CH,\PITRE PREMIER
Si la monnaie devait être composée d’un seul dea deux métaux précieux, pourraiton justiûer la préférence exclusive qu’on donnerait à l’un ou à l’autre ?
S’il fallait absolument choisir entre les deux métaux, lequel mériterait la préférence ? L’or est plus portatif , c’est un avantage pour les transactions courantes de la vie; il se compte bien plus rapidement, c’est commode pour les payements du commerce. L’or mêlé d’une dose convenable d’alliage résiste mieux au frottement : le frai sur la monnaie d'or est quatre fois moindre que sur la monnaie d’argeùt. On a dit, il est vrai, que 1 gramme d’or perdu valait 1 5 ou 1 6 grammes d'argent ; mais qu’importe, du moment que la monnaie d’un État, lorsqu’elle serait en or, absorberait 1 5 ou 1 6 fois moins de métal qu’en argent. Sur ces deux points intéressants la supériorité est ilonc du côté de l’or.
Il y a aussi lieu à une observation judicieuse sur la- .juelle a insisté lord Liverpool. C’est que dans les pays riches où le commerce est considérable, et où les transactions des principaux marchés roulent sur de grosses sommes, l'cr, par le fait de la valeur considérable qu’il recèle sous un petit volume, semble être le métal le mieux approprié
pour servir de monnaie. Mais il reste à savoir jusqu’à quel point cet argument est de force à faire défînitivement pencher la balance en faveur de l’or. J’avoue que je ne lui supposerais pas un poids suffisant.
L’essentiel est de comparer les deux métaux sous le rapport de la fixité de la valeur.
Un savant économiste, qui a traité avec supériorité la question de la monnaie, M. Senior, est d’opinion que les fluctuations passagères qu’occasionnent les incidents divers de la politique ou les dérangements du commerce, affectent l’or plus que l’argent. Dans ces cas-là, en effet, l’or beaucoup plus mobile répond plus instantanément à l’appel qu’on lui adresse d’un autre Étatou d’un autremarché. Ainsi une guerre qui fait rechercher l’or, une crise en Angleterre qui décidera l’or à s’y rendre du continent, semblent devoir aussitôt causer un enchérissement de ce métal, dans les pays où on le prendra ; de même une révolution qui effrayera les riches, et déterminera beaucoup de per^nnes à se procurer les moyens de fuir , ou à cacher fout ce qu’elles pourront de leur avoir sous I2 moindre volume possible. Mais aussi, grâce à cette mobilité même, il semble que le niveau doive se rétablir plus facilement pour l'or que pour l’argent.
Dans l’intérêt de l’argent, on peut remarquer que la quantité de ce métal qui existe éparse sur le marché général du monde, a acquis les plus grandes proportions par rapport à l’or depuis la découverte de l’Amérique. Cet argument a son prix dans la question qui nous occupe. Cependant il faut ajouter que, depuis unequinzaine d’années, la production de l’or s'est développée si bien que la balance tend à se rétablir.
L’expérience qui, en cette sorte d’affaire, est un maître qu’on ne saurait trop consulter, fournit ici des indications qu’on n’aurait pu prévoir. C’est ainsi que l’administration
de la Banque de France a remarqué que, lorsque la monnaie dominante était l’argent, les réserves métalliques des particuliers étaient mises en dépôt à la Banque plus régulièrement et en plus grande quantité que depuis le moment où l’or a formé le courant de la circulation. Il semblerait qu'avec la monnaie d’or chacun, ayant plus de facilité pour cacher ses épargnes, ne se presse pas de s’en départir pour les mettre en lieu de sûreté; au contraire, avec la monnaie d’argent, la môme somme occupant un beaucoup plus grand volume, on a moins de facilité pour la dérober au,v regards, ou bien il serait beaucoup plus incommode de la porter sur soi, et alors on s’en dessaisit, en la déposant dans quelqu’un des établissements publics ou privés qui sont en communication avec la Banque.
