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CHAPITRE PREMIER

Variations générales et permanentes. — Effets du renversement de l'empire Romain par les Uarbares. — La rivillsation antique entre l'époque de Soiun et celle de Démostlièkes, et entre les'preniiers Ages de la République Romaine et l'Empire.

Uu pliéüoraène analogue à celui qui suivit la découverte de l’Amérique, mais dans un sens diamétralement opposé, s’était produit dans la période barbare qui s’ouvrit, pour l’Europe, à la chute de l'empire Romain. Les arts utiles, de même que les beaux-arts et les sciences, avaient péri dans la catastrophe où le trône des Césars avait été englouti. Pendant plusieurs siècles, l’exploitation des mines fut presque entièrement suspendue; la sécurité que plus qu’une autre industrie elle exige, à cause de la lenteur de ses opérations, n’existait plus. L’art môme des mines se perdit. Les tributs en or, que l’Occident recevait autrefois de l’Asie, réduits d’abord, avaient été supprimés. Le commerce lointain, qui aurait pu amener de l’or et de l’argent des pays où étaient encore exploitées les mines, avait été anéanti ou était devenu fort difficile. Ainsi l’approvisionnement, soit par l’extraction directe du sein de la terre, soit par les redevances tirées de provinces éloignées, soit par la voie des échanges commerciaux avec

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d’autres contrées, était à peu près nul. Le peu qu’on-se procurait des deux métaux s’obtenait très-chèrement ; la demande cependant ne laissait pas que d’être notable, ne fût-ce que pour remplacer ce qui avait disparu.

Car beaucoup d’or et d’argent avait été enfoui pendant les invasions qui se succédaient, parmi le tumulte des hordes qui s’entre-choquaient, et le secret des cachettes était enseveli dans la tombe des enfouisseurs qui avaient été égorgés ou exilés. Le frai qu’éprouve la monnaie en circulant, les naufrages et les incendies qui, à force de se répéter, font disparaître des quantités d’or et d’argent supérieures à ce qu’on pourrait supposer, mille accidents enfin, causaient des pertes qui, sans cesse renouvelées, finissaient par former des masses.

On ne se fait pas, au premier abord, une idée exacte de la déperdition qu’occasionne, après un long délai, une diminution même très-faible qui se réitère constamment sans qu’il y soit suppléé. Un raisonnement qui à la vérité peut avoir quelque chose d’excessif, a conduit M. Jacob (1) à évaluer à un trois-cent-soixantième la perte annuelle que le frai, considéré isolément, fait subir à la monnaie (2). A ce compte, en écartant toute autre cause de disparition, un milliard serait réduit après un siècle à 755 millions, après 500 ans à 140, après mille ans à 60 millions; ainsi une masse de monnaie qui aurait été de 5 milliards sous Constantin, et que le produit des mines eût absolument cessé d’entretenir, n’aurait plus été que de 300 millions sous le règne de Philippe le Bel. Mais le frai des monnaies n’est pas, à beaucoup près, la seule cause qui diminue l’approvisionnement des métaux précieux dont la société est en possession.

Si, pour avoir égard à toutes les causes de disparition'

(1) On the Precious Metals, 1. 1, chap. XIV.

(2) Voir plus haut page 249, note au bas de la page.

des métaux précieux, on adoptait la loi indiquée par M. Mac Gulloch, d’après lequel il s’en perdrait 1 pour 100 par an, le phénomène serait bien plus tranché. Un milliard frappé à l’ouverture d’un siècle ne présenterait plus que 366 millions à la fin, et après 500 ans ce ne serait plus que la somme insignifiante de 6,600,000 fr. 5milliards qui auraient existé, comme je viens de le supposer, sous Constantin, n’auraient plus fait, sous Philippe le Bel, qu’une somme du genre de celle qu’une banque de second ordre a dans ses caisses en espèces.

Pendant les quatre ou cinq premiers siècles des monarchies d’origine barbare, l’or et l’argent devinrent par degrés extrêmement rares en Europe. Lesdenrées de première nécessité, disons mieux, toutes les marchandises baissèrent par rapport aux métaux précieux ; on les vit graduellement tomber à ce que nous appellerions les plus vils prix ; en d’autres termes, elles en vinrent à ne plus s’échanger que contre des atomes d’argent ou d’or (1). Plus tard, quoique cet état des choses se fût modifié, l’histoire fournit des faits quiattestentcombienétaitgrande encore la puissance d’une quantité médiocre de métal précieux. Au milieu du quatorzième siècle, un roi puissant, Édouard III, en mariant sa fille, lui assurait en argent une rente qui, à raison de 4 grammes et demi par franc, formerait 2,700 fr. (2). Un siècle auparavant, saint Louis dans une circonstance semblable avait donné une dot, en

(<) En partant d’une évaluation, fort peu certaine, il est vrai, sur la quantité de monnaie qui circulait dans l'empire Romain sous Vespasien, en calculant la déperdition annuelle, comme il vient d'étre dit, et en ayant égard à ce qu'avaient pu, depuis, produire les mines, H. Jacob estime que l’Europe entière, à la fin du quinzième siècle, n’avait plus d’or et d’argent monnayés que 34 millions sterling (SbO millions de fr. de notre monnaie). On pourrait soutenir que cette estimation est encore exagérée.

(2) Jacob, Onthe Precious Metals, tome 1, page 336.

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