‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 67 sur 132 · I8GI · texte numérisé non relu

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Il u’est pas superflu do remarquer que les États-Unis font un commerce direct et étendu avec la Chine, et ont des relations avec divers autres pays de l’Asie. Ces affaires, en ce qui concerne la Chine, ont le même caractère que celles de l’Europe. La Chine expédie à l’Union Américaine beaucoup plus de marchandises qu’elle n’en reçoit. Les États- Unis tirent de la Chine une quantité de thé qui augmente d’année en année; ils lui achètent aussi des soies, et cequ’ils lui envoient d’articles manufacturés se borne à une faible somme. Quant aux retours, qui dès lors doivent être en argent, c’est l’Angleterre qui y subvient pour l’Amérique en majeure partie.

11 convient de signaler les expéditions directes d’or qui se font de l’Australie vers l’Inde. En 1862 c’était une

somme de 1,137,000 livres sterling (28,425,000 fr.), soit 8,243 kilog. de métal fin.

Quoiqu’il soit téméraire de tenter de prédire l’avenir, on peut croire cependant que, dans cette expédition si forte d'argent et même d’or à destination de l’Inde et de quelques autres pays, il y a quelque chose de passager. Une fois la paix publique rétablie dans le sein de la grande république américaine, il n’est point interdit de supposer que la' culture du coton y reprendra, après quelque temps, son ancien essor. L’esclavage sans doute sera aboli dans le Sud ; mais ce n’est pas une raison pour qu’on y abandonne la culture du coton, travail peu pénible et auquel l’homme s’adonne sans répugnance. Le coton américain offre par sa qualité une supériorité notoire sur celui de l’Inde. 11 sera donc toujours , demandé. 11 est permis de penser que, par l’effet de l’abolition de l’esclavage, il ne sera plus produit à aussi bon -marché qu’autrefois ; mais, par l’introduction de plus en plus étendue de la mécanique, où ils excellent, les Américains balanceront partiellement au moins l’enchérissement du labeur humain. Le coton perdra les prix élevés dont il a joui sur le marché, depuis 1861, prix qui étaient triples et quadruples des prix antérieurs. Par cela môme l’encouragement extrême, qui en a tant développé la culture en différents pays, devra diminuer dans une forte proportion. Les contrées barbaresques et l’Inde même seront moins tentées d’eu expédier à l’Europe occidentale et ne lui en fourniront plus que des quantités bien moindres, si elles sont en présence d’une f^orte baisse. L’exportation des métaux précieux des marchés de l’Europe, exportation qu’au surplus je suis loin de représenter comme un mal, sera amoindrie.

Même dans l’hypothèse où l’Inde, l’Égypte et les diverses -contrées qui sont devenues de grands fournisseurs de co-

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Ions depuis 1861 , continueraient d’en envoyer des niasses à l’Europe, dans tous les cas, il n’est aucunement interdit de prévoir que, le temps aidant, ces pays demanderont en retour à l’Europe moins de métaux précieux et plus d’articles manuracturés ou même agricoles. Il y a lieu de supposer en effet que, sous l’influence toujours plus marquée de l’Europe, ces pays seront mieux gouvernés, que l’homme paisible et laborieux y trouvera plus de sécurité, que l’instruction et la civilisation en général s’y répandront et y propageront l’usage des produits européens. On risque peu de s’égarer en se livrant à pareille hypothèse, à l’égard de l’Inde en particulier. Le gouvernement britannique, qui y a assumé l’autorité souveraine, aux lieu et place de la Compagnie des Indes, est éclairé et civilisateur, et il est incontestable qu’il se comporte comme tel sur les rives du Gange. Pareillement en Égypte on remarque un changement dans les habitudes du peuple par l’effet de l’esprit plus équitable du gouvernement des vice-rois. Sous cette intluence on est fondé à penser que, dans l’Inde et en Égypte même, l’esprit qui fait rechercher l’argent pour le cacher perdra beaucoup de son empire. On voit déjà les articles manufacturés de l’Europe se placer dans l’.\sie en quantité toujours croissante; c’est dans l’Inde particulièrement que le phénomène se manifeste. Pour la Chine, il ne fait que do commencer. Ainsi, pendant l’année 1863, la somme des importations de marchandises anglaises et de marchandises étrangères expédiées par l’Angleterre, dans l’Inde continentale, y compris Singapore, est montée à 22,333,000 livres sterling ou 558,335,000 francs. Cette année-là a dépassé sensiblement les précédentes, 11 est vrai que, à cause du coton brut fourni par l’Inde aux manufactures anglaises et européennes, cette somme est bien au-dessous des exportations, Sur les 558,335,000 francs, les articles eu

