V. plus loin, n
I. Juglar, Des crises commerciales et de leur retour périodi^fue, 2*' cil il ion. ISS9 5. plu*^ loin, n» 3i^7 et 408.
PHEMIERK PARUE.
r.HAPITRE V
tioniielle et en développant sa clientèle au détriment de .ses eoneurrents qu’il croit seul menacés.
Tout va bien pendant quelque temps, grâce à la conl'ianee que maintient le sentiment de la prospérité générale; les produits s'écoulent facilement, les prix de vente sont élevés et il en est de même des cours des valeurs industrielles. Mais précisément l’excès même de cette prospérité va en amener fatalement le terme. Tl arrive un moment où les produits surabondants ne trouvent plus de demande correspondante. La production ne pouvant s’arrêter immédiatement, des stocks se créent et s’accumulent. Les prix cessent de hausser; un commencement de baisse se dessine et la confiance générale se trouve peu à peu ébranlée. Il suffit pai-fois de la chute d'une entreprise ((uelque peu importante pour déclancher la ciise.
Celle-ci constitue à proprement parler la seconde phase du cycle économique. Les prix tombent rapidement, par l’effet de la panique qui s’accentue; les cours des valeurs industrielles s’effondrent. En même temps, l’argent se cache, à cause d<* l'insécurité du marché. On évite tout placement aventureux r le taux de l’intérêt s’élève; les banqxies, pour protéger leur encaiss»^ élèvent le taux de leur escompte. A raison même de ce resserrement du crédit, un nombre plus ou moins considérable d’entreprises qui, antérieurement, s’étaient imprudemment engagées dans une transformation trop rapide de leur outillage et dans une production trop abondante sont obligées de liquider avec perte et leur ruine entraîne le chômage d’im grand noml)re d'ouvriers.
.Vlors commence la troLsième phase, celle de liquidation. Elle dure plus ou moins longtemi)s. Peu à peu, la production s étant considérablement ralentie, les stocks accumulés s'écoulent r il y a une reprise prudente des affaires; les prix commencent â sc relever. Puis le mouvement de production redevient plus actif, la confiance renaît et avec elle l'audace; une nouvelle période de prospérité s’ouvre (pii, un jour, trouvera son terme dans une
crise nouvelle.
Par l’effet même de ce processus rytlimi(pie les crises se renouvellent donc périodiquement. Cette périodicité n’est d’ailleurs pas régulière, contrairement a ce qu avaient pense certains auteurs, notamment- Stanley -devons, qui lui assignait une durée de dix années et prétendait l’expliquer par des considérations d’ordre astronomique. Mais, à défaut de régularité.
LA I.IMITATION DE LA PRonfCTION
le relou)' des crises est du moins assez fréquent. Pour ne remon- 1(‘i“ guère <|u'à un demi-si('*cle, on peut signaler comme périodes de crises les annéc.s 18.“»7, 1804, 1878, 188.-5, 1890. 1900, 1907. A cett(> dernière date, une crise très intense, qui avait plus ]>:irticuHèremcnt le caractère de cri.se financière, accumula les ruines sur le marclié américain et fit sentir son contrecou]* en Europe pendant plusieurs années consécutives. T^ue crise nou- A (‘lle, en partie due â la guerre, et dont le caractère est tout à la fois économique et financier, s'est déclarée en 1920 aux Etatsrnis et au Japon, d’où elle s’est répercutée en Europe, particulièrement en .\îiglcterre et en T*'rancc.
2'i.Â. .\ quels indices on peut pressentir les crises q("*nérales de siirprodiielion. — Tl est évident, i)uisque les crises parais.sent avoir un caractère assez marqué de périodicité, qu'il serait fort intéressant et utile de pouvoir en diagnostiquer avec certitude le retour, ne fût-ce que ])our s’efforcer de les prévenir, ou tout au moins d’en atténuer la gravité et la durée. -Juglar avait signalé, comme indice de crise i)rochaine, la concomitance d un double phénomène : d'une part, l’augmentation du portefeiiille commercial des banques d'émission; d'autre part, la baisse de leur encaisse. Le nombre considérable des effets de commerce détenus ])ar les banques semble bien indiquer en effet l’activité de la production et la mise en œuvre de capitaux importants. D’autre part, la réduction de l’encaisse est le signe de besoins d’argent pressants; elle indiqxie la raréfaction du numéraire, le resserrement des moyens de paiement, soit parce que le règlement d’une balance commerciale défavorable exige une exportation métallique, soit parce que le développement même du crédit ne suffit pas à faire face aux besoins de capitaux (lu'éprouve la production. Tj 'examen des bilans des grandes banques d’émission à diverses époques fournit la preuve très nette que la crise est sur le point d’éclater au moment où le portefeuille commercial atteint son maximum en mênu^ temps que rencaisse est réduite au minimum.
A ces indices on pourrait d’ailleurs '■ en ajouter d'autres qui viendraient, quoique avec moins de précision et de sûreté.
