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CHAPITRE PREMIER

Leurs raractères géudraux. — Conséquences qui en résultent pour la production de ce métal. — A quelles conditions des mines nouvelles jieuveiit en fuire baisser la valeur.

L’esquisse historique qui précède, sur les mines du Nouveau-Monde, coucerne principalement les mines d’argent qui, jusqu’à ces derniers temps, y avaient eu beaucoup plus d’importance que les mines d’or, soit qu’on mesure l’importance des mines à la richesse qu’on en retire, soit qu’on en juge par le nombre des hommes qui y sont employés, soit enfin qu’on prenne pour base d’appré- - ciation la grandeur des efforts qu’elles réclament. Mais les mines d’or sont devenues si productives dans ces derniers temps, non-seulement en Amérique, mais dans d’autres contrées ; elles ont pris une telle place dans la préoccupation publique; par rapport à la monnaie, elles semblent appelées à produire des changements si marqués, qu’il convient d’en traiter à part et d’en signaler les caractères, sans perdre de vue que ce livre traite spécialement de la Monnaie, et que des détails relatifs aux mines d’or ne sont ici à leur place qu’à la condition de se rattacher à ce sujet.

H semble qu’il y ait quelque chose de paradoxal à sou- 111. 30

iGG COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

tenir que l’or soit un des métaux les plus répandus; car, s’il l’est, comment se fait-il qu’il ail une valeur si élevée, en comparaison de tous les autres produits de 1 industrie humaine? C’est que la nature, qui a semé l’or presque en tous lieux, l’a mis partout à très-petite dose.

Il y a extrêmement peu de terrains où l’on ne trouve quelques parcelles de fer. Le fer est une des substances qui se rencontrent le plus fréquemment, tantôt comme un ' élément essentiel des corps, tantôt comme un ingrédient accidentel ou accessoire destiné à les colorer de diverses nuances : c’est par ce dernier motif que d’anciens chimistes l’ont appelé le teinturier de la nature. Après le fer, il n’y a pas de métal que la nature ait distribué aussi généralement que l’or; mais elle lui a fait jouer un rôle beaucoup moins ample et moins apparent tout à la fois. Pour ce qui est de son influence sur la couleur ou l’aspect des corps qui lo renferment, elle est ordinairement nulle, parce que, presque constamment, il y est, non pas engagé à l’état de combinaison chimique, mais disséminé à l’étal natif, par un simple mélange physique, et les parcelles qu’il y forme sont, dans le plus grand nombre des mines, rarement assez fortes pour que l’œil puisse les apercevoir. Le fer existe souvent en filons très-épais ou en couches massives. Qui n’a entendu parler des inépuisables masses de fer de l’ile d’Elbe, ou de la Montagne de Fer {Iron Mountain) du Missouri, ou des bancs de minerai qui s'étendent à plusieurs lieues de distance dans les Pyrénées, dans l’Aveyron, dans la Meurthe et la Moselle, dans le pays de Galles, en Écosse, eu Suède, au Canada, en Algérie et dans vingt autres contrées? Pour l’or, jamais rien de semblable, ïamaisrien de plus que des grains ou des paillettes, dans des liions ou des veines de quartz ou dans des bancs de

graviers et 4e sables. Quelquefois encore des parcelles absolument invisibles, disséminées -dans des rainerais argentifères ou dans ces matières d’un jaune de laiton que le minéralogiste nomme des pyrites (1). Il n’est môme pas sans exemple que la masse tout entière des terrains en soit imprégnée, mais dans des proportions infinitésimales. Voici, par exemple, ce qu’on lit dans l’As/c Centrale de Iluraboldt : « Je rappelle à cette occasion qu’à « Madrid un chimiste dont les travaux ont été regar- « dés comme très-précis, M. Proust, m’a assuré avoir (I trouvé aurifère toute la masse granitique autour de (I l’Escurial, sans que l’on aperçût trace de filons ou de « veines (2). » i

M. Domeyko déclare avoir positivement constaté, au Chili, un fait semblable, sur une plus grande échelle. « J’ai voulu seulement reconnaître, dit-il, si l’or, qui se « concentre de préférence dans les filons, n’est pas un des U éléments de la masse encaissante, de la masse de tous « ces rochers qui constituent la chaîne d’escarpement de (( ladite côte de l’Océan. Dans ce but j’ai fait divers essais « de terres que j’avais soin de recueillir à la surface des <( rochers, sur les pentes où on n’apercevait pas la raoin- 0 dre trace de filons aurifères. Ces terres se composaient « de grains anguleux de feldspath, mélangés de petits (I grains de quartz et de quelques paillettes de mica. Des « essais faits sur 200 grammes de ces terres m’ont donné « une particule d’or sensible à la balance et correspon- << dantàplusd’unmillionièmedelasubslanceessayée(3). •

(1) Matières jaunes, d’un brillant mélallique, que le vulgaire prend souvent pour de l’or, mais qui nesoiitque dcssulfures de fer ou des sulfures doubles de fer et de cuivre.