Pour savoir exactement que penser au sujet du degré de fixité qui caractérise la valeur de chacun des métaux précieux, on est porté naturellement à consulter le cours des lingots de l’un et de l’autre métal, cours dont on a des relevés depuis longues années, afin d’en comparer les variations. 11 semble qu’ainsi la question soit aisée à résoudre, puisqu’elle se réduit à mettre en regard les uns des autres des chiffres authentiques ; mais on est aussitôt arrêté par une difficulté : chez nous la monnaie courante jusqu’à ces derniers temps était exclusivement en argent ; l’or n'apparaissait qu’accidentellement dans la circulation. C’est en argent qu’était et que reste l’unité monétaire. La loi ayant défini le franc un poids de 5 grammes d’argent à 900 millièmes de fin, et les hôtels des monnaies étant tenus de convertir en pièces de monnaie, à la volonté des particuliers, l’argent qu’on leur apporte, moyennant la retenue de 1^', 30 par kilogramme, l’argent en lingots, ramené à 900 millièmes, ne peut, si ce n’est très-fortuitement, être d’une manière sensible au-dessus ou au-des-
SOUS de 198 50 le kilogramme, puisque du kilogramme
au litre de 900 millièmes ou’ fait juste 200 francs en espèces monnayées. Un très-petit écart en plus ou en moins de 198 50, telle est la limite des variations qu’a pu pré-
senter le lingot d’argent ramené au titre de 900 millièmes, tant que la monnaie courante a été composée presque uniquement de pièces d’argent. Sous cette même donnée, le cours de l’or, qui s’exprimait aussi en argent, pouvait varier ostensiblement dans une plus forte proportion ; il suivait exactement les variations de la valeur du métal, dans la supposition que la valeur de l’argent fût immobile. En Angleterre, où il n’y a de monnaie légale que l’or et où le monnayage se fait indéfiniment et gratis, sur la réquisition des particuliers, ou tout au moins de la Banque d’Angleterre, le cours de l’or, par une raison semblable, reste à peu près invariable, et seul le cours de l’argent, qui là s’exprime en or, est passible de modifications bien sensibles.*^
Dans ces circonstances, à l’époque où c’était l’argent qui formait le courant de la circulation française, si la cote de l’or montait à Paris, comment savoir si c’était parce que l’or avait haussé relativement à l’argent, ou parce que l’argent avait baissé relativement à l’or? Pareillement, si l’argent semble être en hausse à Londres, il est possible que l’argent soit réellement enchéri , mais il se peut aussi que ce soit l’effet d’une baisse de l’or. Il faut donc, dans chaque cas, soumettre les résultats apparents à une critique attentive et se rendre compte delà situation, afin de remonter des effets aux causes, ce qui n’est pas facile.
L’or ayant monté, si je vois qu’une guerre a provoqué une demande extraordinaire de pièces de ce métal, je puis répondre que la majeure partie au moins de la hausse qui s’est manifestée est bien réellement du fait de l’or. Je raisonnerai de même en cas de baisse de l’or, si j’apprends
qu’il est arrivé à Londres une masse de lingots de la Sibérie, ou de la Californie, ou de l’Australie. Mais si, en me supposant encore à l’époque où la circulation française était en argent, après que les côtes du Mexique auront été tenues bloquées pendant quelque temps, j’aperçois que 1 oi a baissé à Paris, je dois penser, non que ce métal a réellement diminué de valeur, mais que c’est l’argent qui a monté. C’est seulement lorsque les faits sont bien caractérisés qu’on parvient h discerner la réalité derrière l’apparence; lorsqu’il s’agit de variations très-faibles, et si les circonstances sont ordinaires, il est à peu près impossible de décider de quel côté a été le changement.
Les faits peuvent môme être plus complexes que nous ne venons de le dire, car il est possible que les phénomènes observés résultent des variations des deux métaux à la fois, soit qu’ils aient eu tous les deux le même mouvement, soit que leurs oscillations aient été opposées. Dans le premier cas les écarts se contrarient ; dans le second ils s’ajoutent; dans l’un et l’autre, la variation propre à chacun des deux est mal aisée à estimer.
Les témoignages qu’on peut recueillir sur les variations respectives qu'éprouvent les deux métaux précieux doivent donc être accueillis avec beaucoup de réserve. Avant qu’on soit en droit d’en tirer aucune conséquence, il convient de les faire passer par le creuset d’une enquête minutieuse.
