, mais encore vendus.

De même que l'accumulation d'un capital est un préalable nécessaire à la division du travail industriel, ce travail ne, peut recevoir de subdivisions ultérieures qu'à proportion que les capitaux se sont préalablement accumulés de plus en plus. A mesure que le travail vient à se subdiviser, la quantité de matériaux qu'un même nombre de personnes peut mettre en œuvre, augmente dans une proportion très-forte. Si dix-huit ouvriers , travaillant séparément, ne faisaient par jour que ao épingles chacun, « c'est** à-dire 36o épingles, peàant à peine 6 zolotniks, 6 zolotniks de cuivre suffiraient pour les occuper journellement. Mais si, au moyen de la division du travail , les dix-huit ouvriers font par jour 86,4oo épingles, c'est-à-dire a4o fois 36o épingles, il leur faut journellement 1 5 livres de cuivre , qui sont 240 fois 6 zolotniks.

Voilà un exemple qui montre comment la subdivision d'un métier exige un plus grand capital sous la forme de matériaux. Pour ce qui est des autres élémens du capital , il paraîtrait d'abord que la sub-

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division du travail n'en exige pas pins qu'auparavant. 4. la vérité, dîx*huit ouvriers réunis dans un même atelier ne consomment pas plus de subsistances que dix-huit ouvriers travai^ant chacun séparément ; ils n'occupent pas un plus grand local , ils n'emploient pas plus d'outils : au contraire, leur réunion diminue la dépense à l'égard de ces articles. Cela est vrai y jusqu'à un certain point; mais si l'un de ces artisans veut établir une fabrique et réunir ses dix-sept camarades dans son atelier, il lui faut un capital dixsept fois plus considérable en constructions*, en outils et en subsistances , que celui dont il ava^t besoin lorsqu'il travaillait seul. Ainsi il ne suffit pas que le capital nécessaire à la subdivision des métiers se trouve exister dans la société; il faut encore qu'il soit accumulé dans les mains des entrepreneurs , en portions assez considérables pour les mettre en état de former des entreprises. D'ailleurs , comme par la subdivision des métiers la tâche de chaque ouvrier se trouve successivement réduite à un plus grand degré de simplicité , il arrive qu'on invente une foule de nou^* velles machines pour faciliter et abréger le travail. A mesure donc que la division des métiers va en s'étendant, il faut pour qu'un même nombre d'où* ▼riers soit constamment occupé, un <:àpital toujours plus considérable en outils. Enfin le nombre de» ou« vriers augmente en général dans chaqoe métier, en même temps qu'y augmente la division ^u travail , ou pldtot c'est l'augmentation de leur nombre qui les met à portée de se classer et de se subdiviser de cette manière. Ainsi, à mesure que la division lait des

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progrès , il faut aussi un capital plus considérable en constructions et en subsistances.

En vous pariant des bornes que la nature des choses met à la division du travail , je n'ai pu vous citer que celles qui résultent de la nature des travaux et de l'étendue du marché. Ajoutez-y maintenant tes limités que Tétendue des capitauic lui prescrit, et pé* nétrez-vous fortement de cette maxime importante , mais souvent oubliée, qu'// est inutile tt encourager VindustrieySi le capitaine siiffit pas pour Vwancer.

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