CHAPITRE III
De ce qa’a pu devcDir la masse de métaux précieux fournis par les mines. —
. De ce qu'il en peut rester à la civilisation occidentale.
Qu’est-ce qu’est devenue la masse de métaux précieux extraite des mines? Où est-elle, à quel état se trouvet-elle? Là-dessus on est réduit à des conjectures. Tout ce qu’on sait bien, c’est qu’une forte partie de cet approvisionnement, après s’être dirigée sur l’Europe, s’en est éloignée et qu’une certaine portion est perdue. Il est vraisemblable que l’écart est fort grand entre ce qu’a reçu l’Europe, ou pour mieux dire la civilisation occidentale, et ce qu’elle a retenu. Ce qui disparaît de métaux précieux par suite de l’enfouissement, dans les temps de troubles et de révolution , dépasse ce qu’on pourrait croire au premier abord. Ensuite il y a la perle que j’appellerai naturelle, qui est causée par le frottement des objets en or ou en argent, perle dans laquelle rentrent le frai des es- , pèces monnayées et la dispersion graduelle des dorures et argentures. Mais ce qui enlève le plus de métaux précieux à la civilisation occidentale, c’est l’exportation pour l’Asie tant prochaine que lointaine. Selon l’estimation de Humboldt, relative au commencement du siècle, elle aurait absorbé alors un milliard en moins de huit ans, et, dans ces dernières années, elle a été bien plus considérable.
La proportion entre les deux métaux, que l’extraction totale indiquerait, a dû être sensiblement altérée dans notre Occident, soit par leur inégale destruction, puisque l’or se conserve mieux que l’argent (1), soit parla clrcon-
(1) Voir plus haut, page 223, le résultat des expériences de Cavendish et Hatchett.
stance que l’Europe a exporté en Asie beaucoup plus d’argent que d'or. «
On a produit un assez grand nombre d’évaluations au sujet de la destination qu’ont reçue l’or et l’argent livrés à la civilisation occidentale, et particulièrement à l’Europe. Combien est mis en vaisselle, en bijoux, combien en dorures ou argentures? combien en monnaie? quelle est la quantité qui s'exporte? Les discussions, auxquelles ont pris part cependant des esprits très-distingués, n’ont répandu que peu de lumières sur . la question. On peut facilement savoir combien les hôtekdes-monnaies frappent de pièces de tout genre; mais on u’en peut rien conclure, parce que des causes puissantes ramènent plusieurs fois le même métal sous la presse monétaire. Par le moyen de l’impôt dit de garantie sur les objets en or et en argent, il semble facile de déterminer ce qui se transforme en vaisselle et en bijoux ; mais le poids de l’or et de l’argent qui supportent cet impôt ne prouve rien, parce que ce ne sont pas seulement des matières neuves que travaillent les orfèvres et les joailliers : ils élaborent aussi de la vieille vaisselle et de vieux bijoux ; de là une extrême confusion dans les évaluations. Tel auteur, qu’on doit croire bien informé, portera le vieil or et le vieil argent employés dans ces industries à un ou deux centièmes seulement des matières, M. Jacob, par exemple ; tel autre, qui ne semble pas moins digne de foi, comme Necker, supposera que c’est de 50 pour 100, et un troisième, M. Lowe (I), estimera que c’est du quart. A qui croire? Pour comble d’incertitude, on n’a pas de relevé complet de ce que fabriquent l’orfèvrerie et la bijouterie, même en Europe. Humboldt calculait, vers 1824, que c’était 31,700,000 fr. en or, et 55,500,000 fr.
(1) Dans un écrit intitulé : Présent state of Englmd, que Humboldt cite avec éloge dans la Nouvelle-Espagne, t. III, page 466.
en argent; total, 87 milliions (1). M. Jacob, vers 1830, admettait que c’était 140 millions, en y comprenant l’Amérique, qui alors n’avait qu’une faible fabrication en ce genre.
