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CHAPITRE VII

Du maintien de l’exploitation des mines d’or et d’argent en Europe, apris la découverte de l'Amérique.

On serait tenté de considérer comme une contradiction que l'Amérique, par l’influence qu’ont exercée ses minesy ait beaucoup fait baisser la valeur des métaux précieux, et que la production des mines européennes, sans àttemdre celle des mines de l’Amérique et même sans en approcher, se soit développée à la longue. C'est que l’industrie européenne a racheté, à force d’art et de bonne administration, la différence des avantages naturels. Sans doute, avant la découverte de l’Amérique, l'offre des métaux précieux étant petite en comparaison de la demande, la plupart des mines écoulaient leurs produits avec de gros profits, et on ne pouvait leur faire de concurrence sérieuse, par beaucoup de raisons dont la première est que l'on ne trouve pas à volonté, en Europe, une mine de ce genre, je ne dis pas riche, mais médiocre. II n'est donc pas dou--

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428 COURS D'ÉCOXOMIE POLITIQUE.

leux, que, dans le quinzième el le seizième siècle, on n’exploilàt en Europe de certaines mines très-pauvres qu’on dut abandonner quand l’Amérique fut en grand rapport. Mais aussi la reclierclie de l’or et de l’argent devint alors la préoccupation générale. N’avons-nous pas vu, pendant plusieurs années après 1848, les imaginations échaufTées par les nouvelles de la Californie, se porter de toute part vers la poursuite des mines d’or? Par le mouvement général de la Renaissance, l’art des mines se perfectionna, on explora mieux les montagnes, on y découvrit de nouveaux filons et on les travailla avec plus d’intelligence, de savoir et d’ordre qu’il ne s’en mettait dans les exploitations du Nouveau-Monde, et ainsi la métallurgie européenne, bien que moins favorisée par la nature, ne succomba pas.

lluinboldt a tracé, pour le moment où il écrivait son Essai sur la Nouvelle-Espagne , un parallèle curieux entre une mine d’argent voisine de Ereyberg, celle de llimmels-Furst, à ce moment la plus riche de la Saxe, et la célèbre mine de Valenciana, près de Guanaxuato, qui alors, et depuis un bon nombre d’années, était la plus riche du Mexique (I). Rien n’est plus manifeste que la supériorité naturelle de Valenciana : c’est une abondance incroyable de minerai ; le filon a de 40 à 50 mètres d’épaisseur totale (2) ; les filons de Ilimmels-Furst, au nombre de 5, n’ont que 2 à 3 décimètres. A cette époque, la mine de Valenciana n’avait pas d’eau à épuiser; celle de Iliminels- Furst nécessitait l’emploi de machines hydrauliques; mais Valenciana était plus profonde : on y travaillait à 514 mètres de profondeur; nimmels-Furst n’était exploité qu’à 330 mètres. Avec 550 hommes, les premiers mineurs

(1) Elle a donné annuellement, pendant quarante années de suite, une quantité d’argent représentant plus de 14,000,000 fr. et quelquefois 6 millions de proQt net.

(2) 11 est souvent divisé en trois branches.

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du monde, fouillant la terre suivant les méthodes les plus perfectionnées, la mine saxonne ne rendait que 700,000 kilogrammes de minerai ; à Valenciana, 1 ,800 travailleurs souterrains, un peu plus du triple, indiens ou métis, pratiquant des procédés grossiers, livraient aux ateliers 33,120,000 kilogrammes, cinquante fois autant. La première fournissait 2,300 kilogrammes d’argent, la seconde 82,600 ou 36 fois davantage. Pour extraire la quantité de minerai produisant 100 kilogrammes d’ai^ent, il suffisait à Valenciana de 2 mineurs; il en fallait 22 à Ilimmels-Furst.

Mais Valenciana payait ses 3,100 ouvriers fort cher, ils recevaient de 5 à 6 fr. par jour; et ensemble 3,400,000 fr. ; l’autre ne rétribuait ses travailleurs du fond et de la surface, au nombre de 700, qu’à raison de 90 centimes; et ces braves gens s’en contentaient, parce que c’était le taux du pays : c’est tout ce que permettait d’y faire le montant des capitaux par rappoVt à la population. A Valenciana, trois puits coûtaient ensemble plus de 10 millions de francs. C’était, par puits, 3,333,000 fr. Le puits nouveau {Tiro Nuevo), qu’en 1803 M. de Humboldt vit à 184 mètres de profondeur, et qu’on creusait de manière à le terminer, à ce qu’on supposait alors, en 1815, devait avoir une profondeur de 514 mètres. Il devait coûter 6 millions de francs environ. On lui donnait des dimensions excessives,

26 mètres 80 centimètres de circonférence, ou plus de 8 mètres de diamètre. A Ilimmels-Furst, en pareil cas, même avec un filon de la puissance de celui de Guanaxuato, on eût adopté un diamètre beaucoup plus modeste et le puits eût été creusé vraisemblablement pour 250,000 fr.

La plupart des matériaux et des approvisionnements, tels que la poudre, le fer, l’acier, le bois, les fourrages pour les équipages de mulets qui font, en Amérique, la manœuvre des puits, le cuir, le suif, coûtaient plus cher à Valenciana qu’à Hiramels-Furst et s’y gaspillaient extrê-

niement. Il faut dire aussi que le rendement moyen du minerai était de moitié plus fort à Himmels-Furst (1).

Voilà par quels moyens s’établissait la compensation ; mais elle restait fort imparfaite. La concurrence de la mine mexicaine n’empêchait pas la saxonne de travailler avec profit ; mais c’était un bénéfice de 90,000 francs, que celle-ci réalisait, tandis que de l’autre côté c’était de 3 à 4 millions (2) de francs, en moyenne.

La comparaison entre Himmels-Furst et Valenciana n’a quelque convenance ici, que parce que Himmels- Furst qui, au Mexique, eût été l’objet d’un parfait dédain, jouissait, en Saxe et en Allemagne, d’une grande réputation. Autrement, ce n’est pas à une mine douée d’avantages naturels vraiment exceptionnels, en Amérique, qu’il est légitime de comparer les mines d'Europe.

(1) Voir r£ssai de la Nouvello-Espagne, III, p. 206.

(2) La moyenne de 1794 à 1802, l'un el l’aulre inclus, a été de 640,000 piastres, ce qui fait 3 millions et demi de francs.

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