(2) ^Jie Centrale, t. 1, p. 528.

(3) Notice sur quelques minerais du Chili analjsés en 1843, Annale» des 4/iues, quatrième série, t. VI, p. 180.

11 résulte du rapport de M. Laur sur la Californie que cet état présente de vastes superficies, où l’on trouve l’or, partout, en très-petite proportion, dans des bancs dont l’épaisseur va jusqu’à plus de 40 mètres. Je pourrais citer d’autres témoignages dans le même sens (1).

En fait d’or, ce qui répond aux gigantesques amas et aux couches épaisses de fer que l’on cite dans tant de contrées, ce sont des morceaux gros quelquefois comme une noix ou comme le poing, très-rarement d’un plus fort volume et le plus ordinairement moindres, qu’on désigne sous le nom de pépites. L’histoire mentionne les^pépites qui pèsent plusieurs kilogrammes, comme des événements. L’Europe s’intéressa, il y a trois siècles et demi, à une pépite qui, dans les récits du temps, est indiquée comme le grano de oro par excellence. On l’avait trouvée à Haïti, au commencement de 1502, dans les lavages d’or du Rio Hayna. On l’envoya, non sans quelque solennité, avec d’aulre butin, à Ferdinand et à Isabelle ; mais le navire qui la portait fut englouti à peu de distance del’île, le 29 juin 1502, dans le même ouragan où périrent Bobadilla, Ruldan et l’infortuné cacique Guarionex. Elle pesait de 14 à 15 kilog. (2). En 1821, on en a découvert une de 22 kilog. aux États-Unis, dans la Caroline du Nord, comté d’Anson. Un des sultans de Bornéo se vante d’en avoir une plus belle. Ces échantillons renommés sont surpassés par la pépite qui, en 1742, s’offrit aux mineurs russes près de Miask, dans l’Oural méridional; en volume elle fait tout près de 2 litres ; elle pèse 36 kilog.

(t) Dans nie de Haïti, récemment, un mineur très-insiruit, M. Théodore Haupt, ayant, en trois endroits très-éloignés les uns des autres, broyé et traité par te lavage la diorilc décomposée, eu a retiré de l’or. (Humbuldl, Asie Centrale, 1. 1, p. 527.)

(2) On avait fait courir, au sujet de cette pépite, des contes extravagants. M. de lliimboldt en rapporte queirjues-uns dans le tome III de ilfistûire de la yéugraphie du nouveau continent (p. 330, 331).

La Californie et l’Âiistralie ont fourni des pépites plus remarquables encore. J’ai peu de détails sur celles de la Californie; mais, pour l’Australie, voici quelques renseignements : dès les premières années de la découverte, un indigène au service de M. Kerr, propriétaire d’un troupeau de moutons, rencontra près de la surface du sol, sur le terrain de son maître, une masse d’or du poids de 106 livres. M. Mundy, auquel j’emprunte le fait (I), ne dit pas s’il s’agit de la livre avoirdiipois, ou de la livre de Troy. Dans le premier cas, ce serait 48 kilog. ; dans le second, 40 seulement. La pépite paraît avoir été trouvée dans la terre en trois morceaux. Ensuite, on a eu, dans la même colonie, la pépite dite Blanche Barhbj, du poids deo2 kilog. Plus tard, le 9 juin 18o8, eut lieu, dans le canton de Ballaarat, une trouvaille plus extraordinaire. Un mineur, du nom de Richard Jeffery, faisant partie d’une association de vingt-deux travailleurs, découvrit une pépite (ju’on baptisa du nom de Welcome (la Bienvenue), du poids de 2,166 onces, poids de Troyes. Quand on l’a fondue à Londres, on en a retiré environ 103 onces de quartz, ce qui réduit la quantité d’or à 2,133 onces, soit 66 kilog. 343 grammes. Au taux auquel la Banque d’Angleterre achète l’or, elleavalu 8,376liv. st. 10 s. 10 d.; soit 211,172fr. Un mémoire tout récent (1864) sur les mines d’or de l’Australie, de M. de Castelnau, consul général de France il Melbourne, mémoire dont j’ai dù la communication à l’obligeance de ,M. Drouyn de Lliuys, ministre des affaires étrangères, mentionne une autre pépite plus grosse encore, qui est connue sous le nom de Sarah Sands et qui aurait pesé, probablement avec un certain mélange de quartz, tout près de 78 kilog.