Lord Liverpool mentionne des résultats apparents qu’il présente comme la réalité même, et d’où il conclut que l’argent varie beapcoup plus que l’or. En vingt-deux ans, de 1774 à 1797, l’argent en piastres aurait varié sur le marché anglais de 12 p. 100, et pendant une seule année, en 1797, la variation aurait été de plus de 9. L’or, dans le môme temps, variait de moins d’un demi-centième, d’après le taux des achats faits par la Banque d’Angleterre
pourenvoyeràl’hôlel des monnaies. Un autre relevé, fourni à lord Liverpool par un grand manufacturier de Birmingham, aurait accusé, pour l’argent en lingots, plus de variation encore : dans un intervalle de dix ans (de 1783 à 1793), les oscillations seraient allées jusqu’à 19 p. 100, et. pour les lingots d’or, elles se seraient bornées, pendant un intervalle de quarante ans, à 5 */îP- 100 au maximum.
Ici les prix sont estimés en billets de banque, mais peuton dire que ce type-là fàt une tierce valeur immuable et également indépendante de l’or et de l’argent? Évidemment non. Le billet de banque, à l’époque à laquelle se réfèrent les renseignements donnés par lord Liverpool, se remboursait en or, à l’exclusion à peu près complète de l’argent. Les choses se sont donc passées comme si l’achat des matières d’or ou d’argent se fût fait avec des espèces d’or. Qu’est-ce à dire, sinon que les variations ainsi manifestées pouvaient être très-marquées pour les lingots d’argent, et devaient être presque insensibles pour l’or (1). car, ainsi que nous avons eu lieu de le rappeler plus haut, lorsque des espèces monnayées sont droites de poids et de titre, la différence de valeur entre ces espèces et les lingots du métal d’où elles proviennent, poids pour poids et titre pour titre, ne peut être que très-modique, sauf des circonstances exceptionnelles qui ne se présentaient pas ici.
La preuve qu’a ainsi donnée lord Liverpool de la plus grande variation de l’argent a donc le défaut de ne rien prouver; elle laisse tout en suspens. 11 y a cependant lieu de croire, par d’autres motifs, que dans le cours de la
(1) La variation de o '/t pour l’or est même Ici surprenante par sa grandeur ; elle n’a pu être occasionnée que par quelques circonstances extrêmement passagères, et elle aura ^té de fort courte durée. Des détails fournis par lord Liverpool il résulte que l’écart entre le lingot d’or et les espèces monnajées était presque insensible, pendant les vingt dernièrc.s années qui ont précédé la suspension des payements en espèces par la Banque.
période sur laquelle il a porté son attention, la valeur de l’argent a éprouvé de plus grands écarts que celle de l’or. Nous aurons occasion en effet d’exposer plus tard que, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les mines d’argent du Mexique produisirent des quantités d’argent jusque-là inaccoutumées. L’offre de ce métal étant ainsi caractérisée par un grand accroissement, tandis que rien de pareil ne se passait pour l’or, ce fut une raison pour que sa valeur subit une baisse.
La question que nous agitons ici revient à découvrir s’il y a lieu de prévoir, pour l’un des deux métaux précieux plutôt que pour l’autre, le retour du phénomène que nous venons de rappeler par rapport à l'argent pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle. La Californie, depuis 1848, l’Australie depuis 1851, diverses contrées de l’Amérique septentrionale baignées par l’océan Pacifique, depuis cinq ou six ans, et aussi bien la Sibérie depuis 1830, nous ‘paraissent fournir la réponse: on a lieu de s’attendre à la baisse de l’or. Avec l’or, le développement de la production peut être plus soudain, plus précipité, parce que l’extraction du minerai du sein de la terre est beaucoup plus simple que pour l’argent, et que l’opération au moyen de laquelle le métal est retiré du minerai, une fois amené au jour, est d’une facilité élémentaire et d’une promptitude extrême, tandis qu’avec l’argent elle est le plus souvent très-compliquée. En sens contraire, il y a bien cette considération que l’extraction de l’or, par sa simplicité même, laisse moins la porte ouverte aux perfectionnements qui, diminuant successivement les frais de production, élargissent la marge de la baisse lorsque l’offre s’étant beaucoup accrue, la demande augmente moins. On verra pourtant que cet argument est loin d’avoir toute la portée qu’on pourrait lui supposer et que, en fait, les procédés d’extraction employés pour les allu-
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vions, qui constituent le gisement principal de l’or, ont reçu en Californie des perfectionnements considérables.
