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CHAPITRE H

Motifs qu'oD aurait de maintenir aux deux métaux précieux k la fois les attributions monétaires, et des moyens pratiques d’obtenir ce résultat.

L’Économie Politique démontre, avec une rigueur égale à celle dont se vantent à bon droit les mathématiciens, qu’il ne doit y avoir dans la monnaie d’un État qu’un seul étalon. Elle reconnaît cependant que l’or et l’argent possèdent sensiblement au même degré les qualités qu’exige la fonction monétaire. Il semble dès lors que le mécanisme monétaire d’un État doive être d’un seul métal qui, selon les circonstances propres aux différents pays, serait ici l’or et là l’argent. C’est ainsi qu’on l’a entendu dans un État où les questions de cet ordre sont ordinairement traitées d’une manière supérieure. L’Angleterre n’a de monnaie qu’en or. L’or est chez elle le seul moyen légal d’acquitter une dette (1). Dans tous lès autres grands États, jusqu’à ces derniers temps, il y a eu, nominalement au moins , une monnaie d’or et une monnaie d'argent, valables l’une et l’autre pour tous les payements, quelle qu’en fût l’importance. Le système d’une double monnaie légale, qu’il ne faut pas confondre avec celui du double étalon, est sujet à se déranger, et on a dû, pour le rajuster, se livrer à des efforts qui n’ont pas toujours été heureux. Pour que les deux métaux circulassent parallèlement l’un à l’autre, il avait fallu convenir que telle quantité d’argent était l’équivalent de telle autre

(i) Le billet de la Banque d’Angleterre est aussi, dans l’Angleterre proprement dite, un moyen légal de s’acquitter (fe^af lender); mais c'est à la condition expresse qu’il soit, au même moment, remboursable en espèces à 4a Banque; c'est donc une manière de s'acquitter en or.

quantité d’or, ce qui pouvait être et était en effet le plus souvent e.xact au moment delà convention, mais cessait de l’être après un certain délai. Par exemple, entre 1 kilogramme d’or et 15 kilogrammes 1/2 d’argent, il peut bien y avoir eu équation à un moment donné ; mais une pareille équation est essentiellement éphémère. Quand elle avait cessé, le mécanisme se détraquait : un desmétaux, celui auquel le rapport établi par la loi était devenu défavorable, tendait à sortir du pays, et il s’en échappait réellement ou, tout au moins, il se retirait du courant de la circulation et devenait une marchandise qu’on se procurait chez, les changeurs au moyen d’une prime, lorsqu’on en avait besoin.

Deux questions se présentent ici. Premièrement, existet-il de bonnes raisons pour maintenir les deux métaux à la fois dans le système monétaire d’un grand État, tout en n’ayant qu’un seul étalon, conformément à une des règles les plus fermement établies de l’Économie Politique ? Secondement, est-il possible d’embrasser les deux métaux précieux dans une combinaison que la pratique ne vienne pas bientôt détruire?

A l’appui de l’opinion que ce serait un mal de ne pas employer simultanément, pour l’office de monnaie, les deux métaux qui sont qualifiés pour cette destination, l’on représente que les lois doivent se conformer à la nature des choses. Montesquieu ouvre l'Esprit des Lois par ces paroles : « Les lois, dans la signification la plus « étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la « nature des choses. » Or, la nature des choses indique également à peu près l’or et l’argent pour faire de la monnaie.

On argue aussi de ce que l’Angleterre elle-même, où le principe est cependant que l’or seul soit de la monnaie, fournil des preuves en faveur de cette pratique de l’admission des deux métaux.

Quand on a réglé comment pourrait être composé l’encaisse métallique de la Banque d’Angleterre, on a senti qu’on porterait préjudice et à la Banque et au pays si l’on en bannissait l’argent. Ainsi la loi de 1844, qui a réorganisé la Banque, statue que son encaisse métallique peut être formée d’argent dans la proportion, en valeur, de 1 contre 4 d’or. La Banque est tenue de rembourser ses billets contre de l’or ; mais elle donne des billets contre de l’argent en prenant celui-ci au cours du jour. Voici les paroles de sir Robert Peel au Parlement pour justifier cette infraction, car c’en est une, au système monétaire de son pays :