1. \ . tr rapport lU* MM. ( icorgosi Oalicn iM l.atmMil an nom ili* la ('.ommis- 5iioH s[)éeialf constitnoo on I90S, anpn*.«; du Miiii^tèro du 'l'ravail. on \ iio do 4.lt^lonniiior los niosun^s à promin* pour alloniior lo^ cliomaL’’0'^ rosullaid dos rri-os 6otmomi(|Uos pôriodiipios.
0;)4 l'KEMIÈHE PAirriE. CHAPITHE V
eu compléter et en coutirmer les données. Ils seraient tirés du mouvement des prix, des chômages, du commerce exteiieui et du trafic des chemins de fer. L’examen des statistiques relatives à ces divers ordres de faits démontre qu’aux approche<5 de la crise les prix des marchandises, les chiffres du commerce extérieur et ceux des recettes et tonnages des chemins de fer atteignent leur maximum, alors (pie la proportion des chômages est, pour les ouvriers, réduite au minimum. Dès que la crise éclate, on constate au contraire que les prix s’abaissent rapidement, que le commerce extérieur devient moins actif et que le trafic des chemins de fer se ralentit, taudis qu augmente sensiblement le nombre <les ouvriers sans travail. T^a ])lupart du temps il semble que les époques où ces divers phénomènes .se manifestent avec le plus d’intensité coïncident avec les périodes où la dépression industrielle atteint son maximum.
2i(î. Explication des crises yénérales de surproduction ; théorie collectiviste de la sons-consoinination. — Xous avons admis jusqu’ici que les crises de surproduction, même lorsqu’elles lirésentent un caractère général et se répercutent dans leurs effets sur l'ensemble du marché commercial et financier, ont cependant pour origine une surproduction partielle, atteignant une ou quelques-unes seulement des branches delà production. Telle n’est pas cependant l’opinion des écrivains de l’école collectiviste.
Reprenant une idée soutenue déjà par l’économiste .Sismondi, Rodbertus, Marx, Engels, Kautsky ont soutenu que les crises générales de surproduction doivent être attribuées à un phénomène de surproduction générale, d’eugorgement général résultant de l’organisation capitaliste de la production. Par l’effet même de cette organisation, la production ne connaît ])as de limites, car l’aiguillon de la concurrence amène fatalement les producteurs à chercher dans la concentration un moyeu d’abaisser leur prix de revient. Mais à cette production illimitée correspond un marché nécessaiiement limité. Sur ce marché la masse des consommateurs est en effet constituée par la masse ouvrière. Or la puissance de consommation de cette classe se trouve limitée par son revenu, et ce revenu est singulièrement l éduit par le fait que l’entrepreneur capitaliste prélève sur le ])roduit du travail de ses ouvriers une certaine valeur destinée à lui servir de profit. Par suite même de ce prélèvement, les
EA LIMIT.VTION DE LA l’RODUCTlüX
ouvriers ne recevant pas une valeur égale à celle que produit leur travail ne peuvent consommer dans la mesure où ils produisent. Et comme le phénomène de profit est, dans l’organisation économique actuelle, un phénomène d’application générale, il en résulte que, dans toutes les branches de la production des stocks de i)roduits s’accumulent qui ne peuvent trouver de débouchés. De là des crises générales, résultat d’ime sm’production générale qui tient elle-même à l’insuffisance du pouvoir de consommation de la masse des producteurs. Toute crise
générale de surproduction a pom' première caiise un fait général et constant de « sous-consommation ».
Mais comment se fait-il que le surcroît de la production ne s(3Ît pas absorbé par le.s entrepreneurs eux-mêmes, dont la capacité de consommation est augmentée constamment par l’attribution du profit! C’est que la faculté de consommation de.s capitaü.stes trouve elle-même une limite, sinon dans le chiffre de leur revenu, du moins dans l’étendue de leurs besoins. Ils ne ])euvent, même en donnant à ces besoins une satisfaction complète, consommer qu’une partie de leur revenu; quant au surl)lus de ce revenu, ils l’épargnent, ils le placent, c'est-à-diie qu’ils l’emploient à commander du travail, à créer de nouvelles entreprises ou à développer celles qui existent déjà, en un mot.
à accroître la production déjà surabondante. L épargne capitaliste vient en aide à la sous-consommation prolétarienne pom*
aggraver la surproduction générale et la rendre chaque jour plus intense. IjC résultat fatal doit être la fréquence de })lus en plus grande et le caractère de plus eu plu.'ï nocif des crises de surproduction. IjC régime de production capitaliste trouvera sa fin, soit dans une de ces crises, plus violente et plus grave que les autres (thèse catastrophique), soit dans le caractère permanent et chronique des ( rises de surproduction atteignant le marché dans toutes les branches qui l’alimentent et rendant
impossible le fonctionnement de l:t « loi des débouchés'
247. Examen critique de celte théorie. — (ùitte argumentation se heurte à certaines' objections dont il paraît dîfficile de contester la portée. Si les crises générales de smproduction doivent être attribuées à rinsuôïsance des ressources que possède la classe ouvrière, comment expliquer (pui ces crises se produisent.