On ne doit pas se dissimuler cependant, et nous l’expliquerons plus loin, que, pour l’argent aussi, les possibilités d’un vaste accroissement de la production sont devenues de nos jours extrêmement grandes, de sorte que, pour ce métal aussi, il y a beaucoup de chances de l’abaissement de sa valeur. Il y a pourtant cette différence que, pour l’or, l’agrandissement de l’extraction est déjà un fait acquis, tandis que, pour l’argent, ce n’est encore qu’une perspective.
La méprise dans laquelle était tombé lord Livcrpool a été renouvelée par d’autres partisans prononcés du monnayage exclusif en or. On a voulu aussi tirer avantage, en faveur de ce métal, d’un fait qui résulte des tables de Wettenhall, tables qui récapitulent, année par année, et mois par mois, les prix de l’or et de l’argent sur le marché de Londres. En parcourant ces tables du 5 janvier 1819 au 5 janvier 1832, on a remarqué qu’elles n’accusaient presque aucune variation pour l’or, tandis que, pour l’argent, elles dénoteraient un écart de 6 '/t P* 1^0. Si l’on eût voulu prendre en considération ce fait décisif que les tables de Wettenhall exprimaient les prix en monnaie d’or, on aurait reconnu qu’elles ne pouvaient rien indiquer d’un peu notable pour les variations des lingots de ce métal. Quant à l’écart qu’elles paraissent dénoter pour l’argent, il n’y a aucune raison pour dire qu’il soit du fait de l’argent plutôt que du fait de l’or. Le rapport de valeur entre les deux métaux a changé : c’est incontestable; mais auquel s’en prendre? est-ce à l’un? est-ce à l’autre? est-ce à tous les deux? C’est ce sur quoi les tables de Wettenhall, pas plus que les relevés dont s’était étayé lord Liverpool, ne sauraient rien nous apprendre.
Si, depuis un demi- siècle, le monnayage exclusif de l’or
a trouvé de chauds partisans , des défenseurs habiles , presque enthousiastes, s’il en compte en ce moment plusieurs qui ne manquent pas une occasion de soutenir leur opinion de tout le poids de leur autorité (1), il faut reconnaître que, dans les siècles précédents, des hommes éminents ont au contraire manifestement penché du côté de l’argent. En Angleterre, sir William Petty, Locke et Harris avaient afficliè cette opinion, les deux derniers surtout. Locke, dans la discussion approfondie à laquelle il s’est livré sur les monnaies, a prononcé cette sentence, que « l’or n’était pas la monnaie dominante des peuples f civilisés et la mesure du commerce, et qu’il n’offrait (' pas les qualités à ce nécessaires, » proposition qui, je dois le dire malgré mon respect pour ce grand esprit, me semble empreinte d’une forte exagération. 11 ajoutait, ce qui est plus exact, que les espèces d’argent étaient la monnaie décompte et la mesure du commerce, sur la surface entière du globe; que, quant à l’Angleterre et aux États voisins, c’était incontestable. M. Harris, en son Essai, s’exprime en ces termes : « Dans la partie du monde que nous Il habitons, l’argent est et a été, de temps immémorial, l’é- « talon monétaire. C’est la matière la meilleure pour cet em- II ploi d’étalon. » Sir William, Petty avait dit, avant l’un et l’autre, que « des deux métaux précieux, un seul doit être <1 la matière des monnaies, et que, dans l’état présent des (I choses, c’est l’argent qui remplit ce rôle. » Quant à savoir s’il existait aucune règle ou convention positive dans le monde, il crut devoir se réserver sur ce point. La suprématie qu’il revendiquait pour l’argent ne provenait d’aucun engagement international. Elle ne résultait que de la tradition et de la coutume, ce qui, en pareille "matière, est une grande autorité. 11 y a cependant lieu de dire que
(I) Nous citerons entre autres M. de Paricu.
la législation intérieure de chacune des plus grandes nations impliquait, jusqu’à un certain point, ainsi que nous en avons fait plus haut la remarque, la volonté de donner à l’argent le rôle d’étalon.