« La faculté d’exporter de l’argent au lieu d’or, lorsque nous avons lieu d’e.xpédier des métaux à l’étranger, est le véritable moyen de corriger l’inconvénient d’un système monétaire différent de celui des autres peuples, et si la Banque n’était autorisée à émettre des billets contre de l’argent, cet inconvénient pourrait nous affecter d’une rude façon, La vente de cet argent en temps opportun dispensera de frapper des pièces d’or inutilement et en tiendra lieu. L’argent fourni par l’Amérique, et depuis quelque temps par la Chine , arrive à des époques assez régulières ; si la Banque n’a pas l’autorisation de l’acquérir, il sera acheté par des commerçants qui l’envei ront aussitôt sur le continent où est le principal débouché de ce métal. Aucun capitaliste ne consentira à le garder, parce que le profit à attendre d’une variation de prix compenserait bien difficilement la perte d’intérêt. Quand le cours du Change est déprimé et que l’argent est en hausse, une pareille exportation d’argent est avantageuse : elle solde nos comptes avec les autres pays. Mais supposons des circonstances inverses, un change haut et l’argent en baisse, cet argent sera vendu à plus bas prix que si la Banque avait eu la faculté de l’acheter ; et en retour il nous vien-

(Ira de l’or dont l’arrivage sera en pure perle pour le pays, de même que le transport de l’argent au dehors. Jusqu’ici la Banque a eu l'habitude d’acheter les lingots d’argent sur le pied de 4 Sch. 1 1 */g deniers l’once (au titre légal), elles piastres à raison de 4 sch. 9 ‘/j l’une, ce qui, au prix de la monnaie française, répond à 77 sch. 9 deniers l’once d’or (au titre légal). Quand le change baissait, et qu’il y avait des remises à faire sur le continent, la Banque vendait ses lingots d’argent ; cette vente tenait lieu d’une exporlaliou d’or, laissait un petit profil à la Banque, etdispensait de l’obligation où l’on aurait été, à un moment antérieur, de changer de l’argent contre de l’or.

a Une exportation d’argent qui n’est pas appelée parle cours du change fait momentanément hausser celui-ci ; celte hausse temporaire, tant qu’elle dure, porte préjudice à tous les commerçants qui peuvent avoir à tirer sur le continent afin de payer nos importations.

« Un approvisionnement d’argent ù la Banque est utile à notre commerce, particulièrement pour l’Inde et la Chine. Les commerçants ont souvent besoin de ce métal pour faire des remises, et seraient forcés d’en envoyer chercher sur le continent, où il leur reviendrait plus cher que si la Banque en avait à leur disposition (1). »

Cet exposé de sir Robert Peel peut se résumer en ces termes, que toute nation qui a un grand commerce extérieur doit toujours avoir sous la main une réserve où les deux métaux figurent ; quand on se réduit à un seul, on se crée un désavantage. Puisque les hôtels des monnaies sont des centres d’attraction naturels pour les métaux précieux, ne s’ensuit-il pas qu’il est avantageux de rendre ces établissements accessibles à l’un comme à l’autre?

^ Dans les pays où il y a de grandes institutions comme la

(i) Séance de la chambre des Communc.<=, du SO mai 1S44.

Banque d’Angleterre ou la Banque de France^ l’existence d’une monnaie double aurait l’utilité d’augmenter les garanties contre la suspension des payements en espèces de ces grands établissements régulateurs, sinon dispensateurs du crédit. Lorsqu’on peut s’acquitter avec deux matières , on est plus assuré d’en trouver ce qu’on veut que si l’on ne pouvait payer qu’avec une. Cet argument, qui a du poids, en acquiert plus encore, si l’on réfléchit qu’il est fondé, non-seulement à l’égard des banques, mais aussi bien pour les particuliers.

Un des hommes d’État les plus illustres des États-Unis, flnancier de premier ordre, M. Gallatin, qui était partisan du double monnayage, l’appuyait, entre autres motifs, de considérations tirées de la solidité à donner aux banques américaines (I).

Ainsi, sur la première question de savoir s’il existe de bonnes raisons pour maintenir les deux métaux précieux dans le système monétaire de tout grand État, la réponse semble devoir être affirmative.