En 1830, M. Gallatin évaluait de 22 à 27 milliards de francs ce qui restait en Europe et en Amérique des deux métaux, y compris ce qui pouvait avoir échappé à la destruction ou dispersion sur les 1 ,600 raillions que l’ancien continent possédait, suivant lui, avant la découverte du Nouveau-Monde. Sur une masse totale de 38 milliards et demi , l'exportation et la déperdition auraient pris une quantité incertaine entre 11 et 16 milliards; c’est ce qui l’aurait réduite à une somme comprise entre 27 et 22 milliards.
On peut penser que cette évaluation portait un peu trop haut la quantité de métaux précieux qui existait en Europe, quand l’Amérique fut découverte.
En 1848, on a présenté, pour la production des pays accessibles au commerce de l’Europe, une évaluation qui, comme celle de M. Gallatin, avait pour point de départ la découverte de l’Amérique et se terminait au moment où l’on se trouvait. La Chine, qui venait d’être ouverte, mais fort imparfaitement, au commerce des Occidentaux, et à plus forte raison le Japon, n’y figuraient pour rien. En voici le résumé :
PATS D ORIGINE.
OR
ARGENT
en
inilliunfi de
fr. ta miltinnfi de fr.
Amérique
Europe
Ribisie
Afrique et autres pays à or. .
Ancien fonds
Totaux
(1) Essai sur la Nouvelle-Espagne, t. III, page 466.
- Total général, d’où il y aurait à déduire l’exportation et la perle : 44,630 millions. '(i
Qu’en restait-il à l’Europe et à l’Amérique, qui coi^tituent la presque totalité de la civilisation occidentale? C’eût été bien difficile à dire.
Quoique 1848 ne soit pas loin de nous, depuis lors un changement notable a pu se produire par l’effet des nouvelles mines d’or qui ont été mises en exploitation et ont donné des produits d’une abondance inaccoutumée. 11 semble que ce soit comme la découverte du Potosi en 1 543. Ce n’est pas tout : pendant que, pour l’or, une révolution féconde se manifestait, pour l’autre métal, l’argent, une exportation extraordinaire transportait des masses de l’Occident à l’Orient, D’où suit que la quantité d’or a dû sensiblement s’accroître et celle d’argent diminuer dans les pays occupés par la civilisation occidentale. '
Une autre évaluation, se rapportant non-seulement à 1848, mais aussi à une date postérieure, est celle dont on est redevable à M. W. Newmarch, et qui figure dans le tome VI de V Hisiory of Prkes deM. Th. Tooke (pages 141 et suivantes). Il s’ensuivrait que, à la fin de 1848, l’approvisionnement d’or et d’argent restant en Europe et en Amérique s’élevait à 13,600 millions sterling, savoir (1) :
Or 560 millions sterling ou 14 milliards 84 millions de fr. (2).
Argent. 800 — — ou 20 — 120 — —
Traduisant ces sommes en poids, on aurait :
pour l’or 4,203,600 kilogrammes
pour l’argent. 90,540,000 —
En 1856, la quantité d’or serait montée, toute déduc- (1) Au change de 25 fr. 15 centimes.
tion faite, à 734 millions sterling, soit 18,460 millions de francs ou 5,353,000 kilogr.
LJ^rgent, dontM. W. Newmarch (1) ne s’est pas occupé pour la période de 1849 à 1856, n’a guère pu s’accroître dans cet intervalle, par deux raisons : la production en a été relativement stationnaire, et l’exportation vers le Levant et l’Asie s’est accrue, dans les dernières années du moins, d’une façon inouïe. Si, en 1848, la civilisation occidentale en avait 90,540,000 kilog., il est vraisemblable qu’elle n’en possédait pas plus au 1" janvier 1857.
