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CHAPITRE H

Si la baiue dea fraia de productioa, qui est probable pour l’argent, amèaerait Décessalrement la baisse de la valeur de ce métaL

Nous réunirons dans ce chapitre les deux dernières des trois questions indiquées au commencement du chapitre précédent.

Supposons que la marche de la civilisation, au lieu

d’être ralentie par des obstacles inattendus, par des guerres, par des révolutions anarchiques, devienne de jour en jour plus rapide, et qu’un plus grand nombre de peuples se laissent aller à ce courant bienfaisant. De toutes parts, l’ensemble des citoyens parviendrait à participer aux jouissances delà vie civilisée; le progrès des arts et celui du luxe absorberaient, tous les ans, une plus grande quantité de métaux précieux. Dès lors, la grandeur de la demande ne pourrait-elle pas empêcher, pendant un long espace de temps, la diminution des frais d’extraction de ces métaux, et même un certain agrandissement de la production, d’être suivis d’une diminution correspondante, ou même d’une diminution quelconque, dans la valeur qui leur est attribuée en comparaison des autres , marchandises, ou par rapport à un type fixe qu’on peut supposer? Un temps d’arrêt de ce genre, dans la baisse d’un article dont les prix de revient auront été notablement amoindris ou dont la production se sera accrue, doit se prolonger tant que celle-ci n’a pas pris une grandeur plus que proportionnée à l’étendue des nouveaux besoins.

Tout considéré, il y a lieu de penser que la baisse de la valeur de l’argent suivrait progressivement, à quelque distance, celle des frais de production. Les grands profits que rendraient les mines, à la faveur de méthodes meilleures et de l’amélioration des voies de transport, détermineraient les hommes à se porter avec énergie sur celte industrie. La production tendrait donc à s’accroître vivement. De là entre les producteurs une concurrence qui, inévitablement, entraînerait l’abaissement de la valeur du métal. Pour qu’il en fût autrement, il faudrait de deux choses l’une :

Ou qu’une fiscalité e.\igeante essayât de faire dériver vers le trésor public des Étals producteurs le bénéfice du

perfeclionnemenl ; mais je crois pouvoir écarler celle hypolhèse, parce que, au delà d’un cerlain poinl, elle souffrirail, dans l’exéculion, des difficullés insurmontables ;

Ou bien que les mines vinssent à manquer à l’ardeur des mineurs : or, au contraire, sur ce point, le témoignage de tous les observateurs éclairés, qui ont visité l’Amérique, est de nature à donner toute sécurité. Ils sont tous si vivement frappés du nombre des gîtes, de l’épaisseur des filons, de la grandeur des résultats obtenus sur un petit espace, que, lorsqu’ils ont à traiter de la fécondité du sol américain par rapport à l’argent, leur ton change tout à coup; de froid qu’il était, comme il convient dans les livres -de science, il devient animé et presque enthousiaste ; ils distinguent un inépuisable fonds de richesses ; ils voient l’Europe de métaux précieux;

ils affirmeut que les trésors qu’on a retirés des mines du Nouveau-Monde ne sont rien en comparaison de ce que ces mines peuvent fournir.

Mais laissons-les parler eux-mémes.

Citons d’abord Ilumboldt (i) :

« En général, l’abondance de l’argent est telle dans la « chaîne des Andes, qu’en réfléchissant sur le nombre « des gîtes de minerais qui sont restés intacts ou qui « n’ont été que superficiellement ejtploités, on serait ten- <1 té de croire que les Européens ont à peine commencé « à jouir de cet inépuisable fonds de richesses que ren- « ferme le Nouveau-Monde.

(< Si l’on jette les yeux sur le district des mines de « Guanaxualo, qui, sur le petit espace de quelques milft liers de mètres carrés, fournit annuellement la sep- <( tième ou la huitième partie de tout l’argent améri-

(t) Nouvelle-Espagne, III, pages 342-43.

« cain, oa verra que les 550,000 raarcs que l’ou retire O annuellement de la fameuse Veta Madré sont le pro- « duit de deu.x mines seulement, de celle du comte de « Valenciana et de celle du marquis de Rayas, et que <1 plus des quatre cinquièmes de ce filon n’ont jamais « été attaqués. Il est très-probable, cependant, qu'en (1 réunissant les deux mines de Fraustros et de Mellado , « et en les épuisant, on formerait une mine dont la ri- « chesse serait comparable à celle de Valenciana. L’o- « pinion, que la Nouvelle-Espagne ne produit peut-être « pas la troisième partie des métaux précieux qu’elle » pourrait fournir dans ^es circonstances politiques plus « heureuses, a été émise depuis longtemps par toutes les (< personnes instruites qui habitent les principaux districts <1 de mines de ce pays : elle est énoncée formellement « dans un mémoire que les députés du corps des rai- « neurs ont présenté au roi, en 1774, et qui est rédigé « avec autant de sagesse que de connaissance des localités.