Une monnaie à deux métaux soulève pourtant une objection sérieuse : ce n’est plus une monnaie homogène. .Mirabeau critiquait l’emploi simultané de deux métaux, en disant : « La monnaie est une mesure, et une mesure doit avoir les mêmes rapports dans toutes ses parties. Or il est impossible de trouver (constamment) , dans le cuivre et dans l’or, les mêmes rapports que dans l’argent. » Cependant, quand Mirabeau en vient à tracer un système monétaire, est-ce qu’il supprime la monnaie d’or ? Non, il décore la monnaie d’argent d’une qualification particulière : constitutionnelle, ce qui, dans sa pensée, répond à l’attribut d’étalon. Mais à côté, il place la monnaie d’or, soit comme une ressource pour la facilité des

(I) Considération onthe eurrency and the banking System of the United- States. Pages 60 et suivantes.

ni. 12

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payements en général, soit comme une commodité pour les personnes en nombre infini qui tiennent à porter sur elles une certaine somme sans que ce soit une charge incommode.

Mais comment s’y prendra un État pour avoir dans son système monétaire, à côté d’un premier métal, l’argent, par exemple, qui seul remplira le rôle d’étalon, 1 autre métal précieux, l’or, dans des conditions telles qu’il n’abandonne pas le courant de la circulation ?

A cette deuxième question, Mirabeau fournissait une réponse qui n’est pas sans quelque analogie avec 1 usage imposé à la Banque d’Angleterre, en faveur des lingots d’argent, parla célèbre loi organique de 1844. Il proposait « qu’on eût des pièces d’or d’un titre et d’un poids déterminés, mais sans aucun rapport fixe, quant à la valeur, avec la monnaie d’argent ; leur valeur devait dépendre du prix de l’or dans le commerce (1). » L’or devait donc circuler dans le public comme un lingot dont la matière varie de prix, comme l’argent circule entre le public et la Banque d’Angleterre. Il y aurait eu cependant cette circonstance de plus que le poids et le titre du lingot auraient été certifiés par le monnayage.

La solution recommandée par Mirabeau remonte plus loin que lui. On en retrouverait des exemples du temps de la Benaissance dans différents États, à Florence, en Angleterre même sous Henri III. Ce prince fit frapper des pièces d’or ; mais les particuliers ne les acceptaient qu’à prix débattus. Locke avait signalé cette combinaison dans un premier écrit. Elle a été reproduite dans quelques-uns des actes législatifs de la France de 1789, antérieurement à l’an XI, date de la loi qui régit encore notre système. Pendant la discussion de la loi de l’an XI, elle avait

(0 Discours déjà cité, page 107.

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LA MONNAIE. SECTION VI, CHAPITRE II. ng

eu les sutFrages de la majorité des hommes distingués qui composaient la section des finances du Conseil d’État. Enfin, de nos jours, elle a eu l’honneur d’étre adoptée chez un peuple renommé pour l’habileté de ses administrateurs, la Hollande, et par une confédération puissante, la Confédération Germanique.

A cette combinaison on en oppose une autre qui n'en diffère que sur un point, important il est vrai : on frapperait de même des pièces d’or d’un titre et d’un poids déterminés ; leur poids serait en rapport simple avec l’unité de poids ; en France, par exemple, elles pèseraient 5 grammes ou 10 grammes; leur titre serait celui qui a été adopté en France, de 900 millièmes; mais la détermination de leur valeur par rapport à l’argent, c’est-à-dire en francs et centimes, au lieu d’être à chaque instant abandonnée à la convention des parties, serait hxée par l’autorité suivant un mode déterminé par la loi. Au lieu d’être permanent, ainsi que l’a entendu le plus souvent le législateur dans les monarchies européennes, ce rapport serait mobile; il en serait fait une révision périodique à des époques rapprochées, de manière à mettre en harmonie la valeur attribuée aux pièces d’or avec le cours comparé des deux métaux sur les principaux marchés.

Le principal des arguments dont on appuie ce second arrangement est l’impossibilité de faire fonctionner <la combinaison qui s’en remet au libre cours du commerce pour régler la valeur des pièces d’or par rapport à l’argent supposé l’étalon. Cette impossibilité avait été alléguée par lord Liverpool dans sa discussion des meilleurs arrangements à prendre pour l’organisation du mécanisme moné* taire de son pays ; elle le fut aussi avec beaucoup d’insistance par le ministre des finances Gaudin, lorsqu’on fit la loi de l’an XI, et l’opinion de Gaudin finit par triompher, mais sous une forme différente de celle qui vient d’être indi-

quée. Locke lui-même, après plus mûre réflexion, avait changé d’avis, et avait reconnu qu’il serait impraticable de faire circuler les pièces d’or dans le public, à moins d’une fixation officielle de leur valeur par rapport à l’argent.