En résumé, que conclure de ce qui précède?
Le voici, ce me semble. L’un et l’autre, l’or et l’argent, sont exposés à l’action de causes quelquefois très-énergiques, qui, modifiant profondément le rapport entre l’offre et la demande, tendent, par cela même, à changer la valeur, tantôt de celui-ci, tantôt de celui-là. La plus grande fixité qu’il était assez à la mode, pendant le premier quart du dix-neuvième siècle, de représenter comme étant l’atfribut spécial de l’or, est éminemment problématique, et on peut la considérer comme une fiction. On n’aperçoit aucune bonne raison pour affirmer que les circonstances, qui de temps en temps agissent sur la valeur des métaux pour la modifier, soient de nature à affecter l’un beaucoup plus que l’autre. De ce chef donc, on ne saurait dire qu’il existe entre eux une inégalité marquée d’aptitude à remplir la fonction de monnaie. Du moins, cette inégalité n’est pas possible à constater avec les moyens d’observation qui sont à notre portée.
On ne voit donc pas de raison pour que, systématiquement, tous les peuples civilisés se mettent à répudier l’un des deux métaux précieux, et à réserver absolument l’attribution monétaire pour l’autre. Les diverses nations, ou, pour mieux dire, les différents groupes d’Élats pourront être conduits, par des raisons qui leur seront propres, les uns à préférer l’or, les autres à préférer l’argent. Il y a pourtant un point sur lequel je crois devoir appeler l’attention , à la suite de quelques écrivains qui s’en sont expliqués avec une grande force de logique, et non sans motiver leur opinion sur des considérations politiques d’un ordre élevé. N'arrive-t-il pas à certains moments que,
chez l’un ou l’autre des deux métaux précieux, quelqu’une des qualités essentiellement requises pour la fonction monétaire soit évanouie ou voilée? Parmi ces qualités, la plus nécessaire au point de vue économique, c’est une certaine fixité de valeur. Or, qu’advient-il de cette fixité, lorsqu’un changement subit éclate dans le rapport entre l’offre et la demande, sous l’action, par exemple, d’un débordement de la production, à la faveur de mines nouvelles d’une richesse et d’une étendue inaccoutumées?
Se plaçant à ce point de. vue, M. James Maclaren, que nous avons déjàcité(l), a soutenu l’opinion que la découverte et l’exploitation en grand des mines d’or de la Russie septentrionale, de la Californie et de l’Australie, devaient, dans un certain délai, entraîner la valeur de ce métal dans une baisse profonde, de manière à causer une révolution dans les intérêts des classes nombreuses de la Grande-Bretagne. Kn présence de ces désastres probables , il s’est demandé si l’or, dépouillé qu’il était momentanément d’une des vertus les plus indispensables à l’accomplissement delà fonction monétaire, ne devait pas être déchu de cette fonction, et si l’Angleterre, en un mot, ne devait pas abandonner l’étalon d’or pour revenir à l’étalon d’ai^ent. La question est grave; la solution recommandée par M. Maclaren soulève beaucoup de difficultés, et de trèsgrandes; mais aussi, au point de vue de la théorie économique comme au nom de la politique, il y a beaucoup à dire en sa faveur. On ne s’expliquerait pas qu’elle n’ait pas occupé d’avantage l’opinion publique, en Angleterre, et obtenu plus d’adhésion parmi les personnes qui se consacrent à l’Économie Politique, s’il n’y avait lieu de craindre que le grand changement conseillé par M. Maclaren ne fût devenu bientôt un labeur inutile, parce que l’argent aurait éprouvé à son tour un fort abaissement de valeur.
Sketch ofthehistory oflhe currency.
Digüi/éi by GuugU