V. plus haut, n
3 V. plus loin, n® 307.
l’Échange, la valeur et le prix
305. L’importance sociale de l’échange ainsi défini est considérable. On peut dire qu’il est la condition même de toute production, en ce sens qu’il en est le but direct. Sous un régime de division du travail, chaque homme produit beaucoup moins en vue de sa consommation personnelle qu’en vue de l’échange. Nombre ux sont les individus qui, à raison de leur faible revenu ou pour toute autre cause, ne consommeront ou n’utiliseront personnellement jamais aucune partie des richesses qu’ils produisent, fourrures, dentelles, diamant ou autres objets de luxe. Il n’en est pas autrement d’ailleurs des services; ainsi qu’on l’a fait maintes fois observer, c’est surtout pour les autres et en vue de l’échange que travaillent l’avocat, le médecin, le fonctionnaire.
L’échange qst le complément naturel de la division du travail et la condition du progrès économique. Si chacun de nous était obligé, comme Robinson dans son île, de produire pour vivre tout ce qu’il consomme, il n’y arriverait qu’à grand’peine. Grâce à l’échange, au contraire, et en se spécialisant dans la nature de production qui correspond le mieux à ses aptitudes, il assurera la satisfaction de ses multiples besoins, puisqu’avec les produits de son activité il pourra se procurer ceux du travail des autres hommes. En produisant pour autrui, chaque homme produit ainsi pour soi-même et dans les conditions les plus favorables. Aussi l’échange a-t-il dû être contemporain de la vie sociale elle-même. Restreint d’abord au cercle de la tribu ou de la famille, et ayant pour objet exclusivement des services, puisque les richesses étaient propriété collective, il s’est développé en même temps que se transformait la division du travail et que, de familiale, elle devenait sociale b
30G. On a beaucoup discuté autrefois la question de savoir si l’échange peut procurer un avantage à la fois à chacun des échangistes. On faisait observer, en faveur de l’affirmative, qu’il n’eût pas été conclu sans cela. Selon d’autres économistes, l’échange serait, au point de vue de ses résultats pour les parties en présence, une opération neutre, car les deux valeurs qui s’échangent sont par hypothèse et nécessairement dés valeurs égales. En sens inverse, on a objecté enfin que si l’échange procure un profit à l’un des échangistes, il doit nécessairement en résulter une perte pour l’autre partie.