L’extraction des mines, depuis lors jusqu’au l" janvier 1865, soit huit années, aurait ajouté, du fait des mines situées dans les pays possédés par la civilisation occidentale et exploitées è son profit direct, c’est-à-dire celles de l’Amérique, de l’Europe, de la Russie d’Asie, de
(I) M. W. Newmarch a adopté, dit-il, pour la production de l’Amérique, l’évaluation de M. Danson, consignée dans le travail de cet habile statisticien que nous avons déjà eu lieu de citer, page 402. Cependant, en consultant le mémoire de M. Danson, on ; trouve des chifTres difTérents de ceux sur lesquels raisonne M. Newmarch. M. Danson porte l’extraction de l’Amérique , depuis 1492 jusqu’à 1848 inclusivement, à 1,143,507,000 liv. st. pour l’argent et 448,907,000 pour l’or. M. Newmarch prend pour l'or 433 millions st. (3,170,600 kilog.) et pour l'argent 1,080 millions st. (120,429,000 kilog.). La diiïérence est sensible (78 millions st.), et nous n’en avons pas l’explication. M. Newmarch évalue à 170 millions st. l'or et à 90 l’argent que l’Europe a retirés de son sol ou reçus d'Afrique, durant la même période de 1492 à 1848, etenfluàl2 millions si. d’or et 28 d’argent le fonds que possédait l’Europe en 1492. Il suppose que l'usure avec la déperdition a été en Amérique sur le pied d'un quart pour cent par an, en moyenne, de 1492 à 1803, et de trois quarts pour cent de 1803 à 1848. Il porte à 5 millions st. en or et a 40 en argent les sommes dont l’Amérique s'est dessaisie en faveur de destinataires autres que l’Europe. Il estime que la déperdition totale en Europe, du fait du frai, de l'usure des ustensiles et ornements, des naufrages, incendies et autres accidents, combinée avec l'exportation dans le Levant et en Asie, mais en tenant compte des retours, a été de 47 raillions si. en or et 338 en argent.
l’Australie et dépendances, avec une moitié de la production de l’Afrique :
Or 1,725,000 kilogrammes.
Ai-gent.. 9,607,000 —
Si l’on jugeait à propos de tenir compte ici des autres
pays, à l’égard desquels on est moins bien informé, avec lesquels les relations de la civilisation occidentale sont encore fort imparfaites , ces quantités supplémentaires deviendraient :
Or 2,325,000 kilogrammes
Argent.. 13,667,000 —
Mais dans le calcul que nous faisons en ce moment, il convient de s’en tenir aux quantités antérieurement indiquées, et qui proviennent seulement de l'Amérique, l’Europe, la Russie d’Asie et l’Australie, plus une moitié de la production de l’Afrique.
Pendant la même période de 1857 à 1864, l’Occident s’est dessaisi d’une proportion inaccoutumée. de métaux précieux et surtout d’argent, à cause du développement extraordinaire qu’a pris l’exportation dans l’Inde. On peut se rendre compte approximativement de la dimunition de l’approvisionnement de l’Occident en argent et en or, pendant ces huit années, comme il suit :
D’après les circulaires justement estimées de M. James Low,de Londres, l’exportation aurait enlevé à la civilisation occidentale, pour les transporter dans le Levant et dans l’Asie lointaine, 12,229,000 kilog. d’argent et 172,405 kilog. d’or ou, d’après le tarif de la monnaie française, 2,717,000,000 fr. du premier métal et .594,000,000 fr. du second, soit pour les deux réunis 3,31 1 ,000,000 'fr. Du fait de l’usure et des accidents il faut noter une certaine déperdition : si on la porte à un demi pour cent par an, pour l’argent, et à un quart pour
l’or, die aura été, pour Torde 125,000 kilogr., et pour l’argent de 3,676,000. En additionnant Texportation et la déperdition, on a un total à déduire, de 15,825,000 kilog. d’argent et 295,000 kilog. d’or. De là suivrait qu’au premier janvier 1865, la civilisation occidentale n’aurait eu en sa possession que 39 milliards 946 millions d’or ou d’argent, savoir :
Argent... 74,63ü,000 kilog. faisant 10,583 millions.
Or 6,783,000 — valant 23,301 —
Total en francs 39,946 millions.
