LIV. III, CHAP. VI. 3ll
la Russie et l'Amérique septentrionale ne soient pas encore si riches que l'Angleterre, elles marchenf avec une plus grande rapidité vers l'acquisition de nouvelles richesses.
Ainsi, la marque la plus décisive de ce que la richesse d'une nation est dans un état progressif, c'est quand'Sa population augmente ; car cet effet ne peut avoir lieu que par la hs^usse des salaires de l'ouvrier, laquelle, à son tour, prouve que le capital national s'est accru. Dans la plupart dés pays de l'Europe cette augmentation est fort lente. En France, par exemple, la population doublerait dans l'espace de 2 14 ^us, si aucune guerre, aucune maladie contagieuse ne diminuait l'excédant annuel des naissances sur les décès. En Russie, elle doublerait dans les différentes provinces, suivant leur marche plus ou moins rapide vers l'opulence, en 4^^ en 5o, en 60 ans, et tout au plus tard en 70. D'après les calculs de M. de Hurii-
boldt, la population de la NouvellerEspagneudoit
salaire nécessaire de l'ouvrier russe ne ya pas au delà du tiers de son salaire courant, tandis qu'en Angleterre ces deux iSalaires sont bien près de leur niveau.
Suivant la relation de KUburgery qui a voyagé en Russie sous le tsar Alexis, là journée d'un simple ouvrier se payait en 1674 à Moscou 3 cop. d'alocs, ce qui fait 8 7^ cop. en monnaie actuelle d'argent. Aujourd'hui ce même salaire y est quatre fois plus fort ; et cotnme le prix des denrées les plus indispensables n'est guère monté dans la inéme proportion , il résulte de cette comparaison que le simple ouvrier jouit aujourd'hui d'une plus grande aisance , à moins que La hausse de son salaire ne soit compensée par celle des impôts et des redevances auxquels il est assujetti.
Si a PHEUrjÈRE PARXIE.
doubler tous les jgans(a)^ Aux États-Unis, on a v« doubler la population, depuis Tannée 17849 tous le» aoà a3 aDs(i)* Les tableaux curieux que M. Blodge|;a publiés indiquent même que, pour quelques états de la fédération, ce cycle heureux n'est quie de }3 à i4 ans; et maintenant cet accroissement de populo* tion est bien moins dû à u^e importation continuelle de nouveaux habitans, qu'à une grande multiplication intérieure (b). Le trayait y e^t si bien ré/çompensé, qu'une nombreuse famille, au lieu d'être une charge, est une source d'opulence et de bien^êltre pour les pa«rens. On compte que le travail de chaque enfant, avant qu'il puisse quitter la maison paterndile, rapporte aux parens 100 livres de bénéfice joet par an. Une jeune veuve ayant quatre ou cinq enfans, qui aurait tant de peine à trouver un secoad mari dans les classes inférieures du peuple en Europe., est là le plus souvent un parti recherché comme une espèce de fortune (c). La valeur .des enfansést le plus grand de tous les encouragemens au mariage. Il ne faut donc pas s'étonner de ce qu'on se marie en général fort jeune dans ce pays. Malgré le grand accroisse-
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(a) Essai poUt, sur la Nouvelle-Espagne ^iom, I, p. 64.
(i) Sur cette importante matière on peut Voiries Recherches sur la population f de Godwîn, trad. par Constancio; 2 vol. ^ in-8^, publiés en 1 821 , à Paris, chez Aillaud.'
{b) £n 1784 et 1792, où les Etats-Unis ont reçu le plus de colons (d*immigrans), leur nombre n'excéda pas 5ooo. Voyez Samuel Blodgèt's StatisUcal Manuel for the Vnited States of America^ x8o6.
(c) Smith y vol. I, page 106.
ixiv. lu, cha.jp. VI. 3i3
ment de population, on s'y plaint néanmoins toujours d'une disette de iras. Il paraît que dans ce pays la demande de travailleurs et les fonds destinés à les entre tenir croissent encore trop vite. pour qu'on trouve autant de monde qu'on voudrait en employer, — Tout ceci est encore applicable à la Russie, du moins h cette partie de sa population qui gagne sa subsistAncfs par'un travail libre. Les causes qui y ont retardé raccroissement de la population, au point de rendre cet ancien empire semblable sous ce rapport aux colonies de l'Amérique , sont un objet tout différent de celui qui nous occupe ici; elles seront développées dans le livre VIU®.
Ainsi c'est dans les pays qui ai^ancent en richesse que le salaire courant de l'industrie est plus haut que le salaire nécessaire. Cet excédant s'appelle le salaire ' superflu (a); c'est le revenu net de l'ouvrier ou son gain, qu'il peut ou économiser oli consacrer à ses jouissances.
Dans un pays où l'accroissement des capitaux devance de beaucoup celui de la population, le salaire superflu peut être très-considérable , cependant il a certaines bornes qu'il ne saurait jamais dépasser. Nous avons vu que les trois classes propriétaires des sources de production se partagent le produit annuel; ainsi, ce que l'une d'elles reçoit le plus dans ce partage, l'autre le reçoit de moins. Si les travailleurs sont mieux payés, ou, en d'autres termes, si le salaire de l'industrie monte., x;e xie peut être qu'aux dépens de -la rente
(a) T«rme de la création de M. Sismondi,
âl4 PREMIÈRE PARTIE.
foncière et de celle du capital. Or, quelque forte que soit la demande de travail, elle pourra bien élever le salaire courant au point d'absorbei* toute la rente foncière, mais jamais toute la rente du capital. En voici les raisons.
. Quand un fonds de terre ne donne plus de rente, le propriétaire, au lieu de l'affermer, en entreprend lui-même la culture. De cette manière, il gagne du moins le profit de l'entrepreneur, et s'il est en même temps capitaliste, il gagne encore la rente de son capital. Il pourrait sans doute employer son capital d'une autre ^nanière ; mais s'il lui donne la même rente, soit qu'il le destine à la culture de sa terre, soit qu'il l'emploie d'une autre manière, il préférera toujours le premier emploi, par des motifs dont l'influence est ti'ès-puissante. Une personne qui fait valoir son capital sur une ter!;*e Ta bien plus sous les yeux et à sa disposition , et sa fortune est bien moins exposée aux accidens que celle du manufacturier et du commerçant. D'ailleurs la vie champêtre a des attraits que les autres professions n'offrent pas.
Voilà la situation dans laquelle se trouve le propriétaire foncier ; celle du capitaliste est bien diffé- • rente. Les capitaux, pour la plupart, sont des richesses mobiles ou traiisportables. Si le salaire du travail vepait d'emporter toute la rente du capital, les capitalistes s'empresseraient de placer leurs capitaux dans l'étranger, et, par cette exportation d'une partie des richesses de là nation, ils rétabliraient l'équilibre intérieur entre les différentes espèces du revenu primitif. Si l'on pouvait supposer que la terre