(1) Our antipodes, orresidenee and rambles in lhe australasian colonies, withaglimpse of lhe gold fitlds, par le lieutenant-colonel Munily. Londres, 1835, p. 373.

L’exploitation de l’or se distingue par deux traits particuliers :

Le premier, déjà indiqué rapidement, c’est qu’on le trouve presque toujours à l’état natif, c’est-à-dire à l’état de métal sans combinaison. Le fer, dont nous avons parlé, est toujours uni à d’autres substances qui en changent complètement l’aspect et les caractères; il se présente à l’état d’oxyde, d’hydrate ou de carbonate, jamais à l’état natif, excepté dans les pierres météoriques qu’on ne saurait mentionner parmi les mines (1). L’or, au contraire, est le plus souvent pur, sauf l’alliage accidentel, qui ne le dénature pas, de quelques centièmes d’argent et de un à deux pour cent de métaux plus vulgaires, tels que le cuivre et le fer. De môme, là où la présence de l’or est invisible, parce que le métal est voilé par sa division môme au milieu d’autres substances métalliques, la science croit qu’il reste juxtaposé plutôt qu’as.socié chimiquement aux autres corps. C’est de cette manière qu’un grand nombre de mines d’argent offrent de l’or épars en atomes dans les substancesargentifères ou dans la roche qui enveloppe celles-ci. Dans les mines de la Transylvanie qui ont de la célébrité, l’or est mêlé, en petites doses, à un autre métal, le tellure; celles de Chenmitz (Hongrie), qui ont aussi de la réputation, sont, comme celles de Giianaxnato, des mines d’aigent aurifère.

Le second caractère qui distingue l’exploitation de l’or est relatif à la constitution des mines elles-mêmes. La plupart des mines d’or proprement dites (j’entends par là les mines qui ne sont pas, comme celle de Guanaxuato, des mines d’argent principalement, où l’or est uu accessoire), ou pour parler plus exactement la plupart de celles

(1) Non-spulement ers pierres métt'oriques sont trop rares pour qu'on les consiilcre comme des mines, mais encore le fer y est uni à quelques centierm-s d’autres métaux qui suffisent à le dénaturer.

qui sont aujourd’hui en exploitation sont essentiellement des mines d’alluvion. Ce sont des sables ou des graviers qui, très-souvent, sont placés à la surface du sol, ou à peine recouverts d’une épaisseur assez mince d’autres terrains meubles. A certaines époques, dans la série des âges géologiques, la surface de la planète fut labourée par les eaux avec une puissance dont les dégâts causés par les inondations de nos jours ne donnent aucune idée. Alors, V, une grande quantité de roches furent mises en débris que les courants charrièrent, roulèrent, pulvérisèrent ou tout au moins arrondirent; c’est ainsi que furent formées les . alluvions que l’on remarque si épaisses quelquefois, et parsemées de galets très-nombreux, dans les vallées, bien au-dessus du niveau actuel des fleuves. En broyant une immense quantité de rochers pour en épandre le détritus, ce cataclysme prolongé et maintes fois répété donna naissance à la couche friable qui, presque partout, mais principalement dans le fond des vallées, recouvre le roc, et dont le des.sus est la terre végétale. Cette période, qui, au premier abord, semble un âge de destruction, eut pour effet, au contraire, de rendre la planète habitable pour l’homme, d’en assurer la salubrité en comblant de nombreux abîmes remplis d’eaux stagnantes, et en régularisant les vallées. Elle en fit la fécondité, car elle créa le terrain meuble, et c’est ainsi que la culture devint possible. A cette même époque se formèrent les gisements d’or sur lesquels l’industrie humaine s’exerce le plus, les gisements d’alluvion.