Il y a quelques autres éléments encore à prendre en considération. Ainsi il se fait une exportation directe des États-Unis en Chine, dont il n’a pas été tenu compte dans les évaluations précédentes, au moins depuis 1849. Les documents annexés au rapport du ministre des finances de l’Union américaine, de décembre 1864, permettent de s’en faire une idée. On y voit qu’avant la guerre civile, c’était une quantité variable; elle oscillait entre quelques centaines de mille et deux millions de dollars. Pendant la guerre civile, par la crainte qu’inspiraient les corsaires du Sud, les expéditions de métaux précieux de la Californie en Chine prirent du développenient, tandis qu'on n’osait pas en faire sortir de îS'evv-York et de Boston. La moyenne de ces expéditions, pendant les huit années terminées au 31 décembre 1864, approche de quatre millions de dollars. L’année 1864 a ^é marquée par un accroissement Irèssensible. D’après la correspondance d'une personne bieu informée, Texportation collective des deux métaux précieux de San-Francisco en Chine aurait été, cette année-là, de 7,533,000 dollars. En 1863, elle n’était montée qu’à 4,274,000. Cette dernière somme se r^partissait ainsi entre les deux métaux : Or 2,205,000 doit, ou 3,316 kilog.; argent 2,069,000 doll. ou 50,280 kilog. En 1864
c’était : Or 4,685,000 doll. ou 7,046 kilog. ; argent 2,847,000 doll. ou 69,180 kilog. Si l’on suppose que depuis 1849 la moyenne ait été’ de 3 millions de dollars, soit en tout pour seize années 48 millions de dollars, et que, dans l’ensemble, l’argent fasse deux tiers et l’or un tiers, ce serait une quantité d’argent de 777,400 kilog. et une quantité d’or de 24,000, qu’il faudrait rabattre.
Il y a lieu de mentionner aussi l’argent qui se rend en Chine par terre, par la voie de la Russie ou plutôt de la Sibérie, et qui passe, en majeure partie au moins, par Kiachta. D’après les renseignements dont je suis redevable à M. Boufowski, pour les cinq années closes le 31 décembre 1863, le total serait de 14,272,221 roubles, dont 14,229,577 en monnaie et 42,644 en orfèvrerie. C’est 57 millions ou 257,000 kilog. de métal. Cette exportation paraît augmenter assez rapidement aujourd’hui. En 1863 elle était presque triple de ce qu’elle avait été en 1859. Pour la période comprise entre le 1" janvier 1849 et le 31 décembre 1864, il n’est pas vraisemblable qu’elle fasse moins de 500,000 kilog.; c’est autant à diminuer de la masse qui restait à l’Europe et à la civilisation occidentale.
Ces diverses quantités, relativement médiocres, forment un total, à déduire, de 1 ,277,000 kilog. d’argent et 24,000 kilog. d’or. 11 y aurait aussi lieu de compter une quantité notable, d’argent principalement, qui ne figure pas dans les relevés de M. James Low, et qui s’eu va dans les États barbaresques et en Algérie, pour s’y enfouir. On manque de renseignements pour s’en faire une idée même approximative. Nous admettrons l’hypothèse, incertaine pourtant, que cette exportation est balancée par les quantités de métaux précieux qui reviennent accidentellement de l’Orient à l’Occident et qui ne sont pas sans importance. C’est ainsi que les traités avec la Chine ont fait rentrer
en Europe une certaine quantité d’argent et d’or, et ces retours n’ont pas été les seuls de ces derniers temps.
En résumé, en partant des évaluations ci-dessus rapportées, de M. Newmarch, qui, en ce qui concerne l’Amérique, pour la période close au 31 décembre 1848, différent peu de celle que nous avons présentée nous-raême(l), on peut estimer les quantités qui, à l’ouverture de 1865, étaient au pouvoir de la civilisation Occidentale : ‘
Pour l’argent, à 73,376,000 kilog., faisant 16,303 millions de francs.
— l’or 6,739,000 — valant 23,278 — —
Total en valeur pour les deux, 39,383 millions.
Ainsi la civilisation occidentale tout entière ne posséderait aujourd’hui qu’une valeur de moins de 40 milliards de fr. en or et en argent, sous toutes les formes, monnaie, bijoux, ornements, ustensiles et môme dorures et argentures.
