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CHAPITRE Vlll

Les banques de dépôt mises en oeuvre pour remédier à la présence d’une grande quantité de monnaies alTaibiies par l’usage, ou de toute origine.

Pour les sociétés intelligentes, honnêtes et persévérantes, les difficultés qu’elles trouvent surleur chemin deviennent presque toujours des occasions de progrès. Mis à l’épreuve par l’obstacle, leur ressort se tend et réagit de manière à produire une amélioration qui reste, tandis que le mal passe. Cette observation se présente naturellement à l’esprit, à l’occasion des banques de dépôt. Ces banques, ' les premières en date qu’aient connues les nations modernes, et qui ont été l’origine de nos puissantes institutions de crédit à attributions si étendues, durent leur naissance aux embarras que causait, dans les métropoles commerçantes du Moyen-Age et de la Renaissance, la présence sur la même place de monnaies de toute sorte, les unes frappées dans le pays même à diverses époques et plus

(I) L’article 11 de la loi fondamentale des monnaies du royaume des Pays-Bas (loi du 28 septembre 1816), est ainsi conçu : « Les monnaies à l'usage du commerce ne seront fabriquées que pour le compte des particuliers. Les pièces de 1 florin et de 3 florins pourront aussi être fabriquées pour le compte des particuliers ; mais les pièces d’or de 10 florins, les pièces sous-multiples du florin et les pièces de cuivre ne pourront absolument point être fabriquées pour le compte des particuliers, et • ne pourront l’être que pour le compte et par l’ordre du gouvernement.»

Postérieurement, quand on a décidé la fabrication des pièces d'or de 5 florins, on les a soumises au même régime que celles de 10.

OU moins altérées par l’usage ou par la rognure, Tes autres affluant de l’étranger. Ce mélange d’espèces diverses, de tout poids et de tout litre, plus ou moins affaiblies par le passage de main en main ou par la lime des rogneurs, était pour le commerce un dédale. Le moment de faire ou de recevoir un payement un peu considérable était plein d’anxiété.

Jeter ces espèces si variées dans le creuset une fois pour toutes, afin d’en refaire une monnaie uniforme, homogène et correcte, était impraticable. Les villes siège d’un grand commerce, dans lesquelles se présentait la difliculté que nous venons de signaler, ne dépendaient pas de vastes États qui pussent, pour leur usage propre, retenir une grande quantité d’espèces et qui par cela môme fussent en position de remplir le rôle de réservoirs pour la monnaie. C’étaient les capitales de républiques, intéressantes ctquelquefois grandes par leur génie, ou tout au moins par leur amour du travail, leur esprit d’économie et leur intelligence des affaires, mais fort exiguës quant à la superficie de leur territoire. Tellesétaient Venise, Gônes, Amsterdam, Hambourg, Nuremberg. La monnaie y était dans un va-etvient continuel. Si elles avaient frappé une grandequantité d’espèces, le courant du commerce les aurait emportées le lendemain, sauf à ramener un peu plus tard des monnaies différentes, 11 fallut donc recourir à un artifice qui permît de donner aux transactions une base certaine, immuable, tout en se servant de ces monnaies si inégaleset si inégalement usées. Cet expédient, ce fut la monnaie fie compte, qui s’appelait, par exemple à Hambourg, le marc de banque, monnaie fictive qu’on ne frappait pas, qu’on ne voulait pas frapper, mais qui répondait parfaitement aux exigences du commerce, parce qu’elle était d’un poids défini de métal fin. Chaque commerçant apportait en un lieu de dépôt commun tout ce qu’il avait d’espèces d’or ou d’es-

LA MONNAIE. SECTION Vni, CHAPITRE VIII. 293

pèces d’argent de toute origine, ou même de l’un et de l’autre métal en lingots. On constatait ce que la masse déposée par chacun formait de métal. En divisant la quantité de métal par le poids convenu pour l’unité de la monnaie de compte, on avait la connaissance certaine, en monnaie de compte, du dépôt qu.’il avait effectué.

Chacun était crédité, sur les livres de la Banque, d’une somme, en monnaie de compte, égale à son dépôt. Les payements s’effectuaient de l’un à l’autre par un simple transport du compte du débiteur au compte du créancier. C’est ce qu’on appelle le compte courant et le virement.

La première de ces banques, dans l’ordre des dates, fut celle de Venise. Son origine se compliqua d’une autre cause, une dette que la ville avait contractée envers des citoyens. Elle fut fondée à titre do corporation avec certains droits, attributions et privilèges, en compensation du prêt que ces citoyens avaient fait à l’État. Ou y tenait les comptes en grosses livres [lire grosse). La grosse livre n’était qu’une monnaie imaginaire, mais elle était exactement définie. La Banque de Venise n’a cessé d’exister qu’en 1797, à la chute même de la république.

Barcelone eut sa banque de dépôt au quatorzième siècle. Gênes au commencement du quinzième, Hambourg et Amsterdam au dix-septième. La monnaie de compte de cette dernière était le florin de banque. La Banque d’Amsterdam a vécu jusqu’à la conquête de la Hollande par l’armée française en 1793. On découvrit alors que la Banque avait pris, sur les dépôts qui lui étaient confiés, une somme considérable pour la prêter aux États de «flüllaude et de Frise; ce qui prouve que les institutions de ce genre doivent, même dans les pays où il y a le plus de probité, être astreintes, pour leur propre sauvegarde, à la règle d’une publicité périodique qui fasse connaître

leur situation. La Banque d’Amsterdam a été remplacée par une banque constituée sur les mêmes bases que les autres banques modernes, émettant comme elles des billets au porteur et faisant l’escompte.

La Banque de Hambourg, fondée en 1619, subsiste encore sur le modèle primitif. Elle n’émet point de billets, elle ne fait point l’escompte des effets de commerce. Elle se borne à recevoir et à payer en compte courant pour les négociants. Les sommes que les négociants ont à leur crédit à la Banque sont garanties de toute opposition.

La Banque de Hambourg est, je crois, la seule banque au monde, qui reste réduite à l’attribution de banque de dépôt : c’est que les circonstances qui provoquaient la création d’institutions pareilles ont cessé d’exister. Le retour de ces circonstances, si contre toute attente il avait lieu, pourrait seul motiver la résurrection de cette sorte de banques. Les banques du modèle moderne conservent bien, parmi leurs attributions, celle de recevoir des fonds en dépôt, mais le dépôt y a un autre objet. Il est destiné à dispenser les commerçants soit de l’obligation chanceuse de conserver chez eux de grandes masses de fonds , soit de l’embarras de faire transporter des poids quelquefois considérables de métal de maison à maison. En restant à la banque, les fonds, par un simple virement sur les livres de l’établissement, passent du compte de l’un au compte de l’autre. C’est ainsi que se motivent, par rapport aux déposants, les dépôts qui se font à la Banque de France ou à la Banque d’Angleterre, et c’est ce qui explique que les particuliers consentent à ce que la Banque ne leur en serve aucun intérêt. Depuis quelques années, en dehors de ces deux grandes institutions, les dépôts en banque sont motivés et déterminés en outre par l’intérêt que se sont mises à en donner de nouvelles institutions de créàii. Vas Joint-stock Banks de l’Angleterre ont occa-..

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sionné, sous ce rapport, une sorte de révolution de l’autre côté de la Manche, et le mouvement commencé par elles se propage heureusement sur le continent.

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