11 ne reste guère de doute aujourd’hui sur ce point que, dans leur déchaînement, les eaux amoncelées alors rencontrèrent sur le sol, en certaines contrées, des déjections aurifères qui formaient même de vastes épanchements. C’était venu de l’intérieur de la planète, par un de ces phénomènes dont la géologie révèle et étudie les

caractères et les circonstances. Le métal précieux y était réparti dans des filons de quartz ou dans des veines ramifiées de la même substance; la masse entière, on vient de le voir, en était quelquefois plus ou moins imprégnée elle-même. Dans leurs parties les plus voisines de la surface, ces filons, ces veines ou ces roches massives, par une distribution dont le règne minéral présente des exemples, paraissent, en un grand nombre de cas du moins, avoir contenu beaucoup plus d’or que dans la profondeur où il est facile encore de les suivre (1), comme on suit, en creusant, les racines d’un arbre. Par des causes que je n’essayerai pas d’exposer ici, ces déjections se montrèrent, dans certains pays, très-faciles à désagréger à la superficie, c’est-à-dire dans la partie qui était précisément plus riche on or que le reste, et c’est ainsi que se formèrent des alluvions aurifères qui devaient un jour offrir un brillant appât au mineur.

(I) Celle opinion, forl accréditée aujourd’hui, esl établie par .M. Duport dans les termes suivants :

« Parmi ces faits encore isolés, il en est un que j’ai pu observer dans toutes les grandes veines métallifères du Mexique : c’est que l’or se présente toujours en plus grande abondance vers le jour, tandis que sa proportion diminue avec la profondeur; souvent ce métal apparaît en quantité considérable dans les boursouflements qui s’élèvent au-dessus du sol à l’oritice des filons, ou dans les épanchements horizontaux qui s’étendent à l'entour de cet orilice.

« Au Mexique, il esl peu de raines d’argent qui soient absolument privées d’or; seulement à mesure que l'on avance en profondeur sa proportion diminue. A Guadaliipey Calvo, sur 1a crête du filon, un seul coup de marteau détachait des fragments de roche où l’or se distinguait aisément : prise à tOO mètres de profondeur, celle veine de quartz, large de 18 mètres, ne contenait plus que de faibles pareclles d’or, que l’œil ne découvre plus, que le mercure seul peut recueillir. » {D uns banque territoriale hypothécaire, 1843, p. 59.)

M. Domex ko parie dans les mômes termes des Qlons d’or du Chili. Annales des Mines, quatrième série, t. IX, p. 308.

Les observations de M. Laur sur la Californie lenJciit à établir le même fait.

Di.r

Un autre phénomène paraît avoir eu lieu dans le cours de ce cataclysme : les masses d’eau.K en mouvement, dans des oscillations peu violentes mais prolongées, qui auraient marqué la fin delà période, auraient fait subir un remaniement, une sorte do lavage aux matières broyées. Ala faveur 'de cette opération^e la nature, l’or s’accumula dans une ■ partie des alluvions, de préférence au reste, de même que, . sur l’appareil que le mineur nomme la table à seromses^ dans les ateliers de préparation mécanique d’une mine de plomb ou decuivre, sous l’action d’un petit courant d’<‘au, les matières les plus pesantes se séparent des autres. Sans doute parce que c’est l’endroit où ce travail de lavage se soutint le plus longtemps, c’est sur les bords dos cours , ^ d’eau actuels ou dans leur proximité que l’or, souvent,

• devint le plus abondant sous cette influence.

, Cependant l’alltivion aurifère recouvre maintes fois les versants des collines et les plateaux. Elle occupe ainsi, à distance du bord des cours d’eau, de grands espaces où l’on est parvenu à organiser l’exploitation avec profit.

Les gisements plus particulièrement exploités comme aurifères composent fréquemment au. milieu de l’alluvion générale, et plus spécialement de celle qu’on ren- ^ contre dans les fonds, des bancs d’une forme déterminée : ils sont plats et oblongs, de 50, 100, 200 mètres de longueur et plus encore, mais beaucoup plus étroits. L’or y est plus rare à la périphérie que dans les parties centrales. 11 est pourtant des alluvions fort étendues, dont on peut e,\ploiter et dont on exploite en effet la masse entière. Nous aurons lieu d’en citer un exemple remarquable.

