LIV. II, CHAP. IX
de Pougatchef (â5) , en dépit du luxe toujours croissant d'une cour somptueuse et d'une noblesse inclinée à la dissipation. Le revenu national a suffi, non-seulement à couvrir toutes ces dépenses, mais encore a fonder celte foule d'établîssemens d'éducation , d'instruction et de bienfaisance qui honorent cet empire; il a suffi pour doubler ou tripler l'armée, pour créer et entretenir une marine respectable sur deux mers; et toutes ces dépenses déduites, il a pu fournir encore des épargnes pour grossir le capital national.
Malgré ces progrès rapides, le capital existant en Russie est loin d'être proportionné à l'accroissement de l'industrie nationale. En conséquence, cette industrie s'aide du crédit des nations étrangères qui sont plus riches que la Russie. Les marchandises quis'importent chez nous, sont livrées à crédit à nos marchands; celles qu'on exporte, se paient au contraire ' partie d'avance, partie à la livraison. C'est un désavantage pour la Russie, car les prix respectifs sont en raison de la nature des paiemens : nous achetons plus cher les marchandises étrangères qu'on nous cède à crédit* et nous vendons meilleur marché les
{d) L'invasion de Bonaparte et ses suites sont encore trop récentes pour entrer dans ce tableau; elles ont sans doute causé un mal infini à notre industrie , mais peut-être ce mal est-il compensé par l'énergie que ces désastres ont réveillée dans la nation. En évaluant les sources de la prospérité nationale, on se tromperait grandement si Ton voulait tout cal-, culer par des chiffres : telle force morale qu'un peuple acquiert, vaut bien quelques millions de roubles qu'il sacrifie.
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pjTQçluitSf rus§e;S qu'on i|ovs pa^e^ d'avance. Ma^is ce: désavantage est plu$,que coiApensé par la circonstance -de pû\iypir garder pli^s Ipng-tiBmpsnos capitaux, et 4? ppyvoir employier ceux que les étrangers nous, avancent. D^ns cç ipoment , la Russie se range encore parmi les nations, emprunteuses ou pauvres, parce j que soi^ capital fie suffit pas pQur faire aller tputçs se^ entreprises, industrielles;- mais, elle n'e^t pas for^ élc^ignée de l'époque où elle pourra, se pa^er du.scr cours» d^ rétrapger, et où elle, deviendra, iqdép^iiT à^nte, (a). Sous ce rapport, conune sous, plus^ieurs afU^tres^ la situation de la Russie est semblable à cellç^ deS; ÉtatSrUnis de TAmérique : rétat de djavielopper flp^pt e^i d^. croissance d^ns. Içqu^l ces deux pays se trpuveot) les porte à aspirer, le pluç qii'ils pei^vent? de. capitaux étrangers., et ces capitaux se 6^ent^et se. réali^eptchez eux en améliorations,, en constr^uctions, en, machines et en in^trumens de toute espèce q^uii servent à créer un su^^plusde produit ou à enrichirr la. nation, • -
"^ Quoiqu'il soit incontestable, ique le capital de la, Russie s'est augmenté prodigieusement dep^i^ un. siècle, il n'en est pas moins vrai qu'il se serait encore bien autrement accru, si toutes les classes des habitans de ce vaste empire avaient joui de Ja surette, des propriétés et de la liberté d'employer à- leur gré leurs* facultés personnelles et leurs capitaux. Nos esclaves accumulent rarement : d'un côté la crainte de se voir
{a) Comparez le chap. V de ce livre, pag. 2:^7.