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CHAPITRE VI

Confirmation par le témoignage de l’histoire dn rôle qui rient d’élre indiqué pour l'or et l’argent.

La qualité de marchandise que nous attribuons à la monnaie lui est si bien inhérente que pas un peuple, originairement, n’a conçu la monnaie d’une autre façon. On en a la preuve dans le nom même qu’a porté, dans presque toutes les langues, l’unité monétaire; c’estl’unité de poids, la //tire ou le marc pesant du métal qu’on adoptait, cuivre ou argent, qui d’abord a été nominativement, et de fait, la mesure à laquelle se rapportait la valeur des choses. Dans la plupart des pays de l’Europe, il y a eu, jusques à une époque récente, des pièces

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LA MONNAIE. SECTION I, CHAPITRE VI. 3b

de monnaie appelées la livre ou le marc. Le sicle d’Abraham est un poids d’argent ; et il est plus que douteu.x qu’il eût 'une forme déterminée et fût autre chose qu’un poids ; l’«w romain était, à l’origine, une livre de bronze; Vaureits, qui fut la monnaie d’or de Jules- César et des empereurs jusqu’à Constantin, était taillé à raison de quarante à la livre romaine. Telle avait été déjà la taille première du denier d’argent (1). Chez les Grecs, la drachme est à la fois l’unité pondérale et l’unité monétaire. Le talent représente également un poids (2). Bien plus, à l’origine, on se contentait de peser les métaux qui remplissaient la fonction de commune mesure et d’équivalent universel ; au lieu de nos disques revêtus d’une empreinte, c’étaient de petites barres ou de petits lingots qui circulaient. C’est plus tard qu’on leur donne une forme déterminée et qu’on les revêt régulièrement d’une marque qui en certifie le poids, et le titre ou degré de finesse.

Le peuple qui paraît avoir, le premier, fabriqué Je la monnaie proprement dite, c’est-à-dire des pièces d’or ou d’argent coulées ou frappées et semblables à elles-mêmes, pour chaque sorte de pièces, par l’empreinte, la forme, le poids total et surtout le poids de fin qu’elles contenaient, est le peuple phénicien, le même qui a été regardé jusqu’ici comme l’inventeur de l’alphabet. Diverses auto-

(1) Voyez l'Économie politique des Romains, de M. Durcau de la Malle, t. I, p. IS et suivantes.

(2) D'après les tables annexées à l’Économie politique des Romaiits, de Dureau de la Malle, I, pages 446 et 447, l'as était un poids de 326 grammes ; la drachme attique, sous Périclès, de 4 grammes 3a, le talent attique, de la même époque, de 26 kilogrammes 107. On a depuis donné de cette drachme et de ce talent des évaluations un peu différentes. Mais d’autres drachmes que celles del'Attique ont servi d'unité de poids pour les monnaies grecques. Voir l’écrit de M. François Lenormant : Essai sur l’organisation politique et économique de la Monnaie dans l'antiquité, chapitre v.

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rilés cependant attribuent celte invention aux Grecs (1). Les Égyptiens furent longtemps sans connaître la monnaie, ou du moins sans la pratiquer, même après qu’ils eurent fait de grands progrès dans les arts et qu’ils eurent élevé des monuments magniliques. Ce n’est pas qu’ils ne se servissent des métaux précieux comme intermédiaires dans les échanges; ils les employaient à l’état de lingots qu’on se transmettait en les pesant; mais ils n’avaient pas de pièces de monnaie du genre de celles dont je viens de parler pour les Phéniciens.

La même notion de marchandise appliquée à l’or et à l’argent, alors qu’ils interviennent dans les transactions à titre d’intermédiaires, ou, en d’autres termes, alors qu’ils exercent la fonction monétaire, se retrouve nettement dans la civilisation orientale, de laquelle nous avons été, dans notre Occident, si longtemps séparés, ce qui ne veut pas dire cependant que nous ne lui ayons emprunté * beaucoup de choses. En Chine, de nos jours, la qualité de marchandise n’est pas même dissimulée dans l’argent par l’opération du monnayage. De môme qu’à l’origine, l’argent n’y subit pas l’opération spéciale et décisive qui s’appelle le monnayage, chez la plupart des peu pies ; je veux dire qu’il ne s’y met pas en disques d’un poids et d’un titre déterminés et revêtus d'une empreinte connue. Dans les transactions, on stipule la remise d’un poids d’argent saï-si, c’est-à-dire exempt de tout alliage. Dans ces conditions, l’argent remplit en substance la fonction de monnaie, tout comme s’il était mis en disques uniformes. L’impôt s’acquitte réellement en argent 5aï-«, le Trésor n’en reçoit pas d’autre. Les piastres d’Amérique ou d’Espagne circulent, en Chine, sans avoir le caractère de monnaie reconnue par l’État. Mais les banquiers et les marchands

(1) \oivV Essai sur l’organisation politique et économique de la Monnaie dans Vantiquiié, par .M. Erati^ois Lenormant, page 7.

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chinois de Canton et de Chang-haï ont l’iiabitude d’y imprimer des estampilles, ce qui les défigure et finit parles briser, et elles continuent alors de circuler comme des lingots d’un titre connu. Le taël d’argent, dont plusieurs voyageurs parlent comme d’une monnaie chinoise, n’est que l’indication d’un poids déterminé d’argent fin (38grammes”/iooo)> Il n’y a d’espèces monnayées chinoises, que le H ou tsien, pièce de cuivre et de toutenague, dont il faut douze cents pour faire une piastre, ce qui la met à moins de la moitié de notre centime ; on ne s’en sert que dans les transactions subalternes. Dans l’Empire mogol, on frap* pait une seule monnaie d’argent, la roupie sicca, fort connue partout sous ce nom, qui est celui de l’unité du poids. De même, pour l’or, les Mogols avaient le mohur ou sicca pesant (1).

Il est en Europe unenation, l’Espagne, qui agardé,jus- . qu'à nos jours, ses traditions primitives relativement au ' poids desmonqaies. Le quadruple d’oret la piastre d’argent sont du même poids toutes les deux (27 grammes 45 milligrammes), et ce poids commun est exactement le dix-septième de la livre de deux marcs de Castille. Rien n’indique sur le quadruple qu’il doive être compté pour un nombre déterminé de piastres d’argent. Il est ce qu’il est par luimême, un poids déterminé d’or fin. 11 faut ajouter cependant que, si le poids de ces deux pièces est demeuré le même, il n’en a pas été ainsi de leur teneur en métal fin,

(1) Voir le travail de M. de Montigny, attaché à Tambassade de France en Chine, Ce travaitaété inséré, sous le numéro 319, dans la publication bimensuelle du Ministère du Comitaerce, sous le titre du Manuel du négociant français en Chine (mars et avril 1846).

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