Les mines qui existaient autrefois dans les Gaules et qui avaient donné assez d’or pour exciter la cupidité de Jules César, celles qu’on a travaillées jadis en Égypte, et dont le souvenir ne s’est perpétué que sur les impérissables monu-

menls dos Pliaraons ; celles d’Ilaili, aujourd’hui délaissées . . • ou épuisées; colles de l’inlérieur de l’Afrique, dont ’ il y aurail lieu d’allendre de grands produits si elles n’étaienl entre d^ mains barbares ; presque toutes celles qui, au Brésil, il y a cent ans, étaient fort productives, et dont qucl<|ues-unes le sont encore; la plu[|grt de celles do la Nouvelle-Grenade; beaucoup de celles du Chili, et de celles qui, au.\ États-Unis, sont éparses dans les vallées des monts ■' .Alléghanys; celles de l’archipel delà Sonde, delà Chine’ et du Japon, celles de l’Oural et de r.\ltaï; celles de I;^ Sonora, et enfin toutes celles qui ont été exploitées’dîijs j. la Californie et l’Australie pendant la première phaW,** ont ce caractère de mines d’alluvion. Ouant aux filous de quartz qui recèlent l’or dans son site priihilif, on peut en considérer l’exploitation en grand cômmê une* nouveauté. Quelques-uns avaient été mis en œuvre dans, ' les montagnes du Clioco, (|ui dé|)eiid de la No'ûveUe-Gre-. uade; au Brésil, dans la province de .Minas-Geraès , une bonne partie de l’or (pi’a produit et que fournit encore la localité de Gongo-Sücco a la même origine. On avait travuillé avec succès un petit nombre de liions au Mexique, à Oaxaca, à Villalpando, près de Guanaxuato ; on a cité plusieurs filons du Chili pour avoir donné de belles sommes (1). On en signale en Sibérie, notamment à Bérézorsk. Jusques ù nos jours cette catégorie de miucs d’or n’avait pourtant reçu que des développements bornés et n’avait rendu que des produits relativement faibles. Mais, depuis quebjues années, le génie entreprenant des Anglo-Américains a attaqué, avec le secours d’une grande puissance mécanique, un bon nombre de filons de quartz aurifère en Californie, et en a retiré des masses de métal. Le même

(I) Le plus corntnunément au Chili ce sont des filons de pyrites aurifcres. Voyez sur CCS mines le Mémoire ddjà cité de M. Ünmeyko. Annriles des Aliites, quatrième .‘éric, I. V|, p. 177.

fait s’observe aussi sur des proportions fort remarquables, en Australie. Néanmoins, tout considéré, on a lieu de dire, aujourd’hui encore, que l’homme a plus d’avantage à aller prendre l’or dans les alluvions où, grâce au travail de la nature elle-même, on est dispensé de la double besogne d’une e.xcavalion profonde dans une roche d’une grande dureté et d’une coûteuse préparation mécanique pour pulvériser les matières aurifères. En un mot, les alluvions restent, quant à présent, les principales mines d’or. .Mais les filons de quartz ont pris leur place parmi Icsmines d’un grand produit, et il serait téméraire d’affirmer que la puissance et la fécondité relatives de cette catégorie d’ex- » ploitalions ne doivent pas s’accroître encore. ’

Des deux circonstances qui caractérisent les mines d’or, * la première, d’offrir le métal ù l’état natif, simplifie ex- . trêmement l'œuvre métallurgique; là seconde, d’être le . plus souvent près de la surface du sol et dans l’alluvion an- ' cicune ou récente, rend facile le plus fréquemment l’ex- • ploilation des mines do ce métal. Joignez-y ce fait, que l’or a une inaltérable beauté qui 1e distingue entre tous les métaux et qui attire et séduit le regard , et vous saurez comment il se fait que chez presque tous les peuples, quelque imparfaitement civilisés qu’ils fussent, les premiers historiens aient signalé l’usage de l’or; pourquoi quelques parcelles d’or plus ou moins travaillées se voient aux mains des tribus les plus sauvages; pourquoi presque toutes les peuplades naïves que rencontrèrent les Espagnols, avant qu’ils missent le pied dans l’empire de .Montézuma ou sur le sol péruvien, avaient de petites plaques d’or pour séparer, et de menus ustensiles, tels que des hameçons pour la pêche, en or plutôt qu’en tout autre métal, lia suffi que quelques pépites, ou quelques lames plus grandes ((ue les paillettes ordinaires, se fussent présentées aux regards des hommes.

dans le lil de quelque ruisseau, pour qii’ils recherchassent avec un soin particulier cette substance constamment éclatante, que sa malléabilité rend si facile à étendre, de manière à en faire des ornements ou même de petits outils (1).

