CHAPITRE II
Ue quelques catactères que la monnaie a imprimée aux transactions.
Que l’invention de la, monnaie ait modifié la manière dont se font entre les hommes les échanges des produits et des services dont ils disposent, c’est ce qui est déjà visible par ce qui précède. Mais il est un autre aspect sous lequel son action s’est révélée, et que nous devons ne pas passer ici sous silence. Elle a permis de reculer le terme des payements'qui, dans le système du troc, devaient le plus souvent être immédiats ; c’est ainsi que l’invention de la monnaie a graduellement ouvert la porte aux opérations dans lesquelles le crédit joue un rôle. Telle personne a reçu des marchandises ou des services; au lieu de livrer immédiatement la quantité de monnaie convenue pour le payement, c’est-à-dire un certain poids de métal, elle a pu s’engager seulement à en
(i) Histoire de la Monnaie des peuples anciens, tome I, pagc.v5 etïuivaotes.
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effectuer la livraison dans un certain délai. Lorsque celle des parties contractantes qui recevait des capitaux, des marchandises ou des services a été une ville, une province, ou un État, l’engagement qu’elle souscrivait a pu ne consister qu’à servir une rente ou intérêt annuel, formée de même d’une quantité déterminée de métal, sauf à s’acquitter plus tard par le versement de la somme préa- • lablement fixée. Les arrangements de ce genre sont, dans les temps modernes, devenus très-multipliés de la part de cette sorte de personnes civiles que je viens d’indiquer, les villes, les provinces, les États, et en outre, diverses institutions telles que les établissements publics et les compagnies commerciales.
En un mot, dans les cas dont il s’agit, par l’invention de la monnaie, l’opération qui s’est passée entre deux parties contractantes se résout parla livraison de quantités, parfaitement convenues d’avance, de métal que le débiteur est tenu de donner et le créancier de recevoir en acquit de ce qui lui est dû, à des époques pareillement fixées.
Lorsqu’une transaction de ce genre a eu lieu, les variations de valeur que le métal dont est faite la monnaie pouvait éprouver avec-le temps, par des causes qui lui fussent propres, ne pouvaient manquer d’affecter fâcheusement les intérêts du débiteur ou ceux du créancier, et si la variation était forte, la lésion que ces intérêts avaient à subir était profonde. Le créancier devait souffrir, si ' c’était une baisse qu’éprouvait le métal ; le débiteur au contraire devait être surchargé, ou, pour parler plus exactement, chargé au delà de son attente, si la variation était en sens opposé. Une telle conséquence est l’effet inévitable de la nature des choses. Il est vrai que, communément et pour la plupart des transactions, les dérangements et les mécomptes qu’il y a lieu d’attendre d’une semblable cause n’ont aucune gravité. C’est ce qui sera expliqué plus loin.
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Je raisonne ici comme s’il était établi que la monnaie est nécessairement faite d’un métal; en cela j’anti^ cipe sur une démonstration que j’aurai à fournir, et qui sera le sujet des prochains chapitres, à savoir que la monnaie ne peut être que d'un métal et que, de nos jours, parmi tous les métaux, b’or et l’argent seuls sont propres à remplir cette fonction.
Tenons donc pour un fait que si, entre le moment • où a été passée la convention des parties et celui où s’accomplissent le payement ou les payements convenus, le métal dont est l’unité monétaire vient à subir une forte y variation, selon le sens dans lequel ce changement se sera manifesté, le débiteur ou le créancier ont à supporter une perte. . / ,
De cette manière cependant les chances semblent égales entre le débiteur et le créancier ; car, au premier abord, on n’aperçoit pas de fortes raisons pour que la variation d’une valeur soit en hausse plutôt qu’en baisse, et< réciproquement.
Il existe cependant une cause générale en vertu de laquelle l’égalité n’est pas parfaite. Nous aurons lieu de la signaler plus tard,.