‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 10 sur 132 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Autre définition de la monnaie : les pièces de monnaie sont des lingots certifiés.

Arrivé à ce point, nous pouvons donner, à titre d’éclaircissement, une autre définition de la monnaie; à cet elTet, résumons en peu de mots une partie de ce qui a été exposé précédemment.

Primitivement, dans les opérations qui mettaient en présence et d’accord deux hommes, l’un comme vendeur, l’autre comme acheteur, la quantité d’or ou d’argent que l’acheteur délivrait au vendeur était pesée par les parties qui supposaient au métal tel ou tel degré de finesse, et c’est un point sur lequel on devait se méprendre le plus souvent, faute d’un bon procédé pour les essais. Plus tard, comme le dit Aristote, dans le but d’abréger les transactions et de les simplifier, on a eu, à peu près partout, des disques d’or ou d’argent d’une forme constante, renfermant des quantités du métal précieux que le législateur avait fixées, et que, par l’opération du monnayage consistant à mouler et plus tard à frapper, on a revêtus d’une empreinte servant d’attestation publique delà quantité de métal fin qu’ils renfermaient. Tous les peuples occidentaux ont, presque depuis un temps immémorial, adopté la pratique du monnayage ainsi entendu. La Chine s’est arrêtée et immobilisée dans l’-ancien usage, mais en le perfectionnant. Les Cliinois pèsent minutieusement les lingots d’argent qu’ils se livrent ; mais de plus ils en font l’essai, afin de constater le degré de finesse, c’est-à-dire la pro- ' portion qu’ils contiennent du noble métal, ce qu’on nomme le litre du lingot.

la monnaie, section I, CHAPITRE VH. 39

En un mot partout, dans l’Orient comme dans l’Occident, l’or et l’argent sont comptés dans les transactions pour leur poids et leur titre. Chez les Chinois comme chez nous, les fi-agmenls d’or et d’argent qui passent de main en main sont des lingots certifiés. Il y a pourtant cette différence que, chez les Chinois, le certificat émane d’un particulier que les parties choisissent parce qu’elles ont confiance en lui, tandis qu’en Europe il vient de l’autorité. 11 faut dire aussi qu’en Chine le titre et le poids sont variables; chacun des lingots qui circulent a son poids et son titre, tandis qu’en Europe ce sont des termes fixes pour chaque sorte de pièces, dans chacun des États.

La manière des Chinois a certainement quelque chose d’ini^arfait et d’arriéré ; elle a l’inconvénient d’être bien moins expéditive. Ce défaut n’a pas été cependant sans compensation. Si par malheur l’autorité, en Chine, se fût attribué le même droit e.vclusif de battre la monnaie, qui appartient au souverain dans les États de l'Occident, elle en eût profité, tout porte à le croire, pour se livrer aux fraudes les plus dommageables et les plus dignes de l’animadversion publique, car ce n’est pas par la bonne foi et l’honnêteté que l'autorité se recommande en Chine. L’Europe elle-même a fourni, on le verra bientôt, la preuve trop manifeste et trop multipliée de la facilité avec laquelle des gouvernements nécessiteux peuvent céder à des tentations de ce genre.

Je crois devoir insister sur cette notion élémentaire qui peut être signalée à bon droit comme une autre définition de la monnaie, à savoir que les pièces de monnaie sont des lingots dont le poids et le titre sont certifiés. Elle porte avec elle la réfutation des sophismes qui ont causé des désastres dans les temps antérieurs, et que de nos jours quelques personnes tentent de retirer de la réprobation sous laquelle ils semblaient à jamais ensevelis. Les

pièces de monnaie sont des lingots certifiés, rien d’autre et rien de plus. L'autorité les revêt de son empreinte afin d’en attester la teneur en qualité et quantité ; là se bornent sa mission et son droit. La forme dont elle les revêt, les figures et les inscriptions qu'elle y frappe sont du même genre que la marque qu’elle met sur les couverts d’argent, marque dont le nom légal est celui de garantie, quisignifie que l’État en a constaté le titre (1). 11 y aurait de la tyrannie, et, pour le public, d’inévitables malheurs, dans toute tentative à laquelle les pouvoirs de l’État prêteraient les mains, d’ériger en pièces de monnaie quoi que ce soit d’autre que des lingots certifiés.

(i} L'usage s’est établi que la garantie dont l’orfèvrerie est l’ob^t fût l’occasion d'un impôt assez lourd, indépendamment des frais qu'elle occasionne. Nous aurons lieu de dire que, pour la bonne marche des transactions, il est nécessaire que rien de pareil n’ait lieu pour les monnaies. Tous les Etats qui comptent dans la civilisation reconnaissent aujourd’hui cette nécessité, els’j conforment.

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