Revenons sur le fait propre aux mines d’or, d’être, dans

(I) L’arpent se montre quelquefois à l’élat natif; les mines de Konsberp, en NorwL*pe, ont donné beaucoup d'arpent natif. Dans son Traité de minéralogie, M. Dufrenoy rapporte qu'on y en a trouvé deux masses de plus de 1 ,000 kilng. chacune. Aux mines mexicaines de Balopilas, l’argent natif est assez commun. Mais les gisements d’argent natif dignes d’être cités sont des raretés dans le monde, et, outre qu’elles sont moins nombreuses que les mines d’or, les mines d'argent, natif ou antre, gisent dans les entrailles de la terre, où il n’est pas facile d’aller chercher le métal. Pour l’en retirer, il faut un état des arts qui suppose un certain , avancement des sciences et de la civilisation en pénéi al. Voilà pourquoi l’argent était rare en Amérique, môme sur le contineui, chez les Péruviens et les Mexicains, q\ii cependant étaient déj.i des peuples industrieux, quand les Conquistadores y arrivèrent. Le cuivre, qui est facile à travailler quand il est pur, se montre parfois à l'étal natif, beaucoup moins pourtant dans les contrées occupées de longue main par la civilisation européenne que dans quelques autres régions ; mais alors il n'est pas , si ce n’est par exception , d'une pureté qui permette de le travailler, même grossièrement, au lieu que l’or, même allié à d’autres métaux dans une certaine proportion, garde une malléabilité remarquable. De plus les mines de cuivre, surtout celles où il y a du cuivre natif, sont partout moins nombreuses que celles d’or, quoiqu’elles soient plus riches, c'est-à-dire quoique le même poids de minerai contienne une proportion de métal beaucoup plus forte; enfin, comme pour l’argent, il faut retirer le minerai de la profondeur de la terre. Du reste, en Amérique, on a trouvé des peuples qui avaient quelques ustensiles, ou plutôt qucl(|ucs ornements simples en cuivre. Des cavernes, qui ont servi de sépulture ii quelques tribus indiennes, ont présenté une grande quantité de bracelets en cuivre, et il est hors de doute que les Mexicains et les Péruviens exploitaient les raines de cuivre et préparaient le bronze; ils faisaient, de même au surplus que les anciens Égyptiens, des outils tranchants de cette dernière composition. Quant au fer, qui est le plus répandu des métaux, elcelui dont les mines sont les plus riches, la métallurgie qui le concerne était difGcile à inventer. De tous les métaux, le fer est le premier par l’iilililé, mais de tous les métaux usuels c’est le dernier que les hommes aient su préparer avec le degré de pureté qui le rend propre à tant d’emplois divers.

le plus-grand nombre des cas, en alluvions niédiocreraenl épaisses, sous la forme de bancs de peu d’élendue, épars dans la masse d'une alluvion générale, et où d’ailleurs l’or est extrêmement clair-semé, là même où il abonde le plus. Ce fait entraîne la conséquence que les mines * d’or, celles du moins auxquelles s’étaient attachés les mineurs jusqu’à ces derniers temps, soient sujettes à s’épuiser plus rapidement que les autres mines métalliques. Voici * une surface d’un myriamètre carré de terrain; c’est la cinq millième partie delà France à peu près. Elle offrira, supposons-le, des bancs aurifères de deux mètres de puissance, c’est déjà beaucoup. Il faudra 200 mètres cubes d’al- ' ^

luvion aurifère pour rendre un kilog. d’or : on verra plus f ^ loin que c’est une teneur satisfaisante. Mais les bancs exploitables avec succès, qui sont épars çà et là, dans l’en- •

semble delà couche d'alluvion, n’occuperont que la dixième partie de la superficie totale ; c’est leur faire la part trèslarge. Le myriamètre alors se réduit à une surface exploitable de mille hectares. Il faut 100 mètres carrés, ou un •

centième d’hectare pris dans la surface utile pour rendre 1 kilog. d’or ; les mille hectares exploitables ne pourront donc fournir plus de 100,000 kilog. d’or. En quinze ou vingt ans un gisement, qui aura excité peut-être l’attention *

du monde entier, sera totalement vidé. Avec des mines d’argent du genre de celles qu’on rencontre en Amérique, un seul filon qui se présenterait, je ne dis pas sur un myriamètre carré, mais seulement sur un myriamètre de long, donnerait lieu à une exploitation infiniment plus durable.

