‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 21 sur 132 · IH · texte numérisé non relu

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114 •■'COÜUS' D'ÉCONOMIE POLITIQUE.

iaiborieux'ef intelIigeDts. mais il n’y a de capital que pour en faire travailler cinquante; ils supplient qu’on prenne leur travail au rabais, la valeur du travail baisse ; c’est Manchester ou Lyon pendant une crise commerciale. A cent lieues de là, et à la même heure, voici encore cent ouvriers qui veulent du travail ; mais la besogne abonde,

où en occuperait facilement le double ou le triple : on se les arrache, la valeur du travail monte. De ces deux groupes de cent ouvriers chacun, le mieux payé pourra fort bien être le moins robuste et le moins habile.

Sans doute, comme l’a dit M. Germain Garnier dans le passage que nous avons cité au commencement de ce chapitre, l’homme qui travaille, quel qu’il soit, donne une chose qui est la même dans tous les cas, ou qui peut sembler telle: il' sacrifie, pendant le nombre d’heures que l’hygiène comporte et que^ l’usage consacre, sa liberté, l’exercice de toute la force que recèlent ses muscles , toute l’attention de son esprit, ou du moins il a promis de le faire, et il est supposé, avec plus ou moins de justesse, ■tenir son engagement. Passons sur les différences que présentent les hommes à cet égard, et admettons l’égalité du sacrifice. Du point de vue radral, cette soumission de la personnalité humaine sera dès lors constamment semblable à elle-même, poîirvu que les lois qui président au travail et qui déterminent les relations entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie soient identiques.

Mais si, en présence de ce fait, il y avait lieu d’affirn^^. qu’il y a dans le travail humain une valeur invariable, W me pourrait être que par rapport à l’ouvrier qui fournit ce travail, en ce sens restreint qu’il s^mposerait le môme acte desoumission. Mais ici le mot de valeur est-il bien à sa place? et est-ce donc l’ouvrier qui fixe seul la valeur de son travail ? Le prix du travail, apparemment, résulte d’un contrat débattu entre celui qui en fait l’apport et celui qui le

paye. Comment peut-on supposer que l’entrepreneur d’industrie qui emploie un ouvrier consentira à le laisser juge de son salaire, et à prendre pour base de cette rétribution le sentiment que l’ouvrier pourrait avoir de l’acte moral de soumission qu’il fait? C’est ce qui ne s’est jamais vu et ne se verra jamais.

Le moraliste, se plaçant au point de vue de M. Germain Garnier, peut utilement adopter pour un instant 1a notion de l’invariabilité du sacriticeque fait le travailleur, afin d’en tirer des conséquences conformes à l’humanité, et toujours opportunes, sur les ménagements que méritent, sans exception, tous les hommes qui travaillent, qu’ils soient habiles ou non.

Mais l’Économie politique, quand elle raisonne sur la valeur des choses, ne saurait admettre la parité que là où elle existe. A ses yeux donc, la valeur du travail est essentiellement variable, parce que les circonstances qui déterminent la valeur de ce service humain, c’est-à-dire celles qui, par rapport à ce service, sont propres à l’offre et à la demande, sont profondément sujettes à varier,

11 suffit d’ouvrir les yeux pour être saisi de l’énorme différence qu’il y a entre la valeur qui est propre au travail humain, et qui lui est reconnue, dans certaines contrées ou dans certaines conditions politiques et sociales, et celle (|u’il a dans d’autres régions, sous un autre régime et au milieu d’airtres données. Qu’est-ce qu’il y a de commun entre le salaire d’un Indou et d’un Anglo-Américain, du paysan polonais où russe et de l’ouvrier du Lancashire ou du faubourg Saint-Antoine?

• On ne serait pas mieux fondé à dire que le môme effort musculaire, le même degré de tension d’esprit chez l’ouvrier, ont la même valeur; sans doute il est permis de soutenir que l’Indou a moins de force à dépenser que l’ouvrier qui habite les bords du Merrimack, de la Tamise,

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WiT' COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

OU (le la Seine, et qu’il a une intelligence moins alerte; on peut expliquer ainsi, dans une certaine mesure, la dilli’renco des salaires. Mais voici un Irlandais qui, dans sa pairie, recevait un salaire de deux schellings à peine. Cet homme passe les mers, et, un mois après avoir quitté son île, il est dans l’Étal de New- York. Lîi il en touche quatre; c’est pourtant la même paire de bras, la même intelligence, le même degré d’application.

Le travail du nègre, au moment où l’on vient de l’affranchir précipitamment, ne vaut pas plus que la veille quand il était esclave; il vaut probablement moins, puisque le noir émancipé ne veut plus travailler qu’un petit nombre d’heures. Cependant à la Jamaïque, à la Trinité, et dans les autres colonies anglaises, après l’émancipation des esclaves, les salaires qu’ont obtenus les noirs ont été hors de proportion avec ce qu’ils avaient précédemment. Les îles comme la Barbade, où le travail du noir allranchi était le meilleur, ont été celles où la rétribution a été la moindre, c’est-à-dire où le travail a le moins valu. C’est que le rapport entre l’offre et la demande a été plus favorable au noir de la Jamaïque et de la Trinité qu’à celui de la Barbade.

Sur ces entrefaites, on fait venir des ouvriers libres de l’Inde ou de la Chine; c’est ce qu’on a pratiqué sur une grande échelle à l’Ile de France, par e.xemple. A l’arrivée des Coulis, le noir jusque-là indisciplinéf se range; il travaille davantage; sou travail a-t-il plus de valeur , en d’autres termes est-il plus rétribué? Non, il l’est moins. Le rapport entre l’offre et la demande le sert moins bien, favorise moins ses prétentions. .

Une opinion que l’Économie politique autorise et motive, est celle qui représente l’esclavage comme devant disparaître de certaines contrées qu’il afflige encore, indépendamment môme de l’influence libérale qu’exerce

pour le faire abolir, la morale chrétienne. H doit disparaître par le seul fait du changement qu’éprouvera la valeur du travail libre en proportion de celle du travail esclave, à mesure que la population s’accroîtra, que les hommes deviendront plus industrieux, qu’ils auront amassé plus de capital et qu’ils sauront mieux s’en servir. Il y a lieu de croire qu’en Amérique, dans les États do Delaware, de Maryland, de Missouri et dans plusieurs autres, on trouverait dès aujourd'hui de l’avantage à avoir^ des cultivateurs libres au lieu d’esclaves. Lorsque l’esclavage fut aboli dans le New-Jersey, le travail libre y était devenu moins coûteux que le travail esclave, après y avoir été plus cher (1). Ce n’est pas la moins intéressante des expériences qui démontrent que la valeur du travail est sujette à varier. '

Concluons donc que, pas plus que le blé, le travail ne saurait donner une mesure invariable de la valeur, et que, de toutes les valeurs, les métaux précieux offrent celle qui est la plus propre à mesurer couramment les autres. •

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