‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 7 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Garaelèrea qn'ane «nbgtance doit réunir pour être propre 4 gerrir de monnaie.

Il ne faut pas un bien long examen pour reconnaître que tout objet n’est pas propre également à remplir ce rôle intermédiaire de commune mesure, d’équivalent général, de monnaie enfin. Le blé, que j’ai indiqué par manière d’hypothèse, n’y convient que fort médiocrement. ‘ 11 est volumineux et lourd : il serait fort incommode à transporter de chez l’un chez l’autre. Chacun serait forcé d’avoir de vastes greniers et de se pourvoir de nombreux véhicules qu’on devrait mettre en mouvement à chaque transaction. Le blé est moins périssable que d’autres fruits de la terre : sous ce rapport même il présente sur la plu- .part des matières alimentaires une supériorité remarquable ; cependant, il est sujet à s’avarier, il se détériore à l'humidité et les insectes le dévorent. Celui qui aurait reçu une certaine quantité de blé aujourd’hui courrait grand risque de ne pas la retrouver intacte dans six mois, dans un an ; pir là serait introduit, dans toute opération commerciale, un élément aléatoire. La valeur du blé est fort sujette à variation : la récolte prochaine peut être abondante, alors le blé baissera ; mais elle peut aussi bien être au-dessous du médiocre, et, dans ce cas, le blé acquerra une grande valeur relative; par conséquent, je ne sais pas bien ce que je donne ou ce que je prends quand je paye ou que je suis payé en blé, si le payement n’est pas immédiat, ou si le blé, en le supposant livré aujourd’hui, n’est pas destiné à être consommé aussitôt. Enfin le blé n’est pas une substance toujours semblable à elle-même;

daas le même champ, d’une année à l’autre, il varie de qualité. 11 varie davants^e selon les lieux. La touselle de Provence et la richelle de Naples vaimt plus que le blé d’Odessa, qui peut être offert concurremment sur le même marché, à Gènes ou à Marseille ; les blés de Dantzig surpassent ceux de l’Amérique qu’ils peuvent rencontrer à Mark-Lane (1) ou à la Halle-au-blé de Paris, et les blés de l’Égypte, autrefois le grenier des Romains, ne valent guère aujourd’hui, sur les marchés, que la moitié des blés de certaines contrées du littoral septentrional delaMéditerranée, tels que ceux de Naples ou de Provence que je viens de nommer.

En un mot, le blé serait une commune mesure trop incommode, un équivalent trop incertain, en d’autres termes unemauvaise monnaie. Beaucoup d’autres objets, considérés sous le rapport de leur aptitude à remplir ce rôle, soulèveraient les mêmes objections; ils pourraient même offrir des difiicultés nouvelles. Le blé, par exemple, est divisible indéfiniment et sur-le-champ : la division d’un hectolitre peut être poussée jusqu’à un grain de blé, et avec des grains de hlé pris un à un je puis recomposer l’hectolitre ; au contraire, je ne puis, sur le marché, couper un bœuf en deux et, en tout cas, avec deux moitiés je ne referais pas un bœuf. ■ ,

A la suite de cette courte analyse, il est facile d’indiquer les qualités essentielles dont une marchandise doit être douée pour remplir parfaitement le rôle de monnaie. Il faut qu’elle soit :

t*Par elle-même une marchandise, c’est-à-dire une chose en rapport avec un certain nombre de nos besoins et recherchée par les hommes à ce titre ;

2* A valeur égale, plus facile à déplacer que la plupart

(1) Marché au blé de Londivs.

des autres marchandises ; c’est-à-dire que, sous un faible volume, elle doit offrir une grande valeur relative, afin que cliacun en transporte commodément l’équivalent des objets qu’on a communément lieu d’acheter;

3° Inaltérable, afin qu’on puisse la conserver intacte sans des soins particuliers et incessants;

4“ Parfaitement homogène et égale à elle-même, afin que, moyennant une vérification simple, on en constate rigoureusement la nature;

5® Divisible indéfiniment , de manière à représenter telle petite valeur qu’on voudra; sans cependant que la division lui enlève rien de scs avantages, ce qui supposeque les parties détachées soient aisées à réunir;

6“ A l’abri, autant que possible, des variations de valeur, et notamment de ces changements brusques qui résultent, pour les productions de l’agriculture, des inégalités qu’éprouve la récolte d’une année à l’autre, et, pour celles qui sortent des manufactures, des révolutions que subissent sans cesse les moyens de fabrication.

7® Il convient aussi que les objets qu’on destine à cette fonction aient unegrande aptitude à recevoir et à conserver une empreinte délicate qui fasse reconnaître la monnaie d’un coup d’œil.

8° Il est encore à désirer qu’ils soient doués d’une malléabilité et d’une dureté qui les empêchent de se rompre ; qu’indépendamraent de l’homogénéité déjà mentionnée ci-dessus, ils aient des qualités propres, à l’aide desquelles on puisse aisément les distinguer! en un instant, de substances plus ou moins analogues auxquelles on aurait frauduleusement donné la même forme et la même empreinte; tel le son que rend l’argent, telle la grandeur de la pesanteur spécifique do l’un des métaux précieux et même des deux.

L’or et l’argent ont été choisis de toute antiquité par ‘

iinesurle d’asseuliment iini\erscl, pour remplir les fonctions de monnaie. Ils satisfont, en effet, à la plupart des conditions que nous venons d'énumérer, de la façon la plus complète, et à toutes, sans exception, mieux que quelque autre marchandise que ce soit. C’est ce que l’on verra dans le chapitre suivant.

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