Ainsi, pour que des mines d’or exercent de l'influence sur le marchégénéral du monde, pour qu’elles parviennent ■ à modifier sensiblement la valeur relative de ce métal par la quantité qu’elles en répandront sur ce marché, il est indispensable que les gisements aient une grande supcrticie.

478 COLTiS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

Depuis que les Européens se sont emparés du Nouveau- Continent et qu’ils y cherchent de l’or, ou y a trouvé beaucoup de mines dont le rendement était supérieur à celui des alluviorfs exploitées en Europe, toute cherté de la main-d’œuvre étant balancée, de même que toute autre . disproportion dans chaque branche de la dépense, et la baisse de l’or s’en est suivie. La baisse n’a cependant pas eu lieu dans les proportions qu’avait pu faire pressentir la richesse do plusieurs de ces gîtes, parce qu’ils ont été vite épuisés.

‘ * De nos jours surtout, la quantité d’or qui existe à l’état

■' d’offre sur le marché est fort considérable; car, ainsi que « nous l’avons dit pour l’argent, tous les lingots et toutes les monnaies en circulation sont à cet état d’offre. Donc, présentement, plus encore que par le passé, pour que des mines nouvelles occasionnent la baisse de la valeur de l’or par l’influence qu’elles exerceront sur l’offre, il faut qu’elles ouvrent à l’industrie une carrière très-vaste, ce qui revient à dire qu’il faut que’ ce soient des gisements , très-étendus. Et d’ailleurs, il peut arriver et il arrive de nos jours que si l’offre grandit, la demande éprouve de son côté une croissance marquée.

Le caractère que présentent habituellement les mines d’or d’être des mines d’alluvion, avait eu jusqu’à nos jours cette conséquence digne d’être notée, que la main-d’œuvre composât presque en totalité les frais de production del’or, autres que les redevances au Trésorpublic, quandil y enavait, surtout si l’on fait abstraction des frais purement commerciaux que subit le métal après qu’il a quitté la mine. C’ast ou plutôt c’était une industrie avec très- . peu de capital engagé sous la forme de machines ou de travaux préparatoires. Les engins étaient d’une grande simplicité : c’étaient des appareils de formes élémentaires, pour le lavage. Quant au.x travaux préparatoires, ce n’était

plus, comme dans les mines d’argent du Mexique, un vaste ensemble de puits profonds et de longues galeries, tous ouvrages pratiqués au travers de terrains résistants, etqui coûtent, les premiers surtout, des sommes considéra- * blés; pas de fourneaux non plus pour la fusion des minerais. Si ce n’est dans quelques cas considérés comme exceptionnels, tout se réduisait, en fait de travaux prépamtoiresj ii dégager la surface* des bancs aurifères de quelques mètres de sables stériles, quelquefois de quelques décimètres; en fait d’appareils, à de petits creusets, dont à la rigueur on pouvait se passer, puisque l’or se vend en poudre comme en lingots. Point ou peu de capital de roulement, sous la forme de bois, de poudre, de fer et d’acier pour l’extraction du minerai, ou sous celle de combustible et de réactifs chimiques pour le traitement du minerai une fois extrait. Avec des données pareilles, les journées des ouvriers directement occupés à l’exploitation, constituaient la très-majeure partie de la dépense d’une mine d’or.

.Mais la tendance générale de l’industrie moderne, do faire intervenir le capital et, par lui, d’augmenter la puissance productive du travail de l'homme, devait finir par se manifester sur les mines d’or, de môme que partout ailleurs. On avait d’abord imaginé quelques engins d’un plus grand effet que la sébile primitive ou la battée. Les mineurs Californiens y ont, presque dès l’abord, substitué d’autres appareils plus commodes tuais plus compliqués, qui rendent plus d’or avec le même labeur humain. Puis ^ on a creusé de petits canaux de dérivation, afin d’amener de l'eau de lavage sur des bancs aurifères éloignés du bord dos rivières. Mais en Californie, depuis quelques années, de plus grands moyeus ont été mis en action. Pour ne parler encore que des mines d’alluvion, l’on a imaginé et mis en œuvre à leuréggrd un procédé ingénieux qui ré-

clame beaucoup plus clecapi(al,mais qui a accru dans une proportion inespérée la puissance productive de l'iiomme appliquée à cette industrie, c’est-à-dire le nombre de grammes d’or obtenu par journée de travail, en consacrant ce travail cependant à des gisements qu’on eût dédaignés jusque-là pour leur pauvreté. 11 est vrai que ces gisements sont d’une très-grande étendue, c'est-à-dire que le mineur a sous la main une quantité illimitée d’al- ' luvions aurifères, pour les soumettre à un labeur continu et extrêmement simplifié. ,