Tant qu’un acte de l’autorité n’aurait pas réglé, par rapport à l’unité monétaire qui est en argent, la valeur des pièces d’or, jusque-là, ces pièces, a-t-on dit, ne pourraient avoir qu’une circulation très-laborieuse dans une multitude de transactions, dans celles qui, si elles ne portent pas sur les plus grosses sommes, sont les plus fréquentes, et reviennent à chaque instant. Hors de là, on ne pourrait s’en servir que dans les affaires qui se traitent de commerçant à commerçant, et où il s’agit, en général, de sommes assez fortes ; à peu près comme dans la Grande-Bretagne, les lingots d’argent (qui, par l’achat et la vente qu’en fait la Banque d’Angleterre, redeviennent une espèce de monnaie), n’apparaissent que dans de grosses opérations entre la Banque et le public.

r-Le législateur français, quand il fit la loi du 28 thermidor an III, entreprit de suivre pour l’or les errements indiqués par Mirabeau. Il prescrivit la fabrication de pièces d’or du poids de 10 grammes, au titre de 9/10, sans aucune détermination de la valeur légale par rapport à l’aident, qui est le type et l’étalon. Cette loi resta sans application. Personne ne se soucia de faire frapper de ces espèces de lingots. Les choses restèrent dans cet état jusqu’en l’an XI, où la loi du 7 germinal, qui d’ailleurs, modifia, et fâcheusement, le poids de la pièce d’or, fixa le rapport, juste à ce moraent-là, de 1 à 15 '/t entre les deux mé taux.

On sut dès lors avec précision combien d’unités monétaires ou de francs valait chaque pièce d’or. On prit même un soin dont il eût été sage de se dispenser : on écrivit en toutes lettres ce nombre d’unités monétaires sur ces

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pièces. Immédialement des pièces d’or furent frappées en abondance.

L’histoire des monnaies modernes présente un certain nombre de cas où l’on voit de même le monnayage des pièces d’or rester impraticable ou n’atteindre que des proportions très-limitées, tant qu’un acte de l’autorité n’a pas indiqué le rapport entre la valeur de ces pièces d’or et l’unité monétaire, celle-ci étant faite d’un autre métal.

Ce n’est pas qu’on ne puisse citer un certain nombre d’exemples dans lesquels la circulation parallèle des deux métaux précieux s’est établie , en laissant au commerce le soin de régler lui-même la valeur des pièces d’or en monnaie d’argent. Les ducats de Uollamde peuvent être invoqués à bon droit à cet égard ; ils circulaient avec faveur dans une grande partie de l’Europe. Un fait analogue s’est produit en Angleterre, dans le dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, pour les guinées, à l’égard desquelles le public avait de lui-même adopté la valeur de 21 schellings */, qu’aucune loi ne mentionnait.

11 convient de remarquer cependant que le ducat de Hollande était moins une monnaie hollandaise qu’une monnaie européenne. Au milieu de la bigarrure des systèmes monétaires des différents États, et avec la défiance trop souvent méritée qui s’attachait aux espèces propres h chaque territoire, il était éminemment utile et commode aux voyageurs d’avoir une monnaie d’or qui fût acceptée partout. Le ducat de Hollande répondait à ce besoin, à cause de la confiance qu’inspirait le gouvernement sous les auspices duquel il était fabriqué. Quant à ce qui a pu se passer en Angleterre pour les guinées au dix-septième siècle et jusqu’en 1717, on sait que le public anglais a des habitudes d’initiative dont les peuples continentaux de l’Europe n’ont pas jusqu’à ce jour trouvé le secret. Il serait donc téméraire d’espérer sur le continent que le li- •

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bre accord des particuliers effectuât ce qu’il a accompli dans la Grande-Bretagne. Il faut prendre les hommes pour ce qu’ils sont, et non pas pour ce qu’ils devraient être, ou pour ce qu’ils seront un jour. Si en France la mom> naie d’or n’étdt pas tarifée par rapport au franc ; si, dans chaque transaction particulière, la monnaie d’or ne devait passer qu 'après que les parties se seraient mises d’accord pour en fixer la valeur, il est à croire qu’elle n’aurait aucune circulation dans les campagnes, et notamment dans les foires, pour lesquelles il faut spécialement une monnaie très-portative. Notre population rurale manque de lumières, elle n’est pas façonnée à ces notions que le grand commerce trouve élémentaires. Quand elle sera plus instruite et plus familière avec les usages d’une civilisation • avancée, on pourra appliquer en F rance des règlements moins minutieux en fait de monnaie.