« L’Europeseraitinondée demétaux précieux, si l’on atta- « quait à la fois, avec tous les moyens qu’offre le perfec- « lionnement de l’art du mineur, les gîtes de minerais de « Bolanos, de Batopilas, de Sombrerele, du Rosario, de n Pachuca, de Moran, de Zultepec, de Chihuahua, et « tant d’autres qui ont joui d’une ancienne et juste cé- « lébrité. »

Le témoignage plus récent de M. Duport n’est pas moins positif que celui de son illustre devancier.

« Les schistes argileux, talqueux, chloritiques, la dio- « rite, quelquefois des calcaires assez anciens, et plus ra- « rement encore les porphyres, sont, sur bien des points,

« traversés par des filons de quartz, qui renferment sou- « vent des sulfures métalliques ; quand cette circonstance « se présente, il est rare qu’on ne trouve pas, dans le nom- « bre, du sulfure d’argent. Ces formations fort rares, du

« moins au jour, dans les environs de Mexico, percent « plus souvent les masses Iracliyliques et porpliyriciues en « avançant vers le nord ; presque partout où elles se mon- « trent, il y a des exploitations plus ou moins importantes;

« mais quand on traverse la chaîne principale, vers le golfe 0 de la Californie, ce ne sont plus alors des points isolés,

« c’est toute la pente occidentale de la Cordillère qui est <» composée de ces roches métalliques, sillonnées des « mêmes veines de quartz sur un espace immense. C’est (( assez dire que les gisements travaillés depuis trois siè- « des ne sont rien auprès de ceux qui restent à explorer, «Mais, sans chercher de nouveaux districts, on peut,

« dans les anciens, suivre encore les travaux avec plus de « chances de succès qu’on ne le croit généralement, et « Zacatecas en est un exemple frappant. Ces mines, tra- « vaillées dès 1548, ont fourni sans cesse de l’argent, en « plus ou moins grande quantité, suivant que le hasard a « conduit plus ou moins heureusement les travaux des « mineurs. La réputation de Zacatecas était compromise, « quand un Français, le mineur Laborde, vint découvrir « le filon de la Veta Grande, dont la richesse, considérée « comme épuisée vers la fin du siècle dernier, a encore « fourni, de 1827 1S39, près de cent cinquante' mil-

« lions de francs. Un autre exemple plus récent encore est « celui des concessions de S. Clemente et S. Nicolas, qui « sont pour le moment les exploitations les plus fructueu- « ses de Zacatecas, quoique, il y a dix ans, on ne soup- « çonnât pas l’existence de filons si riches dans un terrain « contigu aux concessions de Malanoche et liondanera, qui « ont enrichi plusieurs fanulles il y a moins de quarante « ans. Enfin, le Fresnillo, qui produit en ce moment une « valeur de dix millions de francs par année, fut visité, en « 1827, parM. Ward; et dans son livre sur le -Mexique, ce « voyageur en parle comme d’un lieu abandonné, sur le-

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O quel on ne pouvait conserver que quelques souvenirs, « sans former aucune espérance (1). »

Le même auteur termine son ouvrage en ces termes, qui forment la conclusion naturelle du présent chapitre : « Le temps viendra, un siècle plus tôt, un siècle plus tard, où la production de l’argent n’aura d’autres limites que celles qui lui seront imposées par la baisse toujours croissante de la valeur (2). »

Il y a un quart de siècle que M. Duport écrivait ces lignes. Pendant ce temps les événements ont marché plus vite qu’il ne l’avait pensé. La principale des anciennes colonies de l’Espagne sur le continent américain, le Mexique, après de longues agitations, sous un régime qui n’avait de la république que le nom, a essayé de se faire de nouvelles destinées plus conformes à ses traditions et plus favorables à sa prospérité matérielle, à sa stabilité politique et à sou progrès social, en se plaçant sous l’égide des institutions monarchiques. Un prince généreux est venu d’Europe s’associer à cette difficile tentative et en assumer la direction laborieuse. 11 est impossible de dire encore quelle en sera l’issue, car, au sein même du Mexique, elle rencontre 1 hostilité de passions aveugles, et dans la grande république de l’Amérique du Nord, l’opinion semble y être contraire, ce qui ne laisse pas que d’assombrir fortement l’avenir. Si pourtant le gouvernement de l’Empereur Maximilien réussit ainsi qu’il le mérite, et par son succès restitue au pays le bon ordre dont il est privé depuis cinquante ans, il est hors de doute que l’exploitation des mines mexicaines acquerra dans peu d’années un vaste développement. Et que n’y aurait-il pas à attendre des mines du Pérou, si elles étaient l'objet de la

(1) Production des Métaux Précieux, etc., page 378.