Il est remarquable que l’or prédomine, en valeur, dans cet approvisionnement. C’est une nouveauté.
Nous devons répéter, relativement aux quantités portées dans les calculs qui précèdent, qu’on doit les considérer comme fort hypothétiques.
Le monnayage est sans comparaison le plus grand emploi de l’or et de l’argent. 11 y aurait à chercher quel en a pu être le montant depuis le commencement du siècle, par exemple. En Europe au moins, ainsi qu’en Amérique, il circule peu de monnaie qui soit d’une date antérieure.
Le nombre des hôtels-des-monnaies est très-grand dans le monde; il n’est petit Étal qui n’ait voulu avoir le sien, petit prince qui n’ait tenu à honneur de faire circuler son elfigie en or et en argent. Faire le dénombrement complet du monnayage quis’est pratiqué doit donc être
(1) Page 402.
regardé comme impossible. On sait cependant avec exactitude ce qui se monnaye dans les grands États, et notamment chez les trois nations qui se livrent à cette opération plus que les autres : la France, l’Angleterre, les États- Unis.
La France est le pays où, depuis l’ouverture du siècle, il a été frappé le plus de monnaie. Le relevé du monnayage de la France, depuis l’adoption du système métrique, est publié annuellement dans \e Compte Général de r Administration des Finances. On lit, dans le plus récent de ces documents annuels, que le total général des fabrications des hôtels-des-monnaies, depuis l’origine qui vient d’être mentionnée jusqu’au 31 décembre 1864, a été de onze milliards., soixante-quatorze millions, cent soixante mille, sept cent quatre-vingt-dix-sept [rancs (11,074,160, 797 fr.), en pièces d’or ou d’argent, sans compter le billon en bronze, dont il a été fabriqué depuis 1852, après le retrait des anciennes pièces , une valeur nominale de 58, 1 67,330 fr. Le gouvernement a retiré une certaine quantitéde pièces, soit pouren changerla forme, soitqu’il les considérât comme de mauvaises coupures au point de vue du système décimal, soit pour se procurer la matière première des nouvelles pièces de 50 et 20 centimes instituées par la loi de 1864. C’est un bloc de 86,963,961 fr., dont les premières pièces de 10 fr. en or ont fait plus de la moitié (48,589,920 fr.), et les premières pièces de 5 fr. en or plus du quart (22,492,940 fr.) (1). 11 reste ainsi une émission de 10,987,196, 835 fr. Là-dessus, l’argent fait moins de la moitié, 4,648,052,960 fr. et l’or 6,339,1 43,875 fr. L’or domine extrêmement depuis 1848. C’est ainsi qu’il a été frappé, à l’effigie de Louis-Napoléon Bonaparte, ou à celle de Napoléon III , près de cinq milliards d’or
(t) Le reste du bloc de 86,936,961 fr. se compose de quelques pièces de 3 fr. en argent et de pièces de 50 c., 25 c., 20 c.
4,796,7d4,6o5 fr.), à peu près les trois quarts de la tolalité (le l’or monnayé en France depuis 1792. Ces deux mêmes effigies n’ont été appliquées qu’à 206,338,700 fr. en argent. C’est moins de 1 d’argent contre 23 d’or.
Le monnayage de l’Angleterre doit être calculé à partir de 1816, année où l’on refit le système monétaire du pays. En or, c’est-à-dire du seul métal qui constitue la monnaie proprement dite, il a été frappé, jusqu’au 31 décembre 1864, une valeur de 198,421,000 liv. st. (environ O nïilliards de francs). La fabrication des espèces d’argent, qui n’ont cours qu’à titre de billon, est bien moins considérable. Pendant les quinze dernières années, la moyenne est de 8 millions de fr. Depuis 1816, le monnayage total de ce métal a été, en valeur nominale, de 17,777,000 liv. st. ou 444,500,000 fr. C’est uae moyenne de 9 millions de francs ; mais il résulte d’un travail de M. W. Miller qu’il en avait été retiré par l’administration pour une somme de 1,916,500 liv., à la fin de 1860. Au 1" janvier 1865, le retrait ne pouvait avoir été de moins de 2 millions sterl. ou 50 millions de fr. Le maximum que les Iles Britanniques puissent posséder de pièces d’argent, est donc de 1 5,770,000 liv. sterl. ; il est probable qu’on est bien au-dessous. La quantité de métal précieux qui correspond à cette masse de pièces est de 1,648,360 kilogrammes.