Cberchons maintenant à nous faire une idée des conditions auxquelles les hommes extraient l’or, de la somme d’efforts ou d’expédients à laquelle les oblige, lorsqu’ils veulent s’en procurer, l’avarice avec laquelle la nature a répandu ce métal dans les alluvions où cependant elle semble avoir voulu le concentrer. '

Hier encore, nous avions un exemple à nos portes, chez . nous-môincs, dans la vallée du Rhin, car l’industrie des orpailleurs s’y maintenait. Je citerai cet exemple comme celui de la localité la moins favorisée de toutes celles où l’on extrait l’or des alluvions. Un mémoire d’un savant ingénieur, M. Daubrée, alors professeur à la faculté des sciences de Strasbourg, et depuis membre de T’institut, a attiré l’attention, il y a plusieurs années déjà, sur ce gtte aurifère, et nous fournit des faits précis bien observés (1).

• La production de l’or, fort ancienne dans la vallée du Rhin, y a été moindre dans les temps modernes qu’avant la ^ découvertede l’Amérique; elle s’élevait encore, entreRâle et Manheim, lors des premières recherches de iM. Daubrée, en 1846, à 45,000 francs par an; je doute que parmi les autres fleuves de l’Europe il y en eût un seul qui, à la même - époque, produisit autant. Dans ces dernières années elle

(I) Complet rendus de l'Académie des sciences, tome XXII, |>age 03!», il Annales des Mines, (juatiièii'.e série, t. X, p. 3.

' s’est ralentie beaucoup, soit par l’effet du changement apporté au régime du Rhin par les travaux d’endiguement dont il a été l’objet (l),soit aussi parce que, la valeur delà main-d’œuvre ayant monté, la rémunération de deux tiers de gramme d’or, qu’on n’obtient pas toujours en moyenne dans une.journée de travail, n’a plus été suffisante. La production annuelle des lavages d’or du Rhin est tombée à 3,000 fr. ; c’est environ 1 kilog. de métal; d’où suit que celte exploitation peut désormais être considérée comme étant à la dernière limite du rendement utile.

Tout entière, la spacieuse ail uvion, au milieu de laquelle est placé le lit actuel de ce grand et beau fleuve, contient de l’or; maisjamais elle n’en offrit partout, à beaucoup près, ce qu’il aurait fallu pour attirer les orpailleurs. On n’a pu chercher utilement l’or qu’en de petits bancs que forme journellement le fleuve, par le remaniement de son propre gravier, et où il réunit les paillettes de métal trop disséminées dans la masse. Ces bancs sont toujours situés à l’aval d’une rive ou d’une île que les .eaux ont rongée; le métal y est placé à la pointe supérieure, au milieu du gra- . vier le plus gros, et l’épaisseur exploitable avec avantage n’a pas plus de 15 centimètres moyennement. Ces petits

(1) Voici ce que contient à ce sujet une note que je dois à l’obligeance de M. Daubrée :

« Cette diminution graduelle résulte surtout des travaux de rectiflcation et d’endiguement que les gouvernements riverains, français et badois, font exécuter sur le Rhin depuis 1S42 et qui touchent h leur terme. Le fleuve se trouvant contenu dans un lit normal et invariable ne divague plus comme autrefois, et par conséquent ne forme plus de ces bancs ou attérissements, où il concentrait, par un lavage naturel, l’or en des espaces parfaitement déterminés. La matière première, dans des conditions exploitables, fait donc défaut à l'orpailleur presque partout, et il est possible que cette industrie disparaisse toul-à-fait à une époque peu éloignée, laissant comme dédommagement aux populations riveraines des terres cultivables et assainies. Cette perspective a empêché de perfectionner les procédés d’extraction comme il eût sans doute été possible. »

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