En résumé, le système qui s'en rapporte au libre ac* cord du public pour déterminer la valeur des pièces d’or en argent est plus conforme à l’esprit et aux coutumes d’une civilisation perfectionnée, dans laquelle les populations traitent et agissent de leur propre mouvement, et savent apprécier leurs intérêts, sans que l’autorité inteiv vienne par des règlements, ou sans que la loi apparaisse avec sa force impérative. Mais l’autre système, celui qui ferait dépendre la valeur des pièces d’or d’une fixation officielle faite périodiquement à des intervalles rapprochés, et dans des formes consacrées par la loi, celui-là semble plus en harmonie avec l’état actuel des mœurs publiques en France et dans la majeure partie du monde. Au surplus, si on le voulait absolument, rien n’empêcherait de commencer par le premier système, sauf à se rabattre sur le second, en cas d’insuccès. ‘

Il ne faut pas regarder absolument comme une nou- • veauté la combinaison qui consisterait à faire fixer de

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temps en temps la valeur des pièces d’or par rapport à TunUé monétaire supposée d’argent, au moyen de décisions administratives rendues d’ailleurs dans des formes conservatrices et conformément à une loi spéciale. Elle a été mise en pratique déjà jusqu’à un certain point. , riQn aurait alors un système monétaire assez analogue à celui auquel l’Espagne s’est arrêtée, il y a bien longtemps : la piastre et le quadruple, monnaies l’une d’argent, l’autre d'or, toutes les deux du même poids et du même titre (1), en rapport simple avec l’unité pondérale, y circulaient côte à côte, sans se gêner. La monnaie espagnole a été pendant longtemps la première monnaie du monde, reconnue pour telle par le philosophe et par le commerçant tout à la fois. Eh bien, dans cette monnaie, l’un des deux métaux, l’or, était reconnu mobile par rapport à l’autre. Divers édits ont changé le rapport de valeur entre le quadruple et la piastre, les deux pièces restant intrinsèquement les mêmes. Mon savant ami M. Isidore Lœvenstern,’ m’a indiqué la pragmatique dn 17 juillet 1779 qui modifie,, dans ce sens, celle du 16 mai 1737, laquelle même avait remanié un plus ancien état de choses, fondé sur ce que réellement la valeur de l’or, relativement à l’argent, était primitivement moindre. Il faut convenir cependant que la.mobilité dont est affectée la monnaie d’or dans le système .espagnol diffère de celle qui est suggérée ici. Elle n’est pas ^riodique, elle n’est qu’accidentelle et n’apparaît qu’a de longs intervalles. , ,

Le gouvernement russe, venu après les autres, a adopté le système du double monnayage sans aucun rapport positivement obligé entre les deux métaux. :> , :

(i)Je prends ici les choses avant l’altération de titre mentionnée plus haut, page 31, et dont, au surplus, personne ne fut dupe : après l’altération comme avant, le système de la monnaie double fonctionna bien en Ivspagne.

L’édit de 1810, qui a fixé le système monétaire delà Russie, consacre le monnayage de l’or aussi bien que de l’argent. Les pièces d’or sont V impériale , qui fut évaluée primitivement à 10 roubles d’argent, et \d. demi-impériale, la seule pièce qui soit usitée aujourd’hui (1), qu’on estima à 5; mais il fut entendu que la proportion de valeur entre la monnaie d’or et la monnaie d’argent n’était pas invariable. Le rouble d’argent est exclusivement la monnaie dans laquelle se règlent les transactions stipuléesen espèces métalliques, à moins de convention contraire, et l’édit du 1-13 juillet 1839, qui a restauré le système monétaire, a maintenu ces principes. Par rapport à l’argent, la monnaie d’or a un cours mobile aux yeux delà loi elle-même.

