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de brillants bénéfices : mais c’élait bien fréquemment pour les perdre ensuite, parce que le gisement de riche devenait médiocre ou pauvre, et conservait longtemps ce fâcheux caractère.

Au Mexique, où les mines ont été plus productives qu’ailleurs, il est certain que ta Purissima, de Catorce, a donné régulièrement pendant une longue suite d’années un profit net d’au moins l million et quelquefois de 5 ou 6. Dans le même district, la raine de Padre Flores rendit, la première année, 8 millions. On a déjà vu ce qu’avait produit, pendant une succession de quarante ans, l’exploitation de Valenciana (1). Le filon de Pabellon et de la Veta Negra, àSombrerete, a été, un moment, plus merveilleux. A Real del Monte, Pedro. Tereros, ensuite comte de Régla, avait trouvé de tels trésors, qu’il lui fut possible de faire présent au roi Charles 111 de deux vaisseaux de ligne, dont un de 112 canons, et d’y joindre ce que, par politesse castillane, il appela un prêt de cinq millions. Cependant, si des fortunes colossales sont sorties des mines, elles ont été peu nombreuses, même au Mexique; si la famille Fagoaga, les comtes de Régla et de V'^alenciana, leur ont dû une opulence extrême, pour tant d’autres, un instant rangés parmi les privilégiés , quels, revers après la prospérité ! presque en tout pays, l’exploi^ tation des métaux précieux, des mines en filons surtout, a un caractère aléatoire, à moins d’être entreprise sur une très-grande échelle, de manière à compenser les unes par les autres les inégalités de rendement. En Amérique, la prodigalité qui présidait aux travaux préparatoires, les sommes inouïes qu’on dépensait pour foncer un puits, par exemple, l’aggravaient beaucoup (2). L’imprévoyance avec

(I) Pdge 393.

(-2) Voir plus haut, page 429, la dépense du Tiro Nuevo, à la mine de Valenciana.

laquelle souvent les mineurs heureux consumaient, dans le faste et les plaisirs, les bénéfices des bonnes années, comme si celles-ci ne devaient pas avoir de fin, ne contribnait pas peu à ces pénibles retours. v,

L’histoire du mineur français Laborde est un des exemples de ces vicissitudes. Cet homme énergique et hardi, arrivé pauvre au Mexique, était devenu fort riche en exploitant unemineàTlapajahua. Il passa de là aux mines de Tasco, auxquelles il imprima son activité prodigieuse, et il en retira de nouveaux profits. C’était de 1 752 à 1 760. Dans sa libéralité fastueuse, il bâtit, à Tasco, une église paroissiale qui lui coûta 2 millions, et qu’il orna magnifiquement; mais, les mines s’étant subitement appauvries, il s’y acharna et perdit tout. Dans sa détresse, il alla trouver l’archevêque et lui demanda la permission de reprendre un soleil d’or enrichi de diamants, dont il avait orné le tabernacle de son église. Le prélat eut le bon esprit d’y acquiescer. Avec les 100,000 piastres qu’il en fit, Laborde, résolu à courir la chance ailleurs, se transporta à Zacatecas, où les mines, après avoir été fort productives, étaient presque abandonnées. Il entreprit l’épuisement des eaux d’une exploitation jadis fameuse, alors inondée, la Quebradilla, et y employa sans succès presque toutes ses ressources. Quand il ne lui resta plus que quelques milliers de piastres, il risqua un puits sur l’affleurement d’un filon inconnu, et il eut le bonheur que ce fut la Veta Grande, qui est aujourd’hui encore le filon principal de Zacatecas. Doublement fortuné, il tomba précisément sur un de ces points où les veines sont d’une richesse exceptionnelle; il y gagna, une fois de plus, des sommes extraordinaires. Il ne laissa cependant à sa mort que 3 millions de francs, somme médiocre pour un mineur favorisé du sort.

Mais, si, au Mexique ainsi que dans l’Amérique méri-

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dionale, les individus ont souvent été déçus dans leurs espérances, et si, fréquemment, les fortunes sorties des mines sont revenues s’y engloutir, le pays a beaucoup gagné à l’ardeur avec laquelle les hommes intelligents s’y portaient. Il en a retiré les beaux salaires dont n’a pas cessé de jouir une nombreuse population de mineurs, et les proüts des industries accessoires, particulièrement de celle des transports, qui, dans les ci-devant colonies espagnoles. occupe des myriades de mulets et une armée de rnozos (garçons muletiers). La renommée, en faisant connaître au loin les trésors qu’on rencontrait dans les mines, déterminait des hommes remplis d’activité et d’audace à passer en Amérique, et c’était pour le Nouveau-Monde une acquisition précieuse; c’est même ainsi qu’il se peuplait de blancs. Les mines ont provoqué la culture du sol ; dans les bonnes années, elles ont fourni jles fonds qui ont servi à élever de grands établissements agricoles. Partout où le travail des mines a pris une grande extension, on a vu naître une ville florissante, quelquefois monumentale et populeuse comme une capitale, Guanaxuato, par exemple, qui, en 1810, comptait 80,000 âmes.

En Californie et en Australie, le travail des mines est devenu, après quelque temps, moins aléatoire et plus régulièrement rémunérateur que ne l’avait été l’exploitation des filons argentifères du Mexique et du Pérou. L’influence dés mines de métaux précieux, pour déterminer le peuplement, par des hommes industrieux, de contrées jusques alors désertes ou liv rées à de misérables tribus de sauvages, s’y est montrée autrement puissante que dans les colonies gouvernées par l’Espagne. En peu d’années, la Californie est devenue un Étal important, même par sa population, grâce aux émigrants venus de toutes les parties du monde, anglo-américains, anglais, français, hispano-

LA MONNAIE. SECTION XIII, CHAPITRE II. rifiS

américains et même chinois. San- Francisco, sa capitale, compte 100,000 âmes. La force d’attraction que la Californie a exercée a été si grande, que successivement, malgré des difficultés extrêmes, l’industrie, débordant tout autour d’elle, a pu se porter sur des espaces qui sont devenus des États, tels que le Névada, et sur les Territoires presque tous constitués aujourd’hui de Washington, d’Idaho, de Colorado, d’Arizona, de Montana et autres, où des mines remarquables sont exploitées déjà. Dans peu d’années, ce seront des États florissants, produisant non-seulement des métaux précieux, mais aussi des denrées de toute sorte. L’Amérique anglaise attenante à la Californie, et particulièrement nie de Vancouver et les bords de la rivière Fraser, participent à ce beau mouvement. L’Australie s’est peuplée avec non moins de rapidité. Dans la province de Victoria, il y avait 76,000 âmes en 1851; il y en avait 540,000 en 1861. Il est vraisemblable .qu’aujourd’ huiily en a 700,000. Le total de l’Australie est monté, entre 1850 ctl861 , de 466,000 à 1,266,000. Par suite de l’appel parti ile la Californie et de l’Australie, les rivages du Grand- Océan se couvrent des établissements des races les plus actives de l’Occident. Pour donner un terme de comparaison au lecteur, nous rappellerons ici que, au témoignage de Humboldt, la plus florissante des colonies continentales del’Espagne en Amérique, celle dont la prospérité se développait le plus, le Mexique ne recevait de l’Europe que 800 colons par année, au commencement du dixneuvième siècle.

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