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coIori*ont fail 354,817,000 francs. Le commerce total des mêmes régions, non plus avec l’Angleterre seule, mais avec le monde entier, a représenté en 1862 une somme de’ 58,638,000 livres sterling ou 1,465,951,000 francs, dont 22,321,000 livres sterling ou 558,025,000 francs à l’importation, et 36,3t7,000 liv. st. ou 907,925,000 fr. à l’exportation, sans compter les métaux précieux qui ne figurent pas dans les évaluations du mouvement commercial rapportées ici.

Ainsi nous assistons à deux phénomènes bien différents, qui sont concomitants. L’un est l’accroissement de la production des métaux précieux, accroissement déjà fort considérable, mais dont on peut croire que nous n’avons pas vu encore le terme; l’autre est un mouvement plus animé que jadis des métaux précieux, et particulièrement de l’un des deux, l’argent, sur la surface de l’ancien continent. Les deux métaux précieux viennent d’abord des lieux de production se ramasser dans deux contrées plus riches et plus industrieuses que les autres, l’Angleterre et la France; de là ils se dispersent, aujourd’hui comme il y a quinze ou vingt ans; mais l’épanchement vers l’Orient est beaucoup plus grand qu’autrefois. On est fondé à considérer cependant comme étant d’une nature provisoire plusieurs des causes, qui déterminent les proportions énormes de ce courant spécial.

De ces deux phénomènes que nous venons de constater, le premier, celui d’une production de métaux précieux plus considérable que tout ce qu’on a vu jusqu’à ce jour, semble devoir s’accuser plus fortement encore un jour, parce que la race d’hommes aux mains desquels cette production est confiée par l’effet des circonstances, est remarquable par son énergie personnelle, par l’esprit d’entreprise auquel elle s’est successivement façonnée et par l’habileté qu’elle a acquise dans la pratique des arts mécaniques et

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induslriels en général. C’est la race anglo-saxonne qui détient les deux groupes de gisements d’or récemment acijuis à l’industrie humaine : celui de la Californie est au pouvoir des Anglo-Saxons d’Amérique; celui de l’Australie et de ses annexes est la propriété des Anglais. De nos jours, toutes les fois qu’il s’agit d’exploiter les ressources de ce genre, cette race se montre bien supérieure aux Espagnols, qui autrefois avaient la mission de produire la majeure partie des métaux précieux qu’employaient l’Europe et l’Amérique. A cet égard, les faits ne parlent-ils pas assez haut? La Californie, avec ses trésors, était depuis des siècles entre les mains de la race espagnole; on ne faisait rien de ses richesses enfouies dans le sein de la terre ; on ne les apercevait même pas, quoiqu’elles fussent à la surface; cet étal de clioses a duré jusqu’au moment où les Anglo-Américains se sont substitués aux Mexicains, descendants des Espagnols. A peine lé changement de domination était-il accompli que les mines d’or étaient découvertes ; à peine étaient-elles découvertes que l’exploitation en était poussée avec une vigueur inouïe et que l’approvisionnement d’or mis annuellement à la disposition des peuples de la civilisation occidentale était doublé sinon triplé, sans parler de ce qu’a fourni l’Australie. La métamorphose qui s’est révélée dans le district minier de Washoê n’est pas moins extraordinaire.

Qu’arrivera-t-il de là? Ne faut-il pas s’attendre à une production de métaux précieux tellement abondante, que leur valeur en éprouve, après quelque temps, une baisse sensible? C’est un sujet sur lequel le meilleur moyen de répandre quelques lumières consisterait à faire connaître les caractères généraux de chacun des groupes de gisements nouveaux et la force avec laquelle l’industrie humaine y a mis la main pour les exploiter, ainsi que les raisons qu’on a de croire que l’emploi de ces métaux, leur

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destruction par l’usage et leur absorption loin de l’Europe doivent ou ne doivent pas se développer.

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