‹ Cours d'économie politique;Chapitre 90 sur 173 · LIV. III, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. IV

tion du peu d*ouvrage qu'il exécuterait, et en payant à son touï* les matières qu'il pourrait gâter par ikialadresse ou défaut d'habitude. A ce moyen, son éducation serait en général plus efficace , et toujours moins longue et moins coûteusç. Les maîtres , à lia vérité, pourraient perdre à cet arrangement; mais le public y gagnerait, tous les produits de la maind'œuvre arrivant alorà au marché à beaucoup meilleur compte. r * ♦

La seule instruction dont les frais ne peuvent jamais être diminués par le travai^de l'apprenti, c'est celle qu'il ne reçoit pas chez son maître : or les ifrais de cette instruction varient extrêmement suivant l'étendue et la variété des connaissances que deniandent les différentes industries. Dans la plupart dès arts mécaniques, lire, écrire, calculer et les élémens du dessin suffisent pour préparer l'ouvrier à tout ce qu'ildoit entreprendre ; mais l'artiste, le commerçant, le chef d'une manufacture, d'une exploitation de mine ou djune vaste entreprise agricole, a besoin d'une instruction bien plus complète, et par conséquent bien plus dispendieuse. Comme ces considérations nous occuperont dans la seconde partie de ce Cours , je me borne à vous y renvoyer.

5*^ Enfin le salaire nécessaire est d'autant plus élevé dans un métier qu'il y a plus de risque de ne pas y réussir. Dans les divers genres d'industrie, il y a des degrés très-différens de probabilité cju'une personne acquerra la capacité nécessaire pour exercer avec , succès le métier auquel on prétend la former, ou qu'elle en retirera toutes les avances faites pour son

3oO PREMIÈRE PARTIE.

instruction. Dans la plupart des arts mécaniques, le succès est à peu près sûr; il l'est moins dans le commerce, et il est très -incertain dans les arts libéraux. Mettez un jeune homme en apprentissage chez un cordonnier, il n'est presque pas douteux qu'il apprendra à faire des souliers, et qu'il regagnera comme maître ce qu'il a dépensé comme apprenti : mais placez-le dans un comptoir , il y a moins de probabilité qu'il deviendra un habile négociant et qu'il regagnera les frais de son éducation; enfin^ destinezle à devenir peintre, il y a au moins vingt contre un qu'il ne fera pas assez de progrès pour gagner sa vie à cette profession, et même lorsqu'il devient habile , c'est encore à savoir si son talent lui rapportera ce qu'il lui a coûté. De grands peintres sont morts dans la misère. Or dans une loterie équitable, ceux qui tirent les bons billets doivent gagner tout ce qui est perdu par ceux qui tirent les billets blancs. Dans'une profession où vingt personnes échouent contre une qui réussit, celle qui réussit devrait gagner seule ce que perdent les vingt autres; cependant, dans bien des métiers, on est loin d'être payé à ce taux.

Vous voyez que l'intérêt des avances consacrées à l'instruction des travailleurs industriels, cet intérêt qui forme une partie de leur salaire nécessaire, n'est pas seulement l'intérêt viager des sommes dépensées pour l'éducation de la personne qui reçoit le salaire , comme je l'ai dit tantôt, mais que c'est, à la rigueur, l'intérêt viager de toutes les sommes consacrées au même genre d'éducation, que les talens soient venus, ou non, à maturité. Ainsi le total des salaires des

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