LIV. lï^ CHAP. IX
tional, mais il ne le diminue pas. C'est ce que fait le dissipateur^ qui , en dépassant les bornes de son revenu , entame son capital. Semblable à un homme qui détourne à quelque usage profane les revenus d'une fondation pieuse, il paie des salaires à la fainéantise avec ces fonds que la frugalité de ses pères avait , pour ainsi dire, consacrés à l'entretien de l'industrie. De même qiie l'homme frugal et rangé est un bienfaiteur de la société, le dissipateur est un fléau public {a).
« Heureusement la profusion des individus ne pçut jamais beaucoup influer sur la fortune d'une grande nation, la prodigalité des uns se trouvant toujours plus que compensée par la frugalité des autres. Le principe qui nous porte à dépenser, c'est la passion pour les jouissances actuelles^ passion vive, à la vérité, mais qui est en général passagère et accidentelle. Mais le principe qui nous porte à épargner, c'est le désir d'améliorer notre sort; désir calme, à la vérité, mais* qui naît avec nous et ne nous quitte qu'au tombeau. Or, une augmentation de fortune est le moyen par lequel la majeure partie des hommes se propose d'améliorer son sort ; et la voie la plus simple et la plus sûre d'augmenter sa fortune , c'est d'épargner et d'accumuler une partie de ce qu'on gagné. Ainsi, quoique le principe qui porte à dépenser, l'emporte presque dans tous les hommes en certaines occasions, cependant, en pren^pt en somme tout le cours de leur vie, il semble que le principe qui porte
(a) Adam Smith: ^<?«ftA âf nations y Uv. Il, cbap. 3.
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à réconomiey non -seulement prévaut à la longue, mais prévaut même extrêmement.
a ,Les effets àeVimpéritie dans la conduite des affaires sont souvent les mêmes que ceux de la profusion. Toute entreprise imprudente ou malheureuse en agriculture, en mines, en pêcheries, en manufac- .tures et en commerce,* tend de même à diminuer les fonds destinés à l'entretien de l'industrie. Dans une entreprise de cette nature, le capital^ à la vérité, n'est consommé que par des travailleurs industriels ; cependant, comme la manière imprudente dont on les emploie fait qu'ils ne reproduisent point la valeur entière de leur consommation, il en résulte toujours quelque diminution dans lalnasse des capitaux.de la société.
r< Mais de même que la profusion de certains particuliers est plus qîie compensée, par la frugalité des autres , de même aussi les entreprises heureuses et bien combinées l'emportent de beaucoup sur les entreprises imprudentes ou malheureuses. Malgré toutes les plaintes sur la fréquence des banqueroutes, les gens qui tombent dans ce genre d'infortune ne font, qu'une bien petite partie dans le nombre total des personnes engagées dans. les entreprises industrielles; ils ne font peut-être pas plus d'un sur mille. La banqueroute est une des plus grandes calamités et des plus fortes humiliations à laquelle puisse être exposé un innocent. Aussi la plupart des entrepreneurs prennent-ils bien toutes leurs précautions pour l'éviter.
a Les nations ne s'appauvrissent jamais par la profusion «t rimpéritie des particuliers, mais quelque-