La Russie moderne cependant a fait moins bien que l’Espagne des siècles précédents. Non-seulement la piastre et le quadruple d’alors, comme les pièces qui portent les mêmes noms aujourd’hui, sont en rapport simple avec l’unité de poids, mais encore rien n’y est inscrit qui implique un rapport quelconque de valeur entre l’un et l’autre métal. Le rouble, pièce d’argent, et l’impériale, pièce d’or de l’empire de Russie, ont un rapport complexe avec l’unité de poids, et, par un étrange oubli du principe qu’on reconnaissait, la pièce d’or porte en toute lettres cinq roubles. Il est vrai que cette inscription n’est qu’un vain mot aux yeux du gouvernement lui-même. En vertu do l’édit du 1-13 juillet 1839, la monnaie d’or circule avec une prime, de 3 p. 0/0, par delà la valeur nominale, et la pièce dite de cinq roubles est prise régulièrement par les receveurs des deniers publics, sur le pied de 5 roubles et 15 copecs, et donnée de même, ‘ sauf à n’être plus agréée et comptée un jour que pour une valeur moindre ou plus forte, suivant que le cours re-

M)On ne frappe plus d'impériales entières.

latif des lingots des deux métaux aura varié dans un sens ou dans l’autre. Il eût été plus correct et plus simple de ne pas qualifîer les pièces d’or d’un autre nom que celui d’impériale ou de demi-impériale, et de ne pas leur donner une empreinte qui est devenue mensongère.

On se rappelle que les pièces d’or de l’ancien régime, le louis d’or et le double louis, ne portaient point qu’ils fussent de 24 et de 48 livres. La loi leur attribuait cette valeur par rapport à l’argent, mais la loi aurait pu changer sans que l'empreinte des monnaies d’or fût en contradiction avec le nouveau cours qu’elles auraient eu.

Jusqu’ici j’ai raisonné dans la supposition que l’étalon soit l’argent, et que, par conséquent, l’autre métal dont sera faite la monnaie subordonnée, mobile dans sa valeur, soit l’or. Dans le cas où l’or serait l’étalon, et s’il ne s’agissait que d’assurer le service des petites transactions courantes en faisant intervenir les pièces d’argent pour cet objet spécial, ce serait facile, moyennant un arrangement semblable à celui que le législateur a consacré en Angleterre. On sait qu’il consiste à fabriquer en argent des sous-divisions de l’unité monétaire en or, contenant un peu moins de métal fin qu’il n’en faudrait pour qu’elles fussent des équivalents exacts, et à assigner à ces pièces d’argent le simple rôle d’appoint. Des pièces d’argent de cette sorte n’ont besoin d’être fabriquées qu’en quantité restreinte, puisque l’emploi en est restreint et qu’elles ne peuvent s’exporter, n’ayant qu’une valeur réelle inférieure à la valeur nominale.

Si l’on voulait que l’argent, sans être converti en pièces de monnaie proprement dites, servit à solder les grandes opérations commerciales d’une manière plus directe et plus régulière qu’il n’est possible au moyen de l’arrangement que nous avons rapporté relativement à l’admission des lingots d’argent dans l’encaisse de la Banque d’Angle-

terre, le problème ne serait pas insoluble. On pourrait avoir des lingots d’un poids assez considérable, qui seraient certifiés quant à leur titre, au moyen d’une marque apposée à l’hôtel des monnaies, ainsi qu'on le pratique aujourd’hui aux États-Unis pour les lingots d’or. Pour une destination pareille, il serait superflu, non-seulement en Angleterre, mais partout, de faire fixer par la loi le rapport entre les deux métaux. Le commerce s’acquitterait suffisamment de cette fonction. Rappelons ici que l’idée de faire intervenir des lingots d’un certain poids dans le solde des opérations commerciales a été recommandée souvent par des hommes d’une grande autorité, notamment par Ricardo.

Par la différence, très-forte jusqu’à ce jour, des quantités de travail ou des jouissances que payent les deux métaux précieux sous le même poids, en d’autres termes, par leur inégalité de valeur spécifique, chacun d’eux a sa sphère assignée. 11 faut faire en sorte qu’ils l'occupent l’un et l’autre. C’est un dérangement pour les hommes que l’un des deux n’y soit pas.

Si, pendant les crises de 1825 et de 1847, les personnes qui, dans la Grande-Bretagne, disposaient d’une certaine masse d’argent, ont pu, par le moyen d’une exportation sur le continent, où elles l’ont échangé contre de l’or, en tirer tout l’avantage (c’est un point que je pourrais révoquer en doute), il n'en eût point été de même dans le cas où les peuples du continent auraient eu un système monétaire calqué sur celui des Anglais. Or, lorsqu’on juge excellent son propre système, il faut raisonner dans la supposition que les autres se l’approprieront, et si, dans ce cas, il devait avoir des inconvénients graves, c’est que l’excellence en serait grandement contestable.

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