En Europe, l’empire britannique n’a qu’un hôtel-desmonnaies, celui de Londres, dont nous venons de rapporter la production; mais en dehors des Iles Britanni- (jues, il en compte plusieurs.
Depuis la découverte des mines d’or de l’Australie, un hôtel-des-monnaies a été créé à Sidney, pour frapper l’or qu’on a là sous la main. Le monnayage n’y a pas pris les proportions qu’on supposait. A en juger par les cinq années de 1858 à 1802, la moyenne an-
LA MONNAIE. SECTION Xlll, CHAPITRE III. S77
luiello serait de 1,850,000 liv. st. ou 46,250,000 fr.
Le monnayage de l’Inde est plus considérable. Chacune des trois pl-ésidences, le Bengale, Madras et Bombay, a son liôtel-des-monnaies. Il résulte d’un document parlementaire que nous avons déjà eu lieu de citer (1) que les trois ensemble ont fabriqué, de 1801 à 1861 (inclusivement, jusqu’au .30 avril), une quantité d’espèces d’or et d’argent d’au moins 231,250,981, liv. st. ou de 5,816,000,000 francs (2), et plus probablement d’au delà de 6 milliards. En ayant égard aux années dont les relevés ont manqué et à ce qui a pu être monnayé du 30 avril au 31 décembre 1864, le total vraisemblablement est peu éloigné de six milliards et demi.
Récemment on a ouvert à Hong- Kong un hôtel-desmonnaies destiné à frapper des piastres en argent pour le commerce de la Chine ; mais il n’a fonctionné encore que pour fabriquer du billon.
Aux États-Unis , le monnayage a été faible jusqu’à l’époque où furent découvertes les mines de la Californie. Pendant les vingt-cinq premières années, du i" janvier 1792 au 31 décembre 1817, on n’avait frappé en or et en argent que 13,879,253 dollars, ou 74 millions de francs. Au 31 décembre 1848, le total était de 149,871,059 dollars, faisant 800 millions de fr. A partir de 1848. la fabrication s’accroît par l’effet des mines d’or de la Californie. Le total général, à la date du 30 juin 1864, était de 777,421,471 dollars, ou 4,003,721,000 francs en or, et de 133,804,948 dollars, ou 722,547,000 francs en ar-
(1) Va/eur des méiaux prérienx imiiorlés dans l’indê ou exportés delà même contrée, avec indkaUon des , monnayages, 16 mars 1864, voir plus haut, page 4l7. Ce document a clé complète par un autre du !•' juin
(2) Nous disons au moins, parce que le document parlementaire où nous puisons porte que, pour quelques-unes des années, les renseignements font défaut.
tii. 57
578 • COURS D’ÉCONOMIE l'OLITIQÜE.
gent , soit pour les deux 911,226,419 dollars, valant 4,726,267,000 do francs.
Au sujet du monnayage des États-Unis, il n’est pas hors de propos de rappeler un caractère curieux qu’il présente. L’or est, en fait, le métal monétaire des États-Unis ; mais il y a aussi une monnaie légale d’argent, ainsi qu’on l’a vu plus haut. L’un et l’autre, l’or et l’argent sortent des hütels-des-monnaics sous deux formes : la première est semblable à la monnaie de l’Europe, c’est-à-dire en disques d’un poids et d’un titre déterminés, offrant sur chaque face une empreinte fi.xéo par la loi. Mais il y a aussi des barres simplement poinçonnées. C’est la reproductiuu du système des Chinois, qui cousiste dans un poinçonnage des lingots d’argent ordinairement supposé puf. C’est de l’or et de l’argent purs qui le plus souvent sont mis en lingots et marqués dans les hôtelsdes-monuaies des États-Unis (1). Eu Chine, ce sont des essayeurs particuliers qui poinçonnent; aux États Unis, l’essayage est aussi une industrie libre; mais on a grandement recours aux agents du gouvernement fédéral établis soit dans les hôtels-(bîs-monnaies, soit dans le bureau d’essai ouvert à Nevs-York (2). On se sert très-peu, pour l’argent, de la faculté de faire poinçonner les lingots par les essayeurs officiels.
