CHAPITRE PREMIER
Ce que c’est que l’étalon monétaire.
Le mot d’élalou est un de ceux dont, quand on traite de la monnaie, il importe le plus de fixer le sens. Il n’est pas rare de rencontrer despersonncsquiapplitjuentlatpjaliléet le nom d’étalon monétaire à un métal, du moment que les pièces quien sont faites ne peuvent être refusées en payement. Celte interprétation n’est pas correcte. Lorsqu’un métal est investi par la loi de celte faculté qu’on ne puisse refuser en payement les espèces monnayées qui en sont fabriquées, il est un moyen, autorisé par la loi, d’acquitter une dette, ce que les Anglais appellent un legal tender, expression qui pourrait se traduire par monnaie IJgale, mais il n’est pas pour cela l’étalon. Sans doute lorsqu’un métal est l’étalon, les pièces qn’on ena frappées sont de la monnaie légale; mais la réciproque n’est pas vraie. Lorsqu’on dit que tel métal est l’étalon monétaire, il faut l’entendre ainsi : que non-seulement les espèces qui en sont faites sont de la monnaie légale et, à ce titre, ne peuvent être refusées en payement, mais encore que ïxmité monétaire est expressément un certain poids fixé une fois pour toutes de ce métal, indépendamment de l’al-
liage qui peut y être ajouté, et dont au surplus la loi détermine la proportion.
Ce serait si bien une erreur de confondre les deux attributs de monnaie légale et A'étalon^ qu’il est possible d’organiser un système monétaire dans lequel les pièces d’un métal qui n’est pas l’étalon soient cependant de la monnaie légale. La France et bien d’autres pays en ont offert ou en offrent l’e-xemple.
Les deux termes A' étalon et A’ unité monétaire unis l'un à l’autre étroitement ; ils seraient absolument synonymes si la matière dont une chose est faite pouvait se confondre avec la chose même.
On pourrait dire aussi que, dans son sens rigoureux, le mot A’ étalon signifie l’unité monétaire elle-même définie par le métal qui la compose et le poids de métal fin qui y entre. A ce compte, en France, l’étalon serait un poids de ^ et demi d’argent fin ; il n'est pas rare do trouver le mot d’étalon employé de cette^ manière dans des traités d’Économie politique. Cependant c’est plus souvent au métal même qu’à l’unité monétaire qu’on rapporte la qualité d’étalon. 11 nous arrivera, dans le cours de ce volume, de faire usage de cette expression dans l’un et l’autre sens; mais les circonstances dans lesquelles nous la ferons intervenir écarteront toute équivoque.
Le fait même de la liaison indissoluble qui subsiste entre les deux notions d’étalon et d’unité monétaire n’est pas sans entraîner (|uelques conséquences d’une certaine portée. Supposons qu’on étudie les lois d’un État où l’on sache que le législateur ait été parfaitement informé des conditions essentielles d’un bon système monétaire, ce qui suppose, comme on le verra bientôt, qu’il n’ait eu aucun doute au sujet de la nécessité d’avoir un seul étalon et non pas deux. Si, dans les textes qu’on aura sous les yeux, on trouve l’institution nettement dessinée de l’unité
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monétaire dans des termes analogues aux suivants : tel poids de métal fin, ou, ce qui revient au même, tel autre poids à tel titre constitue cette unité, il s’ensuivra que le métal dont il s’agit est l’étalon, que seul il est inve.sti de cette fonction. L’observation que je fais en ce moment paraîtra peut-être à quelques personnes une sorte de truisme qu’il est superflu d’énoncer, tant c’est d’accord avec l’évidence. Le lecteur verra pourtant par la suite de cet écrit qu’elle n’est pas aussi oiseuse qu’elle le paraît, car dans les discussions auxquelles à donné lieu, récemment, le système morfétaire de la France, il n’a pas manqué de personnes qui aient essayé de contester cette déduction.