(2) Ibid., page 426.

LA MONNAIE. SECTION XVm, CHAPITRE II. 783

moitié seulement des améliorations qu’elles comportent ?

Si le Mexique se refusait à la tentative de régénération qu’est venu y faire l’empereur Maximilien , il est hors de doute qu’il tarderait peu à être conquis par ses entreprenants voisins du Nord, qui y donneraient à l’industrie minérale la vive et intelligente impulsion qu’ils communiquent à tout ce qu’ils louchent.

En dehors du Mexique, dans la portion de la chaîne des Andes qui est située sur le sol des Étals-Unis, la mise en œuvre, sur une grande échelle, de nouvelles mines d’argent n’est plus un futur contingent, c’est un fait parfaitement acquis, et nous avons déjà donné sur ce sujet des renseignements sommaires. L’exploitation des gisements de métaux précieux de cette partie occidentale des États-Unis, qui avait commencé par l’extraction de l’or dans la Californie, s’étend aujourd’hui sur une dizaine d’États ou Territoires, indépendamment de la Colombie anglaise, qui paraît aussi offrir en ce genre de remarquables ressources. Or, parmi ces mines, dont l’extraction grandit tous les jours, il en est dont l’argent est le principal produit, et déjà la quantité ainsi obtenue de ce métal égale celle que fournit le Mexique. 11 n’en faut pas davantage pour démontcer que, dans un prochain avenir, elle sera bien supérieure à tout ce que l’Amérique entière a pu jamais fournir. Un agent du Ministère des finances des États-Unis, dans une note annexée au rapport du ministre, présenté au Congrès, à l’ouverture delà session de 1864-1865, exprimait l’opinion qu’en 1866 la production des deux métaux réunis dans cette région s’élèverait à 200 millions de dollars, c’est-à-dire à plus d’un milliard de francs. Sur cette somme, il est vraisemblable que l’argent formerait au moins le tiers ou le quart : que sera-ce donc dans une dizaine d’années ?

D’après ce même document, la superficie des terrains III. 48

argentifères et aurifères, qui ont été mis en réserve pour être concédés ou vendus il titre de gisements métalliques, excéderait, dans la Californie seule, 10 millions d’acres (4,046,700 hectares). Pour l’ensemble du pays que nous venons d’indiquer, sans compter cependant l’Utah et le Nouveau-Mexique, ce seraient 15 millions d’acres de plus (6,070,000 hectares). On est fondé à croire jusqu’à présent que ce n’est pas l’argent qui constitue la majeure partie de ces gisements; mais, quelque défalcation qu’on fasse pour l’or, il restera assez d’espace pour donner lieu à une immense extraction de l’autre métal. Il faut d’ailleurs tenir compte de ce que cette vaste région n’a encore été explorée qu’à peine ; par conséquent de nouvelles richesses minérales viendront infailliblement s’ajouter à celles qui déjà sont connues, aussi bien pour l’argent que pour l‘or.

' Lorsque dans un pays la population est animée de l’esprit d’entreprise, et quel peuple est plus entreprenant que celui des États-Unis? lorsque les lois y consacrent, dans sa plénitude, le principe de la libre concurrence, et c’est bien le cas dans l’Union Américaine, lorsque enfin une industrie y offre à l’activité humaine un champ indéfini par son étendue, séduisant par l’abondance et la nature même des fruits qu’il donne, ce n’est pas une question que de savoir si une telle industrie y sera pratiquée et portée , dans un bref délai, à un degré d’extension tel que le prix de ses produits tombeau niveau ' où il peut être raisonnablement abaissé. En un mot, se bornàt-on à envisager, parmi les mines du Nouveau-Monde, celles qui sont situées aux États-Unis, on serait fondé à penser que, par le fait des mines de l’Amérique, la valeur de l’argent éprouvera, avant qu’il soit bien longtemps, toute la baisse que comportent l’avancement acquis aux arts métallurgiques et le progrès général des moyens de production.

LA MONNAIE. SECTION XVIU, CHAPITIIE lll.

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