Le poinçonnage dé l’or est pratiqué aux États-Unis
(1) C’est ce qui a lieu en Tait : la loi autorise le poinçonnage de lingots contenant de l’alliage, maison use très-peu de cette faculté.
(2) New York n’a pas d’hdiel-des-monnaies, mais il a un bureau d’essai ofricicl, pour le poinçonnage des lingots. C’est là que se font en majeure partie leso|>érations de ce genre. Dans son rapport présenté an congrès, à l'ouverture de la session législative, en décembre l86t, le ministre des linances proposait de multiplier ces bureaux d'essai dans les Territoires, fort peu peuplés encore, du voisinage de l’Océan Pacifique, où l’on a découvert des gisements d’or ou d’argent. Il exprimait l’opinion qu’il en fallait seize en tout.
sur une grande échelle. En 1860-61, année qui en cela est au-dessus de la moyenne, on l’a appliqué à une masse de lingots d’or valant 20,015,163 doll. Il est vrai que la même année on a monnayé trois fois autant du précieux métal, 60,693,237 doll. En tout, le bureau d’essai de New-York avait opéré, le 30 juin 1864, sur une masse d’or valant 133,113,362 doll. et sur une masse d’argent de 1,731,253. Si on y joint le poinçonnage de Philadelphie, qui est important, et celui des autres succursales à la même date, on a un total de 181,043,751 doll. ou plus de 900 millions de francs pour l’or, et de 2,894, 344 doll. pour l’argent.
Le total du monnayage de la France, de l’Angleterre (avec l’Inde et l’Australie) et des États-Unis, depuis le commencement du siècle jusqu’à la fin de 1864, forme une valeur qui ne monte pas à moins de 28 milliards. N’eût-on que ce fait à citer, on serait en droit de soutenir que, fréquemment, les pièces fabriquées sont refondues quand elles ont été exportées. Car, 28 milliards, c’est beaucoup plus que n’ont pu donner, dans le même intervalle de temps, toutes les mines où puisait la civilisation occidentale. Et pourtant on aurait à tenir compte de la masse de métaux précieux qui a été absorbée par l’orfèvrerie, la bijouterie et les autres arts. En outre, il y lieu d’avoir égard au monnayage des autres peuples, dont le total ne laisse pas d’être considérable. La Russie, par exemple, monnaye la majeure partie de son or. Tous les États de l’Europe ont des presses monétaires qui ne restent pas oisives, et celles des dilférents gouvernements du Nouveau-Monde n’ont pas cessé de travailler. Des États secondaires ont frappédesmasses’depièces. Ainsi la Hollande avait monnayé, avant sa refonte, 370 millions en or(t).
(1) Voir plus haut page 289.
Des pays qui élaient réputés barbares, et dont la monnaie était justement déconsidérée, sont sortis de leur ornière et ont érigé des hôtels-des-monnaies, dont la fabrication ne laisse rien à désirer et offre d’ailleurs toute garantie. La Turquie en est le plus remarquable exemple. Elle a frappé, depuis 1844, une masse de monnaie d’or et d’argent qui., au 31 décembre 18G4, d’après un tableau détaillé dont je suis redevable à l’ambassade ottomane à Paris, ne s’élevait pas à moins de 587,486,000 fr., dont 474,861,000 fr. en pièces d’or et 112,625,000 fr. en pièces d’argent (1).
(1) Au sujet du monnayage des difTdrents Étals, on consultera avec fruit l’ouvrage de M. I.egoyt, La France et C Étranger, études de statistiguc comparée, dix-neuvième étude, page 345.